Au-delà du M23 : s’attaquer aux causes profondes du conflit en RDC

La stabilisation de l’est de la RDC ne se fera pas, en fin de compte, sur le champ de bataille, mais en relançant les processus intra-congolais et africains visant à résoudre les questions de citoyenneté, de réforme du secteur de la sécurité et d’une plus grande transparence du secteur minier.


Une manifestation dans le Sud-Kivu réclame la paix et le dialogue entre le gouvernement et le M23. (Photo : AFP/Amani Alimasi)

Les combats qui opposent actuellement le Mouvement du 23 mars (M23) au gouvernement congolais mettent en évidence les obstacles persistants à une paix durable dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Ce conflit se caractérise par un recours accru aux drones armés, à l’artillerie lourde et aux explosifs dans les zones civiles. L’assassinat du porte-parole du M23, Willy Ngoma, en février 2026 lors d’une frappe de drone près de Rubaya (Nord-Kivu), une zone minière qui produit entre 15 et 30 % de l’approvisionnement mondial en coltan, souligne les multiples facettes d’un conflit qui perdure depuis les années 1990.

Plus de 120 groupes armés opèrent dans l’est de la RDC.

Les combats les plus intenses de la dernière phase du conflit se sont concentrés dans les montagnes du Sud-Kivu, en particulier autour du territoire de Minembwe. Aux côtés de l’armée congolaise, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), se trouvent les milices Wazalendo, les forces burundaises et les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) — vestiges des forces Interahamwe impliquées dans le génocide de 1995 contre les Tutsis au Rwanda.

Elles combattent le M23, fort de 30 000 à 40 000 hommes, et l’Alliance du fleuve Congo (AFC) au sens large, qui serait, selon de nombreuses sources, soutenue par le Rwanda et l’Ouganda. Si le Rwanda nie apporter un soutien militaire au M23, il exprime publiquement sa sympathie pour ses objectifs et pour la protection des communautés locales dans les Kivus.

L’accès humanitaire à la région est sévèrement restreint depuis plus d’un an. Les structures médicales sont confrontées à des pénuries de fournitures de base, tandis que les civils restent pris au piège entre des acteurs armés rivaux. Le conflit a provoqué le déplacement de plus de 4,3 millions de personnes dans les Kivus depuis la résurgence du M23 en 2024. La crise a été encore aggravée par une épidémie d’Ebola qui a touché des milliers de personnes et continue de s’aggraver.

La persistance de ce conflit souligne l’importance de comprendre ses causes profondes.

Une confiance ébranlée avec les communautés locales

Les gouvernements congolais successifs ont tour à tour accordé, retiré puis rétabli la nationalité congolaise aux ressortissants d’origine rwandaise, à savoir les communautés banyamulenge, banyamasisi et barundi des régions des Kivus, dans l’est de la RDC. Ces mesures s’inscrivent dans le cadre des récriminations à l’encontre de ces communautés, d’où ont émané tous les conflits majeurs du pays depuis les années 1990. Cela a relégué ces communautés à un statut de seconde zone, malgré la reconnaissance constitutionnelle de leurs droits de citoyenneté, qui ont également été intégrés dans des initiatives de paix majeures telles que l’accord de Sun City de 2003.

Des habitants fuient alors que le groupe rebelle M23 s’empare de territoires dans l’est de la RDC, le 26 janvier 2025. (Photo : AFP/Jospin Mwisha)

La confiance déjà limitée dans le gouvernement a été renforcée par son incapacité à fournir les services de base. Les communautés de l’est de la RDC comptent régulièrement sur les systèmes de santé du Burundi, du Rwanda et de l’Ouganda. Lors de la dernière épidémie d’Ebola, l’Ouganda a mis en place des centres de traitement pour les patients congolais, déployé du personnel de santé et créé des unités de soins ainsi que des laboratoires mobiles dans l’est de la RDC. Le fait que ces mêmes pays soient également intervenus militairement en RDC et aient soutenu des acteurs armés contestant l’autorité du gouvernement congolais met encore davantage en évidence la complexité des relations entre les communautés locales et le gouvernement.

Ces actions s’inscrivent dans le cadre des récriminations adressées à ces communautés, d’où ont émané tous les conflits majeurs du pays depuis les années 1990.

Les litiges électoraux ont encore affaibli la confiance du public dans les institutions gouvernementales. Une série d’élections contestées, aggravée par des perturbations répétées de l’inscription des électeurs et du scrutin dues à l’insécurité, a renforcé le sentiment que les intérêts des citoyens de l’est de la RDC sont sous-représentés.

