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Innovations requises pour empêcher la flambée du COVID-19 dans les villes africaines

En Afrique, où la densité de la population urbaine et les taux de pauvreté sont parmi les plus élevés au monde, des mesures novatrices s’imposent afin d’éviter que les villes africaines ne deviennent des foyers de contamination du coronavirus.

La haute densité urbaine des hauteurs de Kampala, en Ouganda. (Photo : Mark Duerksen)

Le COVID-19 se transmet dans un rapport de proximité par la projection de gouttelettes. Aussi les épidémies les plus graves ont-elles été constatées dans des lieux à forte densité de population, où les liens sociaux sont caractérisés par une grande proximité. Les villes africaines, dont la densité des foyers et des centres urbains est l’une des plus élevées au monde, pourraient bien devenir des incubateurs propices à une propagation mortelle du virus.

Besoin de solutions nouvelles pour des villes africaines denses et fragiles

Plus de la moitié des Africains vivant dans des villes (plus de 200 millions de personnes) habitent des bidonvilles où les conditions de vie défavorables sont accrues par un accès limité à l’eau et aux sanitaires. Au Soudan du Sud, en République centrafricaine et au Tchad, près de 9 citadins sur 10 vivent dans des bidonvilles. Les plus grands d’entre eux abritent plusieurs centaines de milliers de personnes, notamment ceux de Kibera à Nairobi, de Manshiyat Naser au Caire et de Khayelitsha au Cap. Les densités de population y sont souvent supérieures à 75 000 personnes au kilomètre carré. Dans les quartiers les plus denses du Caire, près de 1 000 personnes se retrouvent confinées dans l’espace d’un terrain de foot. Au Nigeria, plus de trois personnes en moyenne dorment dans une même chambre. Ce chiffre est multiplié par deux dans certaines villes nigérianes. À Lagos, au moins cinq millions de foyers sont sans domicile ou sans logement convenable.

Ce type de problème et cette proximité aggravent non seulement la propagation du COVID-19 mais génèrent également des difficultés quant au respect du confinement. Les réponses apportées par l’Afrique doivent par conséquent être soigneusement adaptées aux spécificités des paysages urbains de ce continent.

Données : UNDESA

Diversité des paysages urbains en Afrique

Les zones ombragées indiquent la densité des centres démographiques africains. Données : EC JRC, CIESIN

Dans l’évaluation des risques liés au COVID-19 en Afrique en zone urbaine, deux caractéristiques doivent plus particulièrement être prises en compte : la densité urbaine et la population urbaine totale. La densité urbaine indique le nombre moyen de personnes vivant au kilomètre carré dans les villes d’un pays. De manière générale, plus la densité est importante, plus il est difficile de mettre en œuvre une distanciation sociale. La population urbaine totale indique quant à elle le nombre total de personnes d’un pays vivant dans les villes et reflète par conséquent le nombre de personnes qui sont les plus exposées au risque d’infection et de contamination du coronavirus. Plus cette population est importante, plus il sera difficile de retracer les déplacements des personnes infectées. Ces deux éléments démographiques se superposent de différentes manières et reflètent la diversité des paysages urbains d’Afrique. Cette diversité dictera à son tour différentes priorités et réponses dans le cadre de la lutte contre le COVID-19.

Mégapoles. Les villes africaines les plus peuplées n’ont cessé de grossir au cours des décennies et abritent désormais des dizaines de millions de personnes réparties entre centres surpeuplés, zones périphériques tentaculaires et anarchiques ou encore villes satellites. Les villes principales, à savoir Lagos, Kinshasa-Brazzaville, le Caire et Dar es Salam, sont confrontées au défi d’une forte densité et à celui d’une population importante. Ces villes ont toutefois déjà eu à lutter contre des épidémies et nombre d’entre elles ont travaillé de concert avec des organismes nationaux à la mise en place de systèmes de santé publique et de centres d’opérations d’urgence viables avant que ne soient confirmés les premiers cas de COVID-19. La vigilance dans la communication autour de ces initiatives, dans leur contrôle et leur suivi sera indispensable pour réduire le nombre de cas confirmés dans de nombreuses mégapoles africaines.

