En Afrique, le nombre de victimes liées à la violence islamiste ne cesse d’augmenter dans un contexte d’évolution des tactiques

Le nombre de victimes imputables à la violence des groupes islasmistes militants en Afrique a dépassé les 20 000 pour la quatrième année consécutive, soulignant la résilience des groupes militants au Sahel, en Somalie, dans le bassin du lac Tchad et au Mozambique.


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Faits marquants

Le nombre record de 23 872 morts imputables aux groupes islamistes militants africains au cours de l’année écoulée s’inscrit dans la tendance observée depuis 2023, avec plus de 20 000 morts de ce type par an.

La hausse du nombre annuel de victimes (pour les 12 mois se terminant à la mi-2026) s’explique par une augmentation de 60 % des morts dans le bassin du lac Tchad et au Mozambique.

Le Sahel représente 42 % du nombre total de morts signalées en Afrique, suivi par la Somalie et le bassin du lac Tchad, avec 28 % chacun. Ces tendances régionales reflètent l’évolution de la violence des islamistes militants en Afrique ces dernières années. Sur les quelque 166 000 personnes tuées par la violence extrémiste en Afrique au cours de la dernière décennie, 92 % l’ont été au Sahel, en Somalie et dans le bassin du lac Tchad.

Bien que 15 pays africains aient connu un certain degré de violence islamiste au cours de l’année écoulée, 94 % de ces décès se sont produits dans cinq pays : la Somalie, le Nigeria, le Burkina Faso, le Mali et le Niger.

Le rythme de la violence s’est accéléré : les 23 872 morts enregistrées au cours de l’année écoulée représentent une hausse de 77 % par rapport à 2021.

Le rythme de cette violence s’est accéléré. Les 23 872 morts enregistrées au cours de l’année écoulée représentent une hausse de 77 % par rapport aux 13 507 morts de 2021 et une augmentation de près de 150 % par rapport aux 10 002 morts recensées en 2017.

Quatre des cinq théâtres d’opérations ont connu une augmentation du nombre de victimes au cours de cette décennie. Seule l’Afrique du Nord a suivi une tendance inverse.

L’année écoulée a également été marquée par une hausse de 42 % du nombre de victimes (passant de 4 221 à 5 980) liées à des actes de violence à distance. Plus de 90 % d’entre elles sont dues à des frappes aériennes. Toutefois, le nombre de victimes liées aux drones est en augmentation, ce qui reflète l’évolution des tactiques employées tant par les armées africaines que par les groupes islamistes militants.

Sahel

Les 9 928 morts signalées imputables à des groupes islamistes militants au Sahel représentent un chiffre supérieur à celui de toute autre région d’Afrique.

  • Les 9 928 morts signalées imputables à des groupes islamistes militants au Sahel (principalement au Burkina Faso, au Mali et au Niger) représentent un chiffre supérieur à celui de toute autre région d’Afrique. Cette tendance s’inscrit dans la continuité de celle observée depuis 2022. Depuis lors, près de 49 000 morts imputables à l’extrémisme violent ont été recensés au Sahel.
  • La détérioration de la situation sécuritaire au Sahel est probablement sous-estimée, compte tenu des restrictions croissantes imposées à la couverture médiatique par les juntes militaires au pouvoir dans chacun des pays du Sahel.
  • Au cours de l’année écoulée, cette détérioration a été marquée par une série d’attaques très médiatisées perpétrées par des groupes militants. En mai 2025, la coalition Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimeen (JNIM) a lancé une vague d’attaques coordonnées à grande échelle dans le nord et l’est du Burkina Faso. En septembre, le JNIM a orchestré un blocus national du carburant au Mali, provoquant des coupures d’électricité et des pénuries d’eau à Bamako. En avril 2026, le JNIM a attaqué Bamako et d’autres villes du Mali, tandis que le groupe séparatiste, le Front de libération de l’Azawad (FLA), s’emparait de Kidal, dans le nord du Mali. En juin, le JNIM a attaqué l’aéroport de Niamey, au Niger.
  • Ces revers lors des affrontements ont également entraîné des pertes humaines et matérielles importantes pour la force paramilitaire russe Africa Corps, principal soutien des juntes militaires sahéliennes.

