Revue de presse du 5 août 2026

Au-delà du M23 : s’attaquer aux causes profondes du conflit en RDC
Les combats qui opposent actuellement le Mouvement du 23 mars (M23) au gouvernement congolais mettent en évidence les obstacles persistants à une paix durable dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). … La persistance de ce conflit souligne l’importance de comprendre ses causes profondes. … Les gouvernements congolais successifs ont tour à tour accordé, retiré puis rétabli la nationalité congolaise aux ressortissants d’origine rwandaise. … L’un des facteurs les plus sensibles à l’origine du conflit dans l’est de la RDC est le statut non résolu des communautés congolaises originaires de la région des Grands Lacs. … L’incapacité à maintenir la stabilité dans l’est de la RDC découle également en partie des faiblesses persistantes du secteur de la sécurité congolais. … Au lieu de stimuler le développement, les immenses richesses en ressources naturelles de la RDC, notamment l’or, le cobalt, le cuivre, le lithium et le coltan, ont souvent favorisé l’émergence de réseaux clientélistes et financé des groupes armés dans ce que beaucoup qualifient d’ « économie de conflit ». … Un règlement durable nécessite un processus politique plus large, axé sur le rétablissement de la confiance avec les communautés de l’est de la RDC, la protection des droits civiques de tous les Congolais, le renforcement des capacités et de la responsabilité des acteurs congolais de la sécurité, ainsi que l’instauration d’une plus grande transparence dans le secteur minier. Centre d’études stratégiques de l’Afrique

RDC: entre 2000 et 5000 tonnes d’uranium exportées avec le cobalt vers la Chine en 20 ans, selon une enquête
Depuis 2009, l’extraction de cobalt en RDC a considérablement augmenté, et le minerai part très majoritairement vers la Chine. En 2023, la Chine assurait déjà le raffinage de 80% de l’offre mondiale de cobalt, l’essentiel du minerai provenant de mines opérées par des entreprises chinoises en RDC. Selon des estimations récentes citées par l’enquête, 95% du cobalt congolais part aujourd’hui vers la Chine. La région du Katanga, dans le sud-est de la RDC, est connue depuis des décennies comme le « copper belt » (la « ceinture cuprifère »). Ses mines se sont réorientées ces dernières années vers l’extraction du cobalt, devenu un métal critique pour les batteries lithium-ion des véhicules électriques, les puces utilisée spour l’essor des technologies d’intelligence artificielle et certains alliages aérospatiaux. Ces gisements contiennent aussi, historiquement, un troisième minerai : l’uranium. Une grande partie de l’uranium utilisé pour le projet Manhattan provenait déjà de la mine de Shinkolobwe, dans cette même région. Les exportations d’uranium depuis la RDC sont pourtant censées être interdites. RFI

Le plus vieux président du monde remanie l’armée, son absence alimentant l’inquiétude
Le dirigeant camerounais Paul Biya, figure historique du pays et absent de la scène publique depuis près de deux mois, a procédé à un remaniement de l’armée face aux inquiétudes croissantes suscitées par son séjour prolongé à l’étranger. Le président, âgé de 93 ans, a nommé des responsables à des postes clés au sein de l’armée et a promu cinq colonels au grade de général de brigade. Parmi les généraux de brigade nouvellement promus figure Raymond Jean Charles Beko’o Abondo, qui a été immédiatement reconduit dans ses fonctions de commandant de la garde présidentielle d’élite – chargée de la protection de Biya – un poste qu’il occupe depuis 2013. De tels remaniements ne sont pas inhabituels sous l’administration de Biya, en particulier en période de forte pression publique ou de faiblesse perçue. … Les circonstances dans lesquelles ces derniers changements ont été apportés ont suscité des débats, notamment sur les médias sociaux. … Au Cameroun, nombreux sont ceux qui ont critiqué le manque d’informations concernant ses activités et l’incertitude qui entoure la durée de son voyage à l’étranger. Après les élections de l’année dernière, il a promis de nommer un nouveau gouvernement, mais ne l’a toujours pas fait. Le poste de vice-président, créé en avril dernier, reste vacant. BBC

