
Des soldats burundais de la force de maintien de la paix de l’Union africaine patrouillent dans une rue de Mogadiscio. (Photo : AFP/Mustafa Abdi)
L’architecture de sécurité internationale est soumise à de nombreuses tensions.
Des dizaines de pays à travers le monde sont confrontés à des conflits armés. Les réseaux terroristes mondiaux continuent de s’adapter et de tirer parti des technologies émergentes pour accroître leur capacité à générer des revenus, à se coordonner et à recruter.
Les acteurs africains jouent un rôle essentiel dans le renforcement de la résilience de l’architecture de sécurité internationale.
Le trafic maritime et le commerce subissent de graves perturbations à mesure que s’intensifient les efforts visant à restreindre l’accès à des voies navigables clés, telles que le détroit d’Ormuz et le détroit de Bab al-Mandab. Cette situation est exacerbée par la recrudescence de la piraterie dans le golfe d’Aden. Ces restrictions du trafic maritime ont entraîné une hausse d’environ 30 % des prix mondiaux du carburant et des engrais, avec pour conséquence des tensions économiques mondiales, une insécurité alimentaire, des pertes d’emplois et des risques de troubles politiques.
La pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) pratiquée à l’échelle mondiale par des chalutiers commerciaux étrangers continue d’exploiter des ressources naturelles précieuses dont la valeur est estimée à 12 milliards de dollars de recettes annuelles.
Les réseaux criminels organisés transnationaux — spécialisés dans le trafic de stupéfiants, de produits pharmaceutiques et d’êtres humains — ne cessent de se perfectionner et de devenir de plus en plus déstabilisants.
Compte tenu de sa situation stratégique, à la croisée des continents et des voies navigables, l’Afrique se trouve au carrefour de bon nombre de ces menaces transnationales. Bien qu’ils soient souvent la cible de ces forces d’instabilité mondiale, les acteurs africains jouent également un rôle essentiel dans le renforcement de la résilience de l’architecture de sécurité internationale.
Les contributions africaines à la sécurité internationale prennent de nombreuses formes
Diversification des chaînes d’approvisionnement économiques
En réponse aux fermetures répétées du détroit d’Ormuz, les producteurs de pétrole africains, qui représentent environ 10 % de la production mondiale, ont augmenté leurs exportations et leurs volumes d’approvisionnement destinés aux acheteurs internationaux. Le Nigeria et l’Angola ont été les fers de lance de cet effort.
La raffinerie de pétrole Dangote, récemment mise en service à Lagos, au Nigeria, et qui est la plus grande au monde, a contribué à réduire les contraintes d’approvisionnement mondiales. Cette raffinerie est devenue l’un des plus grands exportateurs mondiaux de kérosène, avec notamment des livraisons vers l’Europe et les États-Unis.

La raffinerie Dangote au Nigeria, la plus grande raffinerie de pétrole au monde. (Photo : AFP/Pius Utomi Ekpei)
La production de la raffinerie Dangote a également stimulé la production et l’exportation d’urée, un engrais largement utilisé,, allégeant ainsi la pression sur les marchés des engrais, eux aussi fortement touchés par l’arrêt des exportations de pétrole en provenance du golfe Persique.
Afin d’alléger davantage les pressions budgétaires, la Banque africaine d’import-export (AfreximBank), principal bailleur multilatéral africain spécialisé dans le financement du commerce, a mis en place un fonds d’urgence de 10 milliards de dollars destiné aux pays africains pour leur permettre d’acheter du carburant, des engrais et des médicaments.
Le groupe Dangote a quant à lui conclu des négociations avec le Kenya et l’Ouganda en vue de construire une raffinerie de pétrole de 16 milliards de dollars à Lamu, au Kenya, afin d’approvisionner en carburant raffiné l’ensemble de la Communauté de l’Afrique de l’Est. Ces nouveaux investissements dans les capacités de raffinage constituent une avancée stratégique vers un marché africain des hydrocarbures plus intégré et plus résilient, ce qui réduirait la vulnérabilité aux chocs liés aux perturbations de l’approvisionnement en carburant en provenance du Moyen-Orient.
