L’Alliance des États du Sahel renoue le dialogue avec la Cédéao près de deux ans après avoir quitté l’organisation
L’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Niger et le Burkina Faso, et la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), ont repris le dialogue ce samedi 17 octobre à Dakar, au Sénégal. Cela faisait presque deux ans que les relations entre les deux entités étaient difficiles, les pays de l’AES ayant quitté de concert la Cédéao, dont ils étaient membres, en janvier 2025. Les régimes militaires de ces trois pays, arrivés au pouvoir par des coups d’État entre 2020 et 2023, reprochaient à la Cédéao d’être inféodée à la France et de ne pas assez les aider à faire face aux djihadistes présents dans la région du Sahel. Si des discussions avaient eu lieu depuis janvier 2025, c’est la première fois qu’une réunion ministérielle officielle se tenait entre la confédération de l’AES et la Cédéao. Ce samedi donc, les négociateurs ont convenu de travailler ensemble pour arriver à un « accord-cadre » de coopération. … Cette semaine, le patron du renseignement ivoirien Vassiriki Traoré s’est toutefois rendu à Bamako, la capitale du Mali, à l’invitation de son homologue le général Modibo Koné. Autre preuve du réchauffement des relations, le chef de l’État sénégalais Bassirou Diomaye Faye, président en exercice de la Cédéao, avait lui été reçu fin juillet par le chef de la junte malienne Assimi Goïta, pour une rencontre bilatérale. AFP
Face au terrorisme, Bamako et Abidjan partagent une lutte commune
Le coordonnateur national du renseignement ivoirien, Vassiriki Traoré, séjourne actuellement à Bamako à l’invitation de son homologue malien, le général Modibo Koné, directeur de l’Agence nationale de la sécurité d’État (ANSE). Au menu des discussions entre les deux hommes, la question sécuritaire et notamment la lutte antiterroriste. Cette visite intervient dans un cadre de réchauffement des relations entre Bamako et Abidjan qui s’étaient brouillés ces dernières années sur plusieurs dossiers brûlants comme la souveraineté ou encore la sécurité. Ainsi, près de quatre mois après la main tendue du ministre ivoirien de la Défense et vice-premier ministre, Tené Birahima Ouattara, aux pays de l’AES, notamment le Mali et le Burkina Faso, la visite de 72 heures de Vassiriki Traoré, le chef des renseignements ivoiriens à Bamako, semble s’inscrire dans cette démarche de la partie ivoirienne en vue de réamorcer la coopération sécuritaire entre les trois pays qui partagent plus de 1.000 kilomètres de frontière commune. DW
A Madagascar, un an après avoir été renversé, l’ex-président Andry Rajoelina rêve encore d’un retour sur la Grande Ile
Andry Rajoelina, exfiltré de Madagascar par un avion militaire français le 12 octobre 2025 après trois semaines de mobilisation de la « gen Z », et démis de ses fonctions deux jours plus tard par la Haute Cour constitutionnelle, a quasiment disparu de la vie publique nationale. … Malgré tout, Andry Rajoelina s’efforce de mobiliser son réseau diplomatique loin de son pays et n’a pas abandonné l’idée d’un retour politique sur la Grande île. … Andry Rajoelina, 52 ans, est cependant confronté à un obstacle majeur. Il a été déchu de sa nationalité malgache au tout début de la période de transition, pour avoir acquis volontairement la nationalité française en 2014. S’il veut entrer dans le pays qu’il a dirigé de 2009 à 2013 puis de 2019 à 2025, il doit donc auparavant demander un visa. En février, sa présence à une cérémonie officielle en Eswatini a mis le feu aux poudres, alors que son hôte, le roi Mswati III, a jugé son éviction du pouvoir « anticonstitutionnelle ». … Quelques semaines après cette première apparition publique, la Cour des comptes malgache publiait une série de rapports d’audit jetant une lumière crue sur les dérives de son régime. Le Monde
« Dès qu’une tête dépasse, il la coupe » : Muhoozi Kainerugaba, héritier brutal et fantasque du président ougandais
