Bénin : Le rétablissement des normes démocratiques a des implications régionales considérables


Présidentielle et législative : 12 avril


L’élection présidentielle de 2026 dans ce pays côtier d’Afrique de l’Ouest de 14,5 millions d’habitants est importante non seulement pour sa trajectoire démocratique, mais aussi pour ses implications en matière de gouvernance et de sécurité pour toute la sous-région.

Le président Patrice Talon quitte ses fonctions à l’issue de son deuxième mandat, conformément à la limite constitutionnelle. Cela est remarquable compte tenu de la tendance croissante des dirigeants africains à prolonger leur mandat. La décision de M. Talon de se retirer n’était pas acquise, puisqu’il avait régulièrement cherché à modifier la constitution pour contourner les restrictions légales interdisant un troisième mandat. Le fait qu’il se sente obligé de passer le flambeau témoigne de la persistance des contraintes qui pèsent sur le chef de l’État dans l’espace politique béninois.

L’héritage de Talon, qui consiste à consolider le pouvoir exécutif, restera pendant un certain temps encore un défi pour les freins et contrepoids démocratiques au Bénin.

Néanmoins, l’élection sera un nouveau test de la résilience démocratique du Bénin. Au cours de son mandat, l’homme le plus riche du Bénin devenu homme politique a systématiquement restreint la participation politique dans ce pays qui a été un pionnier de la démocratisation en Afrique de l’Ouest au début des années 1990. Parmi ces restrictions figurent des frais d’inscription exorbitants pour les partis, un « certificat de conformité » qui permet au parti au pouvoir d’exclure certains candidats, le recours à un tribunal spécial chargé de juger les crimes terroristes pour poursuivre les opposants politiques et les journalistes, et l’obligation pour les candidats politiques d’obtenir le soutien des membres de l’Assemblée nationale (dominée par les partisans de Talon en raison de ces obstacles). Ces mesures ont fortement réduit la représentation de l’opposition à l’Assemblée nationale depuis 2019 et handicapé les candidats potentiels à la politique nationale.

De nouvelles restrictions établies par la Constitution de 2025 requièrent que les partis d’’opposition obtiennent au moins 20 % des votes exprimés dans chaque circonscription électorale. Résultat, le principal parti d’opposition, Les Démocrates a perdu les 28 sièges qu’il détenait au Parlement (sur les 109 sièges qu’il contient) lors des législatives de janvier 2026.

Compte tenu de ces obstacles à la participation des partis d’opposition, la campagne électorale de 2026 s’annonce déséquilibrée dès le départ. La Cour constitutionnelle n’a approuvé que deux candidats pour l’élection présidentielle d’avril. Romuald Wadagni représentera la coalition au pouvoir du Bloc républicain (BR) et de l’Union progressiste le renouveau (UPR). Âgé de 49 ans, cet ancien ministre de l’Économie et des finances a joué un rôle de premier plan dans l’administration Talon. Issu du secteur privé, M. Wadagni a contribué aux politiques gouvernementales qui ont permis au Bénin de connaître une croissance économique stable tout en maintenant la cote de crédit souveraine du pays. Le revenu réel par habitant a augmenté de 27 % au cours des dix dernières années et le taux de mortalité infantile a baissé de 25 %, passant à 46 pour 1 000 naissances.

Paul Hounkpè, à la tête du parti Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), devrait être le seul candidat de l’opposition. M. Hounkpè a été ministre de la Culture sous l’ancien président Boni Yayi. Il était le candidat de son parti à la vice-présidence lors des élections présidentielles très restreintes de 2021. Il est également l’ancien maire de Bopa.

L’histoire la plus marquante de ces élections, cependant, reste celle d’un candidat qui ne figurera pas sur le bulletin de vote.

Renaud Agbodjo (Image : capture d’écran)

L’histoire la plus marquante de ces élections, cependant, reste celle d’un candidat qui ne figurera pas sur le bulletin de vote. Renaud Agbodjo, leader du plus grand parti d’opposition du Bénin, Les Démocrates, s’est vu exclu de la course électorale par la Cour constitutionnelle en vertu d’une formalité administrative de l’ère Talon, selon laquelle il n’aurait pas obtenu un nombre suffisant de soutiens de la part des membres du parlement. Agbodjo était considéré comme un adversaire redoutable, dont le nom était bien connu pour avoir défendu des personnalités politiques de l’opposition, dont Boni Yayi, qui avaient été arrêtées sur la base d’accusations largement considérées comme étant motivées par des considérations politiques.