Lutte contre le terrorisme
L’Afrique est au cœur de la menace terroriste mondiale, puisque des insurrections islamistes militantes y sont concentrées au Sahel, en Somalie et dans le bassin du lac Tchad, des régions où se produisent près de 24 000 décès annuels liés à ces groupes.
Les forces de sécurité africaines ont joué un rôle déterminant dans la lutte contre les réseaux terroristes mondiaux, tels que l’État islamique et Al-Qaïda, qui tentaient d’établir des centres de coordination et de financement sur le continent. En 2025, les autorités du Puntland ont mobilisé 3 000 membres de leurs forces de sécurité dans le cadre de l’opération Hilaac (qui signifie « éclair ») afin de déloger l’État islamique d’une base qu’il avait établie dans les montagnes d’al-Miskaad, dans la région de Bari, au nord de la Somalie. Soutenues par des frappes aériennes menées par des partenaires internationaux, notamment les États-Unis et les Émirats arabes unis, les forces du Puntland ont mené l’offensive terrestre sur ce terrain accidenté afin de couper les lignes d’approvisionnement et de déloger les militants de leurs complexes de souterrains.
L’Ouganda s’est déployé pour la première fois en Somalie en 2007, à une époque où peu de pays étaient prêts à prendre ce risque, la majeure partie de la Somalie et de vastes zones de la capitale, Mogadiscio, étant contrôlées ou vivement disputées par les insurgés d’Al-Shabaab. Les forces burundaises sont arrivées fin 2007, celles de Djibouti en 2011, puis celles du Kenya (2012), de la Sierra Leone (2013), de l’Éthiopie (2014) et de l’Égypte (2026). La stabilisation relative de la Somalie, bien que fragile, est due en grande partie aux efforts déployés par les troupes africaines pour reprendre du terrain et affaiblir Al-Shabaab.
Les actions militaires soutenues menées par l’Égypte, l’Algérie, la Tunisie et la Libye ont également joué un rôle essentiel pour empêcher l’État islamique de s’implanter en Afrique du Nord après la défaite de ce groupe terroriste en Irak et en Syrie à la fin des années 2010. Alors qu’on comptait environ 3 700 décès par an liés à l’État islamique et aux groupes affiliés en Afrique du Nord en 2015 et 2016, la pression soutenue exercée a permis de ramener ce nombre à moins de 100 ces dernières années.
Dix-huit pays africains sont membres de la Coalition internationale contre l’État islamique.
Opérations de maintien de la paix
Collectivement, les pays africains sont les plus grands contributeurs de troupes aux opérations de paix régionales et internationales, avec une moyenne d’environ 70 000 soldats déployés par an au cours de la dernière décennie. Les pays africains enregistrent également un nombre de victimes au combat nettement plus élevé que n’importe quelle autre région du monde.
Cela inclut la participation à certaines des missions les plus difficiles au monde. En 2024, le Kenya a envoyé des unités de police en Haïti dans le cadre de la Mission multinationale d’appui à la sécurité, soutenue par le Conseil de sécurité de l’ONU, largement considérée comme l’une des missions internationales les plus dangereuses et les plus complexes en raison de la présence de gangs armés bien implantés contrôlant environ 90 % de la capitale, Port-au-Prince. Le Tchad a pris la relève des Kenyans en 2026.
Les pays africains sont également en première ligne pour faire face aux menaces sécuritaires sur le continent en mettant en place des opérations de maintien et de rétablissement de la paix dans le cadre de l’Union africaine (UA) et d’accords de sécurité sous-régionaux. Depuis la création de la Force africaine en attente en 2004, l’UA a déployé 27 opérations de maintien et de rétablissement de la paix. Parmi celles-ci figurent notamment celle menée dans le nord du Mozambique en 2021 pour y lutter contre les insurgés islamistes, et celle menée en République démocratique du Congo (RDC) en 2024 pour stabiliser les provinces orientales.