Près de 49 000 morts imputables à l’extrémisme violent ont été recensées au Sahel depuis 2022.

  • La coalition de groupes islamistes militants JNIM est la plus meurtrière de la région puisque 76 % de l’ensemble des morts liées aux militants lui sont imputables.
  • Depuis la formation officielle de la coalition JNIM, il y a de cela 10 ans, en mars 2017, le Sahel a connu une multiplication par environ 22 du nombre de morts imputables aux activités des militants islamistes. Les attaques menées dans plusieurs villes et la capacité à perturber des infrastructures clés au Mali et au Burkina Faso témoignent du niveau croissant de sophistication et de coordination du JNIM.
  • L’État islamique au Grand Sahara (EIGS), qui opère principalement dans les zones frontalières des États du Sahel, est impliqué dans 19 % des morts (soit 1 842) imputables aux groupes islamistes militants dans la région. L’EIGS a réussi à conserver le contrôle de la région de Ménaka au Mali malgré les tentatives de l’armée et du JNIM pour l’en déloger. L’EIGS continue de mener des attaques contre des positions militaires au Niger, comme celle perpétrée contre l’aéroport de Niamey en janvier 2026.
  • L’EIGS se distingue par son recours à la violence contre les civils puisque 36 % des morts de ce type lui sont imputables au Sahel. Il s’agit du deuxième taux de mortalité de civils le plus élevé parmi les groupes islamistes militants du continent. Le Niger est au cœur d’une grande partie de cette violence. Les morts de civils représentent environ 35 % de l’ensemble des morts imputables aux groupes islamistes militants au Niger, un taux plus élevé qu’ailleurs dans la région.
  • Les armées du Mali et du Burkina Faso — ainsi que leurs homologues russes — continuent d’être associées à davantage de morts de civils que le JNIM et l’EIGS réunis, ce qui favorise le recrutement par les groupes islamistes militants.

Au cours de l’année écoulée, le nombre de victimes a diminué de 78 % tant au Bénin qu’au Togo.

  • Ces dernières années, les groupes islamistes militants du Sahel ont déployé des efforts concertés pour étendre leur influence aux pays côtiers d’Afrique de l’Ouest voisins, en particulier le Bénin et le Togo. Le contrôle des routes commerciales menant au Burkina Faso et au Mali permettrait d’accroître encore les revenus dont disposent le JNIM et l’EIGS.
  • Au cours de l’année écoulée, le nombre de victimes a cependant baissé de 78 % tant au Bénin (passant de 277 à 81 morts) qu’au Togo (passant de 194 à 43 morts). Cette évolution est probablement en grande partie liée aux efforts de stabilisation déployés par ces pays. Néanmoins, on s’attend à ce que le JNIM continue de tenter d’étendre sa présence dans ces pays ainsi qu’en Côte d’Ivoire et au Ghana.
  • Les groupes islamistes militants du Sahel ont gagné du terrain dans le nord-ouest du Nigeria au cours de l’année écoulée. Le nombre de victimes imputables à ces groupes est passé de zéro en 2024 à 136 en 2025, puis à 504 en 2026. Le JNIM et l’EIGS semblent tous deux collaborer avec d’autres groupes armés au Nigeria – notamment la faction Sadiku de Boko Haram, Ansaru et Lakurawa, ainsi que divers gangs criminels (connus localement sous le nom de « bandits »). Lakurawa s’est montré particulièrement actif, le nombre de morts qui lui sont imputables étant passé de 136 à 509 au cours de l’année écoulée. La convergence entre les activités des extrémistes violents et la criminalité organisée pose un nouveau défi sécuritaire croissant aux autorités nigérianes.

Somalie

  • La Somalie enregistre en moyenne environ 7 350 morts par an imputables à des groupes islamistes militants depuis 2023, ce qui en fait le deuxième théâtre le plus meurtrier du continent (après le Sahel).

