Référendum constitutionnel en Guinée-Bissau : Explication

Le référendum constitutionnel organisé par la junte militaire en Guinée-Bissau a pour objectif de consolider le pouvoir dans les mains de l’exécutif, tout en renversant les efforts qui avaient été entrepris pour partager le pouvoir dans ce pays où l’instabilité politique est dotée d’un long héritage.


À Antula, non loin de Bissau, une affiche de campagne appelle les citoyens à voter lors du référendum. (Photo: AFP/Samba Balde)

En Guinée-Bissau, la junte militaire organise le 30 août 2026 un référendum constitutionnel afin de poser le cadre légal pour des élections prévues en décembre.  La trajectoire politique de la Guinée-Bissau est particulièrement confuse depuis le putsch dirigé par le chef d’état-major des armées, le général Horta Inta-A Na Man, le 25 novembre 2025.  Ce putsch, le cinquième dans le pays depuis 1980, perpétue le long héritage d’instabilité politique de la Guinée-Bissau.

Cette instabilité éclipse les efforts entrepris ces dernières années par la société civile et certains dirigeants politiques pour améliorer le partage du pouvoir, la transparence et la séparation entre les autorités civiles et militaires. Ce qui suit souligne la signification et les implications sur le long terme du référendum.

Pourquoi ce référendum a-t-il été organisé ?

Le référendum prévu ce weekend a pour objectif de valider la nouvelle constitution créée par la junte militaire qui avait pris le pouvoir lors du coup d’État de novembre 2025. Ce putsch avait été perpétré alors même que la Commission électorale nationale comptait les votes exprimés lors de la dernière élection présidentielle du pays. L’armée a par la suite détruit les bulletins de vote et emprisonné les dirigeants de l’opposition. Le référendum fait partie du processus de transition politique prévu par la junte qui doit déboucher sur des élections attendues en décembre 2026.

Quels sont les changements proposés par ce référendum constitutionnel ?

La constitution proposée a pour objectif de consolider le pouvoir au sein de la présidence.

La constitution proposée a pour objectif de consolider le pouvoir au sein de la présidence. Elle remplacerait le régime semi-présidentiel de la Guinée-Bissau dans lequel le pouvoir est partagé entre le président, qui sert de chef de l’État, et le premier ministre, qui, en tant que chef du gouvernement, dirige le conseil des ministres et gère les affaires courantes du pays. Dans un régime semi-présidentiel, le premier ministre est élu par l’Assemblée nationale.

La constitution proposée par la junte comprend une diminution à la fois du nombre de parlementaires et du nombre de districts. Ceux-ci passeront de 102 à 65 pour les parlementaires, et de 29 à 12 pour les districts.

La nouvelle constitution établit aussi de nouveaux obstacles aux candidats qui souhaitent se présenter aux élections. Ainsi, les candidats à la présidentielle devront s’acquitter d’une caution de 50 millions de francs CFA (environ 90 000 dollars).  Les partis qui soutiennent un candidat devront obtenir le soutien de 5 000 de leurs membres, avec un minimum de 300 membres par région.

Pourquoi est-ce important ?

La Guinée-Bissau a longtemps essayé de s’éloigner de systèmes où le pouvoir est trop concentré au sein de la présidence. C’est la raison pour laquelle la constitution de 1993 avait adopté un régime semi-présidentiel. Ce système de partage du pouvoir avait été adopté en réponse au règne de 19 ans du président João Bernardo Vieira, qui en concentrant l’autorité au sein de l’exécutif, avait facilité les abus de pouvoir et l’impunité. Cette concentration du pouvoir avait par ailleurs inclus la politisation de l’armée, ce qui avait contribué à ses interventions répétées dans la vie politique de la Guinée-Bissau.

La Guinée-Bissau a longtemps essayé de s’éloigner de systèmes où le pouvoir est trop concentré au sein de la présidence.

Une série de réformes constitutionnelles adoptées lors des élections parlementaires de 2023 avaient tenté de rendre plus claires les prérogatives respectives du président et du premier ministre et de limiter ainsi les rivalités entre les deux institutions. Les partisans de ces réformes ayant gagné une majorité de 54 à 48 au parlement, le mécanisme de partage du partage du pouvoir avait été validé. Cependant, le président, Umaro Sissoco Embaló, un ancien général de brigade l’armée, s’était montre rétif à reconnaitre cette séparation des pouvoirs.

Au lieu de cela, Embaló a dissout plusieurs fois le parlement, choisi son propre premier ministre et créé un cabinet fantôme de conseillers politiques choisis sur le volet et comprenant d’anciens ministres et dirigeants sécuritaires avec des liens forts avec l’armée et la police. Embaló a ensuite reporté l’élection présidentielle prévue en décembre 2024 à l’année suivante.