Le président Félix Tshisekedi a fait monter les enchères en avertissant, à l’instar de ses prédécesseurs, que les élections présidentielles prévues en décembre 2028 ne pourraient avoir lieu si le conflit dans l’est de la RDC restait sans solution. Son intention affichée de briguer un troisième mandat, ce qui pourrait lui permettre de rester au pouvoir jusqu’en 2036, risque d’aggraver la conviction que les griefs ne peuvent être résolus par la voie politique. On peut s’attendre à ce que les mouvements armés amplifient ces tensions pour présenter le gouvernement comme étant incapable de faire respecter l’ordre constitutionnel ou peu disposé à représenter l’ensemble des citoyens congolais.

Pour le M23, de tels discours renforcent ses revendications en faveur d’une plus grande autonomie et favorisent l’expansion des structures de gouvernance parallèles que le groupe a mises en place dans les zones sous son contrôle. Bien que le M23 soit dominé par des combattants banyamulenge, il s’efforce de se présenter comme un mouvement national par le biais de son alliance plus large, l’AFC. Une incertitude politique persistante pourrait ouvrir de nouveaux foyers de conflit au-delà des Kivus.

La citoyenneté reste une question politique non résolue

L’un des facteurs les plus sensibles à l’origine du conflit dans l’est de la RDC est le statut non résolu des communautés congolaises originaires de la région des Grands Lacs. Ces communautés ont été séparées lors du partage de l’Afrique à la fin du 19ème siècle, laissant des populations partageant des liens historiques communs dispersées à travers des territoires qui sont devenus par la suite l’Ouganda, la RDC, le Burundi et la Tanzanie.

Bien qu’ils soient souvent présentés comme ethniques, ces conflits portent fondamentalement sur la citoyenneté.

Bien qu’ils soient souvent présentés comme ethniques, ces conflits portent fondamentalement sur la citoyenneté, la reconnaissance constitutionnelle et l’inclusion politique. Les ambiguïtés entourant ces questions essentielles ont été exploitées à maintes reprises par les acteurs politiques, alimentant la discrimination, les conflits fonciers et la mobilisation armée.

L’Ouganda en offre un exemple instructif. La rébellion menée par le président Yoweri Museveni entre 1978 et 1986 a bénéficié d’un soutien important de la part des exilés rwandais, des immigrés et des communautés banyarwandas — des Ougandais d’origine rwandaise. Ces communautés ont subi pendant des décennies des discriminations, des persécutions, des assassinats ciblés et de longues périodes d’apatridie, alors même qu’elles figuraient parmi les six plus grandes communautés ethniques de l’Ouganda lors des recensements de 1948 et 1959.

Ces griefs les ont poussés, ainsi que les membres des communautés d’exilés et d’immigrés majoritairement tutsis, à rejoindre le Mouvement national de résistance (NRM) de Museveni, arrivé au pouvoir en 1986. Afin d’éviter que ces griefs ne resurgissent, la Constitution ougandaise de 1995 a reconnu les Banyarwanda comme l’une des communautés ethniques de l’Ouganda, dotés de droits et de devoirs égaux.

De nombreux immigrés et exilés rwandais, ainsi que des Banyarwanda membres du NRM, ont par la suite constitué le noyau dur du Front patriotique rwandais, qui a porté Paul Kagame — lui-même ancien combattant du NRM puis haut responsable de l’armée ougandaise — au pouvoir au Rwanda en 1994.

Divers noms pour désigner les communautés ayant des liens ancestraux avec le Rwanda et le Burundi

PaysNomsReconnaissance juridique
OugandaBanyarwanda
  « Ceux qui sont originaires du Rwanda. »

Bafumbira
  « Ceux qui sont originaires des collines de Mufumbira. »
Oui
TanzanieBanyarwanda
  « Ceux qui sont originaires du Rwanda. »
Oui
RDCBanyamulenge
  « Ceux qui sont originaires des collines de Mulenge. »

Banyamasisi
  « Ceux qui sont originaires de Masisi. »

Barundi
  « Ceux qui sont originaires du Burundi. »
Ambiguë

En Tanzanie voisine, la Constitution ne mentionne pas explicitement l’appartenance ethnique, mais fournit un cadre qui met l’accent sur la naissance, la filiation et la naturalisation, indépendamment de l’origine nationale.

Bien qu’imparfaites, les approches ougandaise et tanzanienne ont permis de réduire l’incertitude quant à l’appartenance politique. Si des griefs impliquant ces communautés éclatent périodiquement dans les deux pays, le cadre constitutionnel prévoit des mécanismes de résolution des conflits. La RDC n’a pas encore atteint un tel niveau de clarté.

