Revue de Presse du 16 mars 2018

La France au Sahel, « une opération de longue durée »
L’opération antijihadiste française Barkhane au Sahel, qui mobilise quelque 4.000 hommes, est « une opération de longue durée » même s’il est nécessaire de « faire évoluer notre engagement », a estimé vendredi le chef d’état-major français des armées, le général François Lecointre. « Ce que je pense moi, c’est que l’opération au Sahel est une opération de longue durée pour laquelle nous sommes engagés aujourd’hui dans un appui à la montée en puissance des forces de nos pays partenaires dans la zone », a-t-il déclaré sur la radio Europe 1, en référence au soutien français apporté à la force militaire du G5 Sahel (Mali, Mauritanie, Burkina Faso, Niger et Tchad). « L’idée c’est qu’eux reprennent en charge la responsabilité de cette sécurité et que nous les aidions à lutter contre cet ennemi commun. Je ne vois pas qu’on puisse partir aujourd’hui en tout cas », a-t-il souligné. TV5

Mali : « Les populations de Gao sont dans une logique d’autodéfense »
Deux ans après la signature de l’accord de paix entre les mouvements armés et le gouvernement, les tensions s’enveniment entre les différentes communautés vivant à Gao. Le sentiment d’insécurité, la crise économique et les rivalités avec les autorités intérimaires en sont les raisons principales, analyse Ibrahim Maïga, chercheur à l’Institut d’études en sécurité (ISS). Près de deux ans après la signature de l’accord de paix entre les mouvements armés et le gouvernement malien, en juin 2015, de fortes tensions intercommunautaires ressurgissent périodiquement dans la ville de Gao. Dernier épisode en date, entre fin février et début mars, des pêcheurs du village de Taboye, dans la région de Gao, ont retrouvé les corps de deux jeunes Arabes flottant sur le fleuve Niger. Pendant plus de deux semaines, la tension était à son comble entre la communauté songhaï, soupçonnée de ce crime, et la communauté arabe dont étaient issus les deux jeunes hommes. Jeune Afrique

Zimbabwe: le ton monte entre Mnangagwa et Mugabe
Le nouveau président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa a sèchement renvoyé vendredi dans les cordes son prédécesseur Robert Mugabe, qui avait déploré la veille avoir été contraint de lui céder la place en novembre à la suite d’un « coup d’Etat ». « La nation a tourné la page » Mugabe, a déclaré M. Mnangagwa dans un bref communiqué. Très discret depuis sa chute, M. Mugabe est sorti jeudi soir du silence. Devant plusieurs télévisions étrangères, il a affirmé avoir été victime d’un putsch militaire et regretté que son successeur ait « trahi toute la nation ». « Je dis que c’était un coup d’Etat, (même si) certains ont refusé de l’appeler un coup d’Etat », a déclaré d’une voix fatiguée M. Mugabe, 94 ans. TV5

2500 morts en 2017 : comprendre le conflit entre bergers peuls et cultivateurs au Nigeria
Au Nigeria, le conflit entre bergers et cultivateurs s’est envenimé ces derniers jours. Deux soldats ont été tués et deux autres blessés, mercredi 14 mars, dans l’Etat central du Plateau, où vingt-cinq personnes avaient été massacrées en début de semaine. Un rapport publié en 2017 par l’International Crisis Group soulignait le très lourd bilan de ces affrontements d’une violence extrême : en 2016, au moins 2 500 personnes avaient été tuées dans ce conflit. Quelles en sont les causes ? Comment expliquer la flambée de violence ? L’analyse d’Alpha Oumar Baba Konaré, président de l’Observatoire Kisal. Le Monde

En Israël, la Cour suprême suspend un plan d’expulsion de milliers d’Africains
La Cour suprême israélienne a suspendu un plan gouvernemental prévoyant l’expulsion prochaine de milliers d’Africains entrés illégalement dans le pays, selon la copie de l’arrêt rendu jeudi 15 mars. La Cour, saisie par des organisations de défense des migrants, a gelé le programme jusqu’au 26 mars, donnant à l’Etat jusqu’à cette date pour fournir l’argumentaire légal détaillé sur lequel il repose. Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou veut expulser des milliers d’Erythréens et de Soudanais entrés illégalement en Israël et qui n’ont pas de demande d’asile en cours d’instruction. Il leur donne le choix : partir d’ici à début avril – soit pour leur pays d’origine, soit pour un pays tiers – ou aller en prison indéfiniment. Le Monde

