Print Friendly, PDF & Email

Aggravation de la crise alimentaire sur le continent africain

L’insécurité alimentaire extrême qui mine l’Afrique a progressé de plus de 60 % ces dernières années et menace de s’aggraver alors que les effets de la COVID-19 exacerbent par ailleurs d’autres facteurs tels que les conflits et la mauvaise gestion politique.

Données essentielles

Conflicts

  • Les conflits demeurent le facteur clé des crises alimentaires aiguës en Afrique. Dans certaines parties de l’État de Jonglei, au Soudan du Sud, plus de 100 000 personnes sont actuellement confrontées à une situation de famine (phase 5). Les provinces du Soum et de l’Oudalan, au Burkina Faso, sont également classées en phase 5. Des parties du Soudan du Sud et de l’Éthiopie pâtissent sûrement d’une situation de famine, mais l’accès y est restreint. Les habitants de la République démocratique du Congo (RDC), du Mali, du Niger, du Nigeria et du Cameroun paient également un lourd tribut aux guerres.
  • Neuf des dix pays frappés par la plus forte progression de l’insécurité alimentaire en 2020 sont en situation de conflit.
    • Les attentats perpétrés par des groupes islamistes militants au Sahel ont augmenté de 44 % en 2020 et entraîné le déplacement de 1,7 million de personnes, ayant besoin pour la plupart d’une aide alimentaire. L’insécurité a également perturbé l’approvisionnement alimentaire et les échanges commerciaux.
    • Dans le nord-est du Nigéria, où près de 4 millions de personnes se trouvent en situation de grande précarité alimentaire, des militants ont intensifié leurs attaques contre les autoroutes, rendant ainsi plus difficiles les approvisionnements alimentaires et l’accès à l’aide humanitaire.
    • En Éthiopie, l’insécurité alimentaire est plus particulièrement présente dans le Tigré en raison de conflits en cours. Des rapports faisant état de famine et de malnutrition se font jour tandis que la région demeure inaccessible aux Nations unies et aux organisations humanitaires.
    • Les nombreux Camerounais (4,9 millions) confrontés à une crise alimentaire aiguë se concentrent dans les régions anglophones du nord-ouest et du sud-ouest du pays où les combats font toujours rage entre les séparatistes et l’armée. D’autres habitants ont été déplacés dans la région de l’Extrême-Nord du pays en raison de la multiplication des attentats perpétrés par Boko Haram..
    • o Les hostilités ont repris en République centrafricaine, où les rebelles ont bloqué des camions humanitaires et empêché l’acheminement de denrées alimentaires vers Bangui.

COVID-19

  • La COVID-19 a constitué une circonstance aggravante en matière d’insécurité alimentaire sur le continent. La fermeture des frontières, les mesures de confinement et les pertes d’emplois ont en effet aussi contribué à réduire l’accès aux aliments. Les épiciers et les commerçants en bestiaux ont été confrontés à une hausse des denrées périmées due à des délais de transit prolongés.
  • Les villes d’Afrique, relativement mieux loties que les régions rurales, étaient jusqu’à présent exclues des évaluations menées en matière de sécurité alimentaire, mais l’apparition de la COVID-19 a changé la donne : désormais, les personnes vulnérables sujettes à une grande précarité alimentaire y sont nombreuses, en raison des pertes de revenus occasionnées par la crise sanitaire. En Afrique du Sud, la crise alimentaire qui touche 11,8 millions d’habitants est pour une grande part la conséquence des mesures d’endiguement de la pandémie appliquées aux ménages urbains.
  • Certains des pays présentant les niveaux d’insécurité alimentaire les plus élevés (RDC, Éthiopie, Mali et Soudan) sont confrontés à plusieurs crises simultanément. La COVID n’a fait qu’exacerber cette fragilité.

Sources: IPC, PAM, FEWS NET, USAID, FAO, Center for Systemic Peace, OCHA, Cadre Harmonisé

Mauvaise gestion politique et pouvoir d’achat en berne

  • Le Zimbabwe, le Soudan et le Soudan du Sud ont connu des taux records d’hyperinflation et de dépréciation de devises favorisés par des années de mauvaise gestion politique. Cette situation a pesé encore un peu plus sur l’insécurité alimentaire. Avec les mesures de protection contre la COVID-19, les ménages zimbabwéens ont vu leurs revenus chuter de plus de 50 % en 2020.

Phénomènes climatiques

  • Inondations au Soudan et au Soudan du Sud, sècheresses en Afrique australe et nuées de criquets en Afrique de l’Est, tels ont été les phénomènes climatiques perturbants qui ont fait basculer des millions de nouvelles victimes dans l’insécurité alimentaire. Le Soudan, où le nombre de personnes souffrant d’insécurité alimentaire aiguë a progressé de 3,5 millions en 2020, a connu les inondations les plus meurtrières en100 ans et la pire invasion de criquets depuis plusieurs décennies, des phénomènes que connaissent également le Kenya, la Somalie, l’Érythrée et Djibouti.

Crues à Khartoum, la capitale du Soudan, le 2 septembre 2020 (à gauche), comparées à une saison humide typique en septembre 2016 (à droite).
Source: NASA

Ressources complémentaires