Revue de presse du 29 avril 2026

Les attaques au Mali s’inscrivent dans une trajectoire prolongée de dégradation sécuritaire
Les attaques coordonnées qui se sont produites dans tout le Mali les 25 et 26 avril ne constituent pas une escalade isolée, mais sont plutôt la manifestation la plus récente d’une trajectoire sécuritaire en détérioration constante. Ces dernières années, les groupes islamistes militants au Mali, notamment ceux qui constituent le Jama’at Nusrat al Islam wal Muslimeen (JNIM), ont étendu leur portée, augmenté leur coordination opérationnelle et intensifié leur pression sur les centres militaires, politiques et économiques clés du pays. Les attaques, revendiquées par le JNIM et conduites en coordination avec des forces séparatistes Touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont ciblé des sites allant de Bamako dans le sud, au centre et au nord du Mali. L’ampleur et la répartition géographique des attaques mettent en évidence un schéma qui se développe depuis longtemps et qui reflète un environnement sécuritaire de plus en plus fragile pour la junte qui a pris le pouvoir des mains d’un gouvernement élu par la population en 2020. … Ces attaques illustrent la capacité du JNIM à opérer de manière coordonnée sur de très longues distances. En effet, environ 1 500 km séparent Bamako de Kidal. Ces évènements, loin de constituer des incidents isolés, reflètent un effort synchronisé à cibler des centres névralgiques dans toute l’architecture sécuritaire du Mali. … Les attaques contre Bamako et Kati sont particulièrement importantes. Ces lieux constituent le cœur de l’autorité politique et militaire de la junte. … Depuis la prise de pouvoir par la junte, la détérioration de la sécurité se déroule dans un contexte de resserrement systématique de l’espace politique et civique. Centre d’études stratégiques de l’Afrique

Les attaques terroristes au Mali inquiètent au Burkina Faso où le niveau de sécurité a été relevé
Quelques jours après les attaques terroristes qui ont endeuillé le Mali, la situation est suivie de près au Burkina Faso. À Ouagadougou, le niveau de sécurité a été relevé et les appels à la vigilance se multiplient sur les réseaux sociaux. Et la population est appelée à faire preuve de prudence. D’après des témoignages recueillis auprès d’habitants de la capitale Ouagadougou, la sécurité a été renforcée autour de la présidence du Faso, dans le quartier Koulouba et autour de l’aéroport international de Ouagadougou. Depuis samedi, plusieurs véhicules blindés ont été positionnés à des points stratégiques autour de la présidence. La police nationale a également intensifié les contrôles documentaires et les fouilles sur certains axes routiers de la capitale. Des appels à la vigilance et à prendre au sérieux les « petites » alertes sont lancés aux populations. « Les Burkinabè doivent rester très vigilants. Le pays reste toujours dans le viseur des groupes terroristes », alerte un internaute qui invite le service de renseignements et les citoyens à rester actifs. RFI

CPI: l’ex-patron de la police islamique de Tombouctou condamné à payer 7,25 millions d’euros à ses victims
L’ex-jihadiste d’Ansar Dine, Abdoulaziz al-Hassan, a été condamné à payer plus de 7 millions d’euros à ses victimes de Tombouctou : décision rendue le 28 avril à La Haye par les juges de la Cour pénale internationale (CPI). En 2024, cet ancien haut responsable de la police islamique avait été reconnu coupable de crimes contre l’humanité et crimes de guerre, notamment pour avoir, en 2012 et 2013, lors de l’occupation du nord du Mali, fait exécuter les châtiments prononcés par le tribunal islamique. Il purge une peine de 9 ans de prison. Les juges de la Cour pénale internationale (CPI), instance basée à La Haye aux Pays-Bas, ont décidé d’accorder des mesures de réparations collectives, comme des programmes de formation, un soutien psychologique, ou des aides socio-économiques, notamment pour les femmes. Ils ont aussi ordonné des réparations individuelles, en particulier pour les 49 victimes directes du condamné. … La Cour pénale internationale (CPI) avait prononcé le 20 novembre 2025 une peine de 10 ans de prison contre cet ex-jihadiste du groupe Ansar Dine. En juin 2025, celle-ci l’avait reconnu coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité à Tombouctou, lorsque le nord du Mali était tombé sous le contrôle de plusieurs organisations jihadistes entre mai 2012 et janvier 2013. RFI

