
Les soignants santé et les travailleurs humanitaires se soumettent à un contrôle de température et se lavent les mains avant d’entrer dans un centre de traitement d’Ebola à Rwampara, en Ituri. (Photo : AFP/Jospin Mwisha)
La dernière épidémie du virus Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) — la 17ème que connaît le pays depuis 1976 — a entraîné plus de 1 000 cas confirmés et plus de 500 décès. Le nombre de cas a augmenté plus rapidement lors de cette épidémie que lors de toute autre épidémie d’Ebola à ce jour. La Croix-Rouge indique que l’épidémie n’a pas encore atteint son pic et pourrait durer un an. Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) des États-Unis ont estimé que, dans le pire des cas, et en l’absence d’intervention, l’épidémie pourrait atteindre au moins 20 000 cas. Les zones les plus exposées sont les provinces voisines de l’est de la RDC, le Soudan du Sud voisin et les régions frontalières de l’Ouganda.
La lutte contre cette épidémie est particulièrement difficile en raison de l’éloignement de la région et de l’insécurité persistante.
L’épidémie se concentre dans le nord-est de la RDC, avec plus de 97 % de l’ensemble des cas recensés dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Seuls 19 cas ont été signalés en Ouganda voisin, et ils concernent principalement des personnes ayant voyagé depuis les régions touchées de la RDC. Le système de santé publique ougandais a réagi activement à l’épidémie — tant en Ouganda qu’au-delà de la frontière, en RDC — en soutenant la surveillance, le dépistage et la prise en charge.
Outre l’absence de vaccin éprouvé contre le variant Bundibugyo, la riposte actuelle à Ebola est particulièrement difficile en raison de l’éloignement de la région et de l’insécurité persistante causée par des dizaines de groupes armés opérant dans la zone. On estime que l’épidémie circulait au sein de la communauté depuis des semaines, voire des mois, avant d’être détectée et confirmée le 15 mai 2026. Aujourd’hui, les responsables de la santé publique s’empressent d’endiguer la propagation, de prodiguer des soins, de retracer et de suivre les contacts, et de déployer des campagnes de communication sanitaire dans toute la région et dans les pays voisins.
Voici un aperçu de ce que l’on sait à ce jour.
Quelle est l’étendue de l’épidémie ?
Trois des 26 provinces de la RDC ont signalé des cas d’Ebola depuis mai. La province d’Ituri est au cœur de cette épidémie, avec environ 90 % des cas confirmés. Les autres cas recensés en RDC sont apparus dans deux autres provinces de l’est du pays : le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
Les 3 % de cas confirmés en Ouganda se sont limités à la capitale, Kampala, où une intervention sanitaire forte a permis de maîtriser l’épidémie. Un médecin de retour d’une mission de lutte contre Ebola en RDC a également été testé positif en France. Bien que les autorités sanitaires aient déclaré le Soudan du Sud pays à haut risque—notamment en raison de ses frontières poreuses avec la RDC, de la faiblesse de son système de santé publique et de son instabilité persistante — aucun cas n’y a encore été détecté. Les autorités du Soudan du Sud ont par ailleurs collaboré avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour mettre en place des protocoles de dépistage à leurs frontières avec la RDC et l’Ouganda.
Qu’est-ce qu’Ebola ?
Le virus Ebola appartient à un genre de virus responsables de fièvres hémorragiques graves. Détecté pour la première fois en 1976, il présente un taux de létalité compris entre 25 et 90 %. Des soins intensifs précoces, comprenant une réhydratation et la prise en charge des symptômes, améliorent les taux de survie. Le virus Ebola se transmet par contact (via une lésion cutanée ou les muqueuses) avec les fluides corporels d’une personne infectée ou d’un cadavre. Il est moins contagieux que d’autres maladies virales telles que la COVID-19 ou la rougeole, qui se propagent rapidement par voie aérienne. De plus, une personne infectée par le virus Ebola n’est pas contagieuse tant qu’elle ne présente pas de symptômes.
Les premiers symptômes, qui apparaissent généralement 8 à 10 jours après l’exposition, ressemblent à ceux de nombreuses autres maladies courantes et comprennent de la fièvre, de la fatigue, des douleurs musculaires et des maux de tête. Cela rend le dépistage précoce difficile. Les symptômes avancés peuvent inclure des vomissements, de la diarrhée et une altération des fonctions rénales et hépatiques. Chez certains patients, les stades avancés de la maladie peuvent s’accompagner d’hémorragies internes et externes.
