Présidentielle : Reportée
Les élections de 2026 en Somalie s’inscrivent dans un contexte de défis sécuritaires considérables. Une offensive menée en 2025 par Al-Shabaab a annulé les gains territoriaux réalisés par le gouvernement et a permis au groupe militant de prendre potentiellement le contrôle de Mogadiscio. Dans le nord-est du pays, le réseau terroriste international de l’État islamique conserve une base dans l’État du Puntland. La menace d’attaques dans le golfe d’Aden et la mer Rouge par les rebelles houthis et les pirates somaliens continue quant à elle de freiner le trafic maritime dans l’un des plus importants corridors maritimes au monde. En résumé, le résultat du processus électoral en Somalie a des implications considérables pour la région et au niveau international.

Le président sortant Mohamed Abdullahi Mohamed remet le drapeau somalien au nouveau président élu, Hassan Sheikh Mohamud, en mai 2022. (Photo : AFP/Hassan Ali Elmi)
La Somalie entame son sixième cycle d’élections présidentielles depuis la reconstitution d’un gouvernement soutenu par les Nations unies, poursuivant ainsi un processus lancé il y a 25 ans. Bien qu’imparfaits et indirects, ces scrutins ont permis cinq changements de dirigeants et de partis. Malgré sa fragilité persistante, la réévaluation périodique de ses dirigeants nationaux par la Somalie mérite d’être soulignée, étant donné que le pays a longtemps été considéré comme un État failli.
Le président Hassan Sheihk Mohamud, premier dirigeant de l’histoire politique de la Somalie à obtenir un second mandat non consécutif, cherche à prolonger son mandat. Sous Mohamud, la Somalie a été sélectionnée pour siéger au Conseil de sécurité des Nations unies (après 50 ans d’absence) et a rejoint la Communauté des États d’Afrique de l’Est. La reconnaissance croissante des progrès réalisés dans le processus de construction de l’État somalien a facilité en 2023 la levée de l’embargo sur les armes imposé au pays depuis 1992. La réforme de la politique budgétaire, entreprise dans le cadre d’un programme d’allègement de la dette mené par le FMI, a permis à réduire la dette externe de la Somalie de 64 % du produit intérieur brut en 2018 à 6 % en 2023.
Les efforts déployés par Mohamud pour modifier la constitution provisoire du pays, mettre en place un nouveau système électoral et redessiner la carte fédérale sont toutefois considérés par beaucoup comme une tentative unilatérale de refondre le système fédéral somalien afin de centraliser le pouvoir exécutif au sein de la présidence et de prolonger son mandat au-delà de mai 2026. Cela a exacerbé la méfiance entre les États membres fédéraux (FMS) – en particulier le Puntland et le Jubaland – et le gouvernement fédéral de Somalie (FGS) à un moment où la menace à la sécurité posée par Al-Shabaab exige un front uni.
Le principal enjeu des élections en Somalie est de savoir si le processus est perçu comme suffisamment inclusif pour que tous les États membres fédéraux y participent.
En 2021, le dispositif sécuritaire s’est divisé en fonction des appartenances tribales à la suite de la proposition de l’ancien président de prolonger son mandat.
La crise politique actuelle en Somalie est la dernière manifestation en date des problèmes structurels du système fédéral somalien. La structure fédérale de la Somalie a été inscrite dans la Constitution provisoire de 2012. Ce document est toutefois ambigu en ce qui concerne les pouvoirs respectifs dévolus à l’Autorité fédérale et aux États. Les dirigeants nationaux successifs ont tenté de gouverner la Somalie comme un État unitaire avec un pouvoir exécutif dominant. Il en a résulté des tensions persistantes entre le FGS et le FMS.
L’État indépendant autoproclamé du Somaliland a rejeté tout rôle dans la structure fédérale de la Somalie depuis la chute du gouvernement dictatorial de Siad Barre en 1991. Le Somaliland est autonome depuis lors, même s’il n’a obtenu qu’une reconnaissance internationale limitée.
L’incertitude quant au déroulement des aspects fondamentaux des élections (notamment les dates des élections locales et parlementaires préalables) a amplifié les tensions autour des élections. L’un des principaux points de discorde porte sur le choix entre un système de suffrage universel ou le maintien du système indirect, selon lequel les chefs de clan désignent des collèges électoraux de 101 membres pour chacun des 275 sièges du Parlement. Les membres du Parlement choisissent ensuite le président du pays.
Afin de démontrer la faisabilité d’élections directes, le FGS a organisé des élections locales pour 390 postes au niveau des conseils de district de Mogadiscio le 25 décembre 2025. Soutenu par une présence de 10 000 soldats de l’armée nationale somalienne, le scrutin a connu une forte participation, reflétant le désir des Somaliens ordinaires de participer au processus électoral.
Bien que le suffrage universel soit largement reconnu comme souhaitable, l’organisation d’élections directes a suscité de nombreuses préoccupations. Il existe un risque réel qu’Al-Shabaab prenne pour cible les candidats politiques, les organisateurs des élections et les électeurs lors d’une élection directe, comme cela a été le cas lors de précédents scrutins indirects. Les dirigeants des États craignent également que les FMS perdent de leur influence dans le cadre d’un processus de sélection directe. Les critiques considèrent le manque de préparation des élections directes à l’échelle nationale, notamment un registre électoral obsolète, comme un prétexte pour reporter l’élection et prolonger le mandat de Mohamud. De plus, les observateurs craignent que les partisans de Mohamud soient surreprésentés si un scrutin direct devait avoir lieu en 2026, compte tenu du niveau d’insécurité relativement plus élevé dans les régions périphériques du pays par rapport aux zones urbaines telles que Mogadiscio où Mohamud bénéficie d’un soutien considérable.

