Dans les secrets de la « Compagnie », le réseau russe chargé d’étendre l’influence de Moscou sur trois continents
[Au total, soixante-seize documents internes à la « Compagnie » – un reseau d’experts chargé d’orchestrer des campagnes d’influence au profit de la Russie – ont été transmis de manière anonyme à la rédactrice en chef du média panafricain The Continent.] Ces archives, composées de 1 431 pages en russe, comprennent des plans stratégiques, des biographies de collaborateurs, des rapports opérationnels, des documents comptables ainsi que des bilans de campagnes de désinformation menées entre janvier et novembre 2024. … Dans une grande partie du continent africain, Moscou a bien identifié un argument stratégique pour rallier les pays africains à sa cause : exploiter le ressentiment envers les anciennes puissances coloniales et leurs alliés, notamment la France. Dès les premières pages, la feuille de route est explicite. Il s’agit d’atteindre « l’image des pays occidentaux en tant que partenaires politico-militaires fiables », « de transformer le néocolonialisme de la France, du Royaume‑Uni et des États‑Unis en objet de controverse internationale », et « de perturber la logistique militaire de l’AFRICOM » (le commandement militaire américain pour l’Afrique, NDLR). Le but ultime est clairement formulé : « la Compagnie travaille actuellement sur un plan de reformatage de l’espace africain, avec la création d’une ceinture de régimes amis de la Fédération de Russie ». Forbidden Stories
La Russie aurait recruté plus de 1 000 Kenyans pour combattre en Ukraine
Plus de 1 000 Kenyans auraient rejoint l’armée russe pour combattre en Ukraine, la plupart après avoir été trompés et contraints de signer des contrats militaires, selon un rapport des services de renseignement présenté au Parlement kényan. Une enquête conjointe du National Intelligence Service et de la Directorate of Criminal Investigations, dévoilée mardi, estime le nombre de recrues à « plus de 1 000 », un chiffre bien supérieur aux « environ 200 » évoqués par les autorités en décembre. Plusieurs enquêtes médiatiques, dont une publiée récemment par l’AFP, ont révélé comment la Russie attire des hommes originaires de pays africains avec la promesse d’emplois bien rémunérés, avant de les envoyer sur la ligne de front en Ukraine. Selon Kimani Ichung’wah, chef de la majorité parlementaire, les recrues quittent le Kenya avec des visas touristiques, transitant notamment par Istanbul en Turquie et Abu Dhabi aux Émirats arabes unis. Le renforcement des contrôles à l’aéroport de Nairobi aurait toutefois poussé certains candidats à passer par d’autres pays africains pour éviter d’être repérés. Le rapport pointe également la complicité d’agences de recrutement non agréées et de membres du personnel aéroportuaire. Africanews
Guerre au Soudan: une mission indépendante d’enquête de l’ONU conclut à des «actes de génocide» à El-Fasher
Au Soudan, une mission d’enquête de l’ONU conclut à des « actes de génocide » au sujet des exactions qui ont eu lieu dans la ville d’El-Fasher, le 26 octobre 2025. Les forces paramilitaires du général Hemedti – qui se battent contre l’armée soudanaise depuis le 15 avril 2023 – ont lancé l’assaut sur cette ville du Darfour-Nord qu’ils assiégeaient depuis de nombreux mois. Une prise de la ville brutale : de nombreux témoignages de survivants, ainsi que des vidéos postées sur les réseaux par les combattants paramilitaires eux-mêmes, attestent de massacres de grande ampleur. Cette mission d’enquête du Conseil des droits humains de l’ONU va plus loin et conclut à des actes de génocide. Elle conclut en effet qu’il y a eu une « intention génocidaire » dans les agissements des FSR : des meurtres ciblés sur des critères ethniques, des violences sexuelles, des déclarations appelant clairement à l’élimination de communautés non-arabes, notamment les Zaghawas et les Fur. RFI
Tchad: un ex-membre du Conseil militaire de transition accuse le président d’enrôlements forcés pour combattre au Soudan