Il n’existe aucun vaccin ni traitement approuvé contre la souche actuelle du virus, mais la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI) a accéléré le développement de trois candidats-vaccins. Parmi ceux-ci, un vaccin s’est révélé efficace chez les singes, et un autre pourrait entrer en phase 1 d’essais cliniques dès le mois de juillet. Les États-Unis fournissent également un médicament expérimental à base d’anticorps destiné à être utilisé dans le cadre d’essais cliniques
Les experts estiment que les chauves-souris frugivores, très répandues en Afrique centrale, jouent un rôle dans la propagation du virus et pourraient constituer son réservoir naturel. La transmission à l’homme peut se produire par contact avec des animaux infectés.
Quelles mesures sont prises pour faire face à cette épidémie ?
Dès qu’il a été confirmé que la maladie touchant la population dans l’est de la RDC était Ebola, les instances locales, régionales et internationales se sont rapidement mobilisées pour soutenir les efforts de lutte contre l’épidémie. Le ministère de la Santé publique, de l’Hygiène et de la Protection sociale de la RDC a officiellement déclaré l’épidémie le 15 mai, le jour même où la présence du virus a été confirmée. Le ministère ougandais de la Santé a confirmé un cas à Kampala le même jour. Les deux pays ont rapidement activé leurs mécanismes nationaux de coordination d’urgence, qui comprennent des mesures visant à renforcer la surveillance, les analyses en laboratoire, la recherche des contacts et la prise en charge des cas.
Quelques heures seulement après l’annonce de l’épidémie en Ouganda, les autorités ont mis en service une unité de traitement d’Ebola dans un hôpital de Kampala. Cette unité est gérée par des membres de l’équipe médicale d’urgence ougandaise, forte de 146 personnes.
Les autorités ont commencé à construire des centres de traitement spécialisés et des unités d’isolement à proximité des épicentres de l’épidémie. Il y a désormais 500 lits de soins disponibles pour les patients atteints d’Ebola, et les équipes de surveillance sont en mesure de réaliser plus de 2 000 tests par jour.

À Bunia, en RDC, des bénévoles enfilent leur combinaison de protection individuelle avant de récupérer le corps d’un enfant de 3 ans qui serait décédé des suites de la maladie à virus Ebola, le 11 juin 2026. (Photo : AFP/Bénédiction Murhabazi)
Le 17 mai, le directeur général de l’OMS a déclaré que cette épidémie constituait une « urgence de santé publique de portée internationale ». Le 5 juin, les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) et l’OMS ont lancé un plan d’intervention continental conjoint d’une durée de six mois afin de renforcer les capacités de la région à lutter contre l’épidémie. Dans le cadre de cette intervention, l’Africa CDC a demandé l’ouverture urgente de couloirs humanitaires et de « couloirs de paix » afin de permettre aux autorités gouvernementales et aux organisations humanitaires d’accéder en toute sécurité aux zones à haut risque.
Des organisations non gouvernementales, notamment International Medical Corps, Médecins Sans Frontières et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, ont déployé des équipes sur le terrain pour soutenir les professionnels de santé, dialoguer avec la population et organiser des enterrements dans les règles de sécurité afin d’empêcher la population de manipuler les corps infectés — un vecteur de transmission majeur.
Le 21 juin, le ministre de la Santé de la RDC a annoncé un programme pilote offrant des soins de santé gratuits pour toutes les maladies dans la province d’Ituri, afin d’améliorer le dépistage précoce des nouveaux cas d’Ebola.
Des partenaires internationaux, notamment les États-Unis, le Japon et l’Union européenne, se sont engagés à verser des centaines de millions de dollars de fonds d’urgence pour soutenir la lutte contre la maladie.
Pourquoi cette épidémie s’avère-t-elle si difficile à maîtriser ?
Si toute crise liée au virus Ebola comporte des risques graves, les conditions qui entourent cette épidémie créent des circonstances particulièrement difficiles pour endiguer la maladie.
Une souche rare
Les laboratoires de cette région reculée du pays ne disposaient que de tests permettant de détecter les souches les plus courantes du virus.