Avec le recours croissant aux frappes aériennes et au déploiement de drones, la violence à distance représente désormais environ 40 % des morts en Somalie.

  • 95 % de ces morts sont imputables à Al-Shabaab, qui est le groupe islamiste le mieux doté en ressources d’Afrique, avec des revenus annuels estimés à 200 millions de dollars et le contrôle de vastes étendues de territoire.
  • Le niveau de violence élevé et persistant de ces dernières années se traduit par une augmentation de 88 % du nombre moyen annuel de victimes (passant de 3 900 à 7 350) par rapport à la décennie précédente.
  • Les morts liées aux batailles ont généralement représenté plus de 70 % des morts enregistrées en Somalie, reflétant les luttes incessantes pour le contrôle du territoire et des axes de transport clés. Avec le recours croissant aux frappes aériennes et au déploiement de drones, ce ratio a évolué. La violence à distance provoque désormais environ 40 % des morts.
  • Al-Shabaab représente une menace pour la sécurité régionale en raison de ses mécanismes de génération de revenus illicites en constante évolution et en pleine expansion, s’étendant à travers l’Afrique de l’Est et la région de la mer Rouge.
  • Les liens de plus en plus étroits entre Al-Shabaab et le groupe paramilitaire houthi au Yémen renforcent la capacité des deux groupes à mener des actions déstabilisatrices, notamment la perturbation du trafic maritime dans le détroit de Bab al-Mandab.
  • Al-Shabaab est également impliqué dans la piraterie dans le golfe d’Aden et dans l’océan Indien occidental, au large des côtes somaliennes. La recrudescence de la piraterie, qui a débuté en 2023, parallèlement aux attaques des Houthis contre des navires en mer Rouge, accroît les risques sur le trafic maritime commercial, entraînant des pertes économiques se chiffrant en milliards de dollars et une hausse des coûts de transport.

Bassin du lac Tchad

  • Le bassin du lac Tchad a connu une hausse de 60 % du nombre de morts imputables à la violence des groupes islamistes militants au cours de l’année écoulée (passant de 4 153 à 6 643 morts). Cette hausse fait suite à une période de quatre ans marquée par une stabilité ou une baisse du nombre de morts.
  • Cette forte augmentation du nombre de victimes s’explique en grande partie par une hausse de 92 % des morts liées aux batailles, ce qui souligne l’intensification des efforts déployés par les forces armées nigérianes et d’autres armées de la région pour lutter contre les groupes militants.
  • La hausse du nombre de victimes est liée à la fois à Boko Haram et à l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWA), qui sont à l’origine d’un nombre globalement similaire de morts — une tendance qui persiste depuis 2024.
  • L’ISWA a été à l’origine d’une hausse de 85 % du nombre de morts (passant de 1 905 à 3 520) au cours de l’année écoulée. Parmi elles, 2 493 morts sont liées aux batailles, ce qui représente une augmentation de 140 % par rapport à l’année précédente. À titre d’exemple, l’ISWA a intensifié ses attaques contre les avant-postes militaires nigérians disséminés dans l’État de Borno. Il a également accru la pression sur les communautés camerounaises situées le long des frontières avec le Nigeria et le Tchad, afin de leur extorquer le plus de ressources économiques possible.

La forte augmentation du nombre de victimes dans le bassin du lac Tchad résulte en grande partie d’une hausse de 92 % des morts liées aux batailles, ce qui souligne l’intensification des efforts déployés pour lutter contre les groupes militants.