Comment les rebelles font entrer des armes en Centrafrique malgré l’embargo de l’ONU
La récente décision des Nations unies de renouveler les sanctions à l’encontre des groupes armés non étatiques et des individus qui compromettent la paix et la stabilité en République centrafricaine a semé le doute quant à l’efficacité de ces mesures pour endiguer les flux illicites d’armes vers les zones contrôlées par les rebelles. … Ces sanctions sont en vigueur depuis 2013, ce qui a conduit plusieurs analystes à se demander pourquoi et comment les groupes armés continuent d’avoir accès aux armes qu’ils utilisent pour attaquer les civils, les forces gouvernementales et leurs alliés. Fulbert Ngodji, chercheur spécialisé dans les questions de sécurité en Afrique centrale à l’International Crisis Group, estime qu’il est « pratiquement irréaliste » d’empêcher totalement l’entrée d’armes en République centrafricaine. Il fait valoir que la situation géographique du pays et sa proximité avec d’autres pays en proie à des conflits, tels que le Soudan et le Soudan du Sud, permettent aux groupes armés du nord-est et du sud-est de faire passer des armes en contrebande par des frontières poreuses. « Les groupes armés ne comptent pas uniquement sur les importations d’armes », a-t-il déclaré à la BBC. « Ils se réarment également en s’emparant de matériel lors d’affrontements… en achetant des armes sur les marchés noirs régionaux, en récupérant des armes issues de conflits passés, et en s’appuyant sur des réseaux de contrebande transfrontaliers qui existent depuis plusieurs décennies », a-t-il ajouté. L’analyste en sécurité Collins Molua convient que l’« écosystème » actuel de conflits dans le voisinage de la République centrafricaine accroît le risque de flux illicites d’armes. BBC

Comment un navire russe a bravé les sanctions pour acheminer des véhicules militaires au Mali
Les troupes russes et maliennes qui combattent une offensive rebelle dans le nord du Mali ont reçu un important ravitaillement en véhicules militaires qui semblent avoir été livrés par un cargo soumis à des sanctions, comme l’a révélé BBC Verify. Une importante colonne de véhicules blindés a été aperçue arrivant dans la capitale malienne, Bamako, sur des images vérifiées diffusées par la télévision d’État malienne le 25 juillet. Selon des journalistes, le convoi venait du port de Lomé, au Togo. Un cargo russe soumis à des sanctions, le Mikhail Britnev, a accosté à Lomé le 9 juillet, selon les données de suivi des navires examinées par BBC Verify. D’après des experts, des images satellites semblent montrer que le navire transportait le type de camions, de véhicules blindés de transport de troupes et de véhicules légers d’infanterie observés à Bamako. Les données de suivi des navires montrent que le Mikhail Britnev a quitté le port russe de Baltiysk le 18 juin et a traversé la mer du Nord avant de pénétrer dans la Manche. Selon les informations recueillies par BBC Verify, le navire aurait été escorté dans la Manche par un navire de guerre russe de classe Ropucha. … Selon les experts, ces livraisons indiquent que le Kremlin renforce son soutien à la junte au pouvoir au Mali, ébranlée par le succès d’une offensive rebelle menée par le groupe djihadiste Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et les séparatistes touaregs. BBC

Mali: la Cour suprême rejette la demande de libération du militant Clément Dembélé
Au Mali, la Cour suprême a rejeté mardi 4 août le pourvoi en cassation introduit par les avocats de l’universitaire et militant anticorruption Clément Dembélé en vue d’obtenir sa libération. Incarcéré depuis novembre 2023, il est accusé d’avoir menacé de mort le chef de la junte, le général Assimi Goïta. Après la décision de la Cour suprême, un réseau d’associations maliennes de défense des droits humains réclame sa libération. C’est de la maison d’arrêt de Bamako, où il est détenu depuis plus de deux ans et demi, que Clément Dembélé a appris la décision de la Cour suprême : il reste en prison. Le président du Réseau des défenseurs des droits humains au Mali réclame sa libération. « Tout comme les experts des Nations unies l’ont établi, les preuves de culpabilité de Clément Dembélé n’ont pas été établies. En conséquence, nous réclamons sa libération immédiate. Nous savons par ailleurs qu’il est très actif sur les dossiers de corruption au Mali. Il n’est pas écarté qu’il puisse en être victime », affirme Souelymane Camara. Depuis un an, plusieurs experts indépendants de l’ONU demandent également sa libération. … Au sein de la classe politique malienne, où les partis sont interdits d’activité par les militaires, des voix s’élèvent aussi pour demander la libération de l’homme, qui réclame aussi aux militaires au pouvoir un retour à l’ordre constitutionnel. RFI

