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L’escalade des tensions entre l’Ouganda et le Rwanda suscite la crainte d’une guerre

La longue rivalité qui règne entre Yoweri Museveni et Paul Kagame a exacerbé les tensions à la frontière et a entraîné un risque sérieux de conflit armé entre les deux pays.

Escalating Tensions between Uganda and Rwanda Raise Fear of War

Les soldats de forces de défense rwandaises (à gauche) et les forces de défense du peuple ougandais (à droite). (Photos: Spc.Angelica Gardner, MSgt. Carlotta Holley)

Autrefois fervents alliés, l’Ouganda et le Rwanda sont maintenant à couteaux tirés. Depuis mars 2019, leurs armées se sont massées le long de leur frontière. En mai 2019, les tensions ont augmenté après que l’Ouganda a protesté contre une incursion des forces rwandaises sur le territoire ougandais, faisant deux victimes civiles dans la ville frontière de Rukiga. Le Rwanda a démenti l’allégation, affirmant qu’il poursuivait un groupe de passeurs qui avaient franchi illégalement la frontière.

Le tournant dans cette escalade a été un rapport du Groupe d’experts des Nations Unies sur la République démocratique du Congo (RDC), daté de décembre 2018, qui révélait que la branche militaire d’une coalition de groupes de l’opposition rwandaise se faisant appeler la « Plateforme Cinq», ou « P5 », était armée et entraînée par l’Ouganda, le Burundi et la RDC. Les forces militaires de la P5 sont dirigées par le général Kayumba Nyamwasa, ancien officier supérieur de l’armée ougandaise et également ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise. La P5 existe depuis au moins 2014 et elle cherche à renverser le Front patriotique rwandais (FPR) actuellement au pouvoir. Contrairement à d’autres groupes rebelles rwandais tels que les Interahamwe, la P5 est dominée par d’anciens hauts responsables du FPR, du renseignement et de l’armée, dont la grande majorité a auparavant servi dans l’armée ou le gouvernement ougandais.

En juillet et décembre 2018, ainsi qu’en avril 2019, des éléments de la P5 et ses alliés ont lancé des attaques au Rwanda. L’attaque de décembre a entraîné la mort de deux soldats rwandais et d’un nombre indéterminé de rebelles. Deux civils ont été tués et huit autres grièvement blessés lors de l’assaut survenu en avril. Le Rwanda a poursuivi et capturé trois hauts commandants rebelles rwandais accusés d’avoir dirigé les attaques. Ils doivent maintenant comparaître devant un tribunal militaire.

En février 2019, le Rwanda a fermé sa frontière avec l’Ouganda après avoir accusé Kampala d’héberger des combattants de Nyamwasa, ainsi que de détenir et de torturer arbitrairement des ressortissants rwandais, des accusations démenties par l’Ouganda. La frontière a été rouverte brièvement début juin, mais a été refermée quelques semaines plus tard. Le Rwanda a émis un avertissement aux voyageurs recommandant à ses citoyens de ne pas se rendre en Ouganda. Alarmée par l’escalade, une coalition de trois organisations de la société civile a poursuivi l’Ouganda et le Rwanda en justice devant la Cour de Justice de l’Afrique de l’Est pour la fermeture de la frontière et d’autres actes d’hostilité qui, selon elle, portent préjudice aux citoyens ordinaires.

Au cours de l’année écoulée, le président ougandais, Yoweri Museveni, et le président rwandais, Paul Kagame, ont échangé des menaces avec des messages culturels chargés. En raison du peu de contrôle public dans les structures de gouvernance autoritaire, de hauts fonctionnaires de chaque côté ont également intensifié leur rhétorique plutôt que d’apporter une influence modératrice. Cela a mis les deux pays sur le pied de guerre. Lors d’un briefing pour les attachés militaires accrédités auprès de l’Ouganda en mai, peu après l’échange de tirs à la frontière, le chef de l’armée ougandaise, le général David Muhoozi, et l’attaché de défense rwandais, le lieutenant-colonel James Burabyo, ont eu un échange passionné très tendu, évitant de justesse les insultes personnelles, à la stupéfaction des autres envoyés dans la salle.

