Cartographie des acteurs armés impliqués dans le conflit au Soudan

Les SAF et les RSF fonctionnent davantage comme des coalitions fluctuantes de groupes armés que comme des structures organisationnelles unifiées, ce qui a un impact non seulement sur le déroulement de la guerre, mais aussi sur les défis liés à la stabilité post-conflit.


Le conflit au Soudan est régulièrement présenté comme une lutte entre deux armées : les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF). Cette vision occulte la fragmentation croissante du paysage sécuritaire au Soudan. On estime aujourd’hui à 150 le nombre de milices actives dans le conflit. Composés d’un ensemble de forces militaires et paramilitaires, de milices tribales, de brigades islamistes, de groupes de défense communautaires, de gangs criminels et de mercenaires étrangers, ces acteurs armés représentent un large éventail de motivations, de structures hiérarchiques, de structures organisationnelles et de formations professionnelles.

Le Soudan a une longue histoire d’autorités centrales recourant à des milices pour externaliser leur programme de sécurité.

Le Soudan a une longue histoire d’autorités centrales recourant à des milices pour externaliser leur programme de sécurité. En 1983, le président Gaafar Nimeiri avait armé des milices arabes d’éleveurs, telles que les Misseriya, pour lutter contre le Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan (SPLM/A), un groupe sécessionniste du sud du pays. Dans les années 2000, le dirigeant soudanais Omar el-Béchir avait formé les tristement célèbres milices arabes Janjawid pour écraser les groupes non arabes du Darfour qui tentaient de résister à l’exclusion politique et économique. Ce recours systématique aux milices armées a alimenté la fragmentation et la déprofessionnalisation croissantes du secteur de la sécurité au Soudan. Il a également redessiné le paysage politique, ces groupes armés ayant tiré parti de leur rôle en matière de sécurité pour étendre leur influence politique. La compétition actuelle pour la suprématie entre les SAF et les RSF a été provoqué par cette fragmentation.

Les RSF et les SAF soutiennent toutes deux des dizaines de milices pour faire avancer les objectifs militaires et politiques des principaux belligérants. Le caractère de plus en plus transactionnel de ces accords favorise une série de défections et de coalitions en constante évolution. Cela encourage simultanément un comportement prédateur de la part des milices armées qui captent des revenus issus de la contrebande d’or, du vol de bétail, des pillages et du contrôle des principales voies terrestres et de transit. Cela crée de nouveaux facteurs locaux alimentant le conflit.

Malgré le rôle crucial que jouent les acteurs extérieurs dans le conflit soudanais, la fragmentation interne de l’environnement sécuritaire du Soudan a des implications profondes sur l’évolution de la guerre — notamment sur les défis sécuritaires, politiques et économiques qui façonneront le paysage une fois le conflit achevé. Cartographier la configuration actuelle des groupes armés au Soudan fournit un point de référence pour cerner cette complexité et les intérêts concurrents qui se disputent le contrôle au sein de chacun des deux principaux blocs militaires.

Acteurs clés soutenant les Forces armées soudanaises

  • Les SAF comprennent les forces statutaires héritées du Soudan, notamment les forces terrestres, l’armée de l’air, la marine, le renseignement militaire, les gardes-frontières et la police de réserve centrale. Dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan, les SAF sont estimées à environ 200 000 soldats.
  • Bien que les SAF conservent une certaine mesure de structure hiérarchique centralisée, elles se sont tournées vers des milices pour renforcer leur capacité dès le début du conflit. À mesure que la guerre s’est étendue en échelle et en portée, les SAF se sont de plus en plus appuyées sur ces unités pour poursuivre leurs objectifs militaires.
  • Des milices nationales telles que la Force de résistance populaire soudanaise (également connue sous le nom de Mustanfareen) ont fourni une main-d’œuvre substantielle à la coalition de sécurité alignée sur les SAF. Issue du recrutement de milices locales et de communautés tribales dans l’est et le sud du Soudan, la Force de résistance populaire soudanaise, forte de plus de 70 000 membres, figure parmi les plus grandes milices armées opérant sur les territoires détenus par les SAF.
Sudanese military soldiers gather after completing a training course

