Mali : les djihadistes veulent renverser la junte militaire et font de l’« établissement de la charia » une « priorité »
Outre les armes, l’offensive menée par les rebelles contre la junte au Mali se retrouve également dans les mots. Les djihadistes du Groupe de soutien de l’islam et de musulmans (GSIM) ont encouragé, jeudi 30 avril, une union pour renverser les militaires au pouvoir. … La déclaration du groupe djihadiste est publiée cinq jours après les attaques coordonnées que cette organisation a menées avec des rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA) – une rébellion à dominante touareg – contre des positions stratégiques des militaires, au pouvoir depuis 2020, dans plusieurs villes, dont la capitale, Bamako, et sa voisine et fief de la junte, Kati, ainsi que Kidal et Gao, dans le nord du pays. … Le GSIM a commencé à imposer, jeudi, un blocus routier à Bamako. Le trafic aérien vers les pays voisins reste, quant à lui, maintenu. Ce blocus est de mise dans la capitale où, dans la matinée, un hommage national a été rendu au ministre de la défense, Sadio Camara, en présence du chef de la junte malienne, Assimi Goïta. Le général Camara a été tué, samedi à Kati, par un « véhicule piégé conduit par un kamikaze » ayant pris pour cible sa résidence, selon le gouvernement malien. Le Monde avec AFP
Rassurer avant de riposter : au Mali, la stratégie d’Assimi Goïta après le choc du 25 avril
Il aura fallu trois jours de silence et une montée visible des inquiétudes pour qu’Assimi Goïta réapparaisse en public. D’abord sur des photographies diffusées par la présidence malienne le 28 avril, où on le voit assister à une réunion au palais présidentiel de Koulouba avec une délégation russe conduite par l’ambassadeur à Bamako, Igor Gromyko. D’autres images ont suivi, montrant le président de la transition se rendre dans la famille du défunt ministre de la Défense, Sadio Camara, pour présenter ses condoléances, ainsi qu’à l’hôpital Bocar-Sidi-Sall de Kati, au chevet de blessés de l’attaque du 25 avril perpétrée par les combattants du Front de libération de l’Azawad (FLA) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim). … Faute de lancer immédiatement une offensive terrestre d’ampleur, le pouvoir malien privilégie, pour l’heure, les frappes aériennes. Dès le 25 avril, des vecteurs aériens ont ciblé un refuge de combattants jihadistes à Sévaré, dans la région de Mopti. … En parallèle, le pouvoir malien a également choisi de durcir le dispositif sécuritaire dans les centres urbains. À Bamako comme dans d’autres villes importantes, des couvre-feux ont été instaurés et les patrouilles intensifiées. Officiellement, il s’agit de prévenir toute infiltration ou action spectaculaire des groupes armés. Mais il est aussi nécessaire de contenir l’inquiétude de la population. … Autre priorité sur laquelle Assimi Goïta s’est focalisé : maintenir la cohésion des troupes. Les Fama ont été durement éprouvées par les attaques, tant sur le plan opérationnel que moral. … Cette stratégie de reprise en main vise autant les groupes armés que l’opinion publique et les rangs de l’armée elle-même. En effet, l’enjeu dépasse largement la seule dimension sécuritaire pour la junte qui fonde sa légitimité sur la promesse de restaurer la sécurité et la souveraineté. Jeune Afrique
Au Soudan en guerre, propagation catastrophique de la dengue
Les cas de dengue connaissent une hausse alarmante au Soudan, un pays ravagé par plus de trois ans de conflit, a alerté l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui plaide pour des financements adéquats et un accès humanitaire durable pour endiguer cette propagation catastrophique d’une maladie ayant fait 169 de morts. L’OMS s’est ainsi inquiétée de la « propagation continue de la dengue » dans ce pays d’Afrique du Nord-est. Selon un décompte effectué le 24 avril dernier, plus de 75.500 cas ont été signalés dans 15 des 18 États. Les provinces de Khartoum, d’Al Jazirah, du Nil Blanc et celle de Gedaref, frontalière de l’Ethiopie figurent parmi les plus touchées. La saison des pluies au Soudan, marquée chaque année par la propagation d’épidémies de paludisme ou de dengue, est encore plus dévastatrice cette année après plus de trois ans de guerre. Selon l’OMS, la perturbation de la surveillance, l’affaiblissement de la lutte antivectorielle et l’accès limité aux soins favorisent la transmission continue de multiples maladies transmissibles. « A l’approche de la saison des pluies, les risques ne feront que s’accroître, en particulier dans les zones surpeuplées et mal desservies », a déclaré sur le réseau social X, Hanan Balkhy, Directrice régionale de l’OMS pour la Méditerranée orientale. ONU Info
Guinée : deux opposants de Mamady Doumbouya présumés enlevés