« En raison du peu de contrôle public dans les structures de gouvernance autoritaire, de hauts fonctionnaires de chaque côté ont également intensifié leur rhétorique plutôt que d’apporter une influence modératrice. »

Le général Nyamwasa a jeté plusd’huile sur le feu en mai 2019 lors d’un entretien avec les médias officiels ougandais au cours duquel il a accusé le Rwanda de parrainer une tentative de coup d’État au Burundi il y a trois ans et de soutenir d’anciens officiers de l’armée burundaise ayant rejoint la Résistance pour un État de Droit (RED-Tabara) et d’autres groupes rebelles combattant le président Pierre Nkurunziza, tels que les Forces républicaines du Burundi (FOREBU). Kigali a vu son apparition dans un média du gouvernement ougandais comme une autre indication de la collaboration continue entre les rebelles rwandais, l’Ouganda et le Burundi.

La perspective d’une guerre entre l’Ouganda et le Rwanda est également importante parce que les conflits entre États en Afrique sont devenus rares. Presque tous les conflits armés en cours sur le continent résultent  de griefs et de rivalités internes non résolus.

Les tensions entre l’Ouganda et le Rwanda ont également des implications directes sur la stabilité de la région des Grands Lacs en général, le Burundi devenant un nœud cl de la rivalité entre Kampala et Kigali. Le Rwanda, qui a récemment succédé à l’Ouganda en tant que président de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), dénonce ce qu’il appelle des « liens entre Bujumbura et Kampala » et reproche aux deux pays d’avoir permis à la P5 et à d’autres groupes armés d’utiliser le Burundi comme une base opérationnelle. L’ONU a fait état d’affrontements dans la région du Sud-Kivu en RDC entre des combattants de la P5 et de la Red Tabara, le plus grand groupe rebelle aux prises avec le gouvernement burundais.

L’hostilité entre l’Ouganda et le Rwanda détourne l’attention et diminue également la capacité régionale de lutter contre d’autres crises dans la région des Grands Lacs, notamment l’insurrection des Forces démocratiques alliées (ADF) et les efforts déployés pour faire face à l’épidémie croissante d’Ebola dans l’est de la RDC.

Les coûts économiques de la crise se font également sentir. Les importations de l’Ouganda en provenance de CAE avaient augmenté de plus de 8 % au cours de l’exercice fiscal 2017-2018, principalement en raison des échanges commerciaux avec le Rwanda et le Burundi. Ces échanges vont diminuer considérablement en raison de la nouvelle restriction des mouvements à la frontière entre l’Ouganda et le Rwanda et de la crise persistante au Burundi. Museveni a rejeté la situation, affirmant que son pays « trouvera des marchés plus intéressants ». Il a fait cette déclaration en portant son uniforme militaire, montrant qu’il ne s’agit pas d’une simple guerre commerciale.

Une impasse qui atteint le point d’ébullition

La perspective d’un conflit ouvert entre l’Ouganda et le Rwanda semble inconcevable à de nombreux observateurs en raison de l’histoire longue et inextricable des dirigeants des deux pays. Les combattants rwandais exilés (essentiellement des tutsis) et les immigrants rwandais ont joué un rôle de premier plan dans la lutte qui a mené au pouvoir l’Armée de résistance nationale (ARN) de Museveni en 1986. De même, le gros du Front patriotique rwandais (FPR) qui a envahi le Rwanda et mis fin au génocide de 1994 faisait partie de l’armée ougandaise et bénéficiait du soutien de l’Ouganda. Kagame est l’un des « membres originaux » de l’ARN qui a mené la lutte armée ougandaise. Plus tard, Kagame a occupé les fonctions de haut responsable des services de renseignement ougandais, gérant les efforts visant à neutraliser les menaces internes et externes au régime de Museveni.

Ugandan President Yoweri Museveni

Président ougandais Yoweri Museveni. (Photo: UN/Eskinder Debebe)

Mais d’un autre côté, Museveni et Kagame partagent également une relation personnelle complexe qui occupe une grande place dans cette crise. Les deux dirigeants sont diplômés du prestigieux lycée ougandais , où la plupart des responsables gouvernementaux et militaires ougandais et rwandais actuels sont allés à l’école. Ils ont formé une amitié qui pourrait modifier le cours de l’histoire de leurs pays. Kagame a occupé pendant sept ans les fonctions de Directeur adjoint du renseignement militaire en Ouganda, permettant ainsi à Museveni de garder toujours une longueur d’avance et de réprimer de nombreuses insurrections, dont le tristement célèbre mouvement du Saint-Esprit, qui s’était approché à une distance de bombardement de 70 kilomètres de Kampala en 1987. En 1990, Museveni a envoyé Kagame au Collège de commandement et d’état-major de l’Armée américain à Fort Leavenworth, mais l’a ensuite rappelé pour commander le FPR après la mort de son premier commandant et ancien ministre de la Défense ougandais, Fred Rwigyema, lors d’une invasion manquée du Rwanda.

