Revue de presse du 11 août 2026

Mali: à l’ouverture de son procès, l’animateur radio Ras Bath rejette les accusations d’atteinte aux institutions
Au Mali, le célèbre chroniqueur Youssouf Bathily, alias Ras Bath, et une activiste malienne « contre la vie chère » comparaissent depuis lundi 10 août devant la cour d’appel de Bamako pour plusieurs chefs d’inculpation dont « association de malfaiteurs, atteinte au crédit de l’État, de ses institutions et de ses gouvernants ». La première journée de procès a tourné autour des audios présentés comme des éléments de preuve contre le chroniqueur et activiste. À la barre Youssouf Bathily, dit « Ras Bath », écoute silencieux le président du tribunal : « Reconnaissez-vous les faits d’association de malfaiteurs et d’atteinte au crédit de l’État qui vous sont reprochés ? » Le chroniqueur politique sur une radio-télé privée locale répond : « Non ! » Physiquement il a plutôt maigri, mais le ton reste ferme après trois ans de détention préventive. À ses côtés, il y a une autre prévenue, l’activiste malienne plus connue sous le surnom de Rose. Dans des sorties sur les réseaux sociaux, elle dénonce « la vie chère au Mali ». « Mon but était d’avertir les autorités sur la hausse des prix des produits de première nécessité », a-t-elle déclaré à la barre pour se défendre. Ras Bath l’ayant dans le passé, à deux reprises invité à ses émissions, l’accusation a tenté de démontrer que les deux prévenus étaient en association pour renverser les institutions de la République. La défense a protesté avant d’exiger l’annulation dans la procédure des audios présentés comme des éléments de preuve contre le chroniqueur et l’activiste. À la fin de l’audience, dans la cour du tribunal, Ras Bath a été porté en triomphe par ses partisans qui scandaient : « Libérez Ras Bath ». Le poing levé, il a remercié le public. Le procès de Ras Bath se poursuit ce mardi 12 août. RFI

Nigeria: enquêté par les autorités, un colonel dit avoir préparé un putsch en 2025 par «patriotisme»
Au Nigeria, le média nigérian Premium Times a publié lundi 10 août les déclarations aux enquêteurs du colonel Mohammed Ma’aji, soupçonné d’être le cerveau derrière un projet de coup d’État en 2025. Six personnes, militaires à la retraite et civils, font l’objet de poursuites devant la justice fédérale, alors qu’une cour martiale a jugé un total de 36 militaires au mois de mai. Cette instance n’a pas encore rendu ses conclusions. Le parquet accuse les 36 militaires en service au moment des faits d’avoir conspiré « entre eux pour faire la guerre contre l’État afin d’intimider le président de la République fédérale ». Lors d’interrogatoires conduits entre octobre et novembre 2025, le colonel Mohammed Alhassan Ma’aji, 50 ans, a déclaré avoir agi « par patriotisme ». « La plupart des officiers impliqués partagent un sens du patriotisme, l’amour de leur pays et un désir sincère de changement positif », a expliqué le colonel Mohammed Alhassan Ma’aji aux enquêteurs qui l’ont interrogé. L’idée de fomenter un coup d’État est née en 2023, à la fin du second mandat de Muhammadu Buhari, « quand la corruption et le népotisme sont devenus un fait quotidien », selon ses dires. … Les réformes entreprises par le président Bola Tinubu ne font que renforcer la colère des intrigants, qui commencent à se réunir à la fin de l’année 2024 pour mettre un plan sur pied. « Cette action a été motivée par le désir de voir naître une nation prospère et un pays dont nous puissions tous être fiers », a encore déclaré Mohamed Alhassan Ma’aji, qui plaide non coupable, comme l’ensemble des autres mis en cause. RFI

Ethiopie: les autorités rebelles du Tigré dénoncent des frappes de drones de l’armée fédérale
Les autorités rebelles du Tigré ont accusé mardi le gouvernement éthiopien d’avoir mené des frappes de drones meurtrières dans le sud de cet Etat régional, dénonçant « une grave escalade » sur fond de tensions croissantes et de craintes d’une nouvelle guerre. « Une frappe de drones a été menée hier (lundi) par le gouvernement éthiopien à Merewa », dans le sud du Tigré, près de la frontière avec la région de l’Amhara, a déclaré à l’AFP Amanuel Assefa, numéro deux du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) qui dirige l’Etat régional. Dans un communiqué transmis mardi à l’AFP, le TPLF affirme que ces frappes ont visé les troupes tigréennes et causé des « pertes humaines », sans autre précision. Au moins quatre combattants tigréens « une femme et trois hommes », ont été blessés dans ces frappes, a affirmé mardi à l’AFP une source médicale à l’hôpital d’Alimata, qui a requis l’anonymat, précisant que « deux d’entre eux ont déjà subi une intervention chirurgicale ». Sollicité par l’AFP, le porte-parole de l’armée fédérale n’a pour l’heure pas donné suite. M. Amanuel a également affirmé que les frappes avaient touché « un lycée », ce que l’AFP n’a pas été en mesure de vérifier. Depuis plusieurs mois, forces fédérales et tigréennes sont massées de chaque côté de la frontière du Tigré, Etat le plus septentrional de l’Ethiopie, et les deux parties, qui entretiennent des relations exécrables, s’accusent mutuellement de vouloir déclencher un nouveau conflit. AFP

