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En marge du Forum des Collèges africains de défense, organisé par le Centre d’études stratégiques de l’Afrique (CESA) en partenariat avec le Collège national de défense du Nigeria (NDC-N), les anciens auditeurs nigérians du CESA, aux côtés des dirigeants de leur amicale locale, ont organisé un symposium de haut niveau à Abuja le 14 juillet 2025. Cette rencontre d’une demi-journée a réuni plus de 80 participants provenant des secteurs de la sécurité, de l’administration publique, du milieu universitaire et de la société civile nigérians, ainsi que des représentants de l’ambassade des États-Unis et des anciens auditeurs d’autres institutions américaines d’enseignement militaire professionnel.

Intitulé « Le lien entre l’insécurité rurale, le banditisme et la propagation de l’extrémisme violent au nord-ouest et nord-centre du Nigéria », cette réunion a examiné comment les lacunes en matière de sécurité rurale créent des opportunités pour les groupes armés de s’épanouir.
Dans son discours d’ouverture, le sénateur Abdulaziz Yar’Adua, président de la commission sénatoriale sur l’armée et président du Forum des sénateurs du Nord, a souligné l’urgence de s’attaquer à l’insécurité persistante qui touche les zones rurales. Il a ainsi préparé le terrain pour deux présentations approfondies mettant en lumière les principaux facteurs de la violence rurale et du recrutement par les groupes extrémistes violents.
Le Dr Anouar Boukhars, professeur spécialisé dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent au CESA, a souligné que la crise au Nigeria découle moins de la montée en puissance des groupes criminels et extrémistes que des défis systémiques auxquels l’État est confronté en matière de renseignement, de protection des communautés et d’accès à la justice. Il a rappelé que, bien que les communautés signalent régulièrement les menaces, les réponses de l’État arrivent souvent tardivement, de manière fragmentaire ou pas du tout — laissant ainsi les groupes armés opérer en toute impunité. Ce cycle d’insécurité persistante érode la confiance envers les institutions publiques et pousse les populations à se tourner vers des groupes d’autodéfense, ce qui, dans certains cas, alimente davantage la violence au lieu de l’atténuer.
Le Dr Boukhars a également mis en garde contre les répercussions régionales de ce phénomène. Le banditisme s’est progressivement transformé en une véritable économie criminelle et en un mécanisme de survie pour des groupes marginalisés dans le nord-ouest, tandis que dans le nord-est, l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) a connu une résurgence spectaculaire. Rien qu’en 2025, l’ISWAP a attaqué quinze bases militaires, étendu ses opérations au Cameroun et adopté de nouvelles tactiques — opérations nocturnes, mobilité rapide à moto et utilisation de drones armés. Pour faire face à ces menaces, il a préconisé une stratégie articulée autour de trois volets : la consolidation de la paix au niveau local afin de résoudre les conflits entre agriculteurs et éleveurs ; des réformes visant à renforcer la sécurité frontalière et à adapter la lutte antiterroriste aux technologies émergentes ; et des investissements soutenus dans le développement agricole, les infrastructures et l’éducation.
En complément de cette analyse, le professeur Chris Kwaja, maître de conférences et chercheur au Centre pour la gestion des conflits et les études sur la paix de l’Université Modibbo Adama de Technologie, a mis en lumière les griefs socio-économiques qui alimentent le banditisme. Selon lui, la pauvreté, le chômage et le sentiment d’abandon par l’État poussent certaines communautés vers les groupes armés, tandis que les réponses sécuritaires musclées renforcent l’aliénation et contribuent, parfois malgré elles, à consolider l’influence de ces acteurs violents.
Ces interventions ont nourri une table ronde particulièrement animée, modérée par l’ambassadrice Hadiza Mustapha, ancienne conseillère de l’Union africaine pour la paix, la sécurité et la gouvernance. Les participants y ont débattu de solutions concrètes pour renforcer l’architecture de sécurité rurale du Nigeria, en mettant l’accent sur les initiatives communautaires, la planification saisonnière de la sécurité et les mécanismes de redevabilité. Une séance plénière dynamique a ensuite permis aux anciens auditeurs de partager leurs expériences à travers le Nigeria et au-delà, apportant des perspectives interrégionales qui ont enrichi le débat.
Le symposium s’est achevé par une séance de planification opérationnelle au cours de laquelle les anciens auditeurs ont formulé des recommandations précises et identifié de nouvelles opportunités de collaboration. Le vice-président de l’amicale, Mohammed Bello Tukur, a clôturé la rencontre en soulignant l’importance d’un engagement durable de la communauté des anciens et d’une responsabilité collective dans la recherche de solutions.
En marge du symposium, la directrice du CESA, Mme Amanda Dory, a rencontré le comité exécutif de l’amicale nigériane. Elle a également salué les anciens auditeurs récemment rentrés du programme Emerging Security Sector Leaders (ESSL) de juin 2025 à Washington, D.C., renforçant ainsi les liens entre le CESA, l’amicale et la prochaine génération de responsables nigérians de la sécurité.
Fondée en 2005, l’association des anciens auditeurs du Nigeria compte aujourd’hui plus de 450 membres. Fidèle à sa mission, elle demeure une plateforme incontournable de dialogue, de réseautage et de partenariat au service de la sécurité nationale et régionale.