Le Caire, l’un des premiers foyers de contamination de COVID-19 en Afrique. (Photo: Sebastian Horndasch)

* Personnes au km2. Données :UN DESA, EC JRC, CIESIN

Villes secondaires. Bien que les villes mondiales d’Afrique attirent davantage l’attention des médias internationaux, la plupart des citadins africains vivent dans des petites villes ou des villes de taille moyenne dont la population est comprise entre une centaine de milliers et plusieurs millions d’habitants. L’ensemble du continent en compte environ 500. Chacune d’elles (de Bangui à Cotonou en passant par Durban et Tunis) est confrontée à des problèmes différents dans la lutte contre la pandémie, qu’il s’agisse de difficultés liées à des efforts de reconstruction après un conflit ou à une contraction économique imputable à la crise. Ces centres démographiques peuvent en outre être dépourvus des ressources ou de l’expertise médicales dont jouissent les grandes villes du continent. Une attention particulière et un soutien international pourraient s’avérer nécessaires à l’égard de ces villes afin d’éviter qu’elles ne deviennent en un rien de temps des foyers de contamination du coronavirus.

Durban, l’un des ports les plus occupés d’Afrique, subit les effets de l’épidémie. (Photo : Google Maps)

Déplacement de bétail dans un quartier périurbain de Calavi, au Bénin. (Photo: Mark Duerksen)

Périurbanisation. Dans les régions marquées par une urbanisation périphérique anarchique, comme c’est le cas de la côte ouest-africaine ou des plateaux d’Éthiopie, les paysages sont souvent constitués de mosaïques d’habitats de densité plus faible mais néanmoins fortement urbanisées. Ces habitats s’étalent entre les centres de population plus densément peuplés, et les zones correspondantes sont caractérisées par une forte mobilité des résidents qui se déplacent pour se rendre au travail, faire des courses ou se livrer à des activités sociales. Ainsi, ces régions peuvent faciliter la propagation du virus bien au-delà des centres urbains. De nombreux terrains et bâtiments périurbains disposent d’un niveau d’autosuffisance (grâce aux forages, aux panneaux solaires, aux fosses septiques et aux potagers urbains) qui permet à leurs habitants de vivre de manière isolée s’ils le souhaitent. Ces régions moins denses peuvent également absorber une partie des habitants des centres-villes plus densément peuplés qui quittent leur zone d’habitation pour rejoindre des proches ou des amis pendant l’épidémie de coronavirus.

Villes agglutinées. Ces villes sont très densément peuplées et se définissent par une chute brutale de la démographie dans les zones de campagne périphériques. À l’inverse des mégapoles en pleine expansion, les contours des villes agglutinées peuvent être discernés avec plus de précision. Dans les villes du Sahel, de Dakar à Khartoum, les populations se sont depuis toujours regroupées dans les gros bourgs et les capitales comme Nouakchott ou N’Djaména, y trouvant un abri solide face à l’hostilité des paysages environnants et, de plus en plus, face à la violence d’un extrémisme croissant.

Bien que la plupart de ces villes ne figurent pas parmi les plus peuplées du continent, ces implantations compactes sont susceptibles de donner lieu à un embrasement épidémique identique à ceux observés dans les villes aussi densément peuplées d’Espagne et d’Italie, où il est plus difficile de se disperser pour réduire ces densités record. De l’Angola à l’Ouganda, de nombreux pays africains présentent un niveau d’agglutinement urbain supérieur à celui observé en Europe et aux États-Unis, tandis qu’un arrière-pays rural se fait jour sur de vastes étendues à plusieurs kilomètres de ces grandes villes. Par conséquent, il incombe aux pays et communes concernés de concentrer leurs efforts de prévention sur ces « niches » géographiques de taille relativement réduite où règne une forte densité urbaine. Il ne devrait pas leur être trop difficile de rechercher les contacts noués par les personnes relevant des cas confirmés. Il sera par contre plus difficile de faire respecter les règles de distanciation sociale dans des villes aussi densément peuplées. Il convient donc de mettre en place des solutions créatives afin de contenir à tout moment le nombre de personnes présentes dans les espaces publics.

N’Djaména, un urbanisme compact. (Photo: Google Earth)

Niamey, un urbanisme compact. (Photo : Google Earth)

Villes fracturées. Les inégalités entre pauvres et riches dans les zones urbaines sont prononcées dans la majorité des villes africaines, en particulier dans la plupart des anciennes villes coloniales où la ségrégation raciale était la règle. Les zones « africaines » de ces colonies ne donnaient que rarement lieu à des projets d’infrastructure ou à l’allocation de ressources étatiques. Dans des villes telles que Nairobi, où 59 % des habitants sont privés d’un accès à l’eau potable, ce sont les cartels organisés qui contrôlent l’accès à l’eau et aux sanitaires dans les bidonvilles, cartels qui peuvent chercher à tirer profit de la pandémie pour tirer vers le haut des prix déjà élevés.

