Revue de presse du 9 avril 2026

L’insécurité jihadiste dans le nord du Bénin, véritable défi pour le prochain président
« La vie est devenue très difficile »: dans le nord du Bénin, Boniface (le prénom a été changé) se souvient du temps où il installait des caméras‑pièges pour surveiller la faune dans la Pendjari. Aujourd’hui, il n’ose plus s’aventurer dans cette vaste réserve de 5.000 km2, transformée par les jihadistes en zone de tous les dangers. Considérée comme l’un des derniers sanctuaires de la vie sauvage en Afrique de l’Ouest, la Pendjari est aussi un refuge pour les jihadistes venus du Burkina Faso et du Niger voisins. Ces groupes ne sont plus seulement présents: ils se sont désormais « enracinés » dans le nord du Bénin, souligne l’ONG ACLED, qui recense les victimes de conflits dans le monde. … L’ancrage local des groupes armés, combiné à la suspension de la coopération militaire avec le Niger et le Burkina Faso à la suite d’une crise diplomatique, a entraîné une recrudescence des attaques meurtrières au Bénin. Les violences ont également frappé de plein fouet une économie régionale déjà fragile, dans la zone la moins développée du pays. « L’insécurité empêche déjà la production agricole dans certaines localités où les écoles restent fermées. Cela accélère la précarité et suscite des déplacements de population », explique un expert béninois des questions sécuritaires sous couvert d’anonymat. AFP

Présidentielle béninoise : un ancien chef d’Etat burundais à la tête de la mission d’observation électorale de l’UA
La mission d’observation électorale de la Commission de l’Union africaine (MOEUA), conduite par l’ancien président burundais Sylvestre Ntibantunganya, est arrivée à Cotonou en perspective de l’élection présidentielle béninoise de dimanche, a-t-on appris de source officielle. La mission d’observation électorale déployée à l’invitation du chef de l’Etat sortant du Bénin, Patrice Talon, est composé de 25 observateurs de court terme issus de 18 Etats membres de l’Union africaine, souligne l’organisation panafricaine dans une déclaration rendue publique. L’Union africaine fait observer que la composition de la mission d’observation reflète la diversité géographique, linguistique et de genre du continent. … Pendant son séjour qui se poursuivra jusqu’au 16 avril 2026, la Mission aura des échanges avec les responsables des institutions impliqués dans le processus électoral, des organes de gestion des élections, des partis politiques, les candidats, les médias, les organisations de la société civile, les représentants de la communauté internationale ainsi que les autres missions d’observation électorales déployées pour suivre l’élection présidentielle du 12 avril 2026. APS

Mali: Ousmane Diallo, militant des droits des Peuls, libéré après deux ans de détention extrajudiciaire
Au Mali, Ousmane Diallo a pu retrouver les siens. Membre de l’organisation communautaire peule Tabital Pulaaku, il avait été enlevé le 12 mars 2024 à Bamako, en pleine rue, par des hommes encagoulés appartenant à la Sécurité d’État. Il était détenu depuis par les services maliens en dehors de tout cadre judiciaire. Sa libération a été confirmée à RFI par plusieurs membres de son entourage. Ousmane Diallo a été relâché mardi 7 avril au soir, aux alentours de 20 heures. Selon son entourage et selon des cadres de l’association Tabital Pulaaku, il a enfin pu retrouver sa famille. « Il est très amaigri mais il va bien », témoigne un proche, qui ne cache pas son soulagement. Cela faisait plus de deux ans qu’Ousmane Diallo était prisonnier de la Sécurité d’État, détenu dans un lieu inconnu en dehors de toute procédure légale. D’anciens compagnons de détention avaient rapporté des conditions particulièrement dures : manque de nourriture, pièce surpeuplée et sans toilettes. De source sécuritaire malienne, ce défenseur des droits des Peuls était soupçonné par les services maliens d’entretenir des liens avec les groupes jihadistes, ce que son entourage a toujours fermement démenti. … Les experts des Nations unies et des ONG de défense des droits humains ont, à de nombreuses reprises, dénoncé la pratique des disparitions forcées par les autorités maliennes de Transition. RFI

