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Somaliland: 13 novembre

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L’État autoproclamé du Somaliland devrait tenir en novembre une élection présidentielle longtemps retardée. Le président Muse Bihi Abdi se présentera pour un second mandat de cinq ans, clôturant ainsi une période de grande incertitude pour les 4,5 millions d’habitants du Somaliland.

Malgré l’absence de reconnaissance internationale, le Somaliland a réalisé d’importants progrès dans la création de l’un des systèmes démocratiques multipartites les plus inclusifs d’Afrique de l’Est depuis qu’il a déclaré son indépendance de la Somalie en 1991. Il s’agira de la troisième élection présidentielle au suffrage universel au Somaliland. Les élections précédentes ont donné lieu à des transitions de pouvoir entre les partis.

Le Somaliland a réalisé d’importantes avancées vers la création de l’un des systèmes démocratiques multipartites les plus inclusifs d’Afrique de l’Est.

L’élection présidentielle de 2024 s’appuiera sur le succès des élections serrées de la chambre basse et des conseils locaux de mai 2021, au cours desquelles le parti au pouvoir « Kulmiye Peace, Unity and Development Party » a remporté moins de sièges que l’alliance de l’opposition composée du « Waddani National » Party et du « Justice Welfare Party ».

La trajectoire démocratique du Somaliland n’a toutefois pas sans difficultés au cours des dernières années. Le premier mandat du président aurait dû se terminer en 2022. Les partis d’opposition ont accusé le président Bihi d’essayer de retarder cette élection pour rester au pouvoir au-delà de son mandat. M. Bihi a justifié ce report par des questions relatives au calendrier et à l’enchaînement des élections des partis par rapport aux élections présidentielles. Après plusieurs tentatives de médiation infructueuses entre le gouvernement et l’opposition, la Chambre des anciens (connue sous le nom de Guurti) a prolongé le mandat du président de deux ans et celui de la chambre de cinq ans.

Les manifestations contre le report de l’élection présidentielle de 2022 et la répression violente des forces de sécurité, qui a fait 5 morts et des centaines de blessés, ont mis en péril la réputation durement acquise du Somaliland en matière de compromis politique et de stabilité. Au cours des trois dernières décennies, le Somaliland a cultivé un héritage de recherche de consensus et de médiation des conflits au niveau local qui lui a permis de résoudre plusieurs conflits liés aux élections dans le passé.

Women in Somaliland lining up to cast their ballots in the 2017 presidential election.

Des femmes du Somaliland font la queue pour voter lors de l’élection présidentielle de 2017. (Photo: USAID)

Au début de l’année 2024, le Guurti a adopté une nouvelle loi électorale qui autorise pour la première fois la tenue simultanée d’élections présidentielles et de partis politiques, fixant la date des élections au 13 novembre 2024. Les partis d’opposition ont approuvé la nouvelle loi électorale, la considérant comme une étape cruciale vers des conditions équitables pour les prochaines élections présidentielles.

L’héritage du Somaliland en matière de résolution pacifique des conflits entre clans a également été menacé par la répression musclée, par le gouvernement Bihi, des manifestants remettant en cause l’autorité du Somaliland dans la ville de Las Anod, dans la région de Sool, frontalière du Puntland. Cet incident a entraîné la mort d’environ 20 manifestants en décembre 2022. En février 2023, les chefs de clans locaux Dhulbahante ont annoncé leur intention de former un État fédéral sous l’égide de la Somalie, appelé SSC-Khaatumo ; ce qui a encore intensifié les combats à Las Anod et dans ses environs. Les affrontements avec les autorités du Somaliland se poursuivent dans le Sool, faisant des centaines de morts et provoquant le déplacement d’environ 185 000 personnes.

L’héritage du Somaliland en matière de résolution pacifique des conflits entre clans a été menacé par la répression musclée des manifestants par le gouvernement Bihi.

Le Somaliland s’est distingué au fil des ans en empêchant les groupes islamistes militants, comme Al Shabaab, de s’implanter sur son territoire. Les observateurs s’inquiètent du fait que l’usage de la force à Sool pourrait permettre à Al Shabaab et à l’État islamique en Somalie, tous deux bien implantés au Puntland, de pénétrer dans la région. Compte tenu de sa situation stratégique sur la mer Rouge, la stabilité du Somaliland a des répercussions sur la sécurité régionale.

Sous le régime Bihi, les journalistes ont parfois fait l’objet d’arrestations arbitraires et de menaces pour des propos médiatiques critiques. Le gouvernement a en outre limité l’enregistrement de nouveaux journaux.

L’accord conclu par le Somaliland au début de l’année 2024 pour accorder à l’Éthiopie, pays enclavé, un bail de 50 ans sur le port de Berbera a des répercussions considérables sur l’avenir politique et économique du Somaliland. Cette décision a été dénoncée par le gouvernement somalien, qui revendique toujours la souveraineté sur le Somaliland. Cette question risque de dominer le discours sur le Somaliland au cours de cette année électorale.

Alors que le Somaliland retournera aux élections en 2024, il doit continuer à renforcer les processus politiques et sécuritaires inclusifs qui l’ont distingué au fil des décennies pour pouvoir récolter les fruits de ces efforts.