Cette épidémie d’Ebola est causée par le virus rare de Bundibugyo (BVD), qui n’a été associé qu’à deux autres épidémies (en Ouganda en 2007 et en RDC en 2012). Bien que la RDC dispose d’une vaste expérience en matière de détection et de gestion des épidémies d’Ebola, les laboratoires de cette région reculée du pays ne disposaient que de tests pour les souches les plus courantes du virus. Ce n’est qu’après l’envoi d’échantillons sanguins à Kinshasa que la présence du BVD a été confirmée. Ce retard de détection a permis au virus de circuler au sein de la population et parmi le personnel de santé pendant des semaines (peut-être dès février) sans que des mesures spécifiques à Ebola ne soient mises en place.
Insécurité
Les provinces orientales de la RDC sont en proie à des conflits violents depuis des décennies. La province de l’Ituri, épicentre de cette épidémie d’Ebola, est le théâtre d’affrontements violents entre des groupes armés militants et les troupes congolaises et ougandaises. Parmi ces groupes figure les Forces démocratiques alliées (ADF), qui ont régulièrement perpétré des massacres et des enlèvements de masse en Ituri et au Nord-Kivu. Plus de 170 personnes ont été tuées lors de violences perpétrées par des groupes armés en Ituri rien qu’au mois de mai.
Le virus Ebola a également été détecté dans une partie de la province du Sud-Kivu actuellement sous le contrôle de la milice du M23, que l’on estime largement soutenue par le Rwanda et l’Ouganda. Le risque de croiser des groupes armés en se rendant dans l’un des rares centres de santé en activité a dissuadé certains patients de se faire soigner et a compliqué les efforts humanitaires visant à atteindre des zones reculées.

Des soldats du M23 assurent la sécurité des responsables du mouvement à l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) de Goma, lors de leur visite au laboratoire chargé d’analyser les cas suspects d’Ebola. (Photo : AFP/Jospin Mwisha)
Déplacements forcés
L’insécurité qui règne dans l’est de la RDC a entraîné des déplacements massifs de population dans la région. Plus de cinq millions de personnes ont été déplacées à la suite de décennies de conflit en Ituri, au Sud-Kivu et au Nord-Kivu.
Au moins 30 personnes sont décédées des suites de maladies depuis début mai dans un camp de déplacés accueillant 15 000 personnes à Bunia. Les autorités n’ont pas pu tester ces personnes, mais elles présentaient toutes des symptômes associés à Ebola, et les responsables du camp évoquent un taux de mortalité sans précédent. Dans un autre camp, où vivent 30 000 personnes, des travailleurs humanitaires ont signalé la mort de deux personnes dont les corps se sont révélés positifs au test de dépistage d’Ebola. Les autorités d’un troisième camp ont signalé le décès d’un bébé avec lequel plus de 100 personnes avaient été en contact.
Les camps de déplacés sont surpeuplés, disposent d’infrastructures sanitaires limitées et manquent d’espace pour isoler les personnes présentant des symptômes.
Un système de santé publique fragile
Le système de santé dans l’est de la RDC était déjà fragile lorsque l’épidémie a éclaté. On estime que la RDC ne compte que 0,2 médecin et 1,2 infirmier(ère) pour 1 000 habitants. De plus, 85 % des établissements de santé des Kivus sont confrontés à des pénuries de médicaments, et 40 % des dispensaires ont connu un exode massif de leur personnel à mesure que le conflit s’intensifiait dans la région.
On estime que la RDC ne compte que 0,2 médecin et 1,2 infirmier pour 1 000 habitants.
Seuls environ 20 % des habitants de l’Ituri ont accès à l’eau potable, et seuls 25 % disposent d’infrastructures sanitaires et d’hygiène fonctionnelles. Un lavage des mains adéquat et une bonne gestion des déchets constituent des outils essentiels pour enrayer la propagation de la maladie.
L’absence de tests appropriés pour le virus Ebola de Bondibugyo (BVD) dans les laboratoires de la province de l’Ituri a contribué au retard pris dans le diagnostic de l’épidémie. Même après la confirmation de l’épidémie, les cliniques des zones touchées devaient encore envoyer des échantillons sanguins à Kinshasa pour analyse, ce qui entraînait des retards de plusieurs jours avant la confirmation du diagnostic chez les patients. Au cours du mois qui a suivi la déclaration de l’épidémie, l’OMS a toutefois mis en place un réseau de dépistage décentralisé doté de nouveaux dispositifs de diagnostic permettant d’obtenir des résultats en moins d’une heure.