Darfour : 20 ans après un tollé mondial, une nouvelle génération d’enfants face à une « violence effroyable »
Vingt ans après avoir bouleversé le monde, le Darfour replonge dans un engrenage de violences, de faim et de déplacements massifs. Dans un nouveau rapport, l’UNICEF alerte sur une crise qui frappe de plein fouet les enfants et déplore un conflit désormais marqué par une attention et une aide internationales en net recul. Le rapport, intitulé « Darfour : 20 ans plus tard, les enfants menacés », souligne comment le conflit qui perdure au Soudan a ravivé la violence à grande échelle, les déplacements massifs, la famine aiguë et les violations graves commises à l’encontre des enfants dans cette région de l’ouest du Soudan. Comme en 2005, des maisons ont été incendiées, des marchés attaqués, des écoles et des établissements de santé endommagés ou détruits, et des familles contraintes de fuir – mais aujourd’hui, l’ampleur des besoins est plus grande, et l’indignation mondiale est bien plus modérée. … A El Fasher et dans d’autres localités du Darfour du Nord, la prolongation du conflit et les sièges ont privé les familles de nourriture, d’eau potable et de soins de santé, forçant nombre d’entre elles à fuir vers des zones déjà surpeuplées. Dans tout le Darfour, le conflit a endommagé ou détruit des infrastructures essentielles, accélérant la propagation de la famine, de la faim et des maladies à mesure que les moyens de subsistance s’effondrent. Les enfants sont également confrontés à une escalade alarmante de la violence extrême, notamment à El Fasher. Depuis avril 2024, plus de 1.500 violations graves commises à l’encontre d’enfants et attribuées aux parties au conflit y ont été vérifiées, notamment le meurtre et la mutilation de plus de 1.300 enfants. ONU Info

La faim ravage le Soudan du Sud, 700.000 enfants en danger de mort
Près de 7,8 millions de personnes au Soudan du Sud, soit la moitié de la population, font face à une insécurité alimentaire aiguë sévère. Parmi elles, 2,2 millions d’enfants souffrent de malnutrition aiguë, dont près de 700.000 risquent une forme sévère potentiellement mortelle d’ici la fin du mois de juillet, ont averti mardi des agences des Nations Unies. Selon la dernière analyse de la Classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC), il s’agit de l’un des niveaux d’insécurité alimentaire aiguë les plus élevés au monde à l’heure actuelle. Par ailleurs, 2,5 millions de personnes se trouvent en situation d’urgence (phase 4 de l’IPC) et 5,3 millions en situation de crise (phase 3). … Les agences onusiennes mettent en garde contre un risque crédible de famine dans quatre comtés des États du Haut-Nil et de Jonglei. Les communautés touchées par le conflit ont été coupées de l’approvisionnement alimentaire, des marchés et des services essentiels, dans un scénario catastrophe marqué par l’escalade du conflit, de nouveaux déplacements de population et un accès humanitaire restreint. Le rapport prévoit que 11 comtés des États du Haut-Nil, d’Unity et de Jonglei seront confrontés à une situation de malnutrition aiguë de niveau 5 (extrêmement critique). L’aide humanitaire est en cours de renforcement dans certaines zones, mais sa couverture reste inégale, certaines communautés restant inaccessibles et ne recevant que peu ou pas d’aide, selon l’ONU. ONU Info