Des soldats en soutien à diverses unités des Forces armées soudanaises se rassemblent lors d’une cérémonie de remise des diplômes après avoir terminé une formation. (Photo : AFP/Ebrahim Hamid)

  • Une autre milice nationale est celle des Forces du Bouclier du Soudan (SSF). Composées de 70 000 soldats, les SSF ont été fondées en 2022, par Abu Agla Keikel, un officier militaire retraité des SAF, en tant que milice de défense régionale dans l’est du Soudan. Les SSF ont changé d’allégeance à plusieurs étapes du conflit, faisant basculer la dynamique sur le champ de bataille. Dès le début des hostilités, les SSF se sont ralliées aux SAF avant de rejoindre les RSF en août 2023. Les SSF ont par la suite fait défection pour revenir vers les SAF en octobre 2024. Opérant dans l’État d’Al Jazirah, les SSF ont joué un rôle déterminant en aidant les SAF à sécuriser les parties orientales du Soudan et, finalement, à reprendre Khartoum en mars 2025. Keikel a été sanctionné pour violations des droits humains par l’Union européenne et le Royaume-Uni.
  • Les SAF s’appuient de plus en plus sur des groupes armés islamistes comme la Brigade al-Baraa Bin Malik, sous la direction d’al-Misbah Abu Zaid Talha, Anas Omar et Hudhayfah Istanbul. Estimées entre 20 000 et 45 000 soldats, ces milices islamistes opèrent au-delà du bastion des groupes dans l’est du Soudan et sont actives dans les combats dans les trois États du Kordofan. Déployée à l’époque d’Omar el-Béchir, la Brigade al-Baraa Bin Malik était un élément central du Front islamique national (NIF), devenu plus tard le Parti du Congrès national (NCP), qui a longtemps été au pouvoir. Le ressentiment suscité par l’institutionnalisation du pouvoir par ces groupes islamistes a conduit à leur exclusion de toute fonction officielle au sein du gouvernement à la suite de la révolution de 2019. La guerre a par la suite permis à ces milices islamistes de se réintégrer au sein des Forces armées soudanaises (SAF) et de retrouver leur place dans l’avenir politique du Soudan. La brigade al-Barra Bin Malik a résisté à plusieurs reprises aux tentatives visant à l’intégrer dans les structures de commandement des SAF.
  • Reflétant la fragilité des lignes de commandement au sein de la coalition des SAF, des affrontements ont eu lieu entre les divers groupes armés alignés sur les SAF.

    Les milices régionales non arabes basées dans les États du Darfour du Nord et de l’Ouest, formées dans les années 2000 pour défendre les communautés ciblées contre les Janjawid, représentent un autre élément important de la coalition des SAF. Il s’agit principalement du Mouvement/Armée de libération du Soudan dirigé par Minni Minawi (SLM-Minawi) et du Mouvement pour la justice et l’égalité dirigé par Jibril Ibrahim (JEM-Ibrahim), qui comptent chacun environ 35 000 combattants. Au début de la guerre, un ensemble de groupes darfouriens a revendiqué la neutralité sous la bannière des Forces conjointes du Darfour. À mesure que l’avancée des Forces de soutien rapide  dans la région s’intensifiait, la plupart de ces groupes darfouriens ont rejoint les Forces armées soudanaises. Cependant, plusieurs d’entre eux ont divisé leurs allégeances, certaines factions rejoignant les RSF. Depuis la chute d’El Fasher en octobre 2025, les groupes armés darfouriens alignés sur les SAF ont été redéployés dans d’autres régions du Soudan.
  • Les groupes tribaux armés les plus importants de la coalition des SAF sont le Conseil Zaghawa, qui a aidé à maintenir le bastion initial des SAF dans l’État du Darfour du Nord au début du conflit. Ces groupes tribaux opèrent en grande partie comme des milices communautaires protégeant leurs régions d’origine tout en soutenant les SAF. Un autre groupe tribal notable est la milice Dar al-Hamar (dont certains éléments combattent à la fois avec les SAF et les RSF). Originaire de la région du Kordofan, ce groupe entretient des tensions historiques avec l’ethnie Misseriya, sur laquelle les RSF comptent fortement pour obtenir leur soutien.
  • Reflétant la fragilité des lignes de commandement au sein de la coalition des SAF, des affrontements ont eu lieu entre les divers groupes armés alignés sur les SAF. Cela inclut des batailles entre les SAF et le Service de renseignement militaire ainsi que des confrontations entre la Force de résistance populaire soudanaise, les Forces du Bouclier du Soudan et les Forces conjointes du Darfour.
Sudanese Armed Forces and Pro-SAF Affiliates
TypeDesignationLocation
Sudanese Armed ForcesSudan Armed Forces
Leadership: Abdel Fattah Al-Burhan
Size: 205,000