Le fils du chef de l’Etat, déjà à la tête des forces armées et successeur présumé de son père à la présidence, est accusé de multiples violations des droits humains et enchaîne, sur les réseaux sociaux, les tirades aussi baroques que terrifiantes. La question n’est plus de savoir « si » mais « quand » la passation de pouvoir aura lieu. A mesure que Yoweri s’efface, Muhoozi entre en scène. « La transition est savamment chorégraphiée par la famille Museveni », avance Egesa Leonard, directeur du cabinet d’analyse politique Magezi Harvest et proche des cercles gouvernementaux. « C’est comme si le fils dirigeait déjà le pays en coulisses », confie de manière anonyme au Monde l’un de ses bras droits, rencontré dans la capitale ougandaise. Une ascension aussi rapide que violente. … A Kampala, on ne compte plus les arrestations de ses détracteurs – opposants, journalistes ou militants des droits humains – depuis un an. Les détenus sont emmenés clandestinement dans ce que Muhoozi Kainerugaba a baptisé son « basement » (sous-sol), un ensemble de prisons secrètes consacrées à la torture situées à Entebbe, une ville au sud de Kampala. … « Toute l’opposition est aux abois. Soit en exil, soit en prison », soupire Doreen Nyanjura, membre du parti d’opposition dont Kizza Besigye est le leader. Le Monde
Ouganda: un officier en fuite dénonce des disparitions forcées et des cas de torture
Le lieutenant Herbert Matanda Mabonga est, aujourd’hui, obligé de se cacher. Ce membre de l’armée d’Ouganda affirme avoir été lui-même capturé et torturé dans une maison proche de la capitale Kampala, aux côtés, notamment, de Sam Mugumya, opposant politique disparu depuis plus d’un an. Un traumatisme qui, dit-il, l’a poussé à tout révéler sur TikTok. Plusieurs vidéos postées sur le réseau social montrent des hommes jusqu’alors disparus, affaiblis et en état de détresse. L’auteur de ces vidéos n’est autre que le lieutenant Herbert Matanda Mabonga. Pendant sa captivité, ce militaire a été autorisé à conserver son téléphone et a pu documenter le calvaire des détenus. Selon l’avocat ougandais Me Godbert Tumushabé, le fait que son client soit militaire rend d’autant plus légitime son témoignage : « La raison pour laquelle il est crédible, c’est que beaucoup d’entre nous considérons qu’il vient du système. Il a probablement les preuves directes de tous les problèmes de ce régime. » RFI
Soudan : 30 morts et 47 blessés dans une frappe de drone sur un marché à Nyala
Une frappe de drone a fait au moins 30 morts et 47 blessés vendredi sur un marché aux bestiaux de Nyala, ville contrôlée par les Forces de soutien rapide (FSR) dans la région du Darfour. Les paramilitaires ont accusé l’armée soudanaise d’être à l’origine de l’attaque, tandis qu’une source militaire a confirmé l’intensification des frappes dans le secteur, assurant que seules des cibles militaires étaient visées. Selon une source médicale de l’hôpital de Nyala, l’attaque s’est produite vendredi matin, en pleine affluence. Les FSR ont dénoncé le bombardement d’une zone civile densément peuplée par un drone de fabrication turque. Selon leurs premières informations, des femmes et des enfants figureraient parmi les victimes. Capitale du Darfour du Sud et deuxième ville du pays, Nyala accueille le siège de l’administration parallèle mise en place par les FSR. La ville est régulièrement ciblée par l’armée, qui cherche à reprendre les territoires contrôlés par les paramilitaires. Les bombardements se sont intensifiés vendredi, deux jours après une frappe contre l’aéroport local. Les FSR contrôlent une grande partie du Darfour depuis la prise d’El-Facher, il y a un an. Cette offensive, qui leur a permis de s’emparer de la dernière grande ville de la région encore tenue par l’armée, a été marquée par des violences que l’ONU a estimé présenter « les caractéristiques d’un génocide ». Sahel Intelligence
Mozambique : recrudescence des attaques à Cabo Delgado
Un rapport d’ACLED indique que le groupe État islamique au Mozambique (ISM) a multiplié les attaques dans les districts de Mocímboa da Praia, Muidumbe et Macomia en août et septembre. À Mocímboa da Praia, les insurgés ont également renforcé les restrictions sécuritaires, perturbant les activités commerciales et l’acheminement de l’aide humanitaire. ACLED met en garde contre les conséquences de ces mesures sur les conditions de vie des habitants, estimant que les restrictions imposées pourraient accentuer les tensions locales et offrir de nouvelles possibilités de recrutement ou d’influence aux insurgés. Le groupe aurait également repris pied dans le district de Nangade, près de la frontière tanzanienne. Selon les analystes, cette évolution pourrait entraîner un renforcement des dispositifs de sécurité de part et d’autre de la frontière. APA