Insécurité alimentaire
La menace pour la santé publique que représente l’épidémie de BVD vient s’ajouter aux crises humanitaires existantes. Environ 10 millions de personnes souffrent de famine dans l’est de la RDC, et dans la province d’Ituri, plus d’un tiers de la population est confrontée à une situation de crise alimentaire, voire pire. Cela affaiblit l’immunité de la population face au virus Ebola et à d’autres maladies.
Exploitation minière artisanale et populations de passage
La province de l’Ituri recèle d’importants gisements d’or, et des personnes viennent de toute la région pour travailler dans les mines artisanales de la région. Ces mineurs informels travaillent dans des conditions de surpeuplement et ont peu de chances d’avoir accès à des installations sanitaires adéquates, ce qui augmente leur risque d’être infectés par le virus Ebola. L’économie minière informelle attire également d’autres personnes de passage, notamment des commerçants, des travailleurs du sexe et des passeurs, qui pourraient transporter la maladie vers de nouveaux lieux. Les autorités de Mongbwalu, l’une des principales villes minières aurifères, estiment que plus de 80 personnes sont décédées des suites du virus Ebola avant que l’épidémie ne soit détectée.
Méfiance
Après l’annonce de l’épidémie d’Ebola, des rumeurs et des théories du complot ont commencé à circuler tant sur Internet que sur le terrain. Ces fausses informations comprennent notamment des accusations selon lesquelles des organisations extérieures auraient délibérément introduit le virus Ebola dans la région ou dissimuleraient un remède simple. Certaines personnes pensent qu’Ebola n’est qu’un mythe, malgré les décès survenus au sein de leurs communautés.
Des groupes d’habitants en colère ont pris d’assaut et incendié des centres de santé. Lors de certains incidents, des patients soupçonnés d’être atteints d’Ebola se sont enfuis pendant les attaques. À Katana, une ville contrôlée par le M23 dans le Sud-Kivu, des habitants ont attaqué une équipe humanitaire chargée d’inhumer en toute sécurité un corps infecté par le virus Ebola. L’équipe a été contrainte d’abandonner le cercueil, et des membres de la communauté ont pris en charge l’inhumation, augmentant ainsi leur risque d’infection.
Pour contrer ces craintes, certains responsables communautaires locaux de l’Ituri se sont mobilisés afin de lutter contre la désinformation entourant l’épidémie. Un journaliste d’une station de radio de Bunia, la capitale de l’Ituri, a lancé une émission quotidienne visant à vérifier les rumeurs et à mettre les auditeurs en relation avec des spécialistes de la santé invités dans l’émission. Outre la diffusion prévue à 10 heures du matin, le jingle de l’émission consacré à Ebola est diffusé tout au long de la journée sur la station de radio. L’OMS a mobilisé des conducteurs de motos-taxis à Bunia dans le cadre d’une caravane de sensibilisation visant à diffuser des informations précises sur l’épidémie. Vêtus de t-shirts arborant le slogan « Stop Ebola », des dizaines de conducteurs ont sillonné la ville en transportant de grandes affiches contenant des recommandations pour éviter de contracter la maladie.
Les épidémies, y compris les précédentes épidémies d’Ebola, ont également été exploitées par la Russie et d’autres acteurs étrangers cherchant à semer la méfiance envers le gouvernement ou l’Occident.
Les épidémies, y compris les précédentes épidémies d’Ebola, ont également été exploitées par la Russie et d’autres acteurs étrangers cherchant à semer la méfiance envers le gouvernement ou l’Occident. Ces acteurs étrangers ont tendance à suivre un scénario similaire. Ils commencent par affirmer que la maladie n’existe pas ou qu’elle a été créée en laboratoire. Leurs discours prétendent ensuite que l’épidémie est un stratagème destiné à enrichir les laboratoires pharmaceutiques. Enfin, ils présentent souvent les difficultés normales et prévisibles liées à la gestion d’une épidémie comme un signe de corruption institutionnelle. D’autres acteurs opportunistes sur Internet peuvent amplifier ces discours pour attirer l’attention sur leurs propres comptes, même s’ils ne font pas partie d’une campagne coordonnée.
