Revitaliser les unités tactiques intégrées pour lutter contre les groupes armés irréguliers d’Afrique de l’Ouest
En Afrique de l’Ouest, les groupes armés irréguliers exploitent les lacunes tactiques des structures des forces militaires. Une plus grande intégration des capacités de mobilité, de renseignement et de soutien logistique est donc nécessaire dans les opérations de contre-insurrection africaines. Les formations classiques articulées autour du bataillon et conçues pour la guerre conventionnelle et linéaire sont mal adaptées aux menaces des insurgés, plus dispersées et rapides, auxquelles sont confrontés plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Une mobilité opérationnelle accrue garantit la portée, la rapidité et l’imprévisibilité tactique. L’efficacité dans la guerre irrégulière contemporaine repose sur des unités tactiques intégrées, une manœuvre appuyée par le renseignement et une portée opérationnelle durable. … La réorganisation des forces tactiques africaines renforce la capacité de l’armée à réagir avec rapidité, précision et résilience. Plus important encore, cela permet d’ancrer les gains obtenus sur le champ de bataille dans un cadre de campagne coordonné qui aligne les opérations de sécurité sur les résultats en matière de gouvernance et de stabilisation. Sans cette cohérence, les forces africaines pourraient continuer à lutter contre des menaces insurgées qui s’adaptent, compromettant ainsi les perspectives d’une paix et d’une sécurité durables dans toute la région. Centre d’études stratégiques de l’Afrique
L’opposant guinéen Tibou Kamara annonce la libération de sa mère et sa sœur
Âgée de 84 ans, Hadja Asmaou Diallo, mère de Tibou Kamara, et la sœur de celui-ci avaient été emmenées « de force » le 3 mars par des « hommes vêtus de treillis », avaient indiqué des proches au lendemain de leur enlèvement. Les deux femmes ont été amenées ce lundi par un véhicule à l’entrée de Dinguiraye, ville du nord-est de la Guinée d’où elles avaient été emmenées de force, et « c’est de là qu’elles ont emprunté deux motos pour rentrer à la maison », a raconté Tibou Kamara. … Ancien conseiller personnel du président Alpha Condé, renversé en 2021 lors du coup d’État ayant porté Mamadi Doumbouya au pouvoir, Tibou Kamara est un critique des autorités actuelles et vit en exil en raison de la répression des voix d’opposition en Guinée. … Depuis la prise de pouvoir du général Doumbouya, plusieurs partis politiques ont été suspendus, les manifestations – interdites depuis 2022 – sont réprimées et de nombreux dirigeants de l’opposition et de la société civile ont été arrêtés, condamnés ou poussés à l’exil. Jeune Afrique avec AFP
Dans la Guinée de Mamadi Doumbouya, des enlèvements d’opposants en série
Plus d’un an après son enlèvement en Guinée par des hommes en tenues militaires, Abdoul Sacko compose toujours avec les séquelles physiques et psychologiques des tortures qu’il a subies. Aujourd’hui en exil, ce militant critique des autorités guinéennes est l’un des rares à avoir recouvré la liberté, alors que les disparitions forcées se multiplient dans son pays. Une chape de plomb s’est abattue sur la Guinée après l’arrivée au pouvoir du général Mamadi Doumbouya par un putsch en 2021. Le phénomène des enlèvements d’opposants ou de leurs proches est depuis devenu systémique dans cet Etat d’Afrique de l’Ouest, coutumier des régimes autoritaires depuis son indépendance de la France en 1958. « J’ai été molesté, giflé, arme pointée sur la tête », raconte à l’AFP Abdoul Sacko à Dakar, au Sénégal. Kidnappé à son domicile dans la nuit du 19 février 2025 sous les yeux de sa famille, le militant explique avoir subi des séances de tortures dans plusieurs lieux de Conakry qu’il n’a pu identifier, étant constamment cagoulé. … Ses ravisseurs lui ont fait subir des simulations de noyade en lui demandant s’il comptait organiser un coup d’Etat, « pourquoi (il) aime tant critiquer, parler de corruption », relate ce responsable du Forum des forces sociales de Guinée, un mouvement citoyen. … « Depuis 2023 jusqu’à aujourd’hui, on compte une vingtaine de personnes victimes de disparitions forcées », affirme Alseny Farinta Camara du mouvement Tournons la Page, une organisation de la société civile. … La plupart des opposants guinéens vivant aujourd’hui en exil, ce sont leurs proches qui désormais disparaissent. C’est notamment le cas des enfants, âgés de 16 et 14 ans, du chanteur en exil Elie Kamano, ou encore du père, âgé de 72 ans, du journaliste Mamoudou Babila Keïta: emmenés par des inconnus, aucun n’est réapparu. AFP
A Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina, qui a pris le pouvoir en 2025, suspend le gouvernement et démet le premier ministre
