Communauté d’intérêt sur la cybersécurité : L’intelligence artificielle façonne le paysage sécuritaire de l’Afrique

L’IA est là et elle est en train de transformer le secteur de sécurité

L’intelligence artificielle (IA) n’est plus une technologie du futur. Elle est déjà présente et transforme en profondeur le paysage sécuritaire de l’Afrique. L’IA est devenue une composante intégrale de la Communauté d’intérêt sur la cybersécurité du CESA, alors que les institutions africaines de défense et de sécurité font face à la fois aux promesses et aux risques liés aux technologies émergentes. La Communauté d’intérêt sur la cybersécurité est l’un des dix groupes thématiques auxquels les anciens auditeurs peuvent s’inscrire s’ils travaillent sur ce thème et souhaitent échanger avec d’autres praticiens afin de partager des connaissances, des outils et des réseaux pour développer des solutions dans un domaine d’expertise spécifique.

La Communauté d’intérêt sur la cybersécurité offre un cadre d’échange aux anciens auditeurs experts en IA et/ou responsables des questions de cybersécurité dans les secteurs de la défense et de la sécurité, afin d’examiner comment l’IA et les technologies émergentes peuvent être adoptées de manière responsable. En réunissant des décideurs politiques, des responsables militaires et des experts technologiques, la communauté vise à encourager le dialogue, à partager des enseignements pratiques et à contribuer à l’élaboration de stratégies renforçant la sécurité tout en maîtrisant les risques liés à l’IA.

Boîte à outils sur l’intelligence artificielle à l’intention des forces de défense africaines

En 2025, le CESA, sous la direction du Dr Nate Allen (professeur associé) et avec l’appui de Mme Yayedior Mbengue (chargée académique), a élaboré la Boîte à outils sur l’intelligence artificielle à l’intention des forces de défense africaines, en collaboration avec des anciens auditeurs experts en IA dans le domaine de la cybersécurité. Cette boîte à outils fournit des orientations pratiques aux institutions de défense africaines souhaitant intégrer l’IA de manière sûre et efficace, en proposant un cadre structuré aligné sur les priorités africaines en matière de sécurité et de cybersécurité.

S’appuyant sur des enseignements tirés de diverses expériences africaines et internationales, ainsi que sur les contributions d’experts militaires et de la défense — y compris une consultation avec des anciens auditeurs en avril 2025, la boîte à outils met en lumière à la fois les opportunités offertes par l’IA et les risques qui doivent être gérés avec soin. Ses orientations sont organisées autour de cinq composantes clés permettant aux forces de défense de planifier, mettre en œuvre, et gérer l’IA de manière responsable, en veillant à ce que les investissements soient rentables, opérationnellement efficaces, et adaptés aux priorités nationales.

Comme indiqué dans la boîte à outils, l’IA fait désormais partie des opérations de défense en Afrique. Les drones dotés de capacités de navigation assistée par l’IA et d’identification de cibles, les réseaux de renseignement suivant les menaces terroristes, et la surveillance maritime appuyée par l’IA illustrent son rôle croissant. Parallèlement, les cybercriminels et les acteurs non étatiques exploitent l’IA pour commettre des vols, diffuser de la désinformation, et déstabiliser des régions. Ces évolutions démontrent clairement que l’IA n’est plus émergente : elle façonne activement le paysage sécuritaire africain.

La boîte à outils, dont le lancement est prévu dans les prochains mois, présente plusieurs caractéristiques clés que les anciens auditeurs peuvent souhaiter relever. Premièrement, elle est guidée par les priorités africaines. Elle reflète les priorités exprimées par les praticiens africains eux-mêmes et souligne que l’IA ne doit pas être adoptée pour des raisons symboliques ou réputationnelles, mais parce qu’elle apporte des bénéfices concrets en matière de sécurité. Compte tenu des priorités nationales concurrentes et des niveaux variables de maturité numérique, la boîte à outils insiste sur la nécessité que les investissements en IA soient rentables, améliorent l’efficacité opérationnelle et soient adaptés aux menaces les plus pressantes, aux structures de force et aux capacités institutionnelles de chaque pays.

Deuxièmement, elle couvre des applications dans l’ensemble des fonctions de défense. L’IA est une technologie à usage général pertinente pour de nombreuses fonctions, notamment la gestion des ressources, l’éducation et la formation, la logistique et la maintenance, la cybersécurité, les communications stratégiques, le renseignement, la surveillance et la reconnaissance, le commandement et le contrôle, ainsi que les systèmes d’armes. La boîte à outils fournit des exemples concrets, souvent issus de contextes africains, afin d’aider les forces de défense à évaluer quelles applications sont réalistes et appropriées à leurs environnements.

Troisièmement, elle aborde la gestion responsable et l’atténuation des risques. Elle propose des orientations sur l’intégration des systèmes d’IA dans les infrastructures numériques gouvernementales plus larges, la gestion des systèmes tout au long de leur cycle de vie, ainsi que l’attraction, la formation, et la rétention de personnels qualifiés. Elle traite également des risques clés, notamment les biais, le manque de transparence, l’inexactitude, les préoccupations en matière de protection de la vie privée, les vulnérabilités en cybersécurité, et le défi du maintien d’un contrôle humain significatif. Ces considérations demeurent des thèmes centraux au sein de la Communauté d’intérêt sur la cybersécurité.

Quatrièmement, elle fournit des orientations pour l’intégration de l’IA dans la planification de la défense. Elle présente différentes options pour intégrer l’IA dans les stratégies numériques nationales, les stratégies nationales de sécurité ou de défense, ou encore par le biais d’une stratégie sectorielle spécifique à la défense. S’appuyant sur des décennies d’expérience du CESA dans l’appui à l’élaboration de stratégies dirigées par les leaders africains, ces orientations sont conçues pour être adaptées à des contextes nationaux variés.

Participation des anciens auditeurs à la validation et aux retours

Lors du passage de la phase de rédaction à celle de l’affinement en décembre 2025, le CESA a organisé une session de validation avec des experts auto-identifiés membres de la Communauté d’intérêt sur la cybersécurité. Une session virtuelle de retour d’expérience a réuni des anciens auditeurs, des praticiens, et des experts thématiques afin d’examiner, de tester, et de renforcer les orientations de la boîte à outils. Cette démarche a permis de garantir que le contenu soit ancré dans les réalités opérationnelles, reflète des perspectives régionales diversifiées, et réponde aux besoins pratiques des institutions de défense africaines. Les retours issus de ce processus ont renforcé la clarté, la pertinence, et l’utilité de la boîte à outils.

Perspectives : lancement en 2026

Le CESA prévoit de lancer officiellement la Boîte à outils sur l’intelligence artificielle en février 2026. Ce lancement réunira des anciens auditeurs du CESA membres de la Communauté d’intérêt sur la cybersécurité ainsi que l’ensemble de la communauté africaine de la sécurité. À travers le dialogue et les échanges, il marquera la transition de la boîte à outils d’un document de référence vers une ressource active soutenant l’engagement, l’enseignement militaire professionnel, et l’élaboration de politiques publiques à travers le continent.

Si l’IA ne constitue pas encore le facteur décisif des résultats des conflits en Afrique, son influence croît rapidement. À travers la Communauté d’intérêt sur la cybersécurité et des outils pratiques tels que cette boîte à outils, le CESA accompagne ses partenaires africains dans la gestion de ce paysage en mutation avec anticipation, responsabilité et un engagement commun en faveur de la sécurité et de la souveraineté.