Recrutements forcés, traite d’êtres humains… L’accusation est grave et vise le président tchadien Mahamat Idriss Déby. Et elle n’est pas portée par n’importe qui, puisque celui qui tient ces propos est un ex-ministre de la Défense et membre de l’ex-Conseil militaire de transition, le groupe de généraux qui a porté au pouvoir le fils d’Idriss Déby à la mort de ce dernier en avril 2021. Mahamat Nour Abdelkerim, qui a quitté le Tchad après une brouille avec le chef de l’État, accuse sur RFI ce dernier et certains hauts gradés de contraindre des jeunes de sa communauté, la communauté Tama, à partir combattre au Soudan aux côtés des milices FSR du général Hemedti. La majorité des membres de la communauté Tama vit au Soudan. Dans la guerre en cours, on en trouve dans les rangs de l’armée, comme dans ceux des Forces de soutien rapide (FSR). Les Tama tchadiens, eux, sont installés dans le Wadi Fira, province frontalière. C’est là que des cadres de l’appareil sécuritaire du Tchad viendraient recruter de gré ou de force, des jeunes hommes selon le général Mahamat Nour Abdelkerim. … Mahamat Nour Abdelkerim partage des photos et des vidéos de jeunes sous uniforme tchadien participant à des combats en territoire soudanais. Selon lui, certains auraient pu s’enfuir et seraient traqués par les autorités. … Mahamat Nour Abdelkerim demande à Hemedti, chef des paramilitaires soudanais, de regrouper ces jeunes et de les mettre à la disposition d’organisations humanitaires. RFI
Burkina Faso: plusieurs dizaines de morts dans une nouvelle attaque jihadiste près de Fada N’Gourma
Une nouvelle attaque jihadiste dans la région de Fada N’Gourma, dans l’est du Burkina Faso, a fait entre 60 et 70 morts, samedi 14 février. La cible cette fois : une base des Unités combattantes des eaux et forêts (Ucef) dont les soldats ont été pris au piège dans les tranchées censées les protéger en cas d’assaut de groupes terroristes. Selon les informations de RFI, les soldats de l’Ucef – qui avaient été informés d’une attaque imminente – avaient demandé des renforts au BIR 12, le Bataillon d’intervention rapide le plus proche. Une source militaire précise que ce dernier a bien confirmé leur envoi. Selon plusieurs témoignages, à l’approche des jihadistes de leur base, l’unité de soldats forestiers a alors confondu ces derniers avec les renforts en question. Si, à ce stade, aucun bilan officiel n’a été établi, des témoins affirment que la morgue et l’hôpital de Fada N’Gourma sont débordés tandis que cadavres et blessés continuent d’affluer. Alors que des éléments de la force d’élite manquent toujours à l’appel et que des dizaines de corps ont été inhumés, une source sécuritaire sur place évoque « des images insoutenables ». Parmi les victimes de l’attaque figurent également des civils qui ont croisé le chemin des jihadistes avant l’assaut. Quant à la base de l’Ucef, elle a été complètement détruite. RFI
L’UE débloque plus de 80 millions d’euros pour répondre à la crise humanitaire dans la région des Grands Lacs
L’Union européenne (UE) a annoncé mardi 17 février débloquer plus de 80 millions d’euros d’aide humanitaire, pour répondre à la crise qui sévit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et dans la région des Grands Lacs. L’est de la RDC, frontalier du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi et riche en ressources naturelles, est ravagé par des violences depuis plus de trois décennies. La crise humanitaire s’est aggravée avec la résurgence, en 2021, du M23. Soutenu par le Rwanda et son armée, le groupe armé qui combat les autorités de Kinshasa, s’est emparé au début de 2025 des grandes villes de Goma et Bukavu, ainsi que de vastes pans de territoire dans les provinces des Nord- et Sud-Kivu. Sur les 81 millions d’euros débloqués, « 68 millions serviront à financer l’aide humanitaire à l’intérieur de la RDC », précise l’UE dans un communiqué. Un montant de 13,2 millions d’euros « soutiendra les mesures régionales d’aide aux réfugiés » et « la préparation aux catastrophes dans l’ensemble de la région des Grands Lacs », selon le texte. Cette annonce survient alors que la commissaire européenne à la gestion des crises, Hadja Lahbib, effectue un déplacement en RDC, au Burundi et au Rwanda, « afin d’évaluer les besoins humanitaires les plus urgents sur le terrain et de plaider en faveur d’un accès humanitaire auprès de toutes les parties au conflit », précise l’UE. Le Monde avec AFP
Les violences contre les enfants explosent dans l’Est de la RDC, alerte l’Initiative Eminent Mwanda