Le nouvel homme fort de Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina, a annoncé la « suspension du gouvernement » et la nomination prochaine d’un nouveau premier ministre, dans un communiqué de la présidence daté de lundi 9 mars. La présidence n’a fourni aucune explication concernant cette décision de démettre le premier ministre, Herintsalama Rajaonarivelo, nommé il y a moins de cinq mois par le colonel Randrianirina quelques jours après la prise de pouvoir de ce dernier. … Le colonel Randrianirina a pris le pouvoir en octobre 2025 à l’issue d’un vaste mouvement de contestation de la jeunesse et du renversement par l’armée du président Andry Rajoelina. Le nouveau chef de l’Etat table sur une période de transition de deux ans, selon un programme rendu public fin février. Une première phase de consultations tous azimuts est censée se dérouler jusqu’à la fin 2026. Ces consultations doivent déboucher sur une refonte du système électoral et sur un projet de nouvelle Constitution qui sera soumis à référendum entre mai et juillet 2027. Une élection présidentielle est ensuite prévue au dernier trimestre 2027. Le Monde avec AFP
Soudan du Sud: la mission de l’ONU refuse de quitter une ville de l’est que l’armée veut prendre d’assaut
Au Soudan du Sud, la Mission des Nations unies (Minuss) a annoncé le 9 mars 2026 son refus de se plier à la demande de l’armée sud-soudanaise de fermer sa base à Akobo, ville de l’est du Jonglei, frontalière de l’Éthiopie. L’armée avait en effet lancé vendredi un ultimatum de 72 heures aux « casques bleus », ainsi qu’aux ONG et aux civils, pour qu’ils s’en aillent, en vue d’un assaut militaire contre ce bastion du mouvement d’opposition du vice-président Riek Machar, aujourd’hui détenu à Juba, la capitale. L’ONU n’a donc pas obtempéré, et ce alors que les habitants ont, eux, fui en masse. Après plus de deux jours de silence, l’ONU rejette ainsi l’injonction du gouvernement « La Minuss réaffirme que ses « casques bleus » resteront à Akobo, fournissant une présence protectrice aux civils », indique son communiqué lundi, alors que l’ultimatum gouvernemental a déjà expiré. « Toute opération militaire à Akobo et dans ses environs met gravement en danger la sécurité des civils », déclare Anita Kiki Gbeho, la cheffe de l’ONU au Soudan du Sud. L’ONU dit également négocier « de façon intensive » avec les autorités de Juba à propos de l’offensive militaire planifiée contre Akobo. RFI
Centrafrique: arrestation d’un humanitaire français de MSF par des mercenaires russes
Le gouvernement centrafricain accuse un travailleur humanitaire français de la branche suisse de Médecins sans frontières (MSF) « d’activités subversives ». François Zamparini, qui faisait le déplacement depuis un camps de réfugiés en RDC, a été arrêté, mercredi 4 mars, par des mercenaires russes à Zémio, juste de l’autre côté de la frontière, en Centrafrique, alors qu’il était en réunion avec des autorités locales de cette zone en proie à un conflit intercommunautaire sanglant depuis plusieurs années. Dans un communiqué publié ce mardi matin, Médecins sans frontières Suisse affirme « soutenir » François Zamparini et travailler « à la clarification de cette situation en collaboration avec les autorités compétentes ». … Pour l’ONG, faire transiter le matériel par la Centrafrique est plus aisé que via la RDC. D’où la présence de François Zamparini à Zémio. Lors de ses venues précédentes, aucun problème. Mais cette fois, les « Wagner » ont débarqué au cours d’une réunion à laquelle participaient le sous-préfet et le maire de la ville. Gardé à la gendarmerie nationale, il a été ramené à Bangui avec un employé local de l’ONG. Dans la foulée, une campagne a été lancée sur les réseaux sociaux afin de le présenter comme un espion et un mercenaire. Puis le ministère de la Communication l’a accusé « d’activités subversives visant à soutenir des groupes armés », en l’occurrence la milice Azandé Ani Kpi Gbè. … Dans cette zone instable du haut-Mbomou, les Russes goûtent peu la présence de personnes extérieures, particulièrement des Occidentaux, qui pourraient observer leurs exactions. Cette situation rappelle celle de Joseph Figueira. Ce chercheur belgo-portugais a été arrêté au même endroit en mai 2024, alors qu’il était en mission pour une ONG américaine. RFI
L’offensive pro-Kremlin s’étend de l’Europe au Sahel selon ISD/AFP
