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Points forts
Le conflit entre les forces armées soudanaises (SAF) commandées par le général Abdel Fattah al Burhan et les forces de soutien rapide (RSF) dirigées par le général Mohamed Hamdan Dagalo a provoqué la fragmentation du troisième plus grand pays d’Afrique, peuplé d’environ 47 millions de personnes. La plus grande crise de déplacement au monde se poursuit au Soudan où plus de 9,7 millions de Soudanais sont déplacés en interne et plus de 3,1 millions de Soudanais se sont réfugiés hors du pays.
Avec ce conflit, 40 % de la population (soit 19,2 millions de personnes) fait face à une insécurité alimentaire aiguë. Parmi elles, au moins 207 000 personnes font face à des pénuries alimentaires catastrophiques (correspondant au niveau 5 de l’IPC) et 4,8 millions de personnes font face à des conditions d’urgence. Selon les experts, environ 400 000 personnes auraient été tuées.
Le conflit entre les factions militaires a plongé dans la tourmente une région déjà éprouvée par des niveaux records de stress humanitaire. Avant même le déclenchement du conflit au Soudan, plus de 13 millions de personnes au Soudan et dans ses sept voisins étaient des réfugiés ou des personnes déplacées en interne (PDI). Plus de 40 millions de personnes dans ces pays étaient confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Les ressources destinées à aider ces populations seront encore plus sollicitées.
« Chacun des voisins du Soudan est actuellement ou a récemment été aux prises avec son propre conflit ou sa propre instabilité politique » .
Avant avril 2023, le Soudan accueillait déjà plus d’un million de réfugiés de ses voisins, ainsi que plus de 3,8 millions de personnes déplacées en interne (sur une population de 45 millions d’habitants).
Cette réalité souligne que chacun des voisins du Soudan est actuellement ou a récemment été aux prises avec son propre conflit ou sa propre instabilité politique. Elle met également en évidence les effets cumulés que les crises de la région ont les unes sur les autres.
La régionalisation croissante du conflit complique encore l’environnement sécuritaire puisque les Émirats arabes unis (EAU) soutiennent les RSF alors que la Turquie, l’Égypte et l’Arabie saoudite soutiennent les SAF. Un réseau de bases aériennes a été établi dans la région, permettant la livraison de matériel, y compris de drones, qui alimentent aussi un rythme soutenu de violence.
Catastrophe humanitaire
La région soudanaise du Darfour, dans l’ouest du pays et où un génocide avait tué environ 350 000 personnes dans les années 2000, accueillait quasiment 80 % des PDI soudanais depuis le début de la guerre. El Fasher, la capitale du Darfour-Nord, accueillait environ 737 900 PDI (sur une population d’environ 1,5 million de personnes).
La chute d’El Fasher aux mains des RSF à la fin octobre 2025, après un siège de 18 mois, a eu des couts humains très élevés. Les RSF avaient encerclé le centre urbain (qui accueillait 250 000 personnes) avec un réseau de 68 kilomètres de barrières, créant de fait ce qui a été surnommé « une boite à tuer ». Plus de 100 000 personnes ont été déplacées du centre urbain et des villages alentour. Cependant, seulement quelques milliers sont arrivées au camp le plus proche de Tawila, à 65 kilomètres. Le sort des personnes restées dans le centre encerclé est inconnu. On sait qu’au moins 60 000 personnes sont mortes immédiatement dans des massacres ethniques ciblés, mais près de 150 000 personnes sont portées disparues.
Selon des témoignages de survivants et des images vidéo, les RSF ont commis des atrocités contre les civils, y compris des agressions, des tueries indiscriminées et des agressions sexuelles. Les agissements des RSF suivent un schéma déjà observé lors de leur prise de territoire dans d’autres parties du Darfour et dans l’État d’Al Jazirah.
La chute d’El Fasher a permis aux RSF des rediriger leurs forces vers le Nord du Kordofan voisin, ce qui a déclenché de nouveaux combats avec les SAF et le déplacement de 40 000 personnes.
La famine s’abat aussi sur la région. Selon les estimations, avant la chute d’El Fasher, environ 40 % de la population du camp de PDI de Zamzam (population de plus 500 000) subissait un niveau 4 sur l’échelle de l’IPC d’insécurité alimentaire aiguë (soit un niveau d’urgence) et 20 % subissait un niveau 5 (soit la catastrophe/famine). Des conditions semblables de famine ont été enregistrées dans les camps d’Al Salam et d’Abou Shouk dans le Nord-Darfour ainsi que dans les montagnes du Nuba occidental. Après que les RSF ont pris la région, les agences d’aide humanitaire ont constaté que les taux de malnutrition des personnes (notamment des enfants) fuyant El Fasher étaient « stupéfiants » et que la crise alimentaire était bien pire que prévu.