SAF's Predominant Composition:
• Military Forces of Sudan
• Police Forces of Sudan
• Military Intelligence Service
Khartoum
Red Sea
River Nile
Kassala
Al Jazirah
Gedarif
Sennar
White Nile
Blue Nile
North Kordofan
South Kordofan
West Kordofan
Northern
North Darfur
Central Darfur
South Darfur
West Darfur

National Armed GroupsSudan Shield Forces*
Leadership: Gen. Abu Agla Kekel
Size: 75,000
Gedarif
Kassala
Khartoum
Al Jazirah
North Darfur
North Kordofan
Sudanese Popular Resistance Force/Mustanfareen
Leadership: Gen. Yasir Al-Atta
Size: 73,000
North Darfur
West Darfur
Khartoum
West Kordofan
North Kordofan
South Kordofan
Kassala
Gedarif
White Nile
River Nile
Blue Nile
Red Sea
Al Jazirah
Sudan People's Liberation Movement- North (SPLM-N-Agar)**
Leadership: Malik Agar
Blue Nile
Major General Al-Nour Ahmed Adam, "Al-Qubba" and Troops*
Leadership: General Al- Nour Ahmed Adam
Size: 80-180
Unknown
Ali Rizqallah-Al-Savan*Unknown
Regional Armed GroupsDarfur Joint Forces/Joint Force of Armed Struggle Movement (JSAMF)

• Sudan Liberation Movement/Army (SLM-Minawi)**
Leadership: Minni Minawi
Size: 10,000-15,000

• Justice and Equality Movement (JEM-Ibrahim)**
Leadership: Jibril Ibrahim
Size: 35,000

• Gathering of the Sudan Liberation Forces (GSLF-Janna)**
Leadership: Abdallah Janna

• The Sudan Liberation Movement/Army -Transitional Council (SLM/A-TC)**
Leadership: Salah Adam/Osman Jabar
North Darfur
West Darfur
Khartoum
Al Jazirah
Gedarif
Kassala
River Nile
West Kordofan
North Kordofan
South Kordofan
Sudan Liberation Movement**
Leadership: Mustafa Tambour
Size: 10-15,000
Central Darfur
Kassala
Joint Force of Armed Struggle Movement (JSAMF) - Zaghawa militiasNorth Darfur
Sudanese Alliance Movement**
Leadership: Khasim Abdallah Abkar
West Darfur
Sudan Revolutionary Awakening Council*
Leadership: Musa Hilal
North Darfur
Islamist Armed GroupsAl-Baraa Bin Malik Brigade**
Leadership: Al-Misbah Abu Zaid Talha, Anas Omar, and Hudhayfah Istanbul
Size: 20,000-45,000
North Kordofan
Northern
South Kordofan
Northern
Al Jazirah
Kassala
Khartoum
Sufi Muslim GroupAl Jazirah
Popular Defense Forces**
Leadership: Al-Bunyan Al-Marsous
South Kordofan
Tribal/Communal MilitiasKawahala Militia
Kababeesh Militia
Zaghawa Council
Smaller Tribal Groups:
Beja, Karama Alliance, Duwaih, Kawahla, Gam, Ghadhiboon, Reserve Forces Eagles Brigade, Dar al-Hamar
Northern
North Darfur
West Kordofan
South Kordofan