Ces disparités sont très apparentes dans les écarts de densité qui distinguent les quartiers privilégiés des plus démunis. Plutôt que de mettre en quarantaine et de prendre le risque de stigmatiser tout un pan de la population à faible revenu qui apparaît comme étant plus à risque face au développement du virus, il convient de donner la priorité à ces zones dans l’attribution de ressources et de services.

Kibera, Nairobi bordering upscale developments and a golf course.

Kibera, Nairobi jouxte des quartiers résidentiels et des terrains de golf. (Photo : Google Earth)

Afflux massif vers les villes. L’ensemble des paysages urbains africains sont façonnés par un phénomène de croissance rapide. La population totale des villes africaines a doublé au cours des 20 dernières années pour atteindre un demi-milliard d’habitants. Les infrastructures, les services publics et l’offre de logements sont encore insuffisants, ce qui fragilise les municipalités face à la pandémie. Les facteurs de « répulsion » incitant au départ, comme la guerre, la sécheresse et la marginalisation économique des zones rurales ont bien plus que les facteurs d’attraction contribué à cette situation. De nombreuses villes africaines ont enflé avec l’arrivée de personnes déplacées en lien avec des situations de détresse. Ces personnes, privées de ressources et en quête de sécurité, atterrissent souvent dans des camps de fortune et n’ont guère d’autre choix que d’accepter d’être exploités. Déjà stigmatisés comme « étrangers » dans certaines zones, les personnes déplacées dans des territoires urbains risquent plus particulièrement de souffrir de la pandémie du COVID-19.

Ces cinq paysages urbains ne sont ni statiques ni autonomes. Ils se chevauchent, prennent des formes hybrides et tous sont caractérisés par des mouvements de population, notamment en cas de déplacement forcé. Cette classification de paysages fournit un point de départ pour analyser la répartition démographique dans les zones urbaines d’Afrique et pour comprendre les problèmes existants, ce qu’il est possible de faire et ce à quoi il convient de donner la priorité. Il sera toutefois également utile de se pencher sur les réseaux, les relations et les canaux qui relient et soutiennent les personnes défavorisées vivant dans ces villes. Les habitants et le capital social constituent souvent l’atout le plus précieux des villes africaines et doivent être préservés pour que ces villes puissent se reconstruire et renaître avec plus de force encore. S’appuyer sur ces connexions pour communiquer avec le public autour de thèmes de santé publique sera beaucoup plus efficace que de chercher à imposer à des personnes démunies une distanciation sociale par l’établissement de barrières ou un confinement à durée indéterminée.

Innovations urbaines pragmatiques en Afrique dans le cadre de la lutte contre le COVID-19

Les villes africaines ont déjà fait la preuve de leurs capacités de résistance par le passé et devront mettre en place des mesures créatives garantissant en priorité des soins de santé essentiels à la survie de ces communautés, afin d’aplanir la courbe du coronavirus. Les développements suivants présentent quelques-unes des meilleures pratiques et innovations utilisées.

Meilleures pratiques de gestion des crises en milieu urbain

  • Les Nations unies ont souligné les raisons pour lesquelles il est impératif de se concentrer sur les plus vulnérablestant d’un point de vue humanitaire que pour des questions de santé publique, la solidité des villes et des systèmes se mesurant au niveau de leurs maillons les plus faibles. Des vagues épidémiques et une paralysie de l’économie pourraient provenir de ces zones délaissées en l’absence de stratégies axées sur la solidarité.
  • Le programme des Nations unies pour les établissements humains (UN Habitat) a pointé du doigt vers le rôle important joué par les maires et les gouverneurs dans le cadre de la crise et préconise des approches locales intégrées.
  • Ce programme préconise également la protection des habitants des bidonvilles par l’abandon des décisions d’évictions forcées et des programmes de « dé-densification ».
  • Le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies a mis en exergue le rôle joué par les événements « superinfecteurs »dans la propagation du COVID-19 et la nécessité pour les villes de réduire la probabilité de tels événements dans des espaces réduits tels que les bus bondés, les marchés fermés et les lieux de culte.
  • L’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) a mis au point un guidecomplet à l’usage des communes afin de les aider à établir des actions prioritaires ainsi que des stratégies de communication au cours des différentes étapes de la pandémie : préparation en amont, réaction et reconstruction. Il est particulièrement recommandé aux villes africaines de recourir aux outils permettant d’évaluer et de localiser les risques liés à la sécurité alimentaire dans les villes afin d’allouer des ressources en conséquence.
  • NextBillion propose des stratégies concernant des programmes de transfert en espèces pendant la pandémie, ce qui nécessite au préalable de localiser les « habitants qui ont le plus besoin d’un soutien médical et financier », en général ceux des zones urbaines densément peuplées.
  • Selon de nombreux experts, l’octroi de moyens d’action aux organisations locales respectées et aux figures locales déjà existantes sera essentiel pour venir en aide aux plus démunis, comme pendant l’épisode épidémique lié à Ebola en Afrique de l’Ouest et en République démocratique du Congo. Les groupes d’action présents dans les bidonvilles connaissent le tissu local et ont mis en place des stratégies sanitaires qui doivent être soutenues plutôt qu’interrompues.