Après l’arrivée au pouvoir du FPR en 1994, le groupe a formé une alliance militaire forte avec un commandement conjoint qui a supervisé plusieurs opérations, dont la guerre de 1998 contre le dirigeant de longue date de la RDC, Mobutu Sese Seko, et l’installation de son successeur, Laurent Kabila. Des différences sont toutefois apparues entre les deux hommes sur la manière de gérer la RDC. Ces différences se sont accentuées après que les deux se soient disputés avec Kabila et aient lancé une seconde rébellion pour le destituer. Le Rwanda préférait une opération « coup de foudre », capturant ville après ville, tandis que l’Ouganda préférait une bataille plus lente et plus longue. Les deux pays ont fini par suspendre leur commandement conjoint et désengager leurs forces.

Rwandan President Paul Kagame

Président rwandais Paul Kagame. (Photo: Bizimana Jean)

Plus tard, en 1999-2000, des soldats ougandais et rwandais se sont affrontés à plusieurs reprises dans la ville de Kisangani, dans l’est du pays, pour le contrôle de positions stratégiques, des factions congolaises rivales étant soutenues par chaque côté, et l’hostilité des commandants locaux ougandais et rwandais. Le Conseil de sécurité des Nations Unies a également accusé les deux armées d’avoir illégalement exploité des ressources naturelles congolaises telles que l’or et le coltan. On estime que les combats ont causé la mort d’environ 3 000 civils et 1 000 militaires.

Museveni, cherchant à obtenir une indemnité pour la mort des troupes ougandaises, a fait référence à un ancien concept rwandais, le ntiturakaraba, selon lequel la famille d’un individu coupable de meurtre doit remettre l’un de ses propres membres à la partie lésée. La teneur du message laissait entendre que la réconciliation avec le Rwanda ne serait possible que lorsque l’Ouganda aurait vengé ses soldats ou que Kagame, longtemps perçu par Museveni comme son subalterne et bénéficiaire de ses largesses, aurait fait amende honorable.

Vingt ans plus tard, Kagame se souvient encore de cette déclaration et a affirmé dans une interview en mars 2019 que l’Ouganda « sape son pays depuis 1998 ». Il a ajouté que « personne ne peut le forcer à se mettre à genoux », invoquant le concept d’agaciro (la dignité), que les dirigeants des deux côtés utilisent fréquemment lors de moments de tension. Dans le contexte rwandais traditionnel, l’agaciro représente la plus haute aspiration de la nation et tout effort visant à la saper, justifie la guerre. « Nous les avons vaincus trois fois » lors des violences de 1999-2000, se souvient Kagame – un commentaire qui, comme on pouvait s’y attendre, n’a pas été très bien accueilli à Kampala. Il a également souligné le ferme rejet par le Rwanda de l’affirmation de nombreux chefs militaires ougandais selon laquelle le FPR leur devait une dette de gratitude pour l’avoir aidé à prendre le pouvoir après le génocide de 1994. Les dirigeants rwandais ont longtemps rejeté cette suggestion. Il règne un « vague sentiment que nous devrions être redevables » à Museveni, a déclaré Kagame. « Museveni n’est pas le président du Rwanda et ne le sera jamais. » Museveni a répondu avec son propre avertissement : « Ceux qui veulent déstabiliser notre pays ne connaissent pas notre capacité. Une fois que nous nous serons mobilisés, ils ne pourront pas survivre. »

L’Ouganda a accusé le Rwanda d’avoir infiltré ses services de sécurité. En juin 2018, le général ougandais Kale Kayihura a été limogé de ses fonctions d’inspecteur général de la police dans le cadre d’un important remaniement du secteur de la sécurité. Il a ensuite été arrêté et jugé avec d’autres responsables de la sécurité pour avoir rapatrié à Kigali des éléments soupçonnés d’être des rebelles rwandais, alors même que les deux pays n’avaient pas conclu d’accord d’extradition.