Tanzanie: reprise du procès de Tundu Lissu, leader du Chadema, principal parti d’opposition
En Tanzanie, le procès pour haute trahison de Tundu Lissu, président du principal parti d’opposition tanzanien, a repris, ce lundi 10 août. Après près de six mois d’interruption, le procès reprend devant la Haute Cour de Dar es Salaam qui devra trancher si le dossier, transmis par l’accusation, est suffisamment solide pour poursuivre Tundu Lissu, à défaut de quoi l’affaire sera classée sans suite. Tundu Lissu est apparu souriant et le poing levé, à son entrée dans la salle d’audience. Il s’est dit heureux de pouvoir dénoncer les agissements répréhensibles du gouvernement à travers ce procès. Après une énième suspension, le procès a repris ce lundi. Lors de la dernière audience, devant la cour d’appel, le parquet avait demandé à ajouter de nouveaux éléments de preuve, une demande rejetée par la cour qui l’a jugée « dépourvue de fondement ». Pour la défense, ces « preuves » étaient suffisamment importantes pour que, sans elles, le dossier ne tienne plus. Autrement dit, à l’heure actuelle, le parquet n’aurait pas établi un dossier suffisamment solide pour poursuivre Tundu Lissu. Résultat : la défense compte demander, à la Haute Cour, de conclure qu’il n’a plus à répondre aux charges, et de classer l’affaire. … Tundu Lissu était le candidat du parti d’opposition Chadema à l’élection présidentielle, l’année dernière. Arrêté en avril dernier, la justice lui reproche d’avoir appelé à empêcher la tenue des élections de 2025, si des réformes électorales n’étaient pas adoptées. Depuis, Tundu Lissu est accusé de trahison, une infraction passible de la peine de mort, en Tanzanie. Le procès se poursuivra jusqu’au 7 septembre. RFI

Burkina Faso: interdiction de 18 évènements culturels dits contraires aux bonnes mœurs
Au Burkina Faso, les restrictions des militaires au pouvoir contre le secteur culturel se poursuivent. Le ministère de la Culture a adressé des mises en demeure aux organisateurs de plusieurs événements festifs dans le pays. Ces suspensions interviennent dans le cadre d’une politique, dite « d’assainissement dans le secteur artistique et culturel », engagée par le ministère de la Culture depuis mars 2025. Parmi les évènements interdits figure Golden Moment – rencontres du milieu showbiz – qui était prévu, du 14 au 15 août, au Palais des Sports de Ouagadougou. Autre évènement concerné : Urban Vibes. Le festival avait tenu sa première édition, en mai dernier, à Bobo-Dioulasso, la capitale économique du pays. Au programme : la découverte d’artistes locaux mais aussi des campagnes de sensibilisation au cancer du sein, à la sécurité routière ainsi qu’à des activités de reboisement. Au total, ce sont 18 évènements qui ont été interdits dans plusieurs localités du Burkina Faso. Le ministère de la Culture estime que ces activités sont contraires aux bonnes mœurs et susceptibles de porter atteinte à l’ordre public. Mais ces interdictions interviennent dans un contexte plus large de durcissement des règles dans le secteur culturel. Début juin, les concours de beauté féminins ont notamment été interdits, dans l’attente de nouveaux textes, jugés plus conformes « aux valeurs culturelles nationales ». Près de deux mois plus tard, ces textes se font toujours attendre. RFI

Ebola : l’épidémie a fait plus de 2 000 morts en RDC
L’épidémie de maladie à virus Ebola, qui continue de progresser en République démocratique du Congo (RDC), a fait 2 011 morts, pour 4 381 cas confirmés, selon un dernier bilan publié par les autorités congolaises mardi 11 août. Le cap symbolique des 1 000 décès avait été dépassé le 22 juillet. Ce bilan rapproche l’épidémie actuelle, qui se propage dans des régions de l’Est et du Nord-Est en proie à des conflits, de celle qui avait sévi entre 2018 et 2020, la plus meurtrière à ce jour en RDC, avec près de 2 300 morts. Le virus Ebola, qui se transmet par contact avec les fluides corporels et provoque une fièvre hémorragique, a tué plus de 15 000 personnes en Afrique au cours des cinquante dernières années. Déclarée officiellement le 15 mai, avec plusieurs semaines de retard, la flambée actuelle est susceptible de « devenir la plus grande jamais enregistrée dans le monde », selon Sania Nishtar, directrice de L’Alliance du vaccin Gavi. Partie de la province de l’Ituri, l’épidémie s’est propagée à plusieurs provinces du Nord-Est et de l’Est, notamment celle du Nord-Kivu, des régions où la présence de l’Etat est fragile et les infrastructures de santé sont largement démunies. Elle est causée par le variant Bundibugyo, pour lequel il n’existe jusqu’à présent ni vaccin ni traitement. Le taux de mortalité de la flambée actuelle est estimé à 45,9 % par les autorités sanitaires congolaises. L’insécurité entretenue par des groupes armés et la défiance de la population compliquent la riposte dans les provinces affectées par l’épidémie. Le Monde avec AFP