France-Rwanda : un ancien officier brise l’omerta malgré « des menaces émanant de services de l’État »
Dans « Rwanda, la fin du silence », qui sort en librairie le 16 mars, l’ancien officier français Guillaume Ancel lève le voile sur l’une des interventions les plus controversées conduites par la France en Afrique au cours des dernières décennies : l’opération Turquoise menée en plein génocide des Tutsis au Rwanda, en 1994. « C’est se moquer des Français que de leur mentir sur la nature d’une opération qui a été menée en leur nom. Et c’est tout aussi indécent, vis-à-vis du million de victimes du génocide, d’occulter le rôle inquiétant que la France y a joué. En taisant cette réalité, on s’autorise à ce qu’une telle horreur puisse se répéter. » Longtemps, Guillaume Ancel fut un spécialiste du guidage au sol des frappes aériennes. Ancien TACP (prononcer : « TacPi », pour Tactical Air Control Party Specialist), ce lieutenant-colonel diplômé de Saint-Cyr guidait les avions de chasse de l’armée française vers leur cible, sur différents terrains d’opération. Jeune Afrique

Rwanda : pas de haut-parleurs dans les mosquées
Le gouvernement rwandais interdit aux mosquées situées dans la capitale du pays d’utiliser des haut-parleurs pour les appels à la prière. Selon les autorités, les appels à la prière lancés par les muezzins à l’aide de ces appareils engendrent la pollution sonore du quartier de Nyarugenge notamment, où se trouvent les plus grandes mosquées de Kigali. Un responsable d’une association musulmane a dénoncé la mesure prise par le gouvernement. Selon lui, les autorités devraient inciter les responsables des mosquées à réduire le volume des haut-parleurs. BBC

Les Comores touchées par la crise qui dure à Mayotte
A Moroni, on ressent les déflagrations de la crise qui dure à Mayotte depuis près d’un mois. Cette île de l’archipel des Comores, sous administration française, proteste contre une insécurité croissante et des conditions de vue déplorables qu’elle impute à l’immigration clandestine venue des Comores. Une situation que les autorités comoriennes prennent très au sérieux. Le ministre de l’Intérieur a réuni l’ensemble des forces de l’ordre militaires et civiles afin de s’assurer que tous soient en alerte en cas de débordements. RFI

RDC: UDPS, UNC et MLC s’organisent et craignent un «chaos général» en Ituri
Après Ensemble pour le changement, la plateforme électorale autour de Moïse Katumbi lancée lundi 12 mars en Afrique du Sud, un autre regroupement de l’opposition est en chantier en RDC. Il est composé de l’UDPS, l’UNC et le MLC et alliés. Hier à Kinshasa, Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe et Eve Bazaïba ont rendu public la déclaration de cette nouvelle plateforme de l’opposition. Ils ont également dit leur disponibilité à accueillir d’autres adhérents. RFI

Réunion Europe-Afrique pour lutter contre les réseaux de passeurs
Les ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères de plusieurs pays africains et européens étaient réunis vendredi au Niger pour discuter de la lutte contre les réseaux de passeurs de migrants que la France souhaite muscler avec une action en amont. Le ministre français de l’Intérieur Gérard Collomb avait plaidé avant la réunion à Niamey pour une action « au plus près des pays d’origine et de transit des migrants », acteurs clés de la lutte contre l’immigration irrégulière. Le Niger est un des principaux pays de transit des migrants africains vers l’Europe. VOA