Gen. Kale Kayihura

Le général Kale Kayihura, devant le tribunal en août 2018. (Photo: video screen capture)

Le Rwanda reste frustré du fait que de nombreux transfuges de haut rang appartenant à ses forces de sécurité, tel que Nyamwasa, ont grandi en Ouganda et y entretiennent des liens étroits avec le milieu militaire. Kampala est également paranoïaque quant aux liens qui unissent le Rwanda à son appareil de sécurité. Après l’arrestation de Kayihura, l’Ouganda a expulsé plusieurs rwandais en les accusant d’espionnage. Depuis lors, l’Ouganda a remanié son appareil de sécurité à trois reprises, reflétant en partie un sentiment de panique quant à la mesure dans laquelle Kigali aurait pénétré l’État ougandais dans le but apparent de surveiller les liens de Nyamwasa avec les services de sécurité ougandais et de neutraliser le réseau de la P5.

L’escalade des tensions risque également de miner les relations ethniques délicates en Ouganda. Kayihura, un héros décoré de la guerre de l’ARN, est originaire de la communauté Banyarwanda, un groupe linguistique qui parle le kinyarwanda et pratique les traditions rwandaises. Sa chute a déclenché la panique dans certaines parties de cette communauté qui, bien que constitutionnellement reconnue comme ougandaise, voit sa loyauté remise en question chaque fois que les tensions avec le Rwanda s’aggravent.

Ce malaise a été amplifié par les rumeurs d’une purge imminente des Banyarwandas du secteur de la sécurité en Ouganda et par un sentiment de plus en plus marqué d’opposition au Rwanda. Les dirigeants régionaux préoccupés par l’escalade de la tension ont tenté de lancer des pourparlers directs entre Museveni et Kagame. Les présidents Uhuru Kenyatta du Kenya, John Pombe Magufuli de Tanzanie et Cyril Ramaphosa de l’Afrique du Sud ont ainsi tenté de réconcilier les deux camps, sans succès.

Rivalités fraternelles souvent des plus vicieuses

Un grief central dans les milieux de la sécurité ougandais est que le FPR a commis une grave erreur en attaquant les troupes ougandaises à Kisangani. De nombreux responsables ougandais font référence avec dérision à leurs anciens camarades du FPR en les qualifiant de « jeunes » ou de « garçons » pour souligner le fait que Museveni était autrefois leur commandant en chef. Les responsables rwandais repoussent amèrement l’insinuation de leur infériorité, affirmant qu’ils sont des dirigeants souverains responsables d’un pays indépendant, capable de suivre un cours différent de celui de l’Ouganda. Cette indépendance s’est traduite par le refus du FPR d’accepter bon nombre des préférences de Museveni après le génocide quant à la manière dont le Rwanda devrait être géré, un grief que de nombreux Ougandais maintiennent encore aujourd’hui. En 1999, après la première série de combats à Kisangani, Kagame a décrié les affronts : « Nos frères ougandais nous traitent comme des enfants, comme si nous étions censés leur être subordonnés. » Dans une interview en mars 2019, Kagame a répété son point de vue, affirmant : « Le Rwanda ne peut pas accepter le diktat de qui que ce soit. … Notre pays est peut-être petit sur le plan géographique, mais nous sommes grands du point de vue idéologique ».

D’autres griefs sont liés à des problèmes plus profonds et non résolus dans les relations entre l’Ouganda et le Rwanda. Pendant la guerre de l’ARN, des immigrés rwandais et banyarwanda, deux groupes victimes du gouvernement d’Obote de l’époque, ont rejoint Museveni en masse, constituant plus du tiers de l’ARN en 1984. Les relations entre eux et les autres groupes ethniques de la force ont changé et évolué au fil du temps. En dépit de leur place essentielle dans la lutte, les immigrants rwandais en particulier ont souvent été ridiculisés comme des « étrangers » et faisaient état de récriminations incessantes sur leur importance dans le premier cercle de Museveni, puis, plus tard, dans les appareils gouvernementaux et de sécurité de l’Ouganda. Museveni lui-même a souvent été qualifié d’« étranger » pour cette raison, le plaçant dans la position délicate d’essayer de maintenir l’ARN unie et de récompenser ses camarades rwandais tout en apaisant d’autres groupes ethniques.