Alors que 2026 verra l’investiture d’un nouveau président, l’héritage de Talon, qui a consolidé le pouvoir au sein de l’exécutif, constituera, pendant un certain temps encore, un défi pour les freins et contrepoids démocratiques au Bénin. Dans le cadre d’un ensemble d’amendements constitutionnels et de révisions du code électoral, les mandats présidentiels ont été prolongés de 5 à 7 ans, un sénat sera créé, dont certains membres seront nommés par le président, et le seuil minimum de participation des partis à l’Assemblée nationale a été porté à 20 %, ce qui rendra encore plus difficile la représentation des partis d’opposition.

Les enjeux de l’élection béninoise de 2026 ont été sobrement ponctués par une tentative de coup d’État menée par un groupe d’officiers de niveau intermédiaire dirigé par le Lieutenant-colonel Pascal Tigri, le 7 décembre 2025. Plusieurs personnes ont été tuées lors de cette tentative, et les putschistes ont temporairement pris le contrôle de la télévision et de la radio nationale avant d’être appréhendés ou chassés par les troupes loyalistes soutenues par la Force des États de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont l’armée de l’air nigériane et les forces spéciales ivoiriennes. La perspective d’un retour à un gouvernement militaire au Bénin rappelle les 18 années de répression et de stagnation économique de Mathieu Kérékou, qui ont donné naissance au mouvement démocratique béninois au début des années 1990.

Des jeunes brandissent des pancartes avec des slogans tels que « Plus jamais ça » lors d’un rassemblement dénonçant le coup d’État avorté dans le pays et appelant à la préservation de la démocratie, le 13 décembre 2025. (Photo : AFP)

La tentative de coup d’État a des implications régionales considérables. L’échec de la tentative de putsch a été un véritable soulagement pour la CEDEAO, étant donné que 5 des 15 États membres du bloc régional d’Afrique de l’Ouest ont succombé à des coups d’État depuis 2020. Dans le même temps, la révélation selon laquelle les putschistes auraient été aidés par les juntes militaires du Niger et du Burkina Faso voisins, reflète un effort apparent de la part des juntes sahéliennes pour normaliser les prises de pouvoir militaires en Afrique de l’Ouest.

La tentative de coup d’État au Bénin fait suite à une opération d’information soutenue, parrainée par la Russie, qui diffuse des affirmations sans fondement sur les progrès réalisés par les juntes militaires sahéliennes afin de susciter la désillusion au sein des démocraties des pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. Ces campagnes de communication sont paradoxales, étant donné la détérioration de l’environnement sécuritaire, économique et politique dans chacun des trois pays dirigés par des juntes militaires, et le risque tangible que Bamako et Ouagadougou tombent aux mains des djihadistes. Le culte de la personnalité qui entoure le leader de la junte du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, est l’exemple même de ces campagnes.

L’installation d’un gouvernement militaire au Bénin permettrait également aux juntes militaires du Niger et du Burkina Faso, pays enclavés, d’accéder plus facilement aux principales voies de transport vers la côte et de les contrôler.

Une autre menace émanant des voisins sahéliens du Bénin est le débordement des groupes islamistes militants dans le nord du Bénin au cours des dernières années. On estime à 375 le nombre de morts attribuées à ces groupes dans le nord du Bénin au cours de l’année écoulée. Le plus actif de ces groupes militants serait la faction Katiba Hanifa de la coalition JNIM, qui a tenté de s’implanter en diffusant des messages intercommunautaires de division, en pratiquant l’extorsion et en se livrant au trafic illicite d’espèces sauvages et de produits forestiers provenant des parcs nationaux du W et de la Pendjari, situés le long des frontières septentrionales du Bénin.

Zones de violence islamiste militante au Sahel.
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La mobilisation pour répondre à cette violence a été une préoccupation majeure du gouvernement et de l’armée béninoise. Empêcher la propagation de cette menace sécuritaire plus au sud et stabiliser le nord du Bénin constitueront une priorité absolue pour quiconque remportera la présidentielle de 2026. La crédibilité du processus électoral et le degré de légitimité qu’il confère au candidat gagnant feront partie intégrante de la mobilisation et du maintien du soutien populaire nécessaire pour lutter efficacement contre la menace militante.

Bien que le Bénin soit l’un des plus petits pays de la CEDEAO, l’élection présidentielle de 2026 servira de baromètre pour la région, car elle déterminera non seulement la trajectoire démocratique du Bénin, mais aussi la portée des armées politisées dans la région côtière de l’Afrique de l’Ouest, la dynamique de la menace islamiste militante et l‘influence de la Russie, qui continuera à saper les gouvernances démocratiques de la région afin de renforcer son influence sur le continent.