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Mauritanie : 22 juin

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Le président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani se présente pour un second et dernier mandat de 5 ans aux élections présidentielles en Mauritanie.

La Mauritanie s’est engagée sur la voie d’une ouverture politique progressive depuis 2019.

La Mauritanie s’est engagée sur la voie d’une ouverture politique progressive depuis 2019, lorsque le président Mohamed Ould Abdel Aziz a respecté les limites de mandat et a quitté la présidence. Le départ du président Aziz a représenté le premier transfert de pouvoir pacifique dans l’histoire de la Mauritanie, un départ d’autant plus notable puisqu’il était arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’État en 2008. Ghazouani, le dauphin choisi par Aziz et ancien chef d’état-major des forces armées, avait remporté l’élection de 2019 avec 52 % des voix.

La Mauritanie a une longue tradition de coups d’État militaires et de gouvernance autoritaire, qui s’est traduite par une série de gouvernements militaires ou soutenus par l’armée depuis 1978.

C’est à partir de ce seuil que la Mauritanie construit un système politique relativement plus pluraliste et plus redevable. Au-delà de l’élection présidentielle, il s’agira de savoir si ce pays de 4,5 millions d’habitants peut maintenir l’élan de la réforme. La clé sera la création de freins et contrepoids démocratiques suffisants pour garantir le maintien de ces paramètres (tels que le respect des limites des mandats), étant donné l’héritage d’un pouvoir exécutif illimité dans le pays.

Lors des élections législatives de mai 2023, auxquelles 25 partis avaient participé, le parti Insaf de Ghazouani a obtenu 107 des 176 sièges, le parti islamiste Tawassoul 11 et le parti Union pour la démocratie et le progrès 10. Une nouvelle coalition d’opposition, composée de groupes indépendants et de groupes de défense des droits humains, s’est organisée autour du parti Joud lors des législatives.

Un système de représentation proportionnelle basé sur des listes nationales, tribales et parlementaires, adopté avec la contribution des partis d’opposition en 2022, a augmenté la représentation des groupes minoritaires.

La Commission électorale nationale indépendante a été remaniée en 2022 et est désormais considérée comme plus impartiale. En 2023, l’Insaf et les principaux partis d’opposition se sont mis d’accord sur une charte d’entente nationale concernant les principes d’unité nationale et de gouvernance politique et économique. La plupart des partis politiques mauritaniens sont néanmoins faibles et n’ont pas la capacité organisationnelle ou les ressources nécessaires pour organiser des campagnes nationales.

Voters wait at a polling station in Nouakchott, Mauritania

Des électeurs attendent dans un bureau de vote à Nouakchott, en Mauritanie, le 13 mai 2023. (Photo : AFP/Med Lemine Rajel)

Alors que la plupart des partis d’opposition n’ont pas encore désigné leurs porte-drapeaux, Biram Dah Abeid, un militant antiesclavagiste qui a été emprisonné pour ses activités de plaidoyer, est l’un des candidats probables à la présidence. M. Abeid est arrivé en deuxième position, avec 19 % des voix, lors de l’élection présidentielle de 2019. La Mauritanie n’a officiellement interdit l’esclavage qu’en 1981, ce qui en fait le dernier pays au monde à l’avoir fait, bien que la pratique persiste aujourd’hui.

L’environnement médiatique est relativement ouvert, bien que les critiques à l’encontre du parti au pouvoir puissent donner lieu à des harcèlements et à des arrestations.

La corruption a toujours été un problème en Mauritanie. Bien que des progrès minimes aient été réalisés ces dernières années, certains craignent que Ghazouani n’utilise les mesures de lutte contre la corruption pour s’en prendre à ses opposants politiques. Il s’agit notamment des accusations portées en 2021 contre l’ancien patron de Ghazouani, Ould Abdel Aziz, qui a été condamné à cinq ans de prison pour corruption en décembre 2023. Les tribunaux mauritaniens restent soumis à la pression du pouvoir exécutif.

La façon dont la Mauritanie gère son espace politique grandissant et le renforcement des institutions indépendantes constitueront des mesures clés à surveiller.

L’escalade de la violence des islamistes militants au Mali, qui s’étend vers l’ouest, constitue une menace croissante à la sécurité de la Mauritanie. Plusieurs incidents de sécurité ont eu lieu à la frontière en 2023, et la Mauritanie accueille actuellement plus de 100 000 réfugiés.

La Mauritanie a subi des menaces persistantes de la part d’organisations extrémistes violentes (OEV) dans les années 2000. Cependant, la Mauritanie est largement reconnue pour avoir mis en place une campagne efficace de lutte contre les OEV, impliquant un professionnalisme militaire accru, des capacités de renseignement et de surveillance renforcées et une action proactive de lutte contre la radicalisation au niveau communautaire. Ces efforts seront probablement testés en 2024.

Les investissements de BP et Kosmos Energy dans le gazoduc Greater Tortue Ahmeyim permettront à la Mauritanie d’approvisionner l’Europe et d’autres marchés mondiaux. La Mauritanie est également une cible d’investissement clé pour l’hydrogène vert, notamment de la part des Émirats arabes unis. Le vaste territoire de la Mauritanie et la disponibilité de l’énergie solaire et éolienne lui permettent de produire 8 millions de tonnes d’hydrogène vert par an, ce qui fait de la Mauritanie un centre énergétique de plus en plus important.

Au-delà de la conduite des élections, la façon dont la Mauritanie gère son espace politique grandissant et le renforcement des institutions indépendantes dont le système judiciaire et la commission électorale constitueront des mesures clés à surveiller en 2024.