Revue de presse du 5 juin 2026

Au Mali, la junte met à prix la tête d’Iyad Ag Ghaly, l’homme le plus recherché du Sahel
Le gouvernement malien a annoncé offrir une récompense de 2 milliards de francs CFA (3 millions d’euros) à toute personne qui fournira des informations « permettant l’arrestation ou la neutralisation » d’Iyad Ag Ghaly, chef du Jnim. Ex-rebelle touareg et ancien diplomate malien, Iyad Ag Ghaly est aujourd’hui le chef du Jnim (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), créé en 2017. Il est l’homme le plus recherché au Sahel, sous sanctions de l’ONU, inscrit sur la liste des « terroristes » des États-Unis et visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Dans un communiqué lu à la télévision nationale le 4 juin, le gouvernement dit mettre à prix la tête de six autres responsables, notamment un autre dirigeant du Jnim, Amadou Kouffa (pour 2,2 millions d’euros) et deux dirigeants du Front de libération de l’Azawad (FLA), Alghabass Ag Intalla et Bilal Ag Cherif. … Cette réaction intervient après « le samedi noir » qu’a vécu le Mali le 25 avril dernier, quand les jihadistes du Jnim alliés à la rébellion du FLA ont mené des attaques coordonnées qui ont visé dans plusieurs régions du pays des positions stratégiques de la junte au pouvoir à Bamako. Ces attaques ont notamment coûté la vie au ministre malien de la Défense Sadio Camara, 47 ans, un des piliers de la junte, tué dans un attentat-suicide. Jeune Afrique avec AFP

Au Burkina Faso, nouveau tour de vis répressif contre les voix dissidentes
Le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir par un putsch en 2022, revendique l’absence de démocratie au Burkina. Et son armée de soutiens déployée sur les réseaux sociaux se félicite régulièrement des arrestations de toute personne critiquant la bonne marche de la « révolution progressiste populaire ». Le mode opératoire est rôdé: des hommes encagoulés, parfois en civil, interpellent ceux qui questionnent l’efficacité du pouvoir, notamment face aux violences jihadistes qui minent le pays depuis une décennie. Les plus chanceux sont emprisonnés et jugés, d’autres enrôlés de force au front pour combattre les jihadistes et beaucoup disparaissent. Le dernier gros coup de filet date de la semaine dernière: l’influent prédicateur sunnite, l’imam Mohamad Ishaq Kindo, pourtant longtemps considéré comme un soutien de la junte, a été interpellé et conduit vers une destination à ce jour inconnue. Son tort? Avoir formulé des réserves sur un projet de loi visant à encadrer la liberté religieuse, dans un pays où environ 60% de la population est musulmane. … Mais l’arrestation de l’imam Kindo n’est pas le seul symbole du nouveau tour de vis imposé par l’administration Traoré. Dans la foulée, un important syndicat étudiant, l’Ugeb a été suspendu et son leader arrêté. L’organisation avait dénoncé les arrestations arbitraires mais aussi « l’échec patent » du régime et son « incapacité manifeste à rétablir la sécurité ». AFP

Législatives en Éthiopie : « Nous n’accepterons aucun siège au Parlement », annonce une coalition d’opposition
L’Éthiopie est dans l’attente des résultats des législatives, quatre jours après le vote. Alors même qu’ils ne sont pas encore publiés, la coalition pour l’Unité de l’Éthiopie – qui réunit quatre partis d’opposition – et est la troisième formation politique, demande à ses candidats de refuser les résultats des élections. MistreSilasie Tamerat, secrétaire générale du Parti révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRP), membre de l’Unité de l’Éthiopie, lance : « Nous demandons à nos candidats de ne revendiquer aucune victoire au nom de notre coalition. Nous n’accepterons aucun siège au Parlement ou dans les conseils régionaux. Si un candidat revendique une victoire, nous ne la reconnaitrons pas. » Elle assène : « Nous affirmons depuis longtemps que les résultats des élections étaient déjà connus avant même le début du processus électoral, l’année dernière. Nous avons été témoins, pendant et après les élections, d’irrégularités généralisées. À notre avis, et d’une manière générale, cela ne contribue pas à l’édification de la démocratie. Ces pratiques alimentent la crise, l’instabilité et poussent le pays davantage vers la violence. Nous y étions, nous l’avons vu de nos propres yeux. Les gens votaient uniquement, par peur sous la menace, ils étaient obligés de voter pour le Parti de la prospérité, au pouvoir. » Les électeurs éthiopiens étaient appelés aux urnes, lundi 1er juin, pour élire leurs députés qui désigneront, à leur tour, le futur Premier ministre du pays, poste auquel le chef du gouvernement sortant, Abiy Ahmed, au pouvoir depuis 2018, espère bien être reconduit avec son Parti de la prospérité. RFI