Le fils d’un blogueur vidéo de l’opposition guinéenne ainsi qu’un membre de l’opposition ont été enlevés, a appris l’AFP jeudi de la part de leurs familles et de leurs cercles politiques respectifs. Il s’agit du dernier épisode en date d’une série de disparitions liées à des détracteurs du gouvernement. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Mamady Doumbouya en 2021 à la suite d’un coup d’État, les enlèvements de personnalités de l’opposition sont devenus systématiques, et les disparitions forcées sont désormais en augmentation. Ces derniers mois, les disparitions de proches d’opposants au gouvernement, en particulier ceux en exil, sont devenues particulièrement fréquentes. Le blogueur vidéo guinéen Ansou Damaro Camara, connu sous le nom de « Général 5 étoiles », a déclaré mercredi dans un message publié sur Facebook que son fils ainsi que l’ami de celui-ci avaient été enlevés. Cette personnalité du web, très critique à l’égard du gouvernement autoritaire de la Guinée, vit en exil aux États-Unis. … « Utiliser un adolescent de 15 ans comme moyen de pression », a déclaré le mouvement citoyen « Tournons la page », était « non seulement illégal, mais moralement indéfendable ». … L’ancien Premier ministre guinéen et chef de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, a quant à lui annoncé jeudi sur Facebook qu’un responsable de son parti « est porté disparu à Conakry depuis le mardi 21 avril », sans donner plus de détails sur cette disparition. L’homme disparu, Thierno Sadou Bah, est membre du « bureau fédéral » du parti UFDG de Diallo au Liberia. Africanews avec AFP
Guinée: le principal parti d’opposition retire sa candidature aux élections législatives et locales
En Guinée, l’opposant Abdoulaye Yéro Baldé, du Front pour la démocratie en Guinée (FRONDEG), a décidé de retirer sa candidature aux élections législatives du 31 mai, dénonçant de nombreuses irrégularités dans le processus électoral. Ce scrutin, permettant d’élire les 147 membres de l’Assemblée nationale ainsi que 342 maires, intervient quelques mois après la présidentielle remportée par le général Mamadi Doumbouya. Il doit marquer une nouvelle étape du retour à l’ordre constitutionnel, après plus de quatre ans de transition. Arrivé en deuxième position à l’élection présidentielle en Guinée avec 6,59 % des suffrages, loin derrière le général Mamadi Doumbouya crédité de 86,72 %, Abdoulaye Yéro Baldé avait dénoncé, le 25 avril, une violation du code électoral par l’organe en charge des élections, menaçant de se retirer du processus si des corrections n’étaient pas apportées. Trois jours plus tard, il a mis sa menace à exécution. Dans une déclaration publiée à l’issue d’une réunion extraordinaire de son bureau politique le 28 avril, le président du FRONDEG estime qu’il faut un minimum de considération et de respect pour les textes de loi pour que les scrutins soient crédibles. Le parti justifie son retrait par « des violations répétées du code électoral et un déséquilibre manifeste du processus en faveur de la mouvance présidentielle et de ses alliés ». RFI
Ouganda: des violences postélectorales «plus élevées et ciblées», selon Amnesty International
En Ouganda, Amnesty International a publié jeudi 30 avril une recherche accablante sur les violences postélectorales qui ont suivi la réélection du président Yoweri Museveni pour un septième mandat consécutif. L’ONG dénonce une répression visant en particulier les partisans de l’opposition, dans un contexte de fortes restrictions de l’information. Des violences moins visibles que dans d’autres pays de la région, mais que l’organisation juge bien réelles et préoccupantes. Par rapport à 2021, les violences ont été plus élevées et plus ciblées en Ouganda — c’est le principal enseignement de la recherche, témoignages à l’appui, sur les violences postélectorales, publiée par Amnesty International. Selon l’ONG, la répression a visé en priorité les partisans de l’opposition, notamment ceux du National Unity Platform. « Le niveau de brutalité contre le principal parti d’opposition, le NUP, est sans précédent », estime Sikula Oniala, chercheur pour la Tanzanie et l’Ouganda au sein d’Amnesty, auprès de Christina Okello, journaliste au service Afrique de RFI. « À Butambala, dans le centre du pays, au moins sept personnes ont été tuées au domicile d’un député, Muwanga Kivumbi, après l’assaut de l’armée. Le bilan pourrait être plus élevé ». … Quatre mois après le scrutin, plusieurs opposants sont toujours en détention, et certains partisans du NUP disent vivre dans la crainte de représailles. RFI
Prévues dans un mois, les élections générales en Ethiopie font face à de nombreux défis
Selon la commission électorale (Nebe), 23 partis affrontent officiellement l’hégémonique Parti de la prospérité (PP) du Premier ministre Abiy Ahmed, lors de ce scrutin du 1er juin. Mais la plupart sont proches du PP et cette élection « s’annonce parmi les moins concurrentielles depuis l’instauration du multipartisme en Ethiopie » en 1991, souligne auprès de l’AFP Abel Abate Demissie, chercheur du groupe de réflexion Chatham House. … L’Ethiopie n’a jamais connu de véritables élections libres. En 2015, la coalition alors au pouvoir avait remporté la totalité des sièges à la Chambre des représentants du Peuple, la chambre basse du Parlement fédéral. … Lorsqu’il est devenu Premier ministre en 2018 Abiy Ahmed a multiplié les gestes d’ouverture, libérant notamment des opposants et des journalistes. Mais son exercice du pouvoir est devenu de plus en plus autoritaire et les organisations de défense des droits humains dénoncent la répression croissante des voix dissidentes. … Avec environ 500.000 soldats et quelque 30.000 policiers, le gouvernement fédéral éthiopien dispose de « moyens considérables pour assurer la sécurité » du deuxième pays le pays le plus peuplé du continent avec quelque 130 millions d’habitants, selon une note publiée en janvier de l’Africa Center for Strategic Studies. Mais pour ce centre de réflexion basé à Washington, « les risques de perturbation (du scrutin) sont nombreux ». AFP