  • Boko Haram est à l’origine d’une augmentation constante de la violence contre les civils au cours des cinq dernières années, ce qui a entraîné un triplement du nombre de morts parmi les civils (passant de 188 à 724) pendant cette période. Au cours de l’année écoulée, Boko Haram a été responsable de 65 % des morts liées à la violence contre les civils dans la région. Depuis 2021, Boko Haram a causé plus du double de morts parmi les civils que l’ISWA.
  • Bien qu’il englobe les régions frontalières du Nigeria, du Cameroun, du Tchad et du Niger, l’épicentre de la violence dans le bassin du lac Tchad demeure les trois États du nord-est du Nigeria (Borno, Yobe et Adamawa), qui représentent 91 % de l’ensemble des victimes dans la région. Toutefois, Boko Haram aurait également intensifié ses opérations dans le nord du Cameroun, le sud-ouest du Tchad et le sud-est du Niger, prenant pour cibles des civils, des forces militaires et des militants rivaux de l’ISWA. Les deux groupes parviennent à recruter au sein des communautés locales du Cameroun, qui subissent depuis des années des perturbations économiques et l’insécurité. Néanmoins, le nombre de victimes au Cameroun a diminué de 45 % depuis son pic de 2024.

La convergence de groupes extrémistes violents et de groupes criminels [dans le nord-ouest du Nigeria] a rendu les défis sécuritaires dans cette région de plus en plus complexes.

  • Boko Haram est également devenu de plus en plus visible dans certaines parties du nord-ouest du Nigeria, où il n’avait par le passé pas beaucoup de présence. Des cellules de Boko Haram ont été repérées dans l’État de Kebbi, sur la montagne Dutsin Maiqardaji de l’État de Zamfara, et dans le parc national du lac Kainji, situé à cheval sur les États du Niger et de Kwara. La faction Sadiku de Boko Haram a mené de multiples attaques et enlèvements à partir de ces endroits ainsi que de l’État d’Oyo, plus au sud, le long de la frontière avec le Bénin.
  • Depuis 2020, des cellules d’Ansaru ont également été associées à des incidents violents dans le nord-ouest du Nigeria, région qui est un foyer de violence organisée par des gangs se traduisant par des extorsions, des enlèvements et des saisies de biens. Selon les estimations, ces groupes criminels seraient responsables de plus de 2 700 morts par an (non inclus dans les chiffres ci-dessus). La convergence des groupes extrémistes violents et des groupes criminels — ainsi que, de plus en plus, la propagation de cellules islamistes militantes en provenance du Sahel — a rendu les défis sécuritaires dans cette région de plus en plus complexes.

Mozambique

  • Cela fait environ une décennie que le groupe islamiste Ahl al Sunna wal Jama’a (ASWJ—appelé localement al-Shabaab) a commis sa première attaque violente contre un village du Cabo Delgado en octobre 2017. La violence s’est rapidement intensifiée, avec plus de 2 000 morts imputables à l’ASWJ en 2021. Après l’arrivée en 2021 des forces de sécurité de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et du Rwanda, le groupe militant a été affaibli, et le nombre annuel de victimes est tombé à 337 en 2024.
  • La menace posée par l’ASWJ persiste toutefois. Depuis le départ des forces de la SADC en juillet 2024, le nombre de morts imputables à l’ASWJ a augmenté, avec notamment une hausse de 58 % au cours de l’année écoulée (passant de 341 à 539 cas).
  • Les attaques contre les civils ont toujours été une caractéristique déterminante de la violence de l’ASWJ, et cela reste un axe central de ses activités. La part des morts résultant de violences contre les civils est de 40%, plus élevée que sur tout autre théâtre du continent.

Les attaques contre les civils ont toujours été une caractéristique déterminante de la violence de l’ASWJ, et cela reste un axe central de ses activités.

Afrique du Nord

  • L’Afrique du Nord est le seul théâtre de conflits où l’on a observé un recul substantiel et soutenu de la violence des groupes islamistes militants, principalement l’État islamique (EI), au cours de la dernière décennie. Le nombre annuel de victimes étant passé d’un pic de plus de 3 700 en 2016 à 31 au cours de l’année écoulée.

Dans le sud de la Libye, des cellules d’AQMI et de l’EI se sont infiltrées au sein des réseaux criminels régionaux.

  • Pratiquement tous les incidents liés à l’extrémisme violent survenus dans la région ces dernières années ont eu lieu en Algérie et ont principalement consisté en des opérations militaires contre de petites cellules d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) ou de l’EI.