Au Tchad, les ressorts d’une offensive russe «pour éloigner Ndjamena de l’Occident» en 2024
Dans la série d’enquêtes « Propaganda Machine », un consortium d’investigation autour du média sud-africain The Continent et de Forbidden Stories explore des documents internes de la « compagnie » aussi appelée Africa politology, un groupe de consultants en communication et influence mis sur pied par Evgueni Prigojine et récupéré par les services de l’État russe après la mort du fondateur de la galaxie Wagner. … Dans cet épisode, retour sur les opérations menées au Tchad durant 2024 pour se rapprocher des autorités du pays, dans le but de « l’éloigner de la sphère d’influence occidentale ». … En amont de l’élection du 6 mai, les hommes d’Africa politology théorisent la nécessité d’un « antagonisme » entre le président Déby et son Premier ministre et opposant Succès Masra, dont ils voient la cohabitation comme un « scénario occidental ». … Les « experts » russes ciblent le leader du parti d’opposition Les Transformateurs (en prison depuis mai 2025). Les campagnes qu’ils lancent en ligne travestissent les faits ou s’appuient sur de fausses informations. … L’objectif principal de ces campagnes, comme l’indiquent les documents de la « compagnie » consultés par le consortium : « Éloigner le Tchad de la sphère d’influence occidentale. » Son corollaire : « Promouvoir l’intégration du Tchad dans un cadre géopolitique pro-russe » en soulignant le rapprochement du président Déby avec Moscou, notamment sa rencontre avec Vladimir Poutine en janvier 2024, suivie d’un passage à Ndjamena du chef de la diplomatie Sergueï Lavrov quelques mois plus tard. Dans leurs rapports, les « experts » affirment avoir poussé des campagnes de promotion de l’Alliance des États du Sahel et des Brics, comme dans d’autres pays (Guinée, Togo). RFI
Mali: le Jnim assassine un responsable d’une organisation de jeunes dans la région de Tombouctou
Au Mali, Amadou Baby, l’un des responsables de l’organisation des jeunes de la commune de Tonka, dans la région de Tombouctou, a été assassiné par les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim). L’exécution s’est passée en pleine rue, le vendredi 27 mars au soir, et suscite depuis colère et indignation. Cette localité avait déjà été endeuillée il y a quelques mois par l’assassinat de la jeune TikTokeuse Mariam Cissé. Amadou Baby, surnommé « Marco », était un jeune agriculteur, connu pour son engagement au sein de l’organisation des jeunes de Tonka, avec laquelle il œuvrait pour le développement de sa commune. Vendredi soir, vers 20 h, six hommes armés embarqués sur trois motos surgissent devant sa boutique et l’exécutent froidement. Selon plusieurs notabilités et cadres de la société civile locale, les jihadistes du Jnim accusent l’organisation des jeunes de Tonka de collaborer avec l’armée et d’être à l’origine de certaines arrestations. RFI
« Seules les femmes ont été laissées en vie » : dans l’ouest du Niger, des assaillants armés exécutent 16 civils
« Ce sont cinq camions transportant des passagers et des marchandises qui ont été interceptés vendredi [27 mars] après-midi. Les assaillants armés ont exécuté 16 hommes », a affirmé un résident de Banibangou. Ces camions avaient quitté Niamey, capitale du Niger, et étaient en direction de Tizigorou, a-t-il ajouté, précisant que l’attaque était survenue dans un « endroit désert » non loin de Tizigorou. Ils se rendaient à une foire hebdomadaire, et « seules les femmes ont été laissées en vie », a indiqué un habitant de Tondikiwindi, une commune voisine du département de Banibangou. Le département est situé dans la région de Tillabéri (ouest), près de la frontière avec le Mali, où opèrent des jihadistes de l’État islamique au Sahel (EIS) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Parmi les 16 victimes figurent de « riches commerçants » locaux, a souligné le résident de Banibangou. Les assaillants ont emporté trois véhicules avec leurs chargements de marchandises et en ont brûlé un autre, a-t-il ajouté. Cette attaque intervient après plusieurs mois d’accalmie dans la zone de Banibangou. De nombreuses milices d’autodéfense, sous-équipées et mal formées, ont été créées dans plusieurs villages pour lutter contre les groupes armés. Le Monde avec AFP
Niger: la junte au pouvoir annonce vouloir encadrer et former des groupes locaux d’autodéfense
