Journalistes, avocats, opposants : au Mali, la junte utilise la justice comme arme de répression massive
La fragile démocratie malienne a déraillé – une nouvelle fois – en août 2020, avec le coup d’Etat mené par un quintet de jeunes colonels. … Six ans après leur putsch, ils ne montrent aucune volonté de laisser la place aux civils. … « Ceux qui exposent une idée contraire à la doctrine officielle, ou même émettent une opinion alternative, sont considérés comme des ennemis, et traités comme tels », dénonce Souleymane Camara, président du Réseau des défenseurs des droits humains du Mali. … Ces derniers jours, les tribunaux de Bamako, efficaces relais de la répression, ont prononcé de nouvelles peines pour étouffer les voix critiques. Lundi 3 août, Chahana Takiou, directeur de publication du journal 22 Septembre, a été condamné à un an de prison dont six mois avec sursis. Le journaliste avait eu le malheur de s’exprimer lors du Forum panafricain des médias , organisé en juin dans la capitale malienne. … Le même jour, l’activiste Amadou Ben Diarra, dit Ben le Cerveau, ancien partisan de la junte tombé en disgrâce, a été condamné à quatre ans de prison ferme pour «menaces et injures» à l’encontre des militaires au pouvoir. Le médiatique chef du mouvement Yerewolo, qui fut un supporteur enthousiaste du putsch de 2020 et du rapprochement avec Moscou, avait osé appeler les militaires à respecter l’échéance de la «transition», fixée initialement à mars 2024, pour organiser des élections. … Mardi 4 août, le militant anticorruption Clément Dembélé a, lui, vu sa demande de libération rejetée par la Cour suprême. … De son côté, l’ancien Premier ministre Moussa Mara est sorti de prison samedi 1er août après avoir purgé sa peine. L’homme politique, prudent, ne se définissait pas comme un «opposant» mais comme un «accompagnateur critique de la transition». … Son avocat, Mountaga Tall, figure respectée de la démocratisation du Mali dans les années 90, critique du pouvoir, a été enlevé le 3 mai dernier par des hommes armés et cagoulés circulant dans des véhicules sans immatriculation. Libération
Tchad : à 100 jours de détention, Kemkoye interpelle Déby
L’opposant tchadien Max Kemkoye a adressé, lundi, une lettre ouverte au président Mahamat Idriss Déby Itno à l’occasion de ses 100 jours de détention, dénonçant ce qu’il qualifie de poursuites politiques et appelant le chef de l’État à engager un dialogue national pour éviter une aggravation de la crise. Porte-parole de l’ancien Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), dissous par la Cour suprême avant une marche prévue le 2 mai 2026, Max Kemkoye a été arrêté le 25 avril avec plusieurs autres responsables de l’opposition. Le 8 mai, il a été condamné à huit ans de prison notamment pour attroupement armé, rébellion, détention d’armes de guerre, mouvement insurrectionnel et association de malfaiteurs. Il a interjeté appel le 14 mai. Dans sa lettre rendue publique lundi, l’opposant rejette l’ensemble des accusations portées contre lui et ses coaccusés. Il affirme que leur coalition préparait une marche pacifique destinée à réclamer le respect des libertés publiques et non une action armée. Il soutient qu’en raison de son recours en appel, sa condamnation n’est pas définitive. Max Kemkoye estime par ailleurs que l’incarcération simultanée de plusieurs dirigeants de partis d’opposition constitue une situation sans précédent dans l’histoire politique du Tchad. Selon lui, neuf chefs de partis ont été condamnés, dont six sont actuellement détenus, une situation qu’il présente comme le signe d’un recul des libertés politiques. APA
Bénin: Patrice Talon élu président du Sénat, moins de trois mois après son départ du pouvoir