Des institutions de sécurité fragmentées

L’incapacité à maintenir la stabilité dans l’est de la RDC découle également en partie des faiblesses persistantes du secteur de la sécurité congolais. Outre les 150 000 policiers, les FARDC, fortes de 235 000 hommes, continuent de faire face à une fragmentation, à un manque de discipline et à des chaînes de commandement concurrentes qui limitent leur efficacité opérationnelle.

Ces faiblesses contribuent à expliquer le recours continu du gouvernement aux milices, aux forces étrangères et aux mercenaires pour faire face aux rébellions armées — une tendance qui persiste depuis des décennies. Plus de 120 groupes armés opèrent dans l’est de la RDC, en particulier dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri et du Tanganyika.

La montée en puissance des milices Wazalendo illustre ce dilemme. Si ces groupes ont apporté des effectifs supplémentaires pour lutter contre le M23, leur prolifération complique les structures de commandement, crée des centres d’autorité concurrents et sape la réforme à long terme du secteur de la sécurité. Ces milices gouvernementales ont par ailleurs été accusées de violations des droits de l’homme, notamment à l’encontre des communautés banyamulenge.

About two dozen young men in civilian clothes run as a group across a field.

Des volontaires de Wazalendo s’entraînent au stade de Funu à Bukavu le 1er février 2025, en vue de combattre aux côtés des FARDC contre le groupe M23. (Photo : AFP/Amani Alimasi)

La décision du gouvernement de la RDC de réduire les effectifs de la force de maintien de la paix des Nations unies, la MONUSCO, en 2024, et de dissoudre la Force régionale de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) en 2022 a encore compliqué le paysage sécuritaire. Malgré des désaccords sur leurs mandats, ces deux forces ont obtenu des résultats concrets en réduisant la violence, en facilitant le dialogue avec les groupes armés, en rouvrant les zones contestées et en élargissant l’accès humanitaire. Leur réduction d’effectifs et leur départ ont supprimé d’importants mécanismes de stabilisation et permis à des acteurs armés rivaux de combler le vide.

Conscient de la nécessité de renforcer les FARDC, le gouvernement congolais a presque triplé les dépenses militaires en RDC depuis 2022, pour les porter à environ 1,1 milliard de dollars. Toutefois, cela ne s’est pas encore traduit par l’établissement d’un monopole de la force dans l’est de la RDC et souligne la valeur inestimable de la création d’une force de sécurité nationale professionnelle, responsable et digne de confiance.

Nécessité de transparence et de stabilité dans le secteur minier

La faiblesse des contrôles a permis à des milices privées et à des acteurs armés de prendre le contrôle des sites miniers.

Au lieu de stimuler le développement, les immenses richesses en ressources naturelles de la RDC, notamment l’or, le cobalt, le cuivre, le lithium et le coltan, ont souvent favorisé l’émergence de réseaux clientélistes et financé des groupes armés dans ce que beaucoup qualifient d’ « économie de conflit ».

La faiblesse des contrôles a permis à des milices privées et à des acteurs armés de prendre le contrôle de sites miniers, d’imposer des taxes informelles et d’utiliser les revenus tirés des ressources pour financer leurs opérations. Les pays voisins, notamment le Rwanda et l’Ouganda, auraient également connu une forte augmentation des exportations de coltan, alors que leurs réserves sur leur territoire sont peu connues.

Il en résulte une « économie de conflit » dans laquelle une mauvaise gouvernance des ressources renforce les réseaux armés, sape la confiance du public et affaiblit encore davantage l’autorité de l’État. Une gouvernance minière transparente est donc essentielle pour garantir que la richesse issue des ressources contribue à la sécurité nationale, aux services publics et au développement, plutôt que de perpétuer l’instabilité.

A soldier stands amid several dozen local residents with a partially mined hill looms behind them.

Un soldat du M23 se tient près des fosses d’extraction de coltan à Rubaya. (Photo : AFP/Camille Laffont)

Les leçons oubliées des accords de paix précédents

Le conflit actuel en RDC persiste non pas parce que les solutions sont inconnues, mais parce que les accords précédents ont été mal mis en œuvre. L’accord de paix de Lusaka de 1999, le Dialogue intercongolais de 2001-2003 et l’accord de Sun City de 2003 avaient identifié bon nombre des défis majeurs d’aujourd’hui : la nécessité d’une réforme du secteur de la sécurité, de la décentralisation, de l’inclusion politique, de la citoyenneté et de la gouvernance des ressources.