Il devait également apaiser les craintes du gouvernement rwandais, dirigé à l’époque par Juvénal Habyarimana, que Museveni rallierait un jour les Rwandais à l’ARN pour attaquer le Rwanda. En Ouganda, le rôle des communautés banyarwanda dans la politique nationale est depuis longtemps une source de tension en raison de la manipulation sectaire par des gouvernements successifs depuis l’indépendance du pays. Il a également contribué à la montée de la rhétorique xénophobe à l’encontre des membres du groupe banyarwanda chaque fois que des tensions apparaissent avec le Rwanda.

« Les relations entre les deux pays sont principalement gérées par des responsables de l’armée et du renseignement, les institutions civiles jouant un rôle minime. »

Beaucoup avaient espéré que les liens culturels intimes entre l’Ouganda et le Rwanda fourniraient une base pour la résolution des conflits. Au lieu de cela, ils ont nourri une atmosphère pleine de suspicion et de méfiance, échappant parfois à tout contrôle, et menant à des accusations et contre-accusations d’infiltration, compte tenu du fait que les deux pays connaissent très bien la tactique et les secrets de l’autre.

Avant Kisangani, les différends entre l’Ouganda et le Rwanda étaient résolus rapidement et souvent de hors de la vue du public. Ce niveau de confiance n’a jamais été complètement rétabli après les affrontements meurtriers. L’un des héritages de cette période est que les relations entre les deux pays sont principalement gérées par des responsables de l’armée et du renseignement, les institutions civiles jouant un rôle minime. Cela explique la rapidité avec laquelle les différences ont tendance à s’intensifier et à devenir militarisées plutôt que négociées.

Désamorcer la crise

C’est la quatrième fois que les deux anciens alliés sont au bord du conflit depuis que le gouvernement britannique les a aidés à éviter de justesse une guerre totale en 2001. Dans chaque cas, l’engagement personnel des deux présidents a été déterminant pour la désescalade. Cependant, l’absence d’autres centres d’influence en dehors du premier cercle du président et du secteur de la sécurité implique que les relations restent personnalisées et militarisées.

« L’absence d’autres centres d’influence en dehors du premier cercle du président et du secteur de la sécurité implique que les relations restent personnalisées et militarisées. »

Une option pour sortir de ce bourbier serait que des acteurs internationaux neutres aident les deux parties à négocier, afin d’apaiser la situation et de trouver un ensemble de solutions plus durable à long terme. En particulier, des pays possédant des liens historiques avec l’ARN et le FPR, tels que le Mozambique, la Zambie, le Royaume-Uni, la Suède et la Norvège, pourraient les aider à éviter la catastrophe. Des médiateurs africains éprouvés et très appréciés des deux dirigeants, ayant collaboré avec eux dans le passé, tels que Kenneth Kaunda de Zambie, Joseph Butiku et Salim Ahmed Salim de Tanzanie, Joaquim Chissano du Mozambique et Daniel arap Moi du Kenya pourraient également être invités à essayer de créer une feuille de route pour une détente durable.

Une autre priorité consiste à élargir la base des relations bilatérales au-delà du niveau des chefs d’État et des ministères de la Défense qui dominent actuellement les relations entre les deux pays. Au lieu de cela, les affaires pourraient être normalisées sous la responsabilité des ministères des affaires étrangères respectifs, avec des engagements solides des gouvernements et parlementaires locaux. Les relations pourraient également être stabilisées en facilitant des engagements populaires plus larges, notamment des échanges civils avec des représentants du secteur privé, des associations de jeunes et de femmes, des échanges universitaires et des chefs religieux.

C’est un conflit qui peut et doit être évité. Il faudra des personnes à la tête froide pour servir de disjoncteurs et aider à éviter la catastrophe. Des influences modérées pourront alors développer des solutions à plus long terme, afin que la relation entre les deux pays aille au-delà des rivalités personnelles de leurs deux dirigeants et qu’elle stabilise la situation. Du même coup, cette approche pourrait désamorcer de futures escalades qui rendent les tensions entre l’Ouganda et le Rwanda si dangereuses.

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