Sécurité maritime
La position géographique de l’Afrique la place au coeur des enjeux de sécurité maritime mondiaux.
Les défis maritimes sont mondiaux. La restriction des voies de navigation, la piraterie, le trafic de stupéfiants et d’armes, l’effondrement des pêcheries et l’extraction illicite de ressources transcendent les frontières et les régions. Situé entre l’océan Atlantique, la Méditerranée et l’océan Indien, le continent africain est au cœur des enjeux de sécurité maritime mondiaux. L’Afrique est au cœur des voies de navigation mondiales, des câbles sous-marins et des goulets d’étranglement essentiels au commerce et à la communication mondiaux.
La nature transnationale des menaces maritimes rend la coopération régionale indispensable. Les efforts d’un seul pays africain en matière de sécurité maritime sont limités si des acteurs malveillants peuvent simplement contourner ces restrictions et exploiter un autre des 38 pays côtiers d’Afrique. Cela est particulièrement crucial dans les contextes où les ressources sont limitées, où le partage d’informations, la coordination et la surveillance collaborative sont indispensables.
Créé en 2013, le Protocole de Yaoundé a réuni 25 pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale afin de former un front commun contre une multitude de menaces pesant sur la sécurité maritime dans le golfe de Guinée. Cela a contribué à une baisse spectaculaire de la piraterie le long de la côte ouest-africaine.

Le Code de conduite de Djibouti, qui regroupe 14 pays africains ainsi que les États du Golfe, a également joué un rôle central dans la lutte contre la piraterie et les vols à main armée en mer le long de la côte est de l’Afrique.
L’importance de ces deux organismes régionaux de coordination maritime est devenue de plus en plus cruciale, car un volume croissant de fret maritime transite par les côtes est et ouest de l’Afrique pour éviter les menaces dans le golfe Persique et la mer Rouge. Le nombre quotidien de navires transitant par le cap de Bonne-Espérance est passé à 78 navires, contre environ 40 en 2023, avant les premières attaques des Houthis contre des navires commerciaux en mer Rouge. Ces transits représentent 9,1 millions de barils de pétrole, soit une augmentation de 50 % par rapport à la même période.
La sécurité maritime dépend en outre de la coopération d’acteurs non étatiques. Les coopératives de pêche, les autorités portuaires, les services de sécurité privés, la société civile et les communautés côtières jouent tous un rôle essentiel. L’approche collaborative de l’Afrique en matière de sécurité maritime a permis à cet écosystème multi-acteurs d’approfondir la connaissance du domaine maritime et d’améliorer la gouvernance du continent.
Les expériences menées à travers le continent ont également renforcé l’importance de l’harmonisation juridique. L’incohérence des législations nationales nuit à l’application de la loi. L’harmonisation des définitions de la piraterie, de la pêche INN, de la traite et de la criminalité maritime est fondamentale pour l’interception et la poursuite des acteurs criminels.
Médiation
Agissant souvent en coulisses, les pays africains et les organismes régionaux ont joué un rôle de médiation essentiel pour mettre fin aux conflits.
L’UA, la Communauté de développement de l’Afrique australe et la Communauté de l’Afrique de l’Est ont collaboré pour soutenir les négociations internationales visant à mettre fin au conflit entre la RDC et les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda. Compte tenu de la complexité des facteurs sous-jacents à l’instabilité dans l’est de la RDC, le maintien de tout accord nécessitera un dialogue continu, un suivi et la mise en œuvre de réformes.
Les accords négociés sous l’égide de l’Afrique ont bien plus de chances d’être durables.
Avec le soutien de partenaires internationaux, l’UA a également mené le processus de paix qui a mis fin au conflit de 2020-2022 entre l’Éthiopie et le Tigré. Le groupe d’experts de premier plan de l’UA, dirigé par l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, l’ancien président kenyan Uhuru Kenyatta et l’ancienne vice-présidente sud-africaine Phumzile Mlambo-Ngcuka, a mis à profit le poids diplomatique de l’UA pour faciliter la conclusion de l’accord de cessation des hostilités.
