La menace complexe et croissante des groupes islamistes militants au Sahel


Événements violents liés aux groupes Islamistes militants au Sahel en 2018

Note: Compilé par le Centre d’études stratégiques pour l’Afrique, ce graphique montre les événements violents impliquant les groupes actifs en 2018. Les données sur les attaques ou les décès ne font pas la distinction entre les auteurs des événements. Les listes de groupes sont uniquement destinées à des fins d’information et ne doivent pas être considérées comme des désignations officielles. En raison de la nature fluide de nombreux groupes, les affiliations répertoriées peuvent changer.
Sources: Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED), Menastream, Groupe de renseignement SITE, Consortium de recherche et d’analyse sur le terrorisme (TRAC).

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Nombre de décès au Sahel par année

  • Jama’at Nusrat al Islam wal Muslimeen (JNIM) – Le JNIM, fondé en mars 2017 et dirigé par le chef de Ansar Dine, Iyad Ag Ghaly est la coalition des groupes islamistes militants suivants:
    • Ansar Dine – Fondé par Iyad Ag Ghaly, après avoir échoué à devenir le dirigeant du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), qui militait pour faire sécession du Mali en 2012, le groupe opère dans la région de Kidal.
    • Front de libération du Macina (FLM) – Fondé en 2015 par Amadou Koufa et opérationnel dans la région de Mopti. Le groupe comprendrait notamment d’anciens membres du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO).
    • Katiba Serma – Dirigé par Abu Jalil al Fulani et opérationnel dans la région de Serma entre Gao et Mopti, le groupe est un sous-groupe semi-autonome du FLM.
    • AQIM Sahara – Branche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) dirigée par Djamel Okacha (al-Yahya Abu al Hammam) (décédé). Le groupe est actif à travers le Mali et le sud-ouest du Niger.
    • Al Mourabitoun – Dirigé par Hasan al Ansari (décédé) après que son cofondateur, Mokhtar Belmokhtar, eut disparu (passé dans la clandestinité ou mort) . Al Mourabitoun est la fusion du groupe « Ceux qui signent par le sang » (El-Mouaquiine Biddam) de Belmokhtar et du MUJAO. C’est le groupe le plus actif dans la région autour de Gao.
  • Ansaroul Islam – Fondé en 2016 par Malaam Ibrahim Dicko (décédé) et basé dans la province du Soum au Burkina Faso. Le groupe a étendu ses opérations plus au sud du pays en 2018.
  • État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) – Fondé en mai 2015 par Abu Walid al Sahrawi, ancien membre de la faction du MUJAO, devenu al Mourabitoun. L’activité du groupe s’étend le long des frontières communes du Mali, du Niger et du Burkina Faso.
  • Katiba Salaheddine – Fondée par le sultan Ould Badi, ancien membre d’AQMI et co-fondateur du MUJAO en 2011. Badi s’est allié à al Sahrawi de l’ISGS, un associé de son temps avec le MUJAO en 2016.
  • Non affiliés – Groupes islamistes militants actifs qui ne peuvent ou ne veulent pas revendiquer la responsabilité de leurs attaques.

Points clés

Un bilan des événements violents impliquant des groupes islamistes militants au Sahel entre 2010 et 2018 montre que:

  • Le nombre d’événements violents signalés liés à l’activité d’un groupe islamiste militant au Sahel a doublé chaque année depuis 2016 (de 90 en 2016 à 194 en 2017 à 465 en 2018). Les décès signalés liés à des groupes islamistes militants ont également doublé ces dernières années (de 218 en 2016 à 529 en 2017 à 1 110 en 2018).
  • La violence à l’encontre des civils s’est également accrue. Les actes de violence à l’encontre de civils signalés sont passés de 18 en 2016 (soit 20% de tous les épisodes de violence) à 39 en 2017 et ont atteint 160 en 2018. La violence à l’encontre de civils a représenté environ 34% de tous les actes de violence signalés liés à des groupes islamistes militants au Sahel en 2018.
  • Le Mali reste le foyer le plus important de ces violences, représentant environ 64% des événements signalés au Sahel en 2018.
  • L’augmentation de l’activité reflète la capacité opérationnelle et la coopération accrues des groupes islamistes militants de la région. Environ la moitié de tous les actes de violence en 2018 sont liés à la coalition  Jama’at Nusrat al Islam Wal Muslimin (JNIM), formée en mars 2017. Le Front de libération de Macina (FLM) était associé à plus de 40% de l’activité du JNIM en 2018. Deux des groupes militants les plus récents, l’Etat islamique du Grand Sahara (ISGS) et Ansaroul Islam, sont liés respectivement à 26% et 15% de tous les événements violents signalés au Sahel depuis le début de 2018.
  • Après des années passées à éviter la violence islamiste militante, le Burkina Faso a connu une croissance rapide du nombre d’événements rapportés (de 3 en 2015 à 12 en 2016, 29 en 2017 à 137 en 2018).
  • Les groupes islamistes militants du Sahel opèrent généralement dans des concentrations géographiques distinctes. Quatre théâtres se démarquent:
    • JNIM au centre et au nord du Mali
    • Ansaroul Islam dans les environs de Djibo au Burkina Faso
    • EIGS le long de la frontière Mali-Niger
    • JNIM et EIGS dans l’est du Burkina Faso
  • Une analyse chronologique met en évidence l’accélération rapide des épisodes de violence liés aux groupes islamistes militants au Sahel en 2018. Avant 2012, un seul groupe islamiste militant, AQMI, opérait au Mali. En 2018, plus de 10 groupes étaient actifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Les épisodes de violence en 2018 ont dépassé toutes les activités observées entre 2009 et 2015.

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