Foreign FightersChadian Zaghawa Fighters/Parti socialiste sans frontières (PSF)
Leadership: Ousmane Dillo
North Darfur
Northern
Note: *Defectors of RSF;  **Present pre-2023 conflict
Sources: Sudan War Monitor; Radio Dabanga; Sudan Tribune; ACLED

Two column table with color-coded, nested bullet lists of the groups and subgroups aligned with the SAF and the RSF.Cliquez ici pour obtenir une version PDF imprimable.

Acteurs clés des Forces de soutien rapide

  • Les RSF sont une force paramilitaire décentralisée officiellement créée en 2013, qui s’appuie largement sur des milices d’origine arabe. Parmi celles-ci, les Arabes Rizeigat, un peuple semi-nomade, occupent une place prépondérante : avec une population estimée à 430 000 personnes, ils ont historiquement parcouru certaines régions du nord, du sud et de l’ouest du Darfour, y compris les zones frontalières avec le Tchad. Dirigées par le général Mohamed Hamdan Dagalo, les RSF ont émergé de la milice Janjawid créée sous Bashir et ont été impliquées dans le génocide du Darfour des années 2000. Issues des principaux clans Mahriya et Mahamid, les milices Rizeigat constituent le noyau dur des RFS actuelles et comptent environ 100 000 combattants.
  • En dehors du Rizeigat, les RSF bénéficient du soutien d’une douzaine d’autres milices tribales, pour la plupart arabes, principalement implantées dans les régions du Darfour et du Kordofan. Parmi celles-ci, on peut citer notamment les Baggara, un peuple nomade d’éleveurs de bétail, et leurs sous-clans.
  • Bien que dominées par des milices arabes, les RSF ont de plus en plus recruté parmi les milices non arabes dans la région du Darfour et les monts Nouba au Kordofan. Les groupes du Darfour représentent des éléments dissidents de ceux précédemment alignés sur les SAF, notamment la faction de Suleiman Sandal du Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM-Sandal) et le Mouvement/Armée de libération du Soudan – Conseil de transition d’Al-Hadi Idris (SLM/A-TC-Idris).
A line of military vehicles full of fighters stretches right to left along the horizon

Les « véhicules techniques » des Forces de soutien rapide, équipés de mitrailleuses et d’armes antiaériennes (Photo : AFP/Yasuyoshi Chiba).

  • Les milices des monts Nouba (dans le Kordofan du Sud et le Nil Bleu), quant à elles, cherchent depuis longtemps à obtenir l’autonomie vis-à-vis du gouvernement central du Soudan. La faction du Mouvement populaire de libération du Soudan – Nord dirigée par Abdelaziz al-Hilu (SPLM-N-Hilu) est un vestige du SPLM/A du Soudan du Sud, qui a maintenu une présence dans les monts Nouba après l’indépendance du Soudan du Sud en 2011. Depuis qu’il a déclaré son alliance avec les RSF, le SPLM-N-Hilu est devenu l’une des forces dominantes dans l’État du Nil Bleu ainsi que dans le Kordofan du Sud.
  • Dans le but d’élargir les forces qu’elles peuvent mobiliser, les RSF ont également recruté des mercenaires étrangers. Parmi eux, les plus en vue sont environ 300 mercenaires colombiens qui ont pris part aux combats et à la formation d’autres milices alignées sur les RSF. Les RSF ont également déployé des mercenaires originaires des pays voisins : le Tchad, le Soudan du Sud, la Libye, la République centrafricaine et (selon certaines informations) l’Éthiopie.
  • La collection relativement plus fragmentée de groupes armés composant la coalition des RSF la rend moins soumise à une structure hiérarchique, les groupes individuels poursuivant leurs intérêts paroissiaux. En conséquence, les affrontements internes aux RSF sont courants et, selon certains rapports, augmentent avec le temps.
Forces armées soudanaises et affiliés pro-SAF
TypeDésignationLieu
Forces armées soudanaisesForces armées soudanaises (SAF)
Direction : Abdel Fattah Al-Burhan
Effectifs : 205 000


