
Une jeune fille soudanaise ayant fui Al Fasher fait la queue avec des femmes pour avoir à manger au camp Al Afad qui abrite des personnes déplacées de la ville d’Al Dabba, le 20 novembre 2025. (Photo : AFP/Ebrahim Hamid)
Points forts
- On estime que 167 millions d’Africains ont été confrontés à une insécurité alimentaire aiguë en 2025, un chiffre record. Il s’agit de la sixième augmentation annuelle consécutive du nombre d’Africains confrontés à des crises alimentaires aiguës.
- Les conflits restent la principale cause de l’insécurité alimentaire en Afrique.
- 130 millions (environ 78 %) des personnes confrontées à l’insécurité alimentaire aiguë vivent dans des pays en situation de conflit.
- Après avoir réapparu l’année dernière, la famine a étendu son emprise sur le continent, touchant plus de 700 000 personnes, toutes situées dans des zones de conflit. La famine a été confirmée dans plusieurs régions du Soudan. Certaines parties du Soudan du Sud et du Mali pourraient également avoir connu des conditions de famine similaires, bien que l’inaccessibilité ait limité la collecte de données et la communication d’informations.
L’insécurité alimentaire aiguë consiste en l’incapacité d’une personne à consommer suffisamment de nourriture, mettant ainsi sa vie ou ses moyens de subsistance en danger immédiat. Cela équivaut à une catégorie de risque de 3 ou plus (crise, urgence et catastrophe) sur l’échelle de 1 à 5 du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC)
Phase 1
Aucune/Minimal
Les ménages sont capables de couvrir leurs besoins essentiels alimentaires et non-alimentaires sans s’engager dans des stratégies atypiques ou non durables pour accéder à de la nourriture et à des revenus.
Phase 2
Stress
Les ménages ont une consommation alimentaire minimalement adéquate mais ne peuvent pas assumer certaines dépenses non-alimentaires sans s’engager dans des stratégies d’adaptation de stress.
Phase 3
Crise
Les ménages:
• ont des déficits de consommation alimentaire reflétés par une malnutrition aiguë élevée ou supérieure aux niveaux habituels;
ou
• parviennent à couvrir leurs besoins alimentaires essentiels de façon marginale mais seulement en se départissant de leurs avoirs de moyens d’existence majeurs ou en employant des stratégies d’adaptation de crise.
Phase 4
Urgence
Les ménages:
• ont d’importants déficits de consommation alimentaire reflétés par une malnutrition aiguë très élevée et une mortalité excessive,
ou
• sont en mesure de réduire l’importance des déficits alimentaires mais uniquement en utilisant des stratégies d’adaptation d’urgence et en liquidant leurs avoirs.
Phase 4
Catastrophe/Famine
Les ménages manquent énormément de nourriture et/ou de quoi subvenir à leurs autres besoins de base malgré une utilisation maximale des stratégies d’adaptation. Des niveaux d’inanition, de décès, de dénuement et de malnutrition aiguë critiques sont évidents.
(Pour être classée en phase Famine, une zone doit avoir des niveaux de malnutrition aiguë et de mortalité extrêmement critiques.)
Cinq pays sont responsables de la majeure partie de l’insécurité alimentaire en Afrique
- Les cinq pays qui comptent le plus grand nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë – le Nigeria, la République démocratique du Congo (RDC), le Soudan, l’Éthiopie et le Soudan du Sud – subissent tous des conflits. Ensemble, ils représentent près de deux tiers de l’insécurité alimentaire aiguë en Afrique.
Sources des données : FAO/PAM, FSIN, IPC/CH
- La durée des conflits dans ces pays mérite également d’être soulignée, chacun d’entre eux ayant connu un certain niveau de conflit armé depuis 1990, soit en moyenne 29 ans.
- La persistance de ces conflits affaiblit non seulement la production alimentaire et la vitalité économique, mais aussi les systèmes institutionnels, financiers et sociaux qui permettent à ces pays de tenir le coup.