Le Sénat béninois a élu son bureau, ce jeudi 6 août 2026 à Porto-Novo. Sans surprise, l’ancien chef de l’État Patrice Talon a été désigné président de cette deuxième chambre du Parlement, pour un mandat de cinq ans. Il revient ainsi sur la scène politique, moins de trois mois après son départ du pouvoir. Louis Vlavonou, ancien président de l’Assemblée nationale du Bénin, a été élu vice-président de la chambre, jeudi 6 août. L’ancien ministre de l’Intérieur Alassane Séïdou devient lui rapporteur, avec pour suppléante l’ancienne ministre du Travail Adidjath Mathys. Et Patrice Talon fait ainsi son retour en politique par la porte du Sénat, une intention que beaucoup lui prêtaient déjà lorsqu’il avait révisé la Constitution l’année dernière. … Le vote s’est déroulé à huis clos et à bulletin secret. Seul candidat à la présidence de l’institution, Patrice Talon a obtenu 24 voix sur 25 votants, contre un bulletin blanc et aucune voix contre, résultat qui traduit « un désir d’unanimité » autour du bureau, selon un sénateur. « Le bureau d’âge proclame président du Sénat Monsieur Patrice Talon », a annoncé l’assesseur du jour, Charles Toko, en proclamant les résultats. … Ses adversaires le soupçonnaient d’avoir créé cette institution pour en faire son point de chute après son départ du pouvoir. Moins de trois mois après avoir quitté la présidence, le 24 mai 2026, le voilà donc désormais de retour sur la scène politique en tant que troisième personnage de l’État dans l’ordre protocolaire, après le président et la vice-présidente de la République. RFI
Constitution togolaise : 43 organisations africaines saisissent la Cedeao et l’UA contre Faure Gnassingbé
Le 1er août, un vaste front rassemblant 43 organisations africaines de la société civile parmi lesquelles le Front citoyen Togo debout, Tournons la page, l’Afrikajom Center ou encore le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) guinéen, a adressé une lettre ouverte très incisive au général Birame Diop, président de la Commission de la Cedeao. Son objectif ? Pousser l’organisation sous-régionale à tirer toutes les conséquences juridiques de la décision rendue par sa propre Cour de justice, le 29 janvier, et publiée en juin sur son site. Saisie par un collectif regroupant 13 organisations de la société civile et partis d’opposition togolais parmi lesquels l’Alliance nationale pour le changement (ANC), de Jean-Pierre Fabre, le Parti des Togolais (PT), de Nathaniel Olympio, ou encore l’Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI), d’Aimé Gogué, pour contester la révision de la Constitution votée au printemps 2024, la juridiction communautaire a tranché sans détour. … La nouvelle loi a en effet mis fin à l’élection du président de la République au suffrage universel direct au profit d’un choix effectué par le Parlement réuni en congrès. Elle entérine également la concentration d’une large part des prérogatives exécutives entre les mains du président du Conseil, chef du gouvernement issu de la majorité parlementaire. Le 3 mai 2025, Faure Essozimna Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005 après avoir pris la suite de son père, Gnassingbé Eyadema, a été investi président du Conseil. … Pour parachever leur action, [les organisations] militent pour un amendement gravé dans le marbre des textes communautaires, instaurant une limitation indépassable à deux mandats pour tout chef de l’exécutif en Afrique de l’Ouest. Jeune Afrique
Soudan du Sud: le pays à la croisée des chemins, alerte l’ONU
À moins de cinq mois des premières élections prévues depuis l’indépendance du Soudan du Sud, les Nations Unies dressent un constat alarmant : la violence s’intensifie, la transition politique s’enlise et les conditions d’un scrutin crédible sont loin d’être réunies. Ce sont des conseils qui reviennent régulièrement, mais qui, faute d’être mis en œuvre, pourraient faire dérailler l’accord de paix revitalisé, pense la Commission mixte reconstituée de suivi et d’évaluation, ainsi que la principale association représentant les femmes et les filles au Soudan du Sud. Ils aimeraient tout d’abord que la protection des civils soit consolidée dans le mandat de la force de la Minus, notamment pour les femmes et les filles qui sont confrontées à des risques de violences sexuelles et aux conflits. Deuxièmement, il faut créer sans plus attendre le tribunal hybride pour le Soudan du Sud avec la Commission pour la vérité, la réconciliation et la guérison, comme prévu par l’accord de paix. Troisièmement, il faut que plus de femmes puissent se présenter aux élections ou s’impliquer dans les processus constitutionnels, celui de justice, de transition et de décisions politiques. L’idéal serait que la représentation des femmes dépasse enfin le seuil minimum de 35 %. Quatrièmement, le Conseil doit user de son influence pour nourrir un consensus politique plus large entre tous les acteurs politiques et civiques pour permettre la tenue d’élections crédibles et inclusives en décembre prochain. Il lui a même été demandé d’envoyer une mission de confiance à Juba pour discuter avec toutes les parties prenantes. RFI