Composition principale des SAF :
• Forces armées du Soudan
• Forces de police du Soudan
• Service de renseignement militaire
Khartoum
Mer Rouge
Nil
Kassala
Al Jazirah
Gedarif
Sennar
Nil Blanc
Nil Bleu
Kordofan du Nord
Kordofan du Sud
Kordofan occidental
Nord
Darfour du Nord
Darfour central
Darfour du Sud
Darfour occidental
Groupes armés nationauxForces du Bouclier du Soudan*
Direction : général Abu Agla Kekel
Effectifs : 75 000
Gedarif
Kassala
Khartoum
Al-Jazirah
Darfour du Nord
Kordofan du Nord
Force de résistance populaire soudanaise / Mustanfareen
Direction : général Yasir Al-Atta
Effectifs : 73 000
Darfour du Nord
Darfour occidental
Khartoum
Kordofan occidental
Kordofan du Nord
Kordofan du Sud
Kassala
Gedarif
Nil Blanc
Nil
Nil Bleu
Mer Rouge
Al Jazirah
Mouvement populaire de libération du Soudan – Nord (SPLM-N-Agar)**
Direction : Malik Agar
Nil Bleu
Général de division Al-Nour Ahmed Adam, « Al-Qubba » et troupes*
Direction : Général Al-Nour Ahmed Adam
Effectifs : 80-180
Inconnu
Ali Rizqallah-Al-Savan*Inconnu
Groupes armés régionauxForces conjointes du Darfour/Force conjointe du Mouvement de lutte armée (JSAMF)

• Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM-Minawi)**
Direction : Minni Minawi
Effectifs : 10 000-15 000

• Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM-Ibrahim)**
Direction : Jibril Ibrahim
Effectifs : 35 000

• Rassemblement des forces de libération du Soudan (GSLF-Janna)**
Direction : Abdallah Janna

• Le Mouvement/Armée de libération du Soudan - Conseil de transition (SLM/A-TC)**
Direction : Salah Adam/Osman Jabar
Darfour du Nord
Darfour de l’Ouest
Khartoum
Al Jazirah
Gedarif
Kassala
Nil
Kordofan de l’Ouest
Kordofan du Nord
Kordofan du Sud
Mouvement de libération du Soudan**
Direction : Mustafa Tambour
Effectifs : 10-15 000
Darfour central
Kassala
Force conjointe du Mouvement de lutte armée (JSAMF) - Milices ZaghawaDarfour du Nord
Mouvement de l’Alliance soudanaise**
Direction : Khasim Abdallah Abkar
Darfour occidental
Conseil du réveil révolutionnaire du Soudan*
Direction : Musa Hilal
Darfour du Nord
Groupes armés islamistesBrigade Al-Baraa Bin Malik**
Direction : Al-Misbah Abu Zaid Talha, Anas Omar et Hudhayfah Istanbul
Effectifs : 20 000-45 000
Kordofan du Nord
Nord
Kordofan du Sud
Nord
Al Jazirah
Kassala
Khartoum
Groupe musulman soufiAl Jazirah
Forces de défense populaire**
Direction : Al-Bunyan Al-Marsous
Kordofan du Sud
Milices tribales/communautairesMilice Kawahala
Milice Kababeesh
Conseil Zaghawa
Groupes tribaux plus petits :
Beja, Alliance Karama, Duwaih, Kawahla, Gam, Ghadhiboon, Brigade des aigles des forces de réserve, Dar al-Hamar
Nord
Darfour du Nord
Kordofan occidental
Kordofan du Sud
Combattants étrangersCombattants Zaghawa tchadiens/Parti socialiste sans frontières (PSF)
Direction : Ousmane Dillo
Darfour du Nord
Nord
Note : *Défecteurs des RSF ; **Présents avant le conflit de 2023
Sources : Sudan War Monitor ; Radio Dabanga ; Sudan Tribune ; ACLED ; Uppsala Conflict Data Program ; Reuters