Avec les déplacements qui se produits avant la guerre, les Nations unies estiment que plus de 9,7 millions de personnes sont maintenant déplacées en interne et que 4,4 millions de Soudanais et d’étrangers ont fui le pays vers l’Égypte, le Tchad, le Soudan du Sud, l’Éthiopie et la République centrafricaine (RCA). Ces chiffres sont certainement en deçà de la réalité, car l’accès humanitaire et les communications avec une grande partie du pays ont été coupés. L’ONU estime que 25 millions de personnes, soit environ la moitié de la population, a besoin d’aide.
Egypt
L’Égypte est l’une des principales voies d’accès pour les réfugiés soudanais fuyant Khartoum. Selon la OIM, elle a jusqu’à présent accueilli plus de 1,5 million de personnes, pour la plupart soudanaises. L’Égypte est un point de transit et de destination majeur pour les migrants qui fuient les difficultés rencontrées ailleurs en Afrique, accueillant près de 9 millions de migrants économiques.
L’Égypte est engagée dans un conflit prolongé avec l’Éthiopie sur la gestion de l’accès à l’eau du Nil après la construction du Barrage de la Renaissance (GERD), ce qui ne fait qu’accroître les tensions régionales.
Tchad
« Le Tchad compte près de 400 000 personnes déplacées en interne raison de sa propre instabilité. Avec un long héritage d’autocratie sous Idriss Déby, le Tchad est confronté à une instabilité perpétuelle ».
Pres de 1,2 million de personnes, pour la plupart soudanaises, ont franchi la frontière avec le Tchad et des dizaines de milliers d’autres sont encore attendues avec l’augmentation de l’anarchie au Darfour. Avec la chute d’El Fasher, la région frontalière du Tchad tangue sous la pression de nouvelles vagues de réfugiés fuyant le Soudan.
Le Tchad accueille déjà près de 600 000 réfugiés, dont 400 000 proviennent de la région soudanaise du Darfour. En outre, le Tchad compte près de 400 000 personnes déplacées en interne raison de sa propre instabilité. Avec un long héritage d’autocratie sous Idriss Déby, le Tchad est confronté à une instabilité perpétuelle. La répression violente des manifestants pacifiques qui réclamaient le rétablissement de l’ordre a engendré de nouvelles vagues de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur de ce pays sahélien stratégiquement important qui relie l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Est et l’Afrique centrale.
Les Nations unies et de nombreux médias disent que les RSF utilisent le Tchad comme base arrière pour le matériel venant des Émirats arabes unis et pour le matériel utilisé pour son attaque au Darfour.
Soudan du Sud
Plus de 874 000 réfugiés Sud-Soudanais seraient rentrés au Soudan du Sud, accompagnés de 421 000 réfugiés soudanais et d’autres pays. Pendant la majeure partie de ses dix années d’existence, le Soudan du Sud a été en proie à une guerre civile. Des combats entre les forces gouvernementales et celles de l’opposition augmentent depuis février 2025. Ils ont provoqué 1 000 morts et une nouvelle crise de déplacement. Plus de 326 000 PDI et 1229 000 réfugiés Sud-Soudanais sont éparpillés en RDC, en Ouganda, en Éthiopie et au Soudan.
Plus d’un tiers de la population a été déplacée de force puisque 2 millions de personnes sont déplacées en interne et 2,3 millions se sont réfugiés dans des pays voisins. Environ 810 000 personnes ont fui vers le Soudan. Sur les 8,8 millions de Sud-Soudanais restants dans le pays, 5,9 millions sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë, dont 28 000 à la famine, la quasi-totalité étant attribuée au conflit. Le Soudan du Sud reste dans un état de crise persistante.
Le ministre des minerais des SAF, Mohamed Bashir Abunommo a accuse le Soudan du Sud en mai 2025 de permettre aux EAU d’établir une « base d’agression » sous le couvert d’un hôpital de campagne dans l’est d’Aweil, sur la frontière avec le Darfur Oriental, une accusation qui reflète les tensions accrues entre le Soudan et son voisin.