Cameroun: l’avocat de l’opposant Djeukam Tchameni juge « illégale » la prolongation de sa détention provisoire
Au Cameroun, la détention provisoire de Djeukam Tchameni est prolongée de six mois supplémentaires. L’homme politique, qui a soutenu la candidature d’Issa Tchiroma Bakary à la présidentielle du 12 octobre 2025, avait été arrêté deux jours avant la proclamation des résultats officiels. Inculpé d’atteinte à la sûreté de l’État, il se trouve actuellement à la prison de Kondengui, à Yaoundé. Le juge d’instruction auprès du tribunal militaire de Yaoundé demande son maintien en détention jusqu’au 5 décembre 2026. Pour l’un de ses avocats, Maître Jean Joseph Claude Siewe, cette prorogation soulève de sérieuses questions de droit. « La détention provisoire est tout de même une mesure exceptionnelle, rappelle-t-il au micro de Magali Lagrange. Ce n’est pas une mesure de confort procédural. La loi dit que la prorogation peut intervenir sur ordonnance motivée du juge. L’ordonnance prévoit que l’enquête est en cours. Or, depuis six mois, qu’est-ce qu’on a fait ? L’ordonnance initiale de mise en détention de Monsieur Djeukam fait état des faits qui lui sont reprochés. On avait mis atteinte à la sûreté de l’État et d’autres infractions. Or, dans l’ordonnance qui proroge sa détention, il y a une évolution dans la qualification des infractions : cette fois-ci, on parle d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État, de propagation de fausses nouvelles, de révolution. Je ne sais pas s’il y a eu un réquisitoire supplétif du commissaire du gouvernement entretemps ». Et de conclure : « En tout cas, nous ne sommes pas au courant. Donc, nous sommes dans l’illégalité la plus totale, à l’image de ce dossier. » Le 24 octobre dernier, en fin de journée, les autorités avaient interpellé à Douala deux des principaux soutiens du candidat du FSNC, Issa Tchiroma Bakary : Djeukam Tchameni et Anicet Ekane. Ce dernier est mort en détention en décembre. RFI

Guinée : le média satirique le Lynx orphelin après la mort de Souleymane Diallo
[Vidéo] C’est un monument de l’information qui est mort en Guinée. Souleymane Diallo, doyen respecté de la presse guinéenne et fondateur de l’emblématique groupe satirique Le Lynx-La Lance, est décédé ce lundi 01 juin. Pionnier de la liberté d’expression, il a consacré sa vie à la lutte pour la libéralisation des ondes privées, le pluralisme médiatique et une presse indépendante en Guinée. TV5 Monde

Le président béninois Romuald Wadagni en Côte d’Ivoire, dernière étape de sa tournée africaine
Après le Nigeria, le Burkina Faso, le Niger et le Togo, Romuald Wadagni a bouclé sa première tournée sous-régionale, en Côte d’Ivoire. Pour cette visite d’amitié et de travail, il était accompagné de la ministre des Affaires étrangères et du ministre du Commerce. Romuald Wadagni s’est entretenu avec le président ivoirien, Alassane Ouattara. Tous deux ont évoqué « l’excellence des relations historiques » entre leurs deux pays. … Au menu également des discussions, les questions économiques dans l’espace de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Ancien ministre des Finances, Romuald Wadagni a été un acteur majeur au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEOMA). … Aujourd’hui président, et avec son homologue, Alassane Ouattara, il a à cœur de mener la réforme du franc CFA avec la mise en place d’une monnaie communautaire. Le projet est pour l’instant peu avancé. Alors « le président ivoirien lui a demandé de réfléchir à l’organisation d’un sommet, au Bénin ou au Sénégal », indique une source à la présidence ivoirienne. Cette visite officielle était un premier contact direct. Les deux chefs d’État se sont quittés avec l’engagement de se parler régulièrement. RFI

Goma : des sanctions américaines ciblent deux hauts commandants de groupes armés au Nord-Kivu
Le Département d’État américain a pris des sanctions financières et juridiques contre deux hauts commandants de groupes armés actifs dans la région des Kivus. Dans un communiqué rendu public, l’administration américaine cite Gustave Kubwayo et John Imani Nzenze, affiliés respectivement aux FDLR et à l’AFC/M23. Les deux hommes sont accusés de graves violations des droits humains et d’attaques ciblées contre les populations civiles dans l’Est de la République démocratique du Congo. Selon les autorités américaines, ces mesures de restriction visent à neutraliser les menaces qui pèsent sur la stabilité et la prospérité de la sous-région. A travers ces sanctions, l’administration américaine affirme vouloir contraindre toutes les parties impliquées dans la crise de l’Est à respecter leurs engagements internationaux. … Gustave Kubwayo occupe les fonctions de commandant d’une unité de renseignement et d’opérations spéciales au sein des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Le Département d’État le met directement en cause pour son implication dans plusieurs exactions attribuées à ce mouvement rebelle. Il lui est notamment reproché des violences ethniques contre les civils, l’utilisation d’enfants soldats, des violences sexuelles ainsi que des attaques transfrontalières menaçant la sécurité du Rwanda. De son côté, John Imani Nzenze est présenté par Washington comme le chef du renseignement du M23. Ce groupe armé, qualifié par le communiqué de mouvement soutenu par le Rwanda, est également accusé de meurtres, de violations majeures des droits humains et d’assauts répétés contre les communautés locales. Radio Okapi