RDC: dans les coulisses du transfert de 15 détenus à l’AFC/M23
En République démocratique du Congo (RDC), quinze hommes ont quitté Beni, dans la province du Nord-Kivu, par convoi dans la soirée du 6 août 2026. Après une nuit de route à travers le territoire ougandais, ils ont été remis, ce vendredi 7 août matin, aux autorités de l’AFC/M23 sur le territoire de Rutshuru, dans le sud de la province. Cette opération, facilitée par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), constitue le premier transfert concret de détenus affiliés à la rébellion depuis la signature du mécanisme de Doha, près d’un an plus tôt. Elle s’inscrivait dans le cadre de cet accord signé par les parties en septembre 2025. Ce transfert n’a rien d’un geste isolé. Quatre mois avant que ces quinze hommes ne prennent la route, un protocole avait déjà été signé aux abords de Montreux, entre l’AFC/M23 et le CICR. C’est ce document, resté largement confidentiel, qui a fini par ouvrir la voie à cette première opération. Mais ce protocole n’était pas non plus le premier rendez-vous fixé sur ce dossier : un premier délai, en avril, avait déjà expiré sans qu’aucune libération n’ait lieu. … Le succès technique de ce transfert ne doit pas masquer l’ampleur de ce qui reste à faire, sur des fronts qui restent aujourd’hui distincts. Sur le round de négociations d’avril, le compte du 28 avril reste le seul chiffre stabilisé disponible : 311 personnes côté AFC/M23, 166 côté gouvernemental. RFI
Guinée: nouvelle coupure des réseaux sociaux, la sixième depuis 2023
En Guinée, voilà maintenant dix jours que l’accès à certains réseaux sociaux comme Facebook, TikTok ou YouTube – les plus courus dans le pays – est coupé. Depuis mardi 28 juillet, les Guinéens sont obligés de passer par un VPN pour pouvoir les utiliser, ce qui ne manque pas de provoquer l’exaspération de la population, mais aussi de mettre en difficulté les entreprises pour lesquelles ces applications sont vitales. « De nombreuses entreprises – surtout des PME – qui font du commerce en ligne ou dont l’activité tourne principalement autour des réseaux sociaux subissent de lourdes pertes parce qu’aujourd’hui, la plupart des consommateurs guinéens achètent en ligne », explique ainsi M’Bany Sidibé, le président de l’Union pour la défense des consommateurs de Guinée, auprès de Tangi Bihan. Alors que WhatsApp rencontre également des difficultés, plusieurs associations s’insurgent contre ce qu’elles considèrent comme une atteinte aux droits fondamentaux des citoyens. Président de l’Association des blogueurs de Guinée (Ablogui) qui voit dans cette coupure une atteinte au droit à l’information et à la liberté d’expression, Baro Condé regrette par ailleurs la normalisation d’une telle pratique. Alors qu’elle se limitait jusqu’à récemment encore aux périodes électorales ou aux jours de manifestation, cette nouvelle interruption est déjà la sixième depuis 2023. RFI
En Guinée-Bissau, première visite de la médiation sénégalaise après le sommet de la Cedeao
Une délégation sénégalaise menée par le ministre des Affaires étrangères, Cheikh Niang, s’est rendue le 6 août à Bissau pour présenter aux autorités de transition un nouveau plan de médiation, issu du sommet des chefs d’État de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) durant lequel le Sénégal a été désigné médiateur dans la crise. « Nous sommes là pour présenter le plan de médiation que nous comptons envisager, et pour nous entendre [avec les autorités de transition] sur les termes de cette médiation », a déclaré à la presse le ministre sénégalais Cheikh Niang, à l’issue d’une rencontre avec le président de la transition en Guinée-Bissau, le général Horta N’Tam. … Lors de son récent sommet à Freetown en juillet, la Cedeao a officiellement désigné le Sénégal comme médiateur pour conduire le dialogue en Guinée-Bissau. Cette décision vise à pacifier la transition politique et à rétablir l’ordre constitutionnel après le coup d’État qui a renversé le 26 novembre 2025 le président sortant, Umaro Sissoco Embaló. Après avoir destitué le président Embaló, l’armée avait suspendu le processus électoral et annoncé la prise de contrôle du pays pour une durée d’un an. Un décret du général N’Tam, publié début juillet, a annoncé que l’État organisera un référendum sur une réforme constitutionnelle le 30 août. Jeune Afrique