Le régime militaire de Niamey a annoncé vendredi 27 mars la création prochaine d’organisations territoriales d’autodéfense pour appuyer les forces armées dans leur lutte antijihadiste Dans les faits, des villages ont déjà spontanément formé des milices pour se protéger des terroristes et l’armée nigérienne veut désormais encadrer ces groupes d’autodéfense déjà présents dans le pays, tolérés par l’armée nigérienne qui veut désormais les encadrer. Selon le gouvernement nigérien, les futures organisations territoriales d’autodéfense seront composées d’engagés volontaires recrutés parmi d’anciens policiers, gendarmes et militaires, ainsi que parmi les habitants des zones frappées par le terrorisme. … Cette nouvelle mesure intervient dans un contexte sécuritaire de plus en plus fragile au Niger. Le pays a été frappé à de nombreuses reprises cette année, notamment l’embuscade mortelle du groupe État islamique contre 25 villageois miliciens de l’Anzourou, à Tillabéry il y a un mois, ainsi que par l’attaque de l’aéroport de Niamey en début d’année. De nombreux pays ont également annoncé les départs en cascade de leurs diplomates étrangers après plusieurs kidnappings dans le pays et au sein même de la capitale. RFI
Congo : la Cour constitutionnelle confirme la réélection de Sassou-N’Guesso
Denis Sassou-N’Guesso a été réélu président de la République du Congo pour un cinquième mandat. À 82 ans, il reste l’un des dirigeants africains les plus longtemps en exercice, cumulant plus de quarante années au pouvoir, par intermittence depuis 1979. La Cour constitutionnelle a confirmé samedi sa victoire avec 94,90 % des suffrages, rejetant les recours de ses adversaires, dont Uphrem Dave Mafoula. Deux grands partis avaient même boycotté l’élection, dénonçant des irrégularités et un déséquilibre manifeste : le Parti congolais du travail, de Sassou-N’Guesso, a dominé la campagne, tandis que les rues de Brazzaville étaient couvertes de portraits et d’affiches du président sortant. Un référendum constitutionnel de 2015, qui a levé les limites d’âge et de mandats présidentiels, avait ouvert la voie à cette nouvelle candidature. Africanews avec AP
RDC : Plus de 300 civils enlevés par les ADF en deux jours sur l’axe Mambasa-Komanda
Plus de 300 civils ont été pris en otage en l’espace de deux jours par des rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) dans le territoire d’Irumu, sur l’axe Mambasa-Komanda, en Ituri, marquant une nouvelle vague de violences dans la province. Selon des sources locales et des activistes des droits humains, ces attaques, menées entre samedi et dimanche 29 mars, ont également fait plusieurs morts et plongé les populations dans la panique le long de la route nationale N°4. … Ces attaques surviennent alors que la présence des ADF avait déjà été signalée depuis plusieurs jours dans la forêt de Bakwanza, sur la route nationale N°4, dans le territoire voisin de Mambasa, notent les mêmes sources. … En l’espace d’un mois, près d’une dizaine d’attaques attribuées aux ADF ont été enregistrées dans le territoire de Mambasa, causant morts d’hommes et pillages. Radio Okapi
RDC: l’opposant Moïse Katumbi alerte sur le projet de révision de la Constitution
En République démocratique du Congo (RDC), Moïse Katumbi sort de sa réserve. L’un des principaux opposants politiques au président Félix Tshisekedi s’élève à son tour contre l’idée d’une réforme de la Constitution, une idée fermement défendue par plusieurs voix du camp présidentiel qui assument de vouloir emmener le chef de l’Etat vers un troisième mandat. Pour Moïse Katumbi, cette réforme serait une trahison. Il rappelle ainsi que Félix Tshisekedi lui-même faisait partie du combat contre cette réforme, il y a dix ans, lorsque Joseph Kabila était au pouvoir. Il sort de son silence et reprend l’offensive politique, comme en 2015, face à toute tentative de modification constitutionnelle. En République démocratique du Congo (RDC), l’opposant Moïse Katumbi, président du parti Ensemble pour la République, met en garde le pouvoir contre tout projet de révision de la Constitution pouvant ouvrir la voie à un troisième mandat du président Félix Tshisekedi. … Selon Moïse Katumbi, la crise que traverse le pays ne tient pas à la Constitution, mais à la gouvernance actuelle. Il interpelle directement le président Félix Tshisekedi, rappelant leur combat commun contre toute révision du texte sous le régime précédent. RFI
Drame en Méditerranée : vingt-deux personnes sont mortes après six jours d’errance de leur embarcation pneumatique
Les survivants d’une meurtrière traversée illégale de la mer Méditerranée ont témoigné aux garde-côtes grecs, jeudi 26 mars, de la mort de 22 personnes sur la même embarcation. Si 26 personnes, dont une femme et un mineur, ont pu être secourues, les corps des autres passagers ont été jetés à l’eau sur ordre d’un passeur. C’est un bateau de l’agence européenne des frontières Frontex qui est intervenue, jeudi, au large de l’île grecque de Crète, selon un bref communiqué des garde-côtes grecs, diffusé vendredi soir. … Les garde-côtes ont ultérieurement précisé à l’Agence France-Presse (AFP) qu’il s’agissait de 21 Bangladais, d’un Tchadien et de quatre Sud-Soudanais, parmi lesquels la femme et le mineur. … « Les corps de ces personnes mortes ont été jetés à la mer sur ordre de l’un des deux passeurs qui ont été arrêtés, selon les témoignages des rescapés », a-t-il ajouté. Il s’agit de deux hommes de 19 et 22 ans, de nationalité sud-soudanaise. Ils sont poursuivis notamment « pour entrée illégale dans le pays » et « homicides par négligence ». Le nombre de migrants morts en tentant de rejoindre l’Union européenne a plus que doublé au cours des deux premiers mois de 2026 comparé à l’année dernière, a affirmé à la mi-mars Frontex. Le Monde avec AFP