Les acteurs pro-Kremlin intensifient leurs efforts pour s’immiscer dans le débat démocratique à travers l’Europe et au-delà. Ceci est la conclusion d’une série d’enquêtes menées par l’Institut pour le Dialogue Stratégique (ISD) en collaboration avec l’Agence France-Presse. Le projet de 18 mois a révélé des tactiques exploitant une application faible des sanctions, les nouvelles technologies et des réseaux localisés pour diffuser de la désinformation, attiser les tensions sociales et miner la confiance dans les institutions démocratiques. … L’ISD a également documenté comment des tactiques similaires sont déployées hors d’Europe, notamment dans l’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Suite au retrait progressif des forces françaises et de l’ONU entre 2022 et 2025, les trois pays se sont tournés vers la Russie pour obtenir un soutien militaire. « Je ne suis pas surprise que le Sahel soit ciblé par des récits pro-Kremlin », déclare Manzi. « La Russie se bat pour son influence en Afrique depuis un certain temps déjà. Ce qui est plus surprenant, c’est la localisation des campagnes en termes de langue, de griefs et de différences politiques régionales. « L’enquête de l’ISD a révélé que des acteurs pro-Kremlin utilisent des influenceurs locaux, des journalistes et des militants de terrain pour promouvoir les récits russes dans les langues locales, les présentant comme des perspectives authentiques et non comme de la propagande étrangère. Sahel Intelligence
Niger : des tirs et des explosions entendus à Tahoua
Des tirs nourris et des explosions ont été entendus dans la nuit du 8 au 9 mars à Tahoua, grande ville du sud-ouest du Niger, avant que le calme revienne, selon des habitants. Cette attaque survient quelques semaines après celle de l’État islamique au Sahel (EIS) contre l’aéroport de la capitale Niamey et une base militaire sur le même site. « Des tirs très nourris suivis d’explosions ont été entendus vers 3 heures (2 heures GMT) », a indiqué un habitant de la ville de Tahoua, située dans une région frontale du Nigeria et proche du Mali. Les assaillants non identifiés « sont venus à motos » et « des échanges de tirs [ont été entendus] du côté de l’aéroport de la ville et au centre-ville », a-t-il ajouté. « Le calme est revenu, on n’entend plus de tirs, les gens sortent de leur maison pour chercher de la nourriture pour le ramadan », a assuré un autre habitant, avant le petit matin. Le bilan tout comme l’identité des assaillants n’était pas connue ce lundi matin. La région de Tahoua est confrontée à des attaques jihadistes dans sa partie nord proche du Mali et à des attaques de « bandits » armés le long de sa frontière avec le Nigeria. Mais jusqu’à présent la ville de plus de 100 000 habitants, chef-lieu de la région, était épargnée. … La semaine dernière, un douanier et au moins trois civils ont été tués dans une attaque contre un poste de contrôle près de la frontière du Nigeria, dans la région de Tahoua. Jeune Afrique avec AFP
L’ONU alerte sur l’explosion des violences sexuelles liées au conflit et le sort tragique des enfants nés du viol en RDC
Le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) tire la sonnette d’alarme : les violences sexuelles liées au conflit (VSLC) atteignent un niveau critique en République démocratique du Congo (RDC). Dans son rapport 2025, publié dimanche 8 mars, le BCNUDH décrit non seulement une augmentation des cas documentés, mais aussi l’utilisation systématique du viol comme arme de guerre, avec des conséquences dévastatrices sur plusieurs générations. En 2025, le BCNUDH a documenté 887 cas de violences sexuelles ayant touché 1 534 victimes, dont 854 femmes et 672 filles. L’Est du pays reste l’épicentre de la crise : le Nord‑Kivu et le Sud‑Kivu concentrent près de 80 % des victimes recensées. … Le rapport décrit des pratiques parmi les plus graves relevant du droit international. C’est notamment l’esclavage sexuel : des femmes et des filles sont maintenues en captivité prolongée, soumises à des viols répétés et à des grossesses forcées. Les enfants nés de ces viols font face à un rejet familial, à l’absence d’enregistrement à l’état civil, à un risque élevé de recrutement par les groupes armés. Le BCNUDH souligne qu’il s’agit d’une génération entière née dans la violence et la stigmatisation. Radio Okapi
Le Rwanda affine sa stratégie énergétique au sommet mondial du nucléaire civil
Paris accueille mardi 10 mars le deuxième sommet mondial sur l’énergie nucléaire civile. Parmi les chefs d’État attendus à cet événement, le président rwandais Paul Kagame, qui pour la première fois depuis quelques années exprime ouvertement son ambition de diversifier sa production énergétique par l’énergie nucléaire. La veille, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a conclu une première mission d’examen intégré de l’infrastructure nucléaire à Kigali. Objectif : évaluer l’état d’avancement de la stratégie et formuler des recommandations. … Un projet à long terme. Au début de la visite de l’AIEA au Rwanda, les experts de l’agence internationale ont rappelé que le processus de développement de l’énergie nucléaire prend généralement entre 10 et 15 ans de travail. Kigali accueillera d’ailleurs au mois de mai le sommet sur l’innovation en énergie nucléaire en Afrique. Aujourd’hui, l’Afrique du Sud est le seul pays du continent à avoir une centrale nucléaire en opération. RFI