Quels enseignements et quelles bonnes pratiques peut-on tirer des précédentes épidémies d’Ebola ?
Épidémie de 2025 dans la province du Kasaï, en RDC
Lors de l’épidémie d’Ebola de 2025 dans la province du Kasaï, au sud-ouest de la RDC, le Centre des opérations d’urgence de santé publique du pays a lancé un plan de protection communautaire visant à lutter simultanément contre la propagation de la maladie et la méfiance au sein des communautés. Cette approche comprenait :
- L’engagement communautaire. Des équipes chargées de l’engagement communautaire ont été déployées pour dialoguer avec les habitants.
- Des messagers de confiance. Des acteurs locaux de confiance ont relayé des messages pertinents de santé publique afin de renforcer la confiance de la population.
- Une communication adaptative. Les agents de santé publique ont écouté les perceptions du public par le biais d’émissions de radio, de lignes d’assistance téléphonique et de groupes communautaires, puis ont adapté leurs messages de santé publique en conséquence.
- Justice coutumière. Les chefs traditionnels et les dirigeants communautaires ont eu recours aux mécanismes de justice coutumière pour renforcer la responsabilité collective après le saccage des infrastructures de santé publique.
Épidémie de 2018 en Ituri et dans les Kivus, en RDC
La pire et la plus longue épidémie d’Ebola jamais enregistrée en RDC s’est produite entre août 2018 et juin 2020 dans les trois mêmes provinces de l’Est touchées par l’épidémie actuelle. Près de 3 500 cas d’Ebola ont été confirmés et plus de 2 200 personnes sont décédées. Bon nombre des conditions de sécurité qui entravent la riposte actuelle étaient déjà présentes à l’époque. Les professionnels de santé et les établissements de santé ont dû faire face à la criminalité, aux attaques contre les centres de santé et aux déplacements massifs de population dus à la présence et aux opérations de dizaines de groupes armés. Des centaines d’attaques contre des établissements de santé ont entraîné la mort et blessé près de 100 professionnels de santé. La riposte à cette épidémie a comporté :
- Un déploiement massif de personnel. L’OMS a déployé plus de 1 500 personnes, dont des épidémiologistes, des logisticiens, des anthropologues et des coordinateurs de terrain, pour travailler aux côtés de 16 000 agents locaux de première ligne.
- Une recherche active et vaste des cas contacts. Les autorités sanitaires ont formé des milliers d’agents locaux de première ligne à la recherche des contacts et à l’administration des vaccins, et leur ont fourni une application mobile pour améliorer le suivi. Plus de 300 000 personnes ont été vaccinées pendant l’épidémie. Pour chaque cas confirmé de la maladie, les agents locaux ont recensé jusqu’à 200 cas contacts.
- Des progrès thérapeutiques. En collaboration avec l’Institut national de recherche biomédicale de la RDC, le ministère de la Santé, l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses et d’autres organisations médicales, l’OMS a lancé le premier essai clinique randomisé et contrôlé multi thérapeutique portant sur des médicaments utilisés pour le traitement des patients atteints d’Ebola. L’essai a montré que deux de ces médicaments étaient plus efficaces pour traiter les patients.
- Des innovations en matière de centres de santé. Des institutions congolaises et internationales ont construit un centre de santé spécial à Beni pour dépister, isoler et soigner les personnes. En 2019, le Dr Richard Kojan, médecin congolais, a mis au point une unité de biosécurité portable dotée de parois transparentes et de manches intégrées semblables à des gants afin d’améliorer la sécurité et l’efficacité des professionnels de santé traitant les patients atteints d’Ebola.
Épidémie de 2014 en Afrique de l’Ouest
L’épidémie d’Ebola de 2014 en Afrique de l’Ouest (Liberia, Guinée et Sierra Leone) a été la plus grave jamais enregistrée, avec 28 600 cas et 11 325 décès. Le virus Ebola n’ayant jamais été détecté auparavant dans cette région, il a fallu plusieurs mois aux autorités pour confirmer l’épidémie. Une fois que la communauté internationale de santé publique s’est mobilisée pour lutter contre l’épidémie, plusieurs enseignements ont été tirés pour la gestion des épidémies d’Ebola. Parmi ces enseignements, on peut citer :
- La surveillance épidémiologique. La propagation incontrôlée due au retard dans la détection a mis en évidence l’importance des mécanismes de surveillance épidémiologique et a stimulé le développement de systèmes et de protocoles avancés de diagnostic et de surveillance.