Les Shebabs somaliens enregistrent des avancées dans le centre du pays
C’est un revers pour l’armée somalienne. Les insurgés islamistes shebabs ont annoncé s’être emparés, dimanche 2 août, d’une localité stratégique du centre de la Somalie, après d’intenses combats contre les forces gouvernementales. L’attaque a été confirmée à l’Agence France-Presse par les habitants de localités voisines. La Somalie, pays privé de réel pouvoir central depuis 1991 et la chute de Siad Barré, connaît beaucoup de difficultés. Le gouvernement de Mogadiscio peine à imposer son autorité au-delà de la capitale. Il fait face aux Shebabs depuis 2007. Ce mouvement islamiste contrôle de larges portions du territoire hors des villes. Dans un bref communiqué, les Shebabs ont revendiqué la prise de la zone stratégique de Teedaan en Somalie, après d’intenses combats qui ont duré 24 heures et qui ont fait des victimes dans les deux camps. Les Shebabs assurent s’être emparés d’armes, de véhicules et d’autres matériels militaires. Teedaan est située sur un important axe routier reliant plusieurs localités de la région d’Hiiraan aux régions de l’Est et du Nord. Son contrôle par les Shebabs pourrait faciliter leurs déplacements dans cette zone où ils contrôlent déjà plusieurs localités avoisinantes. Cela leur permettrait également d’encaisser des revenus via des taxes imposées sur les véhicules circulant sur les routes. Ce revers pour le gouvernement intervient alors que l’Aussom, la Force de l’Union africaine qui épaule l’armée somalienne face aux Shebabs, se prépare à quitter le pays. Son avenir est menacé par l’arrêt annoncé, à la fin de cette année, de l’aide logistique de l’ONU indispensable à son fonctionnement. RFI

Togo: 43 organisations de la société civile dénoncent la réforme constitutionnelle
43 organisations de la société civile du Togo, mais aussi d’autres pays africains, publient une lettre ouverte à la Cour de justice de la Cédéao pour saluer l’arrêt qu’elle a rendu sur la réforme constitutionnelle au Togo et demandent l’application de sanctions. La Cour avait rendu sa décision fin janvier mais ne l’a rendue publique qu’en juin. Dans cet arrêt, elle avait estimé que la réforme votée en 2024 par une assemblée en fin de mandat était un changement inconstitutionnel de gouvernement. Pour les signataires de la lettre ouverte, l’arrêt rendu par la Cour de justice de la Cédéao est sans appel. La réforme de 2024 est un « coup d’État constitutionnel » du président Faure Gnassingbé. Selon l’arrêt, « son objectif premier était de contourner les limites imposées au mandat présidentiel par la Constitution précédente ». Cette réforme avait instauré la 5e République avec régime parlementaire, supprimant l’élection présidentielle au suffrage universel direct. … Les organisations signataires demandent l’application immédiate de ces sanctions et exhortent le gouvernement togolais à organiser des programmes et des activités afin de promouvoir les principes démocratiques et de bonne gouvernance. Ceci en accord avec la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, que le Togo a signée en 2007. RFI

Ghana: les réparations liées à l’esclavage au cœur de la visite du président en Jamaïque
Le président ghanéen John Dramani Mahama est en visite d’État en Jamaïque depuis le dimanche 2 août. Les deux pays ont affiché leur coopération sur le sujet des réparations vis-à-vis de l’esclavage transatlantique. Une cause que le Ghana avait portée devant les Nations unies en mars et que la Jamaïque veut faire avancer auprès du roi Charles III. … La Jamaïque et le Ghana sont liés par deux figures emblématiques. D’un côté, le militant jamaïcain Marcus Garvey, qui a lutté pour les droits et l’union des personnes noires dans le monde, et de l’autre Kwame Nkrumah, père de l’indépendance du Ghana et symbole du panafricanisme. C’est ce qu’a rappelé le Premier ministre jamaïcain : « Ce que le grand Marcus Garvey a théorisé et que Kwame Nkrumah a mis en place a posé les bases d’une relation dynamique entre la Jamaïque et la république du Ghana. Les racines de cette relation se trouvent non seulement dans une histoire et une culture communes, mais aussi dans des convictions partagées sur la liberté, la dignité, la souveraineté et l’autodétermination. » Les deux chefs d’État ont aussi plaidé pour un renforcement de la coopération économique et l’ouverture de liaisons aériennes directes entre le Ghana et la Jamaïque. RFI