Au Tchad, huit opposants à Mahamat Idriss Déby Itno placés en détention provisoire
Une semaine avant une marche de l’opposition, neuf membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), principale coalition d’opposition au président Mahamat Idriss Déby Itno, ont été arrêtés et placés en garde à vue samedi 25 avril. L’une d’entre eux, l’épouse d’un dirigeant de parti, a été libérée. Ce mardi, les huit opposants ont été placés en détention provisoire et transférés à la maison d’arrêt de Klessoum, à N’Djamena, après avoir été auditionnés par le procureur de la République, selon Olivier Reounodji, un de leurs avocats. … Ces arrestations ont eu lieu une semaine avant une « marche de protestation et d’indignation » prévue le 2 mai, à laquelle le GCAP avait appelé à participer et qui a été interdite par le gouvernement. Vendredi, le ministre de la Sécurité a annoncé, dans un communiqué, la dissolution du GCAP par un arrêt de la Cour suprême, exigeant des membres de la coalition qu’ils « cessent immédiatement cette manœuvre, constitutive d’un trouble à l’ordre public ». Dans un communiqué publié mi-avril sur les réseaux sociaux, le GCAP appelait les Tchadiens à manifester contre « l’injustice, l’exclusion et pour le rétablissement de nos droits, de nos libertés et de la justice. » Jeune Afrique avec AFP

Kemi Seba en Afrique du Sud : le procès de l’activiste reporté au 11 mai
Arrêté à Pretoria avec un militant suprémaciste blanc, Kemi Seba était devant la justice sud-africaine ce 29 avril. Le tribunal a décidé de reporter sa décision sur sa libération provisoire, tandis que le Bénin, qui le soupçonne d’apologie du terrorisme, réclame son extradition. … Kemi Seba, qui a été arrêté mi-avril en Afrique du Sud, comparaissait ce 29 avril pour la deuxième fois devant un tribunal sud-africain. Après une première audience le 20 avril, la seconde a été l’occasion de préciser les accusations, le procureur ayant lu les rapports de police concernant les accusés, Kemi Seba, son fils et l’activiste sud-africain François van der Merwe. Le tribunal, appelé à se prononcer sur une demande de liberté conditionnelle, a décidé d’un report au 11 mai prochain. Jeune Afrique

Les derniers policiers kényans quittent Haïti avec un bilan mitigé
Les 150 derniers policiers kényans ont quitté le pays lundi 27 avril 2026. La force, sous mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, avait été déployée en juin 2024 pour soutenir la police haïtienne dans sa lutte contre les gangs. Près de deux ans plus tard, trois policiers kényans y ont perdu la vie et le bilan est très limité. En visite en Haïti lundi, le ministre de l’Intérieur kényan, Onesimus Kipchumba Murkomen, a salué le travail de la mission multinationale, citant notamment la sécurisation de l’aéroport et de plusieurs axes routiers. Les gangs contrôlent toutefois toujours la quasi-totalité de Port-au-Prince et ont, annonçait l’ONU fin mars, étendu leur violence à la périphérie de la ville au cours des douze mois précédents, consolidant leurs axes stratégiques. Toujours d’après l’organisation internationale, plus de 5 000 personnes ont été tuées en Haïti entre mars 2025 et janvier 2026, dont plus de 3 000 lors d’opérations menées contre les gangs par les forces de sécurité et au moins 1 400 dans les violences perpétrées par les gangs. … Le bilan de la force apparaît donc limité. En septembre dernier, le président William Ruto déplorait lui-même une mission sous-financée et sous-équipée, n’ayant opéré qu’à 40% de sa capacité. Sur les 2 500 effectifs prévus, moins de 1 000 ont été déployés, en grande majorité des Kényans. La mission multinationale de sécurité laisse place à la Force de répression des gangs, dont le nombre de membres devrait passer à 5 500. Le Tchad a déjà promis 1 500 hommes. RFI