Massacre de Thiaroye en 1944 : l’Etat français condamné pour avoir dissimulé les circonstances de la mort d’un tirailleur africain
La justice administrative française a reconnu vendredi la faute de l’Etat pour ne pas avoir mis en oeuvre les « moyens susceptibles d’éclairer les circonstances précises » du décès d’un des tirailleurs africains massacrés par l’armée française en 1944. Dans un communiqué, le tribunal administratif de Paris relève que « les autorités françaises », après avoir « délivré plusieurs informations erronées » à la famille de ce soldat dans les années qui ont suivi son décès, n’avaient ensuite « pas mis en oeuvre tous les moyens (…) à leur disposition pour faire la lumière sur les circonstances précises de sa mort ainsi que sur son lieu de sépulture ». Le 1er décembre 1944, l’armée avait ouvert le feu à Thiaroye, près de Dakar, sur ces tirailleurs originaires de plusieurs pays ouest-africains, qui avaient combattu pour la France et réclamaient leur solde. … Sans identifier le soldat, le tribunal administratif de Paris explique ne pas pouvoir condamner la France au titre du décès lui-même, en raison de la prescription des faits. Il « ne pouvait dès lors réparer que le préjudice moral lié à cette absence de recherche des circonstances précises du décès » de ce soldat et a en conséquence accordé 10.000 euros au fils de ce combattant. Le Monde avec AFP
Tunisie : un nouveau chef pour la puissante centrale syndicale UGTT
Slaheddine Selmi, ancien secrétaire général adjoint, devient secrétaire général de l’organisation syndicale et succède à Noureddine Tabboubi, qui dirigeait depuis 2017 l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), lauréate en 2015 du Prix Nobel de la paix pour son rôle dans la transition démocratique en Tunisie après la révolution de 2010-2011. Slaheddine Selmi a été élu par le nouveau bureau issu du congrès qui s’est tenu du 25 au 27 mars à Monastir. Noureddine Tabboubi était fortement contesté par une frange du syndicat qui lui reprochait notamment un manque de transparence dans sa gestion. La crise l’avait mené à présenter sa démission en décembre, avant de la retirer un mois plus tard. À l’ouverture du congrès, un groupe de frondeurs avait manifesté pour protester contre sa tenue. Mercredi, Noureddine Tabboubi avait reconnu les difficultés auxquelles le syndicat fait face, affirmant que l’UGTT avait « attrapé la grippe » mais « reste solide ». Outre les tensions internes, la puissante centrale syndicale est également sous pression du pouvoir. Le président Kaïs Saïed ‒ à qui elle avait apporté un soutien conditionnel lors de son coup de force en 2021 ‒ a défendu des manifestants qui avaient réclamé le départ de ses dirigeants. … Fondée en 1946, l’incontournable centrale a été un pilier des contestations contre la colonisation française (1881-1956) et le président Zine El Abidine Ben Ali (au pouvoir de 1987 à 2011). Jeune Afrique avec AFP
Macky Sall maintient sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU
L’ex-président sénégalais Macky Sall va maintenir sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies pour remplacer António Guterres, malgré le refus des États membres de l’Union africaine (UA) de le soutenir, selon le service de communication de l’intéressé. Un total de 20 États membres de l’UA, dont les noms n’ont pas été communiqués, se sont opposés à la candidature de l’ex-président du Sénégal (2012 à 2024) et qui n’était pas soutenu par son pays. Le projet de décision soutenant la candidature de Macky Sall, soumis aux États membres de l’UA selon la procédure dite « d’approbation tacite », ne devait pas soulever d’objections de plus d’un tiers des 55 pays appartenant à l’organisation continentale. Mais selon un communiqué du service de communication de Macky Sall, l’Égypte et le Liberia ont décidé par la suite de se retirer de la liste des États ayant émis une objection ou demandé une extension du délai de la procédure silencieuse. « En conséquence, 13 pays ont maintenu leurs objections et cinq (pays) leurs demandes d’extension du délai de la procédure », soit désormais 18 pays au total, indique le communiqué. « La candidature du président Sall reste maintenue », ajoute le texte. La candidature de Macky Sall avait été proposée par le Burundi, qui occupe la présidence tournante de l’UA. Jeune Afrique avec AFP