Points de comparaison entre les deux coalitions militaires

Un examen de la composition des deux coalitions armées au Soudan indique à la fois certaines similitudes, ainsi que des différences notables. Les SAF et les RSF sont toutes deux organisées autour de structures militaires qui prédatent le conflit actuel. Alors que le plus grand contingent de forces soutenant les SAF provient de l’armée héritée du passé, les RSF sont composées presque entièrement de milices tribales arabes. Ces forces centrales des RSF combattent ensemble depuis des décennies, remontant à l’époque où elles étaient connues sous le nom de Janjawid. Cela a aidé les RSF à compenser l’avantage numérique global en termes d’effectifs que les SAF peuvent mobiliser.

La composition de la coalition des SAF a considérablement changé au cours de la guerre, car elle s’est de plus en plus appuyée sur des milices. Une différence notable avec les RSF est l’utilisation croissante par les SAF de milices islamistes, rappelant l’influence du NIF à l’époque de Bashir. En revanche, les RSF se sont davantage appuyées sur des mercenaires étrangers.

Tant les SAF que les RSF ont mis en place des branches politiques … dans aucun des deux cas, ces composantes civiles ne sont très importantes ou représentatives.

Les SAF ont déclaré à plusieurs reprises qu’elles travaillaient à établir une structure hiérarchique unifiée sur leurs éléments disparates dans le but de créer davantage de contrôle et de responsabilité pour les actions de ces forces. Les RSF n’ont apparemment pas fait de l’établissement d’une structure hiérarchique une priorité. Cela correspond à la nature plus fragmentée de la coalition des RSF et à la reconnaissance limitée de la responsabilité concernant les rapports généralisés de pillages et de violations des droits humains commis par les forces alignées sur les RSF.

Compte tenu de la fragmentation de leurs coalitions respectives, les SAF et les RSF subissent toutes deux des combats intra-coalition persistants qui contribuent à l’instabilité et à l’imprévisibilité de la trajectoire de ce conflit.

Tant les SAF que les RSF ont mis en place des branches politiques qui se présentent comme des autorités de gouvernement viables. Bien que ces structures politiques comptent quelques civils parmi leurs membres, ces composantes civiles ne sont, dans aucun des deux cas, ni très importantes ni représentatives. Les SAF et les RSF tirent la quasi-totalité de leur soutien de groupes armés. En outre, les branches civiles des SAF et des RSF sont subordonnées à leurs structures de commandement militaire respectives, soulignant l’orientation militaire des deux coalitions.

Acteurs civils

Bien que le conflit soit communément présenté comme une compétition entre deux factions armées belligérantes, cela occulte les vastes réseaux d’organisations civiles qui constituent une caractéristique distinctive de la société soudanaise. Composés d’un large éventail de groupes politiques, civiques, professionnels et communautaires, ces acteurs civils se considèrent comme l’incarnation de la révolution en cours depuis 2019, envisageant un Soudan démocratique redevable devant les intérêts des citoyens. Bien qu’ils ne disposent pas d’une structure organisationnelle unique et cohérente, nombre de ces groupes restent actifs dans tout le Soudan pour assurer la gouvernance locale, les services sociaux et des rôles de médiation. Ils recherchent également activement des voies vers une résolution du conflit qui conduise à un Soudan stable et cohérent.