L’ASBL « Initiative Eminent Mwanda » tire la sonnette d’alarme sur la dégradation de la situation des enfants dans l’Est de la RDC. S’appuyant sur ses enquêtes menées entre octobre 2025 et janvier 2026, l’organisation affirme que les violations graves des droits de l’enfant ont connu une hausse inquiétante en raison de la persistance des conflits armés. Selon les données recueillies, les cas de violences sexuelles ont plus que doublé et le nombre d’enfants victimes a triplé sur la période étudiée. Les enlèvements ont été multipliés par six, les meurtres et mutilations par sept, tandis que les attaques contre les écoles et les hôpitaux ont été multipliées par douze. Plus de 1 100 enfants non accompagnés ont été identifiés dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, illustrant l’ampleur de la vulnérabilité des mineurs dans cette région en proie à l’insécurité, rapporte de l’organisation. Les parties au conflit, notamment les groupes armés actifs dans l’Est du pays, sont pointées du doigt. L’organisation évoque des viols, des enlèvements ainsi que des cas de recrutement d’enfants soldats. Radio Okapi
Affamés, blessés, orphelins: les enfants du Soudan du Sud piégés dans un nouveau conflit
Après des décennies de conflit contre le pouvoir de Khartoum, le Soudan du Sud est devenu indépendant en 2011. Mais le jeune pays a rapidement sombré dans une guerre civile, sur fond de lutte de pouvoir entre le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar, deux chefs militaires de la lutte d’indépendance. En 2018, un accord de partage du pouvoir a apporté une paix relative, M. Machar redevenant le vice-président de Salva Kiir. Mais les tensions sont réapparues en 2025 et M. Machar est depuis en résidence surveillée. … Les combats dans le Jonglei entre forces gouvernementales, loyales à Salva Kiir, et milices pro-Machar ont déplacé quelque 280.000 personnes depuis décembre, dont plus de la moitié sont des enfants, indique l’Unicef, certains fuyant pour la deuxième ou la troisième fois. Environ 825.000 enfants risquent une malnutrition aiguë dans trois Etats du pays: Jonglei, Unité et Equatoria-Oriental. TV5Monde
Cybercriminalité en Afrique: 651 arrestations après une vaste opération, annonce Interpol
Les polices de 16 pays d’Afrique ont arrêté 651 personnes et démantelé, en près de deux mois, d’importants réseaux de cybercriminalité qui avaient extorqué près de 38 millions d’euros à des centaines, voire des milliers, de victimes, a annoncé ce 19 février 2026 Interpol. Une opération d’envergure dans 16 pays d’Afrique : 651 cybercriminels arrêtés en deux mois, 4,3 millions de dollars saisis mais plus de 45 millions de dollars de préjudice. C’est le bilan de l’opération « Carton Rouge 2.0 » menée par Interpol en collaborations avec les polices locales. Après « Serengeti », puis « Tonnerre », cette nouvelle opération montre, une fois de plus, le maillage que tissent les criminels dans toutes les strates de l’économie. … « Ces réseaux causent des dommages financiers, psychologiques dévastateurs aux entreprises comme aux particuliers », a déclaré Neal Jetton, le directeur de la cybercriminalité à Interpol. Car des escroqueries visent en effet des communautés vulnérables. … Interpol indique qu’un crime sur trois commis en Afrique est désormais lié à la cybercriminalité et des réseaux ont été démantelés en Angola, au Bénin, au Cameroun ou en Côte d’Ivoire. RFI
Gabon: la suspension des réseaux sociaux, une décision aux répercussions économiques importantes
Au Gabon, la décision de suspendre les réseaux sociaux est bel et bien effective jeudi 19 février. Facebook et Tik Tok sont très perturbés. Les appels et le téléchargement des fichiers sur Whatsapp sont aléatoires. L’impact économique de cette décision devient réel même si les fournisseurs Internet n’ont pas souhaité communiquer pour le moment. Lionnel Mbeng est rédacteur en chef du média en ligne Gabon Média Time. Il soutient que l’essentiel des revenus du média provient du trafic généré par les réseaux sociaux. « C’est comme si on avait un patient qui dépendait de l’oxygène. Et l’oxygène en question, c’est les réseaux sociaux. Une journée sans Internet, c’est couper brutalement le souffle des médias en ligne », explique-t-il. Les nombreux chômeurs qui ont jeté leur dévolu sur le commerce en ligne sont parmi les Gabonais les plus impactés. Joséphine Bouanga, vend du poisson et des vêtements. « Je vis des réseaux sociaux par rapport à ma vente en ligne. Quand on va couper les réseaux sociaux, je nourris ma famille comment ? Mais c’est quoi cette histoire là ? » Jacques Ndoudi a créé sa PME dans le domaine de l’infographie. Les réseaux sociaux lui permettent de trouver des clients et donc tout simplement de travailler. « Quand on restreint les réseaux, ça ralentit le business. Aujourd’hui, si on nous interdit l’accès à WhatsApp, ce sera vraiment compliqué pour les jeunes entrepreneurs que nous sommes ». RFI