Une campagne de désinformation avec de fausses rumeurs aurait déclenché la ruée de migrants vers le territoire espagnol de Ceuta
« La frontière à Ceuta est ouverte »: cette rumeur a poussé quelque 72.000 migrants venus du Maroc à tenter de forcer l’entrée, parfois au risque de leur vie, de l’enclave espagnole. Plusieurs analystes affirment qu’il s’agissait « d’une opération de désinformation organisée délibérément » via les réseaux sociaux. … Face à l’afflux inédit de migrants, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez avait dénoncé une rumeur lancée « par les mafias de trafiquants d’êtres humains », avec une interprétation malhonnête de cette décision de justice. Et c’est la conclusion à laquelle est arrivé Chema Gil. Cet analyste en sécurité et chercheur à l’université de Murcie, affirme qu’une campagne en ligne – qui a enregistré « 11 millions de vues » – est à la source de cette crise migratoire sans précédent dans l’histoire récente de Ceuta. Mohamed Benaissa, président de l’ONG marocaine Observatoire du Nord des Droits Humains (ONDH) partage la même analyse. Des messages reprenant l’information comme quoi les migrants ne seraient plus renvoyés en Afrique une fois arrivés à Ceuta par la mer « ont été diffusés par des comptes non identifiables et pratiquement sans interactions, ce qui soulève des interrogations sur le possible recours à des algorithmes de diffusion massive » (bots). En parallèle, une enquête de renseignement menée par Golden Owl a conclu « avec un degré de certitude élevé, qu’il ne s’agissait pas d’un événement spontané ». Pour cette entreprise espagnole de renseignement en sources ouvertes et intelligence artificelle basée à Alicante, « il s’agissait d’une opération coordonnée, préparée en amont et largement relayée, fonctionnant comme un réseau articulé autour d’un noyau de coordination restreint, d’une plateforme de diffusion publique sur Facebook comptant plus d’un million de membres déclarés et de dizaines de cellules de recrutement formées de manière autonome. » TV5 Monde
Libye: des travailleurs migrants victimes d’extorsions par des agents de sécurité, selon des associations
En Libye, ce ne sont plus uniquement les migrants interceptés en mer et détenus dans des centres de rétention qui sont contraints de payer des rançons aux gardiens et aux agents de sécurité pour retrouver leur liberté. Selon des défenseurs des droits humains, dans ce pays, classé quatrième pays le plus corrompu au monde en 2025 selon Transparency International, des employés du ministère de l’Intérieur rackettent désormais des migrants en activité, alors qu’ils se rendent simplement sur leur lieu de travail. En Libye, le racket est devenu une pratique généralisée au sein des services de sécurité à Tripoli, au vu et au su des responsables. Depuis un an, des migrants travailleurs sont soumis à des taxes pouvant atteindre près de 500 dinars libyens, soit environ 70 euros, une somme considérable pour beaucoup d’entre eux. Toutes les raisons sont utilisées pour les arrêter : un permis de séjour expiré, une carte de sécurité sociale non renouvelée. Pour Tarik Lamloum, chercheur spécialisé dans les migrations et directeur du Centre de Benghazi pour les migrants, il ne s’agit pas de vérifier le statut des résidents ou d’appliquer la loi, mais bien de « cibler tout étranger dans le but de lui extorquer de l’argent ». Selon les témoignages recueillis, entre 60 et 150 personnes seraient ainsi arrêtées chaque jour. Un système devenu bien rodé, qui existe depuis plus d’un an. « Bien entendu, des responsables au ministère de l’Intérieur justifient cela en affirmant que les salaires des agents de sécurité ne sont pas payés régulièrement », explique Tarik Lamloum. RFI