Ces exemples reflètent une tendance plus générale. Parmi les conflits africains résolus par la médiation entre 1960 et 2017, seuls 12 % n’ont pas fait intervenir d’acteurs tiers africains. La plupart des efforts de médiation couronnés de succès ont fait appel à une combinaison d’acteurs africains et internationaux. De plus, les règlements obtenus grâce à la médiation africaine ont beaucoup plus de chances d’être durables.
Lutter contre les éclosions pandémiques
Les pays africains contribuent à renforcer la sécurité sanitaire mondiale face à de futures pandémies.
L’Ouganda s’est montré proactif en envoyant du personnel médical, du matériel et de l’expertise pour aider à endiguer la propagation de la dernière épidémie d’Ebola dans l’est de la RDC. En collaboration avec les autorités internationales et congolaises, les professionnels de santé ougandais continuent de jouer un rôle actif dans la surveillance, le dépistage et la prise en charge.
Dans le cadre du Partenariat pour la fabrication de vaccins en Afrique, les Centres africains de contrôle des maladies (Africa CDC) mettent en place des pôles de production locaux — à commencer par des projets pilotes en Afrique du Sud — tout en investissant dans les infrastructures, les compétences et la réglementation. L’objectif est de faire passer la production africaine de vaccins de 1 % au début de la pandémie de COVID-19 à 60 % d’ici 2040. Cet effort sert non seulement l’Afrique, mais aussi l’intérêt public mondial, car les pandémies ne connaissent pas de frontières.
Une autre illustration de l’engagement des pays africains en faveur de la santé publique mondiale est la promesse de plus de 45 millions de dollars faite par 14 pays africains dans le cadre du cycle d’investissement de l’Organisation mondiale de la santé, visant à générer un financement durable pour l’architecture sanitaire mondiale.
Renforcer les capacités de stabilisation en Afrique
Les pays africains ont également joué un rôle clé en aidant les pays africains touchés par des conflits à traverser la transition, souvent complexe et prolongée, vers la stabilité.
Le rôle joué par le Nigeria dans la reconstruction des forces armées du Liberia entre 2005 et 2014, à la suite d’une guerre civile brutale de 14 ans ayant entraîné l’effondrement de l’autorité politique et de l’armée, en est un exemple. Les officiers nigérians ont contribué au recrutement et à l’encadrement des nouveaux soldats et officiers, à la constitution de nouvelles unités, à la mise en place d’une structure de commandement et de contrôle, ainsi qu’à l’instauration de nouvelles directives en matière de formation et de doctrine. Cette initiative, soutenue par des partenaires internationaux, a été supervisée par un général nigérian nommé commandant en chef et chef d’état-major des Forces armées reconstituées du Liberia. Aujourd’hui, les Libériens comptent parmi les peuples les plus attachés à la démocratie et à la liberté sur le continent.
Les officiers africains reçoivent davantage de formation à l’étranger dans les écoles de formation des officiers d’autres pays africains que dans des établissements situés hors du continent.
Un processus similaire de renforcement pratique des institutions militaires africaines s’est déroulé au Burundi, où la Mission africaine au Burundi (AMIB), dirigée par l’Afrique du Sud — première mission multidimensionnelle de l’UA comptant des contributeurs issus de 8 pays africains —, a aidé à la réintégration des forces armées après une guerre civile de 12 ans. L’AMIB a ensuite évolué pour devenir l’Opération des Nations unies au Burundi, qui a consolidé davantage les efforts de stabilisation et aidé à préparer l’armée burundaise à assumer par la suite des rôles de maintien de la paix, notamment en Somalie, sept ans après l’Accord de paix d’Arusha de 2000.
Les pays africains apportent également leur contribution au renforcement mutuel des compétences en matière d’enseignement militaire professionnelle (EMP) . Le continent compte plus de 188 établissements d’enseignement supérieur destinés aux officiers, répartis dans 54 pays. Les officiers africains reçoivent davantage de formations à l’étranger dans les écoles d’EMP d’autres pays africains que dans des établissements situés hors du continent.