Réponses novatrices dans les villes africaines

« Les villes africaines ont déjà fait la preuve de leurs capacités de résistance par le passé »

De nombreuses villes africaines ont déjà adopté des réponses novatrices en réponse à la pandémie. Les questions de financement limitent évidemment ces programmes qui pourraient, entre les mains d’acteurs internationaux, avoir un impact immédiat. L’économie informelle contribuant officiellement pour au moins un tiers aux chiffres officiels de nombreuses économies africaines, la stabilisation des zones urbaines passera nécessairement par les habitants les plus défavorisés.

  • Bien que le confinement constitue l’une des mesures les plus directes pour limiter la mobilité, il ne peut être mis en œuvre de manière durable dans des milieux urbains défavorisés. Des efforts ont donc été déployés pour permettre pendant le confinement des transferts en espèces au bénéfice des citoyens vulnérables afin qu’ils puissent survivre. Le Kenya, le Nigeria et l’Afrique du Sud mettent en place ou projettent de mettre en place ce type de transferts par des crédits via le téléphone portable ou par des dépôts directs.
  • Le Nigeria, où le nombre de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté est le plus élevé au monde, a commencé à distribuer des allocations avec deux mois d’avance à ses citoyens les plus défavorisés. Avant la pandémie, des programmes de paiements directs ont fait la preuve de leur capacité à réduire la pauvreté avec plus d’efficacité que de nombreux programmes sociaux en Afrique du Sud.
  • De nombreuses municipalités encouragent leurs habitants à suspendre les paiements en espèces afin d’éviter la transmission du virus entre les personnes.
  • Les communes d’Afrique du Sud acceptent désormais que continuent d’exister certains marchés informels dont dépendent les habitants à faible revenu pour se procurer des aliments, et un certain nombre d’entre eux ont été relocalisés vers des lieux plus spacieux afin de permettre une meilleure dispersion des étals de vendeurs.
  • Les programmes de distribution de repasles points de lavage des mains (l’eau et le savon étant inaccessibles à un bon nombre d’habitants) et le report des factures de consommation d’eau font également partie des mesures visant à émousser l’impact sanitaire de l’arrêt de l’économie des implantations les plus pauvres des villes africaines.
  • Les messages sur la santé publique concernant l’importance de la distanciation sociale et les règles d’hygiène appropriées sont essentiels mais aussi difficiles à faire passer dans des zones caractérisées par un « manque de confiance » entre le peuple et les élites. S’appuyer sur les organisations locales et les groupes religieux pour véhiculer ces messages a permis de lutter contre les mystifications et la désinformationet d’accroître la pression sociale en faveur d’un changement de comportement. Dans les zones urbaines, les vidéos d’artistes et les messages publiés par des célébrités ont un impact sur les jeunes et réorientent les comportements. Une chanson de sensibilisation au coronavirus enregistrée par les chanteurs ougandais Bobi Wine et Nubian Li a été visionnée près d’un million de fois. Comme l’indiquent les paroles : la mauvaise nouvelle, c’est que chacun est une victime potentielle, la bonne, c’est que chacun est une solution possible.
  • De nombreuses villes continuent à autoriser l’usage des transports publics pour se rendre au travail lorsque les emplois concernés sont indispensables à l’accès à la nourriture et à d’autres services. Les autorités limitent toutefois la capacité maximum des bus et des fourgonnettes et fournissent du gel hydroalcoolique.
  • L’Afrique du Sud mobilise également des professionnels de la santé pour multiplier sur le terrain les actions itinérantes de dépistage. Ce plan a vocation à réduire les déplacements de personnes potentiellement infectées. Certaines villes proposent aux personnes testées positives qui ont des difficultés à rester isolées chez elles des centres d’isolement improvisés sur des stades de foot ou des parcs.
  • Un défi de taille demeure, celui de la gestion des déplacements des personnes dans les villes et à l’extérieur de celles-ci. Le Kenya a bouclé Nairobi et Mombasa. À un moment ou un autre, compte tenu de la difficulté à mettre en œuvre le confinement, il devrait être possible d’autoriser un départ des villes en maintenant la distanciation socialeavec les proches ou vers des résidences secondaires dans des zones rurales afin de réduire la pression sur les centres-villes surpeuplés (de telles mesures seraient de nature à empêcher une aggravation de la propagation du virus dans des villes telles que New York). Cette stratégie a longtemps été celle retenue par les villes de langue yoruba pour gérer les épidémies et on lui doit en partie le succès et l’étendue de l’urbanisation dans le sud-ouest du Nigeria. Toutefois, les communes devront mettre en place des systèmes de dépistage avant de tels départs afin de contenir la propagation du virus vers les habitants des zones rurales où les établissements de santé peuvent se faire plus rares et où le suivi peut s’avérer plus complexe.