Sénégal: adoption d’une loi ouvrant la voie à une candidature d’Ousmane Sonko à la présidentielle de 2029
L’Assemblée nationale du Sénégal a ouvert la voie à une candidature du Premier ministre Ousmane Sonko à la prochaine présidentielle en 2029, en adoptant mardi une réforme du code électoral décriée par l’opposition. M. Sonko avait été empêché de se présenter au scrutin de février 2024 après une condamnation pour diffamation ayant entraîné la perte de ses droits civiques. Il avait ensuite désigné son second, l’actuel président Bassirou Diomaye Faye, pour le remplacer. Alors farouche opposant au président Macky Sall (2012-2024), M. Sonko avait été condamné en mai 2023, en appel, à six mois d’emprisonnement avec sursis et 300.000 euros de dommages et intérêts pour diffamation, après une plainte d’un ministre du président Sall. La Cour suprême avait confirmé cette condamnation en janvier 2024, quelques semaines avant le scrutin. La Cour suprême du Sénégal avait rejeté en juillet 2025 un recours de M. Sonko, alors Premier ministre depuis avril 2024, contre cette condamnation, relançant le débat sur son éligibilité. Néanmoins, M. Sonko a été élu député aux législatives de novembre 2024 avant de renoncer à son mandat pour rester Premier ministre, ce qui, pour son parti, signifie qu’il est éligible alors que des élections locales sont prévues en 2027 avant une présidentielle en 2029. Mais l’opposition estime qu’il a bénéficié d’une « fraude » pour être candidat et élu à ces législatives. AFP

Au Sénégal, Farba Ngom, député proche de Macky Sall, est libre
La Cour suprême a ordonné, le 28 avril, la libération de Farba Ngom, député-maire proche de l’ancien chef de l’État Macky Sall. La haute juridiction, qui statue en dernier ressort, confirme ainsi l’ordonnance de la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Dakar qui avait déjà tranché en janvier dernier en faveur d’une libération provisoire de Mouhamadou Ngom, dit Farba. Dans la foulée, ladite décision avait été contestée par le procureur de la République près du pool judiciaire financier. Ce cadre influent de l’Alliance pour la République (APR), l’ancien parti présidentiel, recouvre la liberté après plus d’un an d’incarcération. Placé en détention en février 2025, Farba Ngom était poursuivi pour plusieurs infractions, dont « association de malfaiteurs en vue de blanchiment », « blanchiment » ou encore « escroquerie portant sur les deniers publics ». Le député, qui détient plusieurs sociétés immobilières, faisait l’objet d’un signalement de la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif) pour des transactions jugées suspectes entre ses entreprises et le Trésor public portant sur un montant de 120 milliards de F CFA (183 millions d’euros). La libération de Farba Ngom, dont la stratégie de défense était en partie axée sur sa santé fragile, sonne comme un désaveu pour le Premier ministre, Ousmane Sonko, qui voulait faire de cette affaire un symbole de son programme de reddition des comptes et de lutte contre la corruption. Jeune Afrique

Cameroun: la société civile réclame un dialogue immédiat suite à la mort d’au moins 14 personnes au Nord-Ouest
Au moins 14 morts dont des femmes, tués dans le village de Ndzerem-Nyam, dans l’arrondissement de Jakiri, dans le département de Bui, dans le Nord-Ouest du Cameroun. Ces violences meurtrières ont eu lieu pendant une période d’événement culturel organisé par la communauté locale. Des motos et des bâtiments auraient également été incendiés au cours de l’attaque. Mais les récits autour de cette tuerie divergent, voire se contredisent, mettant en cause parfois un conflit entre communautés, ou une opération militaire menée par forces gouvernementales camerounaises dans le cadre de la lutte contre les groupes armés séparatistes anglophones. … Cette tuerie intervient moins de dix jours après le passage du pape Léon XIV à Bamenda, capitale de la région du Nord-Ouest, endeuillée par la violence depuis plus de 8 ans. Dans le sillage de cette visite, douze organisations de la société civile camerounaise ont réitéré un appel commun à l’ouverture immédiate d’un dialogue inclusif pour mettre fin à la crise et à une violence devenue « banalisée » et impunie. RFI