Étant donné la relation étroite entre le général Na Man et Embaló, de nombreux observateurs indépendants s’inquiètent de la possibilité que le référendum et les élections prévues ne soient une tentative de rétablir Embaló à la présidence. Au minimum, le référendum perpétuera les lignes d’autorité floues entre la présidence et l’armée.

En Guinée-Bissau la question de l’institutionnalisation de la surveillance du pouvoir politique et des relations civilo-militaires est centrale, notamment étant donné le long héritage de putschs, de corruption étatique et de trafic de drogue liés aux dirigeants politiques et militaires et à la violence politique.

Qui est chargé de la gestion du référendum ?

En février 2026, la junte militaire a remplacé les dirigeants de la Commission électorale nationale (CEN) et créé un nouveau secrétariat. La commission est maintenant dirigée par Carmen Isaua Carmen, une juge de la Cour suprême. Les critiques estiment cependant que la création d’un nouveau secrétariat, et la sélection de nouveaux dirigeants, sont illégales et considèrent qu’elles constituent un effort à miner le processus électoral.

Des citoyens font la queue à un bureau de vote lors de l’élection présidentielle en Guinée-Bissau. (Photo: AFP)

Le gouvernement militaire a aussi remplacé les dirigeants de la Cour supérieure militaire en raison de leur opposition à déclarer comme criminels les dirigeants du plus grand parti de l’opposition.

Malgré son long héritage d’instabilité politique, la Guinée-Bissau peut se prévaloir d’avoir organisé des élections relativement compétitives et des alternances de pouvoir, toutes deux permises par la composition professionnelle de la CEN. Le secrétariat exécutif de la CEN était en effet composé de magistrats nommés par le Conseil supérieur judiciaire et élus par les deux-tiers du parlement pour un mandat de 4 ans. Les dissolutions du parlement avaient cependant empêché de pourvoir les postes vacants, ce qui avait permis à la junte d’en justifier son limogeage.

Quelle place pour les partis de l’opposition ?

Les manifestations et les grèves étant interdites, la scène politique demeure restreinte depuis le putsch. Les activités politiques sont aussi interdites, les sièges des partis de l’opposition fermés et la Cour constitutionnelle suspendue. Depuis le coup d’État, les médias indépendants sont restreints et les journalistes font face à une intimidation accrue.

En décembre 2025, une manifestation appelant pour la restitution du gouvernement constitutionnel avait été bloquée par l’armée à travers le pays. Le dirigeant de la manifestation et président du mouvement révolutionnaire « Pó di Terra », Vigário Luís Balanta, a été enlevé et retrouvé mort 4 mois plus tard.

Des manifestants à Bissau, le 2 avril 2026, demandent justice après que le dirigeant de la société civile Vigário Luís Balanta a été retrouvé mort. (Photo: Mussa Djassi)

Domingos Simões Pereira, le premier ministre avant la dissolution du parlement et le dirigeant du Partido Africano para a Independência da Guiné e Cabo Verde (PAIGC) est la figure dominante de l’opposition. Un tribunal militaire l’a placé en détention. Il est accusé d’avoir soutenu financièrement des tentatives de coup d’État en 2023 et 2025.  Il avait été empêché de se présenter aux élections de novembre 2025.

Des organisations de la société civile ont publié une lettre ouverte dénonçant la création d’une nouvelle constitution sous la junte militaire.

Des membres d’une coalition de partis de l’opposition, la Plataforma Aliança Inclusiva–Terra Ranka (PAI-TR), ont critiqué la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et d’autres organisations régionales pour n’avoir pas imposé de sanctions sur la junte et d’autres acteurs qui ont entravé le processus de retour à l’ordre constitutionnel.

Un collectif d’organisations de la société civile a publié une lettre ouverte dénonçant la création d’une nouvelle constitution sous la junte militaire. La lettre a appelé à ce que tout changement constitutionnel soit adopté par un processus politique régulier.

Quelles sont les implications géostratégiques potentielles du référendum ?

Les spéculations se concentrent sur la Russie. L’engagement de Moscou en Guinée-Bissau a augmenté entre 2020 et 2025 sous le leadership d’Embaló, qui est l’un d’une poignée de dirigeants africains qui s’est rendu au sommet Russie-Afrique de 2023. Cela suit une tendance dans laquelle la Russie gagne en influence dans les pays francophones et lusophones d’Afrique de l’Ouest en soutenant les putschs et autres prises de pouvoirs anticonstitutionnelles.

En février 2025, le président russe Vladimir Poutine et Embaló ont signé un accord pour élargir l’exploration des ressources naturelles de la Guinée-Bissau. L’entreprise d’aluminium russe Rusal a une concession de bauxite importante en Guinée-Bissau. La Russie a aussi promis d’accroitre sa coopération militaire et sa formation d’officiers de l’armée.


Ressources complémentaires