Éthiopie
Avec plus d’un million de réfugiés, l’Éthiopie accueille la troisième communauté de réfugiés de la région (après l’Ouganda et le Tchad). Entre 2020 et 2022, l’Éthiopie a été dévastée par un conflit interne, principalement dans la région du Tigré, frontalière du Soudan. Le nombre de personnes déplacées en interne en Éthiopie s’élève à environ 3,2 millions, bien que l’on ne dispose pas de chiffres précis (en particulier pour la région du Tigré). On estime à 15,8 millions le nombre d’Éthiopiens confrontés à une insécurité alimentaire aiguë. Le nombre de réfugiés éthiopiens dans les pays voisins s’élève à près de 150 000. Parmi eux, de nombreux Tigréens ont fui vers le Soudan lorsque le conflit éthiopien a débuté en novembre 2020. Depuis l’escalade des affrontements au Soudan, les Éthiopiens rentrant dans leur pays, environ 176 000 personnes, représentent 41 % des personnes qui sont passées en Éthiopie.
RCA
« Près de la moitié de la République centrafricaine est confrontée à une insécurité alimentaire aiguë principalement due au conflit ».
Plus de 39 000 Soudanais ont fui vers la RCA. Ils ont été rejoints par 6 300 réfugiés centrafricains qui avaient déjà échappé aux combats dans ce pays. Les activités des groupes armés ont augmenté en RCA cette année, y compris une attaque sur des soldats de l’ONU.
Environ 500 000 Centrafricains sont déplacés en interne et 750 000 ont fui le conflit vers les pays voisins, dont plus de 24 000 vers le Soudan. Près de la moitié de la population (environ 3 millions) de ce pays peu peuplé est confrontée à une insécurité alimentaire aiguë, principalement due au conflit.
Le Groupe d’experts de l’ONU a constaté que les RSF utilisent la RCA comme point d’appui logistique et de recrutement.
Libye
Environ 143 000 personnes, pour la plupart soudanaises, sont parvenues à traverser la frontière isolée libyenne. La Libye est depuis longtemps un pays de transit essentiel pour les migrants et les réfugiés fuyant les conflits et la répression dans l’ouest du Sahel et dans d’autres régions d’Afrique. On estime à 859 000 le nombre de migrants en Libye, dont beaucoup sont victimes d’abus de la part de trafiquants d’êtres humains. La Libye est également confrontée à un conflit politique de longue durée, les milices liées au chef de guerre Khalifa Haftar, basé dans l’est du pays, ayant tenté à plusieurs reprises de saper et de renverser le gouvernement de Tripoli, soutenu par les Nations unies.
En juin 2025, les RSF ont capture des mains des SAF une région frontalière du Soudan, de l’Égypte et de la Libye. Les SAF ont accusé des combattants proches de l’Armée nationale libyenne de Khalifa Haftar d’avoir participé à l’offensive. Ils ont par ailleurs accusé les EAU d’utiliser la région pour soutenir les RSF en fournissant des armes et des mercenaires.
Érythrée
Peu de réfugiés soudanais, voire aucun, ont été signalés comme fuyant vers l’Érythrée, qui est elle-même un pays d’origine important. Cependant, selon des rapports non confirmés, environ 3 500 Erythréens auraient été rapatriés de force en Érythrée. Plus de 336 000 Erythréens ont fui ce pays de 3,6 millions d’habitants. La conscription militaire forcée, les arrestations arbitraires, les disparitions et la torture figurent parmi les nombreux abus commis à l’encontre des citoyens érythréens et attribués à son gouvernement par les Nations unies. L’Érythrée a également participé au conflit entre la région voisine du Tigré et le gouvernement éthiopien.
Le président de l’Érythrée Afwerki fournit un soutien politique aux SAF et accueille des camps d’entrainements de groupes qui leurs sont allies.
Ouganda
Le conflit au Soudan s’est aussi propage en Ouganda, où près de 87 000 réfugiés sont arrivés depuis le début de la guerre. L’Ouganda accueille déjà le plus grand nombre de réfugiés en Afrique (plus de 1,7 millions) à cause de l’instabilité au Soudan du Sud et en RDC.
Ressources complémentaires
- Centre d’études stratégiques de l’Afrique,« Le conflit reste le facteur dominant de l’engrenage de la crise alimentaire en Afrique », Infographie, 19 octobre 2022.
- Centre d’études stratégiques de l’Afrique, « 36 millions d’africains déplacés de force, un chiffre record », Infographie, 21 juillet 2022.
- Centre d’études stratégiques de l’Afrique,« Autocratie et instabilité en Afrique »,Infographie, 10 mars 2021.
- Wendy Williams,« Frontières en évolution : La crise des déplacements de population en Afrique et ses conséquences sur la sécurité », Rapport d’analyse n° 8, Centre d’études stratégiques de l’Afrique, janvier 2020.
Sujets de sécurité : Soudan Migration et déplacement de force