Vague d’attaques dans le nord-ouest du Nigeria, une soixantaine de morts
Les États de Niger et de Kebbi, dans le nord-ouest du Nigeria, font face depuis le début de la semaine à une vague d’attaques perpétrées par des jihadistes et des gangs criminels qui ont fait au moins une soixantaine de morts. Des hommes armés ont tué au moins 20 personnes lors d’une attaque perpétrée mardi dans l’État de Niger, selon un rapport humanitaire consulté mercredi par l’AFP, et des jihadistes présumés ont mené des raids meurtriers dans plusieurs villages de l’État de Kebbi depuis dimanche soir, faisant plus de 40 morts, d’après des habitants. Comme d’autres États du nord du pays, les États de Niger et Kebbi sont confrontés à une recrudescence des attaques liées à une double insécurité: d’une part la violence de groupes jihadistes, et d’autre part celle de bandes criminelles, appelées localement « bandits », qui procèdent fréquemment à des attaques contre des villages et des enlèvements de masse contre rançon. Selon un rapport de situation citant trois sources humanitaires, dont un établissement de santé et un groupe de responsables communautaires, 20 morts ont été dénombrés après l’attaque de mardi, qui a eu lieu dans le village d’Erena, dans la circonscription de Shiroro, dans l’État de Niger. AFP

RDC : Vague de désertions au sein de l’AFC/M23, plus de 260 combattants déposent les armes au Kivu
Le commandement de la 34ᵉ région militaire du Nord-Kivu, a confirmé, ce mercredi 8 avril, la reddition volontaire de 263 éléments issus des rangs de l’AFC/M23 entre février et mars 2026. Parmi eux figurent quatre officiers, marquant un tournant significatif dans les opérations en cours dans l’Est de la RDC. C’est un signal envoyé aux groupes armés qui écument l’Est de la République démocratique du Congo. Selon les autorités militaires, ces anciens combattants ont quitté les rangs de la rébellion pour se livrer d’eux-mêmes aux positions des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). … Les redditions ne se limitent pas à une seule zone de combat. Le major Dieudonné Kasereka, chargé de communication de la 34ᵉ région militaire, précise que ces combattants ont été enregistrés dans plusieurs territoires du Nord-Kivu, notamment à Lubero, Rutshuru et Masisi. Le mouvement s’est également étendu à la province voisine du Sud-Kivu, avec des redditions signalées dans le territoire de Kalehe. « Ces combattants se sont rendus à nos différentes unités. Pour le moment, ils sont en sécurité dans un endroit protégé sous le contrôle de l’armée », a rassuré le porte-parole militaire. … L’armée souligne qu’une partie de ces effectifs est constituée de jeunes recrutés de force par les rebelles lors de leur progression. Ce retour vers les institutions nationales ouvre désormais la voie à un processus de traitement au cas par cas, sous la supervision de la hiérarchie militaire. Radio Okapi

La Libye pour une intégration renforcée du renseignement régional
La Libye appelle à un renforcement opérationnel du partage de renseignement entre pays du Sahel et de la Méditerranée, lors d’une conférence sécuritaire tenue à Tripoli. Réunis dans la capitale libyenne à l’occasion d’une conférence des chefs du renseignement militaire, plusieurs responsables sécuritaires régionaux ont été invités à intensifier leur coopération face à des menaces transfrontalières persistantes, selon des déclarations officielles. Le Premier ministre du GUN, Abdulhamid Dbeibah, a insisté sur la nécessité d’une approche collective, estimant que la sécurité régionale ne peut plus être gérée de manière isolée par les États. … La conférence a réuni des représentants de plusieurs pays, notamment la Turquie, le Soudan, l’Algérie, la France et l’Italie, traduisant un intérêt partagé pour une réponse coordonnée aux défis sécuritaires communs. Ces échanges s’inscrivent dans un contexte régional marqué par la circulation accrue des flux illicites et par la nécessité de structurer des mécanismes de coopération plus opérationnels entre les États concernés. APA

Génocide au Rwanda : un ex-haut gradé hutu, Cyprien Kayumba, renvoyé aux assises à Paris
La justice française a renvoyé devant la cour d’assises spéciale à Paris un ancien lieutenant-colonel hutu, Cyprien Kayumba, soupçonné de livraisons d’armes ayant servi à exterminer des Tutsi lors du génocide de 1994 au Rwanda, a appris l’Agence France-Presse (AFP), mercredi 8 avril. Cyprien Kayumba, 71 ans, d’origine hutu, a fait toute sa carrière dans l’armée rwandaise. Il était, au moment du génocide, directeur des services financiers au sein du ministère de la défense, et chargé de la commande et de la livraison des armes. Le septuagénaire, qui a toujours affirmé ignorer que ces armes étaient destinées aux massacres, sera jugé, à une date encore non précisée, pour complicité de génocide et complicité de crimes contre l’humanité. D’avril à juillet 1994, le génocide a fait, selon l’Organisation des Nations unies, 800 000 morts, Tutsi ou Hutu modérés, tués par les forces armées rwandaises et les milices extrémistes hutu Interahamwe. M. Kayumba avait bénéficié en janvier 2025 d’un non-lieu prononcé par une juge d’instruction du pôle crimes contre l’humanité du tribunal de Paris, mais le Parquet national antiterroriste (PNAT), qui demandait son procès, avait fait appel. … Au cours de l’enquête, Cyprien Kayumba a affirmé qu’il exécutait les ordres du ministre de la défense, qu’il n’était pas responsable de la distribution des armes et qu’il ignorait qu’elles pouvaient finir dans les mains des miliciens Interahamwe ou que l’armée participait elle-même aux massacres, une position « particulièrement peu crédible » selon l’avocat général. Le Monde avec AFP