Plusieurs établissements de formation militaire professionnelle ont acquis une notoriété au fil des décennies. On peut notamment citer :
- Le Collège interarmées de commandement et d’état-major du Kenya, qui délivre le titre très convoité de « psc » (Passed Staff College) à l’issue de la formation,
- L’Académie militaire de Tanzanie, qui a formé plusieurs milliers de stagiaires et de jeunes officiers africains depuis les années 1960,
- Le Collège de commandement et d’état-major des forces armées du Nigeria, qui compte parmi ses anciens élèves une longue liste de chefs militaires africains et d’anciens chefs d’État et
- Le Collège national de défense d’Afrique du Sud, qui propose une formation avancée en matière de sécurité nationale à laquelle participent des officiers du monde entier.
Les initiatives multilatérales africaines fournissent également régulièrement une aide à la gouvernance dans les situations de crise. Des instruments de l’UA tels que l’Initiative de solidarité africaine, la Fondation africaine pour le renforcement des capacités et la Capacité africaine de réserve ont officialisé le déploiement d’experts civils afin de renforcer les institutions de gouvernance, l’État de droit, les services de police et l’administration publique dans les pays africains.
Depuis 2011, l’Initiative régionale de renforcement des capacités de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Intergovernmental Authority on Development ou IGAD) a déployé plus de 300 fonctionnaires africains au Soudan du Sud afin de soutenir la gouvernance au niveau de l’État et au niveau local ainsi que la gestion des recettes, avec le soutien du Programme des Nations unies pour le développement. Ce programme a ensuite été élargi grâce à un financement de la Banque africaine de développement et à un soutien technique apporté par des institutions régionales.
En Somalie, par l’intermédiaire du Centre africain pour le règlement constructif des différends (ACCORD), l’Afrique du Sud a fourni une assistance technique dans des secteurs clés du relèvement — notamment la gouvernance, la sécurité et la réconciliation — par le biais de mentorat, de formations et d’échanges institutionnels avec d’autres États africains. Ce programme a été soutenu par plusieurs partenaires internationaux, dont la Norvège.
Les pays africains apportent également un soutien direct à leurs partenaires mondiaux pour faire face aux menaces internationales en matière de sécurité, en leur offrant un accès et une marge de manœuvre sur le sol africain, notamment par le biais de bases militaires, de survols, d’accès à des installations de sécurité et de demandes d’interception.
Autres priorités
Si les pays africains apportent une contribution importante à la sécurité internationale, des progrès supplémentaires sont nécessaires pour renforcer les capacités du continent en matière de prévention, d’atténuation et de stabilisation des conflits.
Les organisations terroristes africaines et mondiales font preuve d’une sophistication croissante pour générer des revenus issus du commerce illicite, de la contrebande et du trafic, ainsi que du blanchiment d’argent, entre autres activités criminelles — ce qui a des implications pour la sécurité internationale. Cela n’est nulle part plus évident qu’avec Al-Shabaab, dont les revenus annuels sont estimés à 200 millions de dollars. Sa coopération croissante avec les Houthis au Yémen pose des défis directs au trafic maritime passant par le détroit de Bab al-Mandab et favorise l’extrémisme violent des deux côtés de la mer Rouge. Il est nécessaire de renforcer les capacités africaines en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme afin de faciliter davantage les efforts d’interception régionaux et internationaux.
Les flux financiers illicites coûteraient à l’Afrique environ 90 milliards de dollars par an. Cela érode une assiette fiscale qui pourrait atténuer les conflits et soutenir les efforts de stabilisation nationaux et régionaux. Il est nécessaire d’intensifier les efforts visant à renforcer les cadres réglementaires financiers, les systèmes fiscaux et la transparence financière dans le domaine des marchés publics.