La Turquie et le Niger renforcent leurs relations à l’occasion de la visite à Ankara du président Tiani
Le président du Niger, Abdourahamane Tiani, en visite officielle en Turquie à l’invitation de son homologue, Recep Tayyip Erdoğan, qui l’a reçu ce jeudi 4 juin au palais présidentiel à Ankara. Ces dernières années, en particulier depuis le putsch de 2023 au Niger, les relations entre les deux pays se sont nettement renforcées, notamment dans les domaines de la sécurité, de la défense, du commerce et de l’énergie. À Ankara, Abdourahamane Tiani et Recep Tayyip Erdoğan ont affirmé leur volonté de prolonger ce rapprochement. Les deux pays ont signé quatre accords bilatéraux dans les domaines du commerce, de la santé ou encore de la défense. C’était la première visite officielle hors d’Afrique d’Abdourahamane Tiani en tant que président du Niger. Le putsch de 2023 n’a pas marqué une rupture dans les relations avec Ankara. Elles sont, au contraire, en plein essor. La défense occupe une place particulière. Il y a les ventes d’armes turques – drones armés, avions légers, véhicules blindés. … Il y a aussi les accords de coopération militaire. Depuis avril, un protocole permet notamment le déploiement de formateurs turcs auprès des forces armées nigériennes. Le président Erdogan n’a pas manqué de le rappeler. … Vu d’Ankara comme de Niamey, c’est du gagnant-gagnant. Le Niger renforce ses liens avec un pays qui est devenu l’un de ses partenaires extérieurs les plus importants. Et la Turquie continue de profiter du retrait occidental pour étendre son influence au Sahel – du Mali au Tchad en passant, donc, par le Niger. RFI

Niger : 49 migrants nigériens meurent dans le désert près de la frontière algérienne
Quarante-neuf personnes ont perdu la vie dans le désert du nord du Niger après la panne du camion qui les transportait, selon des informations rapportées jeudi 4 juin 2026 aux autorités de la région d’Agadez. Le drame s’est produit à environ 80 kilomètres à l’ouest d’Assamaka, dans la zone frontalière entre le Niger, le Mali et l’Algérie. Les victimes faisaient partie d’un groupe d’une centaine de voyageurs nigériens en provenance du Mali. Elles regagnaient leur pays à l’approche de la fête afin de retrouver leurs familles. … Selon les premiers éléments recueillis sur place, le camion avait quitté la localité malienne de Telhandek, située à près de 300 kilomètres de la frontière nigérienne. Après s’être égaré dans le désert, le véhicule serait tombé en panne, laissant ses occupants bloqués pendant plusieurs jours dans un environnement particulièrement hostile. Privés d’eau et incapables de remettre le camion en état de marche malgré les tentatives du chauffeur et des passagers, les voyageurs se sont retrouvés confrontés à des conditions extrêmes. Les fortes chaleurs et l’absence de points d’approvisionnement ont rapidement réduit leurs chances de survie. … Deux personnes ont néanmoins survécu au drame. Selon les informations recueillies, elles ont parcouru plus de cinquante kilomètres à pied avant d’atteindre un point d’eau, puis la localité d’Assamaka, où elles ont pu alerter les autorités. Sahel Intelligence

Le Nigeria annonce rapatrier plus de 1 000 ressortissants face aux violences xénophobes en Afrique du Sud
Le Nigeria a entamé une opération de recensement et de sélection de ses ressortissants souhaitant rentrer volontairement d’Afrique du Sud, dans un contexte de tensions croissantes visant les immigrés, a annoncé vendredi 5 juin le porte-parole du ministère des affaires étrangères nigérian. « Le recensement a débuté hier », a déclaré à l’Agence France-Presse Kimiebi Ebienfa, porte-parole du ministère. « Le nombre total de personnes concernées ne sera connu qu’à l’issue de cette opération, prévue [samedi] soir, précise-t-il. Nous nous attendons à accueillir plus de 1 000 personnes. » Dans une note d’information datée de mardi et adressée à la communauté nigériane en Afrique du Sud, la Haute Commission du Nigeria à Pretoria a affirmé que « les dates de départ des ressortissants ayant passé avec succès la procédure de sélection seront communiquées après ladite procédure ». Celle-ci dit avoir négocié avec les autorités sud-africaines « des dérogations pour toutes les infractions liées à l’immigration » afin que « les personnes se présentant au contrôle ne seront ni arrêtées ni placées en détention pendant toute la durée du contrôle, jusqu’à leur départ ». Cette initiative intervient alors que l’Afrique du Sud a été le théâtre de manifestations anti-immigrés, accompagnées d’allégations d’agressions et d’actes d’intimidation visant des ressortissants africains, au cours des dernières semaines. Le pays est depuis longtemps une destination pour les travailleurs d’autres pays africains, malgré un chômage local très élevé et la pauvreté qui touche la population. A la fin du mois de mai, le Ghana avait affrété un premier vol de rapatriement pour environ 300 de ses citoyens évacués d’Afrique du Sud en raison des tensions. Le Monde avec AFP