Gambie: un procureur spécial désigné pour poursuivre les crimes de l’ère Jammeh
La ministère gambien de la Justice a désigné ce mercredi 8 avril lors d’une conférence de presse le procureur spécial en charge de poursuivre les crimes commis sous le régime brutal de l’ex-dictateur Yahya Jammeh. Il s’agit de l’expérimenté avocat britannique Martin Hackett qui aura la lourde tâche de rendre justice, deux ans après l’adoption d’une loi visant à créer un bureau pour suivre ces affaires. Le choix a pris du temps, trop selon des élus et des associations de défense des droits civils, mais le gouvernement de la Gambie a choisi un avocat expérimenté pour diriger son bureau spécial. Martin Hackett, spécialisé dans les affaires de crimes contre l’humanité, de génocide et de contre-terrorisme, s’est notamment fait connaître aux Nations unies, au tribunal spécial de l’ONU pour le Liban entre 2015 et 2021, et aussi pour son travail sur les crimes de guerre au Kosovo. Durant son mandat de quatre ans, renouvelable, le Britannique sera chargé, entre autres de poursuivre pas moins de 70 personnes désignées par la Commission nationale pour la Vérité, la réconciliation et les réparations. Créée en 2022, cette commission a recommandé au gouvernement gambien de se pencher sur les atrocités commises entre 1994 et 2017 par le régime de Yahya Jammeh, notamment l’exécution de 240 à 250 personnes par des agents de l’État, des viols mais encore des actes de torture. RFI

Maroc : ce que l’on sait de la mission en Mauritanie du général Berrid, inspecteur général des FAR
Une délégation militaire marocaine conduite par le général de corps d’armée Mohammed Berrid, inspecteur général des Forces armées royales (FAR) et commandant de la zone sud a effectué une visite officielle en Mauritanie du 6 au 8 avril. Un déplacement placé sous le signe du renforcement de la coopération sécuritaire entre Rabat et Nouakchott. … Au cœur de la visite, les discussions avec Hanenna Ould Sidi, le ministre mauritanien de la Défense, qui ont porté sur le développement du partenariat stratégique (notamment dans les domaines de la formation, de la planification opérationnelle et du partage d’expertise) et, surtout, les travaux de la sixième session de la commission militaire mixte, coprésidés par les chefs d’état-major des deux armées. Leur objectif était d’évaluer les progrès réalisés et d’explorer de nouvelles perspectives de coopération dans un contexte régional marqué par la montée des menaces sécuritaires, notamment au Sahel. … Dans le même temps, l’Algérie accueillait une délégation mauritanienne de haut niveau, conduite par le Premier ministre, Mokhtar Ould Djay. Le 6 avril, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a reçu son homologue mauritanien, Mohamed Salem Ould Merzoug, en amont des travaux de la commission bilatérale de suivi et de la 20ᵉ session de la grande commission mixte algéro-mauritanienne de coopération qui s’est tenue le 7 avril. Outre la coopération bilatérale, les échanges ont porté sur les principaux dossiers régionaux et internationaux, en particulier la situation au Sahel et les tensions au Moyen-Orient. Jeune Afrique

Maroc-UE : dialogue numérique centré sur l’IA
Rabat et Bruxelles lancent un cadre bilatéral sur les infrastructures de données, le calcul intensif et la gouvernance numérique, centré sur l’Intelligence artificielle (IA). Le Maroc et l’Union européenne ont officialisé, mercredi 8 avril, l’instauration d’un dialogue numérique bilatéral consacré aux technologies, aux données et à l’intelligence artificielle, selon une communication conjointe issue d’une rencontre entre Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne, et Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique. Cette initiative s’inscrit dans la continuité du partenariat stratégique Maroc-UE, avec un accent renforcé sur les infrastructures et les usages numériques. Ce cadre de concertation repose sur une approche convergente du rôle des technologies dans les économies contemporaines et les services publics. Les deux parties soulignent que « le potentiel du numérique, des données et de l’intelligence artificielle appelle une mobilisation coordonnée au service d’une économie et d’une société centrées sur les citoyens », marquant une volonté d’alignement progressif des priorités technologiques et réglementaires. APA