Étienne Tshisekedi, leader de longue date de l’opposition, signe l’accord de Sun City, le 2 avril 2003. (Photo : AFP/Alexander Joe)

Il est donc essentiel de comprendre pourquoi les accords précédents ont échoué pour briser le cycle de la violence en RDC. Plusieurs enseignements se dégagent de ces efforts passés :

  • Les engagements politiques se sont souvent révélés temporaires, les gouvernements successifs ayant tendance à privilégier les compromis politiques à court terme plutôt que le respect des accords qu’ils avaient négociés.
  • Les signataires ont appris qu’ils pouvaient contourner les mécanismes de contrôle et d’équilibre intégrés à ces accords en les abrogeant purement et simplement ou en pratiquant le « forum shopping » pour négocier de nouveaux accords de paix. Les futurs accords devront s’accompagner de mécanismes de suivi rigoureux afin de vérifier leur respect, d’identifier les risques émergents et de prendre des mesures correctives.
  • Les gouvernements successifs n’ont pas réussi à mettre en place ni à doter de ressources suffisantes les institutions clés identifiées dans les accords pour renforcer la transparence, la participation et la représentation au sein des instances de contrôle du gouvernement et du secteur minier dans l’est de la RDC.
  • Les garants régionaux et internationaux n’ont pas assuré le suivi de ces accords ni veillé à leur mise en œuvre. Cela a donné l’impression que le contournement ou le démantèlement de ces engagements n’entraînerait pas de conséquences significatives.

Ces enseignements constituent des repères pour les efforts actuels visant à stabiliser l’est de la RDC. Plutôt que de concevoir des cadres entièrement nouveaux, les efforts de consolidation de la paix devraient réexaminer et renforcer les principes inscrits dans les accords précédents, tout en créant des mécanismes de mise en œuvre et de responsabilisation plus solides.

L’Union africaine (UA) a lancé une initiative de médiation de haut niveau avec le président Tshisekedi et toutes les parties prenantes afin de réduire le risque de propagation des rébellions armées en RDC et de soutenir les efforts diplomatiques menés en parallèle pour mettre fin à la crise du M23. La Fondation Thabo Mbeki complète les efforts de l’UA en organisant régulièrement des dialogues de haut niveau avec tous les acteurs clés de la RDC, notamment le M23, des parlementaires, des hauts fonctionnaires, des représentants de la société civile et d’autres groupes armés, afin de catalyser un débat national sur le modèle du Dialogue intercongolais (ICD), que le président Mbeki a contribué à négocier et à présider.

Ces efforts seront indispensables pour garantir l’appropriation et la participation africaines à tout accord qui pourrait voir le jour.

Ouvrir la voie à une stabilité durable

Le conflit actuel en RDC persiste non pas parce que les solutions sont inconnues, mais parce que les accords précédents ont été mal mis en œuvre.

Ni le gouvernement congolais ni le M23 ne semblent convaincus que la diplomatie à elle seule puisse permettre d’atteindre leurs objectifs. En conséquence, les opérations militaires et les négociations se déroulent en parallèle. Un règlement durable nécessite un processus politique plus large, axé sur le rétablissement de la confiance avec les communautés de l’est de la RDC, la protection des droits civiques de tous les Congolais, le renforcement des capacités et de la responsabilité des acteurs congolais de la sécurité, ainsi que l’instauration d’une plus grande transparence dans le secteur minier.

Un dialogue national renouvelé, inspiré du Dialogue intercongolais, offre un mécanisme piloté par l’Afrique pour s’attaquer à ces facteurs sous-jacents et devrait inclure les partis politiques, les représentants des communautés touchées, la société civile, les chefs religieux et les autorités coutumières.

En s’appuyant sur les enseignements tirés des accords de paix précédents, l’UA, la CAE et la Communauté de développement de l’Afrique australe ont un rôle central à jouer dans la mise en œuvre d’un cadre pour une paix durable en RDC.

L’histoire politique complexe du Congo montre que les solutions militaires à elles seules ont peu de chances d’aboutir à une paix durable. Un processus mené par l’Afrique et soutenu par la communauté internationale, combinant une gestion immédiate du conflit et un dialogue national plus large, offre la voie la plus prometteuse vers une stabilité à long terme.

Paul Nantulya a participé en tant qu’observateur au processus de la Déclaration des principes congolais en 1999, au Dialogue intercongolais de 2000 à 2003, ainsi qu’aux processus associés, notamment les Accords de Pretoria de 2002.


Ressources complémentaires