- Ces conflits prolongés ont également des effets persistants sur l’insécurité alimentaire, même lorsqu’ils sont moins graves. En Éthiopie, par exemple, la guerre du Tigré qui a sévi de 2020 à 2022 a entraîné une forte augmentation du nombre de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë (de 8,6 millions à 23,6 millions). Bien que le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë en Éthiopie ait diminué (pour atteindre environ 15 millions), il reste supérieur aux niveaux enregistrés avant 2020.
- Bien que concentrée dans cinq pays, l’insécurité alimentaire aiguë affecte au moins 10 % de la population de 20 pays d’Afrique. Il s’agit notamment du Zimbabwe, de la Zambie, de la Somalie, du Malawi, du Tchad, du Burkina Faso, de la République centrafricaine, du Burundi et de la Guinée. Si certains pays d’Afrique australe se remettent de la sécheresse provoquée par El Niño en 2023 et 2024, l’insécurité alimentaire aiguë dans les autres pays est largement due aux conflits et à l’instabilité politique.
Sources des données : FAO/PAM, FSIN, IPC/CH
Les zones subissant des conflits régionaux aggravent l’insécurité alimentaire
- Quatre des cinq pays comptant le plus grand nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë sont voisins. Il s’agit de la RDC, de l’Éthiopie, du Soudan du Sud et du Soudan.
- Ce schéma de pays contigus connaissant des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë s’étend sur tout le continent, du Sahel occidental à la Somalie.
- Ces liens régionaux soulignent les retombées de l’instabilité politique et des conflits. Le regroupement des conflits met également à l’épreuve les capacités de réaction régionales. Les voies d’approvisionnement en nourriture et en aide humanitaire sont coupées, ce qui limite l’accès aux populations vulnérables. Les populations déplacées par un conflit doivent souvent se réfugier dans un autre pays également touché par un conflit.
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- La bande transcontinentale d’insécurité alimentaire aiguë traverse les groupements régionaux d’Afrique, soulignant l’ampleur du problème. L’Afrique de l’Est abrite la plus grande part de la population africaine en situation d’insécurité alimentaire aiguë (57,9 millions de personnes, soit 35 % du total continental). Viennent ensuite l’Afrique de l’Ouest (47,4 millions, 28 %), l’Afrique centrale (38,2 millions, 23 %) et l’Afrique australe (23,5 millions, 14 %).
- La bande transcontinentale d’insécurité alimentaire aiguë traverse les groupements régionaux d’Afrique, soulignant l’ampleur du problème. L’Afrique de l’Est abrite la plus grande part de la population africaine en situation d’insécurité alimentaire aiguë (57,9 millions de personnes, soit 35 % du total continental). Viennent ensuite l’Afrique de l’Ouest (47,4 millions, 28 %), l’Afrique centrale (38,2 millions, 23 %) et l’Afrique australe (23,5 millions, 14 %).
La famine est une catastrophe causée par l’homme
- Depuis sa réapparition en 2024, la famine se propage dans trois pays : le Soudan, le Soudan du Sud et le Mali.
- Au Soudan, où le pays connaît sa pire famine depuis 1984-1985, les Forces de soutien rapide (RSF), une milice paramilitaire, ont spécifiquement pris pour cible les infrastructures de production alimentaire. Parallèlement, les RSF et l’armée soudanaise ciblent les marchés civils et empêchent les populations les démunies de recevoir de l’aide humanitaire.

Source : CFR, avec des données des Insecurity Insight
- À ce jour, plus de 600 000 personnes ont été exposées à des conditions similaires à celles d’une famine au Soudan. En raison de l’intensité du conflit, de nombreuses zones restent inaccessibles, surtout dans la région du Darfour contrôlée par les Forces de soutien rapide. Par conséquent, le nombre de personnes confrontées à la famine pourrait être beaucoup plus élevé.