Le commerce intra-africain reste faible, à environ 15 %, ce qui est bien inférieur aux niveaux observés en Asie (60 %) et dans l’Union européenne (70 %). Un commerce intra-africain accru peut générer davantage de croissance économique, d’emplois et de stabilité régionale. Cela souligne la nécessité de donner la priorité à la réduction des barrières non tarifaires, à l’harmonisation des régimes douaniers et à l’investissement dans les infrastructures transfrontalières. La mise en œuvre inégale de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), qui pourrait devenir la plus grande zone de libre-échange au monde, nécessite d’aligner les législations nationales sur ses protocoles, d’accélérer les réformes de la politique industrielle et de favoriser une participation accrue du secteur privé.
La mise en place d’un environnement de sécurité maritime plus solide nécessite des investissements politiques, éducatifs et institutionnels soutenus.
La mise en place par l’Afrique d’architectures de sécurité maritime est importante mais insuffisante. Le « manque de visibilité sur le domaine maritime » reste un défi pour le continent. Une sécurité maritime efficace nécessite en fin de compte des capacités opérationnelles accrues, notamment des navires de la marine et des garde-côtes en mer pour assurer une présence, mener des opérations d’interception et faire respecter le droit maritime. De nombreux gouvernements sous-estiment le domaine maritime. La mise en place d’un environnement de sécurité maritime plus solide nécessite des investissements politiques, éducatifs et institutionnels soutenus.
Les progrès limités en matière de réforme de l’UA entravent l’efficacité de cette organisation régionale dans la mise en œuvre de son programme de paix et de sécurité. Renforcer les moyens de la Commission de l’Union africaine, le secrétariat chargé de la mise en œuvre quotidienne du programme de l’UA, permettrait une action collective plus rapide et plus décisive, facilitant ainsi la coordination.
Malgré des engagements tels que la Déclaration d’Abuja de 2001, qui impose aux pays de consacrer un pourcentage de leur budget à la santé et à l’éducation, peu de pays africains respectent ces critères. Le faire permettrait de réaliser les investissements dans le capital humain qui attireront davantage d’investissements, d’emplois et de stabilité.
Les pays africains ont apporté des contributions notables à un environnement de sécurité internationale en pleine évolution. De nombreux gouvernements africains ont par ailleurs assumé leurs responsabilités régionales et internationales en matière de sécurité. Il reste toutefois beaucoup à faire pour renforcer les capacités africaines et les partenariats de sécurité afin de faciliter la coopération internationale nécessaire pour lutter contre la nature de plus en plus transnationale des menaces sécuritaires contemporaines.
Ressources complémentaires
- Daisy Muibu et Nicole Mazurova, « Countering Terrorism Financing in East Africa », Éclairage, Centre d’études stratégiques de l’Afrique, 6 août 2026.
- Centre d’études stratégiques de l’Afrique, « Évaluation des progrès réalisés dans le cadre du programme Afrique 2063 », Éclairage, 24 novembre 2025.
- Martha Bakwesegha, « Surmonter les difficultés à réformer l’Union africaine », Éclairage, Centre d’études stratégiques de l’Afrique, 5 août 2025.
- Centre d’études stratégiques de l’Afrique, « Le renforcement des liens entre Al-Shabaab et les Houthis aggrave les menaces sécuritaires dans la région de la mer Rouge », Éclairage, 12 juin 2025.
- Paul-Simon Handy et Félicité Djilo, « The African Comission at a Crossroads », ISS Today, Institute for Security Studies, 20 novembre 2024.
- Hubert Kinkoh, « A New Champion Could Drive Home African Union Reforms », ISS Today, Institute for Security Studies, 20 mars 2024.
- Paul Nantulya, « Les intérêts de l’Afrique dans le renforcement du système des Nations unies », Éclairage, Centre d’études stratégiques de l’Afrique, 30 août 2023.
- Lynsey Chutel, « The African Union Has a Brilliant Planfor Africa, if it Could Get it Right », Quartz Africa, 16 février 2019 (mis à jour le 21 juillet 2022).
- Paul Nantulya, « L’Union africaine fête ses 20 ans : beaucoup de réalisations, davantage de défis à relever », Éclairage, Centre d’études stratégiques de l’Afrique, 11 mars 2022.