Tchad : 23 morts dans une attaque de Boko Haram dans la province du Lac
Au moins 23 personnes, dont sept femmes et cinq enfants, ont été tuées dimanche lors d’une attaque attribuée au groupe jihadiste Boko Haram contre la localité de Ngouboua, dans la province du Lac, à l’ouest du Tchad. Une vingtaine d’autres personnes ont été grièvement blessées, selon des sources militaires. Le capitaine Moussa Idris, officier tchadien ayant dirigé l’opération de sécurité, a confirmé ce bilan provisoire. D’après son témoignage, les assaillants, arrivés à moto, ont lancé une offensive coordonnée contre le marché local, provoquant la panique parmi les habitants. Les forces de défense et de sécurité sont intervenues et ont annoncé avoir éliminé au moins onze combattants présumés de Boko Haram. Une opération de ratissage était toujours en cours afin de retrouver les assaillants ayant pris la fuite, a précisé l’officier. … Grâce à leur mobilité, notamment à moto, en véhicule ou en pirogue, les combattants peuvent mener des attaques rapides avant de se retirer à l’approche des forces de sécurité. Sahel Intelligence
En Tunisie, plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi dans les rues de la capitale, malgré la répression du régime de Kaïs Saïed
Depuis le coup de force du président tunisien, il y a cinq ans, une chape de plomb s’est abattue sur le pays. Une marche s’est malgré tout tenue à Tunis samedi 17 octobre, à l’appel de nombreuses organisations syndicales et de la société civile. … La colère contre la dégradation des conditions de vie se mêle aux appels à la libération des prisonniers politiques et d’opinion. « Les gens ont peur. On aurait été encore plus nombreux si nos camarades n’avaient pas été incarcérés », se désole Malek Selliti. Cet étudiant de 23 ans, militant au sein l’Union générale des étudiants de Tunisie, fait référence aux vagues d’arrestations qui ont visé plus d’une quinzaine de manifestants en septembre, après l’organisation de marches appelant à la libération d’activistes propalestiniens emprisonnés. Depuis que Kaïs Saïed s’est octroyé les pleins pouvoirs, le 25 juillet 2021, plusieurs dizaines de responsables politiques, de défenseurs des droits humains, d’avocats, de journalistes et de militants associatifs ou syndicaux ont été arrêtés. Certains ont été condamnés à de très lourdes peines de prison ferme. La suspension du Parlement et l’abrogation de la Constitution ont conduit à une réorganisation des institutions, consacrée par une nouvelle Constitution adoptée par référendum en juillet 2022. Celle-ci concentre les pouvoirs entre les mains du président et réduit les prérogatives du Parlement. Cette transformation s’est accompagnée d’une reprise en main de la justice depuis la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature, en février 2022, et la révocation de dizaines de magistrats en juin de la même année. Le Monde
Togo: l’opposition et la société civile rejettent toujours tout dialogue avec le pouvoir
Au Togo, plusieurs coalitions de partis d’opposition et d’organisations de la société civile rejettent toujours tout dialogue avec le pouvoir. Après la réforme constitutionnelle – mars 2024 – qui a changé le régime présidentiel en régime parlementaire, ces coalitions – regroupées dans le Manifeste Génération Togo – exigent la mise en place d’une période de transition. Les protestataires s’appuient sur l’arrêt de la Cour de justice de la Cédéao, publié en janvier 2026, et qui juge Lomé coupable d’avoir procédé à un « changement anticonstitutionnel de gouvernement ». Le Manifeste Génération Togo renouvelle son refus du dialogue avec les autorités, en réaction aux déclarations du ministre des Relations avec les Institutions, Gilbert Bawara tenues, il y a une semaine. C’est en effet l’intervention de Gilbert Bawara devant le Parlement qui a poussé le Manifeste Génération Togo à réagir. Il était interpellé par une députée de l’opposition qui déplorait que le président du Conseil, Faure Gnassingbé – également médiateur de l’Union africaine dans les Grands Lacs – privilégie les crises à l’étranger, au détriment de celles en cours dans son propre pays. RFI