Organisations politiques nationales. Celles-ci comprennent des partis politiques et des alliances civiques nationales qui visent à articuler une vision et une structure pour un gouvernement d’abord de transition et ensuite permanent dirigé par des civils au Soudan. La plus connue d’entre elles est Somoud (Alliance démocratique civile), dirigée par l’ancien Premier ministre Abdalla Hamdok. Représentant une vaste coalition de 300 organisations, elle a approuvé un ensemble de principes autour de la création d’un État soudanais unifié et démocratique fondé sur un système fédéral décentralisé qui sépare la religion et l’État et établit l’égalité de citoyenneté comme base des droits et des devoirs.

Organisations professionnelles. Il s’agit notamment de divers réseaux de médecins, d’avocats, de chefs d’entreprise et de journalistes qui ont joué un rôle clé dans la révolution de 2019 et qui continuent de militer en faveur de la démocratie, de la transparence et de réformes de la gouvernance fondées sur le mérite. Ces groupes entretiennent des liens étroits avec la diaspora soudanaise ainsi qu’avec des associations professionnelles internationales, ce qui leur permet d’attirer l’attention sur la situation au Soudan.

Hundreds of plates are set out by volunteers while residents of Al Fasher wait off to the side.

Des bénévoles soudanais préparent des repas gratuits pour certains résidents d’El Fasher en août 2025. (Photo : AFP)

Salles d’intervention d’urgence (ERR). Celles-ci comprennent des réseaux locaux dirigés par la communauté, comptant environ 26 000 personnes, qui ont émergé pendant la guerre pour fournir des soins de santé, une aide alimentaire, une éducation et un soutien psychosocial dans les 18 États du pays. S’appuyant sur les traditions locales d’entraide, les ERR ont aidé des millions de personnes et ont acquis une grande crédibilité auprès des civils soudanais. Elles représentent un système de gouvernance locale axé sur les services qui est considéré comme un modèle pour le futur gouvernement soudanais.

Comités de résistance. Ceux-ci comprennent des groupes pro-démocratie locaux basés dans les quartiers, qui ont initialement été le fer de lance de la révolution de 2019. Bien qu’ils restent souvent indépendants des négociations politiques nationales, ils forment l’épine dorsale de l’entraide locale et de l’activisme anti-guerre.

Groupes civiques. Ceux-ci comprennent un large éventail d’associations communautaires, comprenant des comités d’anciens, des groupes de jeunes, des alliances de femmes et d’autres axés sur la consolidation de la paix, le développement économique et le plaidoyer pour la justice et la responsabilité au Soudan.

Coalitions civiques nationales

Alliance démocratique civile pour les forces révolutionnaires (Somoud)
Direction : Abdalla Hamdok
Effectifs : 300 participants et organisations

Pistes de convergence civique du Soudan (SCCT)
Direction : S/O
Effectifs : 40 organisations diverses, société civile et acteurs politiques

Alliance soudanaise anti-corruption

Salles d’intervention d’urgence (ERR)
Direction : diverses
Effectifs : 26 000 membres

Comités de résistance*
Direction : S/O
Effectifs : 5 000+ comités à travers le pays

Réseau des médecins soudanais

Plateforme de la société civile démocratique

Appel pour la paix au Soudan

Coordination des syndicats professionnels et commerciaux
Direction : Taha Osman

Alliance unioniste*
Direction : Babiker Faisal

La Coalition des forces civiles du Soudan oriental*

Alliance de la Déclaration soudanaise de principes pour la construction d’une nouvelle patrie

Mouvement populaire de libération du Soudan – Courant démocratique révolutionnaire (SPLM/RDC)*