« La pression sociale plus que la présence militaire sera utile pour faire respecter la distanciation sociale ».

Recours efficace au secteur de la sécurité. Des articles faisant état d’interventions musclées, voire meurtrières, des forces de l’ordre kenyanes, sud-africaines et zimbabwéennes pour faire respecter le confinement ont fait la une des journaux. Les populations urbaines africaines sont celles qui présentent le niveau de crainte le plus élevé au monde quant au risque de violence et manifestent souvent de la défiance à l’égard de la police locale. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a demandé aux forces de l’ordre d’être un « exemple de bienveillance ». La pression sociale plus que la présence militaire sera utile pour faire respecter la distanciation sociale.

Il serait plus judicieux d’affecter l’armée et les forces de police à la sécurisation des centres de dépistage, des hôpitaux et des professionnels de la santé, le cas échéant. Par ailleurs, la police pourra servir à assurer la protection des femmes et des enfants confrontés à une hausse de la violence familiale dans le contexte du confinement. En Afrique du Sud, 90 000 cas de violences contre les femmes et les enfants ont été signalés au cours du deuxième weekend de confinement national. La réactivité de la police et l’octroi de transferts directs en espèces peuvent alléger la pression sur certains de ces aspects tout en protégeant les plus vulnérables.

Saisir l’occasion pour faire preuve de compassion et réorganiser l’espace urbain

« Les enseignements tirés du passé montrent qu’il est important d’accroître le caractère inclusif des villes, d’y garantir la sécurité et la mise en place de programmes de santé ».

Ce n’est pas la première fois que les villes africaines sont frappées par une pandémie. De fait, les épidémies ont permis de tirer des leçons sur l’urbanisme africain, qu’il s’agisse des capitales traditionnellement mobiles du Bouganda et d’Éthiopie ou du développement des zongos (quartiers de marchands et de voyageurs) en Afrique de l’Ouest. L’histoire coloniale des villes africaines est pavée d’épidémies, de grippes et de fièvres mortelles, précisément parce que les gouvernements coloniaux n’accordaient que peu d’importance aux conditions de vie des plus démunis en milieu urbain, au caractère exigu et ségrégationniste des quartiers « africains ». Les épidémies postcoloniales qui auraient pu être évitées, comme l’épidémie du choléra au Zimbabwe en 2008 et 2009, ont également fait leur apparition parce que des gouvernements africains autoritaires ont politisé les réponses sanitaires et les systèmes de santé publique.

Ces leçons du passé montrent qu’il est important de renforcer l’inclusion et la sécurité des villes mais aussi de mettre en place des programmes de santé urbaine sur le continent africain. Les réponses face à l’apparition du COVID-19 donnent la possibilité d’aller dans le sens d’une telle inclusion en matière d’accès aux denrées alimentaires, aux systèmes financiers et à la sécurité physique. Cette orientation façonnera le futur des villes africaines et leur donnera plus de force pour faire face aux prochaines épreuves.

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