Des femmes somaliennes attendent pour s’inscrire lors d’une campagne d’inscription sur les listes électorales à Mogadiscio, avril 2025. (Photo : AFP/Hassan Ali Elmi)
En décembre 2024, des désaccords sur la proposition du gouvernement fédéral (FGS) de gérer les élections au niveau des districts, une fonction généralement assurée par le gouvernement d’État (FMS), ont conduit à des affrontements entre les forces fédérales et les troupes du Jubaland. Ces affrontements ont entraîné la mort de dizaines de soldats et le retrait de centaines de forces fédérales au-delà de la frontière kenyane.
Des signes de compromis ont été observés en août 2025 lorsque le gouvernement fédéral et certains partis de l’opposition ont accepté que les membres du parlement seraient élus au suffrage direct tandis que le président continuerait d’être élu au suffrage indirect par le parlement. Cette proposition n’a cependant pas été approuvée par tous les États.
Au total, la Somalie compte 57 partis politiques officiellement reconnus. Les partis qui obtiennent 10 % des voix au Parlement peuvent y être représentés.
La Somalie fait l’objet d’une attention particulière de la part d’acteurs extérieurs.
De par sa position stratégique sur l’océan Indien occidental et le golfe d’Aden, la Somalie fait l’objet d’une attention particulière de la part d’acteurs externes et de rivalités pour l’influence régionale.
La Turquie est le partenaire régional le plus important de la Somalie en matière de sécurité. Grâce à sa base militaire TURKSOM à Mogadiscio, la Turquie forme les forces d’infanterie et de police paramilitaire somaliennes et fournit du matériel militaire, notamment des hélicoptères d’attaque, des drones et des véhicules blindés pour le transport des troupes. Dans le cadre d’un accord conjoint sur les forces navales et de défense, la Turquie contribue également à la sécurisation du littoral somalien et fournit un soutien en matière de renseignement.
Les efforts d’exploration pétrolière de la Turquie ont permis d’identifier des réserves pouvant atteindre 20 milliards de barils de pétrole dans deux blocs pétroliers pilotes offshore en Somalie en 2025. L’accord de prospection pétrolière conclu entre la Turquie et Mogadiscio accorde aux entreprises turques 90 % des revenus provenant des hydrocarbures. Les entreprises turques gèrent également l’aéroport international d’Aden Adde, dont elles détiennent 87 % des parts dans le cadre d’un bail de 20 ans. La Turquie et son partenaire occasionnel, le Qatar, ont des affinités idéologiques avec les Frères musulmans en Somalie.
Les Émirats arabes unis (EAU) ont également été une source importante de soutien militaire au gouvernement fédéral de Mogadiscio, principalement sous la forme de véhicules blindés de transport de troupes. Les Émirats arabes unis, farouches opposants aux Frères musulmans, ont investi plus de 600 millions de dollars dans divers projets de développement portuaire et infrastructurel en Somalie. Ces investissements se concentrent principalement sur les États du Jubaland et du Puntland, où les Émirats arabes unis ont contribué au développement du port de Bosaaso. En janvier 2026, cependant, le FGS a annoncé l’annulation de tous les accords bilatéraux de sécurité et de défense avec les Émirats arabes unis, citant des préoccupations de souveraineté nationale.

Investissements des Émirats arabes unis en Somalie.
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Dans le même temps, les Émirats arabes unis ont investi plus de 500 millions de dollars au Somaliland, principalement dans le port de Berbera et alentours, pour lequel DP World a négocié une concession de 30 ans.
Face à la menace d’une propagation régionale d’Al-Shabaab, les pays voisins de la Somalie – principalement l’Ouganda, le Kenya, l’Éthiopie et Djibouti – déploient environ 11 000 soldats dans le cadre de la Mission de soutien et de stabilisation de l’Union africaine en Somalie (AUSSOM).
L’Égypte s’est engagée à fournir jusqu’à 10 000 soldats en soutien à l’AUSSOM et fournit à la Somalie des armes, notamment des canons antiaériens et de l’artillerie. Les engagements sécuritaires de l’Égypte en Somalie sont largement considérés comme un moyen de contrôler l’Éthiopie, vu les préoccupations du Caire concernant la construction par Addis du GERD sur le Nil et ses intérêts à s’assurer l’accès au port de Berbera dans le Somaliland.

Des soldats somaliens traversent la rivière Shabelle sur un pont détruit par Al Shabaab. (Photo : AFP/Tony Karumba)
Les États-Unis et d’autres partenaires régionaux et internationaux ont apporté un soutien militaire direct à la campagne de l’État du Puntland contre une base de l’État islamique dans le nord-est de la Somalie. Cette base est considérée comme une plaque tournante des opérations financières mondiales du groupe terroriste et comme une porte d’entrée pour les djihadistes étrangers en Somalie et sur le continent en général.
Dans un environnement fluide et très complexe, l’enjeu principal des élections en Somalie réside moins dans le résultat électoral que dans la question de savoir si le processus est jugé suffisamment inclusif pour que tous les États membres fédéraux y participent. Un compromis supplémentaire entre le FGS et le FMS sera probablement nécessaire si l’on veut éviter une rupture potentiellement violente. Cela permettrait de préserver le cadre fédéral du pays et de jeter les bases d’une coopération dans la lutte contre Al-Shabaab et les réseaux terroristes internationaux. Sans cela, la Somalie risque de connaître une fragmentation politique et plus d’insécurité au cours de cette année.
Somalie : Un processus électoral en cours d’élaboration dans un contexte de crise sécuritaire