Après avoir fui la guerre, des Sud Soudanais perdus en Centrafrique ​
A son âge, Justin, un Sud-Soudanais n’avait pas d’autre choix pour fuir la guerre civile dans son pays que de se réfugier en Centrafrique voisine, minée elle aussi par les conflits entre groupes armés. Ce vieux monsieur de 72 ans reste hanté par la mémoire de ces « hommes du gouvernement sud-soudanais » qui ont « tué des civils et brûlé des maisons » dans son village de Source Yubu au Soudan du Sud. « Ils pensent que les rebelles sont dans la brousse et que la population les ravitaillent en nourriture », dit-il. A Obo, ils sont 2.000 Sud-Soudanais comme lui à avoir franchi la frontière pour gagner le camp de réfugiés de la ville avec l’espoir de trouver la paix en Centrafrique. Mais ils ont découvert un pays ravagé par la pauvreté, les conflits et où plus de la moitié de la population dépend de l’aide humanitaire. Slate

Cameroun : des élections sénatoriales sur fond de crise socio-politique
À quelques jours des sénatoriales prévues ce 25 mars, les partis politiques affûtent leurs armes. Sauf surprise, le RDPC, parti au pouvoir, devrait remporter la majorité des sièges. Mais plus que jamais, la crise anglophone se trouve au cœur des débats de la campagne, lancée le 10 mars dernier. La deuxième élection sénatoriale de l’histoire du Cameroun se tient le 25 mars prochain. Depuis le 10 mars et jusqu’au 24 mars, les neuf partis politiques en lice sont officiellement en campagne. Au sein des différents états-majors, l’heure est au déploiement sur le terrain. Objectifs : convaincre les 9 600 conseillers municipaux qui constituent le collège électoral et remporter les 70 postes en jeu. Jeune Afrique

Maroc : Jerada toujours agitée par des heurts entre policiers et manifestants
Des manifestants s’en sont pris, mercredi, aux forces de l’ordre à Jerada, ville minière dans le nord-est du Maroc, où les habitants réclament depuis des mois des mesures d’aide au gouvernement pour lutter contre la pauvreté. Le calme ne semble pas prêt de revenir à Jerada. Malgré l’avertissement lancé par les autorités aux manifestants de cette ville du nord-est du Maroc, agitée par un mouvement de contestation sociale depuis fin décembre, des heurts entre policiers et manifestants se sont produits mercredi 14 mars. France 24

Présidentielle en Égypte: les rares opposants de Sissi réduits au silence
Les rares opposants au président Abdel Fattah Al-Sissi n’ont pas leur mot à dire à quelques jours de la réélection assurée du maître absolu de l’Égypte pour un deuxième mandat de quatre ans. Aujourd’hui, ceux qui ne sont pas d’accord avec M. Sissi n’ont rien d’autre à espérer qu’un départ du président en 2022. Dans la course à la présidentielle, avant le scrutin des 26, 27 et 28 mars, les candidats potentiels ont été évincés un à un. Et M. Sissi n’a qu’un seul adversaire: Moussa Mostafa Moussa… l’un de ses soutiens. « Attention. Cette chose qui s’est passée il y a sept ou huit ans (la révolte de 2011) ne se reproduira pas en Égypte… », a martelé le président Sissi lors d’un discours en janvier, peu après que l’un de ses rivaux, le général Sami Anan, eut été arrêté pour avoir déclaré sa candidature. TV5

Pollution et marées noires au Nigeria: Amnesty accuse Shell et ENI
Amnesty International presse le Nigeria d’ouvrir une enquête sur 89 déversements d’hydrocarbures qui ont eu lieu dans la région pétrolière du Delta (sud-est), « l’un des endroits les plus pollués de la planète », accusant Shell et ENI d’avoir dissimulé les causes de pollution. Dans un rapport publié vendredi, l’ONG internationale de surveillance des droits de l’Homme affirme qu’il existe de « bonnes raisons de douter » des arguments avancés par les deux multinationales pour justifier les causes de ces marées noires. Amnesty assure que dans le cas de 89 fuites (46 sur des pipelines opérés par la filiale de Shell (Shell Petroleum Development Company of Nigeria) et 43 sur ceux de Nigerian Agip Oil Company, la branche locale de l’Italien ENI), la pollution pourrait davantage être dues à la mauvaise maintenance des infrastructures et à la corrosion des oléoducs, qu’à des actes de vandalisme. Slate



Photo: Adam Jones