Centre et revue « Intellectual Issues »*

Alliance nationale soudanaise*

Partis politiques nationaux

Sudanese Congress Party*
Leadership: Omar Al-Digeir

Parti national Umma*
Direction : Al-Wathiq Al-Berier (Secrétaire général)

Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (Courant démocratique révolutionnaire)*
Direction : Yasir Arman

Parti Baas national*
Direction : Kamal Boulad

Parti Baas arabe socialiste*
Direction : Ali Al-Rih Al-Sanhouri

Le Parti du Congrès populaire
Direction : Dr Ali El Hajj

Parti Baas
Direction : Mohamed Zia El Din

Le Parti nassériste *

Le Parti républicain *

Le Parti unioniste national unifié *

Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A- WA)*
Direction : Abdul Wahid Al Nour

Coalitions communautaires

Jeunes ambassadeurs de la paix

Leaders communautaires
Femmes, anciens, représentant des camps de déplacés internes

Administrations autochtones locales dans la région du Darfour

Comité des anciens et de médiation d’El Fasher (ECM)
Direction : divers
Effectifs : 28 membres initialement, comprenant des acteurs religieux, des praticiens de la santé, des représentants universitaires et d’autres groupes sociaux (femmes, représentants s’identifiant comme arabes, éleveurs et agriculteurs). Le nombre actuel de membres est indéterminé.
Lieu : Darfour du Nord

Comité pour l’évacuation des blessés/l’enterrement des morts

Comité dirigé par des chefs d’entreprise, des chefs tribaux, des chefs religieux, des autorités locales et des civils (médecins, enseignants et journalistes)
Lieu : Darfour oriental

Barreau du Darfour*

Mécanisme pour la cessation des hostilités et la coexistence pacifique au Sud-Kordofan
Lieu : Sud-Kordofan

Jeunesse sans frontières
Distributeurs d’aide humanitaire à Kadugli
Lieu : Sud-Kordofan

La jeunesse pour notre pays
Une organisation caritative mettant en œuvre des programmes pour les déplacés internes
Lieu : Sud-Kordofan

Ensemble pour Dilling
Une initiative dirigée par des jeunes qui visait à diffuser la culture de la paix dans la région
Lieu : Sud-Kordofan

Note : *Signataires de la Déclaration de Nairobi de 2026
Sources : IDEA international ; PNUD ; Chatham House ; EUAA ; SOMOUD ; Radio Dabanga ; Sudan Tribune ; Slma

Le défi de la reconstruction de l’État soudanais

Cet aperçu des principaux acteurs présents au Soudan met en évidence la fragmentation des deux camps belligérants ainsi que les alliances entre les acteurs civils qui tentent de promouvoir une alternative non violente et dirigée par la société civile. Les civils, quant à eux, ont été la cible fréquente d’éléments issus des deux factions belligérantes — notamment par le biais de saisies de biens, de violences à caractère ethnique, d’extorsions, de détentions et d’assassinats visant à affaiblir le leadership civique et politique de la société civile.

L’incitation croissante des acteurs armés à la captation de revenus et à d’autres activités criminelles approfondit les moteurs du conflit qui s’auto-entretiennent.

La fragmentation croissante des deux coalitions militaires souligne les défis sous-jacents à la négociation d’un cessez-le-feu et à la transition vers un État stable et réactif aux intérêts des citoyens. L’incitation croissante des acteurs armés à la captation de revenus et à d’autres activités criminelles approfondit l’engrenage des moteurs du conflit. Ces complexités et l’étendue géographique du conflit signifient que la navigation dans tout processus prospectif de cessez-le-feu, de désarmement et de démobilisation se déroulera probablement à plusieurs niveaux et par étapes.

La manière dont ces coalitions fragmentées respectives évolueront et s’engageront les unes envers les autres sera déterminante pour définir les contours d’un futur État soudanais, sa capacité à conserver sa souveraineté nationale et à reconstruire des institutions nationales cohérentes qui soient représentatives et réactives aux intérêts des citoyens.