- La recherche sur les vaccins. L’épidémie a conduit les chercheurs à accélérer le développement d’un vaccin. Le vaccin ainsi mis au point a depuis été utilisé lors de plusieurs épidémies.
- Le leadership africain en matière de santé. L’ampleur de l’épidémie et le manque de coordination ont mis en évidence la nécessité de disposer d’une institution dirigée par des Africains, capable d’intervenir rapidement en cas d’urgence sanitaire. En conséquence, l’Union africaine a créé le Centre africain de prévention et de contrôle des maladies (Africa CDC), qui a joué un rôle de premier plan dans la riposte aux épidémies ultérieures, notamment l’épidémie actuelle du virus de Bundibugyo.
Ebola Outbreaks in the DRC-FR
| Date | Étendue géographique | Lieux en RDC | Cas en RDC | Morts en RDC | Durée de l'épidémie |
|---|---|---|---|---|---|
| 1976 | Soudan, RDC | Province de l'Équateur / village de Yambuku | 318 | 280 | environ 3 mois |
| 1977 | RDC | Village de Tandala | 1 | 1 | Cas isolé |
| 1995 | RDC | Kikwit | 315 | 254 | environ 6 mois |
| 2007 | RDC Ouganda | Zones sanitaires de Mweka et Luebo dans la province du Kasaï occidental | 264 | 187 | environ 2 mois (sept.-nov.) |
| 2008 | RDC, Philippines | Zones sanitaires de Mweka et Luebo dans la province du Kasaï occidental | 32 | 15 | ~4 mois |
| 2012 | RDC | Province Orientale | 62 | 34 | ~4 mois (août-novembre) |
| 2014 | RDC | Province de l'Équateur | 69 | 49 | ~4 mois (août-novembre) |
| 2017 | RDC | Zone sanitaire de Likati, dans la province du Bas-Uélé | 8 | 4 | ~2 mois (mai-juillet) |
| 2018 | RDC | Nord-Kivu, Ituri et Sud-Kivu | 3 470 | 2 287 | Environ 2 ans (août 2018 - juin 2020) |
| 2018 | RDC | Région de Bikoro, province de l'Équateur | 54 | 33 | ~2 mois (mai-juin) |
| 2020 | RDC | Mbandaka, province de l'Équateur | 130 | 55 | ~6 mois (juin-novembre) |
| 2021 | RDC | Zone sanitaire de Beni, province du Nord-Kivu | 11 | 9 | ~3 mois (oct.-déc.) |
| 2021 | RDC | Zone de santé de Biena, province du Nord-Kivu | 12 | 6 | ~4 mois (février-mai) |
| 2022 | RDC | Zone sanitaire de Beni, province du Nord-Kivu | 1 | 1 | ~1 mois (août-septembre) |
| 2022 | RDC | Ville de Mbandaka, province de l’Équateur, et zones sanitaires de Mbandaka et Wangata | 5 | 5 | ~3 mois (avril-juillet) |
| 2025 | RDC | Zone sanitaire de Bulape, dans la province du Kasaï | 64 | 45 | ~3 mois (sept.-déc.) |
| 2026 | RDC, Ouganda, France | Nord-Kivu, Ituri et Sud-Kivu | 1 114 | 279 | En cours |
Ressources complémentaires
- Africa CDC, Centres for Disease Contrôle and Prevention, « Qu’est-ce que la maladie à virus Bundibugyo (MVB) », Fiche d’information, 2026.
- U.S. Centers for Disease Control and Prevention, « Ebola Outbreak: Current Situation », 22 juin 2026.
- Christopher Nehring et Hendrik Sittig, « The Playbook of Health Disinformation and the Ebola Outbreak in the DRC and Uganda », Fondation Konrad Adenauer, 28 mai 2026.
- Organisation Mondiale de la Santé, « Bundibugyo Virus Disease Outbreak: Democratic Republic of the Congo », 17 mai 2026.
- Centre d’études stratégiques de l’Afrique, « Les conflits qui s’entrechoquent en Afrique aggravent la crise des déplacements forcés », Éclairage, 24 novembre 2025.
- Organisation mondiale de la santé, « Maladie d’Ebola », Fiche d’information, 24 avril 2025.
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