- Le Soudan du Sud connaît une situation proche d’une famine en raison du conflit, des déplacements dus au conflit soudanais et des chocs climatiques. La reprise des combats a déplacé plus de 325 000 personnes, pour la plupart issues des États de Jonglei et du Haut-Nil, où environ 83 000 personnes ont connu cette année des niveaux d’ insécurité alimentaire catastrophique.
- Au Mali, les niveaux d’insécurité alimentaire aiguë ont augmenté avec la propagation de l’insurrection des militants islamistes. Cela inclut l’émergence de personnes connaissant des niveaux catastrophiques d’insécurité alimentaire à Ménaka depuis mars 2023. Compte tenu des difficultés d’accès et de la répression des médias indépendants par la junte militaire au pouvoir, les niveaux de famine pourraient être bien pires.
Les « grandes famines » en Afrique depuis 1980
| Date | Localisation | Plus de 100 000 morts liées à la famine, selon les estimations | Causes |
|---|---|---|---|
| 1981–85 | Mozambique | 300 000 | Conflits, pillages, sécheresse |
| 1983–85 | Éthiopie (Tigré, Wollo, régions du sud et de l’est) | 800 000 | Conflit (nord), sécheresse, politiques économiques, réinstallations forcées, blocage de l’aide humanitaire |
| 1984–85 | Soudan (Darfour, Kordofan, mer Rouge) | 240 000 | Sécheresse, échec des politiques économiques, aide humanitaire bloquée |
| 1987–88 | Soudan (Soudan du Sud et personnes déplacées) | 250 000 | Conflit, pillage, déplacement forcé, siège, aide humanitaire bloquée |
| 1991–93 | Somalie | 240 000 | Conflit, déplacement forcé, pillage |
| 1992–94 | Soudan (Monts Nouba, Nil Supérieur | 225 000 | Conflit, déplacement forcé, pillage, siège, aide humanitaire bloquée, génocide (contre les Nubas) |
| 1998–2007 | République Démocratique du Congo (Est) | 290 000* | Conflit, déplacements forcés, effondrement de l’État, pillage |
| 2003–05 | Soudan (Darfour) | 200 000 | Conflit, déplacement forcé, génocide |
| 2003–06 | Ouganda (régions Achioli) | 100 000 | Conflit, pillage |
| 2011–12 | Somalie (Centre-Sud) | 258 000 | Conflit, sécheresse, crise économique, aide humanitaire bloquée |
| 2014–18 | Soudan du Sud | 193 000* | Conflit, terre brûlée, déplacement forcé, pillage |
| 2016–19 | Nigéria (guerre de Boko Haram) | 340 000 | Conflit, siège, réquisition |
| 2020–23 | République centrafricaine | 553 000* | Conflit, échec de l’État |
| 2021–23 | Éthiopie (Tigré) | 336 000* | Conflit, famine forcée, siège, destruction des infrastructures essentielles, pillage |
| 2023–à ce jour | Soudan | À déterminer** | Conflit, génocide, pillage, destruction des infrastructures, déplacements massifs, aide humanitaire bloquée |
** Le conflit qui sévit actuellement au Soudan pourrait entraîner le plus grand nombre de morts liées à la famine en Afrique depuis 40 ans.
Source : extrait de « Historic Famines », World Peace Foundation, 2025.
- On constate, qu’ à travers le monde, la famine et l’insécurité alimentaire aiguë affectent de manière durable la stabilité et le potentiel économique d’une société, contribuant ainsi aux défis futurs sécuritaires.
- La sous-alimentation pendant l’enfance entraîne systématiquement un rendement économique médiocre à l’âge adulte – lorsque ces personnes deviennent elles-mêmes parents.
- Les régions les plus durement touchées par la grande famine politiquement provoquée en Chine entre 1959 et 1961 ont aujourd’hui un PIB par habitant nettement inférieur.
- Dans les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, les taux élevés de malnutrition coûtent en moyenne 6,4 % du PIB chaque année.