Djibouti : l’enfer de la « route de l’Est », la traversée la plus meurtrière au monde
Des dizaines d’hommes avancent péniblement après avoir abandonné leur rêve d’exil. Pendant plusieurs jours, ils marchent pour rentrer chez eux, vaincus par l’une des routes migratoires les plus dangereuses au monde. Amaigris, épuisés, certains n’ont rien avalé depuis longtemps. Sous le ciel brûlant d’avril où l’on parle pourtant d’« hiver » seules quelques silhouettes d’acacias desséchés offrent un peu de répit face à une chaleur. Parmi eux, Jemal Ibrahim Hassan. À 25 ans, cet ancien agriculteur avait quitté Djibouti avec l’espoir de trouver du travail dans les riches pays du Golfe. Comme beaucoup, il est venu d’Éthiopie, un pays marqué par la pauvreté et les conflits. « Nous n’avions aucun endroit où vivre en paix », confie-t-il. Son périple a duré quinze jours à pied, sur près de 550 kilomètres. Les pieds gonflés et les couverts d’ampoules, il a fini par embarquer sur un bateau surchargé. Mais le voyage s’est brutalement interrompu : intercepté par les garde-côtes, il a été placé dans un centre de détention au Yémen. « Il n’y avait rien à manger. Nous y sommes restés huit jours avant d’être renvoyés », raconte-t-il. Sur le chemin du retour, une tempête à failli lui coûte la vie. Aujourd’hui, il marche à nouveau mais cette fois pour rentrer en Éthiopie. Chaque année, des dizaines de milliers de migrants empruntent cette « route de l’Est ». En 2025, plus de 900 personnes ont perdu la vie ou disparu, selon l’Organisation internationale pour les migrations un record tragique. Africanews avec AFP et AP
La Chine supprime les droits de douane pour tous les pays africains, à l’exception d’un seul
La Chine supprimera les droits de douane pour tous les pays africains à partir de vendredi, à l’exception de l’Eswatini, qui entretient des relations avec Taïwan. En décembre 2024, la Chine avait déjà mis en place une politique d’exonération des droits de douane pour 33 pays africains parmi les moins avancés. Cette politique s’étend désormais à 53 pays et restera en vigueur jusqu’au 30 avril 2028. On ignore ce qu’il adviendra après cette date. Pékin s’est vanté d’être la première grande économie à offrir un traitement tarifaire unilatéral à droit nul à l’Afrique. Mais les analystes affirment que, si la Chine saisit cette occasion pour renforcer son soft power, les droits de douane constituent rarement le principal obstacle pour les exportateurs africains, dont le continent affiche un énorme déficit commercial avec la Chine. … [L]e commerce sino-africain est marqué par un déséquilibre croissant en faveur de la Chine, ce qui signifie que les exportations chinoises vers l’Afrique dépassent de loin les exportations africaines vers la Chine, et que cet écart ne cesse de se creuser. L’année dernière, le déficit commercial de l’Afrique avec la Chine a augmenté de 65 % pour atteindre environ 102 milliards de dollars. Les exportations africaines vers la Chine sont dominées par les minéraux et les matières premières, tels que le pétrole brut et les minerais métalliques. BBC
Financer l’agriculture africaine : l’urgence de la réforme face à la faim
Alors que les perturbations du détroit d’Ormuz pourraient rapidement faire exploser les prix alimentaires mondiaux, une nouvelle étude de l’ONU et de l’Union africaine (UA) appellent à un financement urgent pour enrayer la hausse de la faim et transformer les systèmes agroalimentaires en Afrique. Le nouveau rapport conjoint de la FAO, de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), du Programme alimentaire mondial (PAM) et de la Commission de l’Union africaine (CUA) met en évidence l’énorme écart entre le financement public et privé actuel de l’agriculture et le niveau de financement nécessaire pour transformer les systèmes agroalimentaires africains. Face à la hausse continue de la faim et de l’insécurité alimentaire à travers l’Afrique, le document souligne l’urgence d’un financement substantiel et soutenu pour transformer les systèmes agroalimentaires. … Cet appel des agences de l’ONU et de l’UA survient alors que pour la huitième année consécutive (depuis 2017), la faim a augmenté en Afrique. Le rapport estime à 306 millions le nombre de personnes sous-alimentées en Afrique, soit plus de 45 % du total mondial. … En ce qui concerne l’insécurité alimentaire grave, plus d’un cinquième de la population africaine (22,2 %, soit près de 337 millions de personnes) était touchée en 2024. Toutes les sous-régions d’Afrique ont enregistré une détérioration de la sécurité alimentaire. ONU Info