Sénégal: session parlementaire sur fond de rivalité entre le président de l’Assemblée et le chef de l’État
Au Sénégal, le président de l’Assemblée nationale Ousmane Sonko a ouvert, ce lundi 10 août, la première session extraordinaire de l’année. L’ordre du jour est chargé. Ces quinze prochains jours, les députés vont se pencher sur cinq textes de loi en tout. Deux de ces textes, portés par la majorité Pastef, seront examinés en procédure d’urgence. Très politiques, ils prolongent de nouveau dans l’hémicycle le face-à-face entre le camp d’Ousmane Sonko et celui de Bassirou Diomaye Faye. De nouveau, le Pastef remet sur la table la modification de l’article 37 de la Constitution. Elle obligerait le chef de l’État à déclarer son patrimoine en fin de mandat et non plus seulement à son arrivée au pouvoir. La mesure figurait déjà dans la révision de la loi suprême adoptée, fin juin, par les députés, révision aussitôt invalidée par le Conseil constitutionnel, un revers pour le camp d’Ousmane Sonko. L’autre proposition de loi du Pastef vise à encadrer les crédits spéciaux, aussi appelés « fonds secrets », du nom de ces enveloppes versées à la présidence et à la primature. L’idée est de mieux les contrôler, avec par exemple un droit de regard exercé par une commission restreinte de députés. Sujet de discorde entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, ce dossier avait précipité leur rupture, en mai dernier. Derrière ces deux textes, Moussa Diaw, professeur en sciences politiques à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, estime que le « Pastef veut forcer le président à rendre des comptes », à l’heure où Bassirou Diomaye Faye finance son nouveau parti, Kiiraay. Au-delà de ce volet très politique, les députés se pencheront également sur trois projets de loi initiés par le gouvernement : le Code de la sécurité sociale, le Code du travail et enfin une loi pour la sécurité numérique, un sujet jugé prioritaire. Depuis octobre dernier, trois institutions sénégalaises ont été victimes de cyberattaques. RFI

Ouganda: derrière les élections de paroisse, la bataille pour le pouvoir local
En Ouganda, les conseils de paroisse, peu connus du grand public, jouent pourtant un rôle concret dans le règlement des litiges, le maintien de l’ordre et le relais avec les autorités. Leur renouvellement, ce lundi 10 août, doit aussi permettre de mesurer le rapport de force politique au niveau local, dans un système où le NRM, parti au pouvoir, part avec un net avantage. Justice Simon Byabakama résume ainsi l’une des fonctions les plus concrètes des conseils de paroisse renouvelés, ce lundi 10 août, en Ouganda. Peu connus du grand public, ces LC II (Conseils de paroisse de niveau II) constituent pourtant un rouage de la vie quotidienne. Ils interviennent, en effet, dans les conflits locaux, participent au maintien de l’ordre et servent de relais entre les habitants et les autorités. « Si deux voisins se disputent, par exemple sur les limites de leurs terrains, ils peuvent saisir le comité exécutif du village pour régler le différend. Et si l’un d’eux n’est pas satisfait de la décision prise au niveau du village, il peut alors faire appel devant le comité de la paroisse », explique le président de la Commission électorale. Ces structures travaillent ainsi dans le prolongement des conseils de village. Elles participent aussi au maintien de l’ordre, suivent les projets publics et servent de relais entre les habitants et les autorités. Le scrutin de lundi était particulièrement surveillé, après les violences et irrégularités qui avaient marqué les élections de village, fin juillet, et entraîné l’organisation de nouveaux votes dans plusieurs localités. … Mais derrière cette élection indirecte se joue aussi un rapport de force politique. Les candidats peuvent se présenter sous les couleurs des partis politiques. … Or, le NRM, parti au pouvoir, a largement dominé les élections de village et ce sont précisément les responsables, issus de ce premier scrutin, qui composent désormais les collèges électoraux chargés de désigner les présidents des paroisses. RFI

Sierra Leone : le parlement approuve une réforme électorale controversée
Le Parlement de Sierra Leone a approuvé lundi une réforme constitutionnelle, modifiant de nombreuses dispositions de la loi électorale. La nouvelle copie instaure l’élection à la présidence à une simple majorité nationale contre 55 % des suffrages actuellement. Pour éviter un second tour, un candidat à la présidence devrait également obtenir au moins 20 % des voix dans les deux tiers des circonscriptions de la Sierra Leone selon les nouvelles règles. Mais pas seulement, les députés ont aussi introduit la représentation proportionnelle pour les élections législatives. Leur texte prévoit également un quota de 30 % de femmes aux postes de direction politique. Ces dispositions ont été contestées par l’opposition, mais soutenues par le Parti populaire de la Sierra Leone au pouvoir. Le président Julius Maada Bio, avait appelé à voter en faveur de ces changements. Alors qu’il effectue son dernier mandat, il ne pourra pas se représenter en 2028. Africanews