Zambie : Les défis liés au maintien des progrès démocratiques


Présidentielle et législative : 13 août


Le président zambien Hakainde Hichilema brigue un second mandat à la tête de ce pays enclavé d’Afrique australe de 22 millions d’habitants.

Les 59 % de voix qu’il a obtenus, galvanisés par une forte participation des jeunes, ont constitué une percée significative pour celui qui a été candidat à six reprises et pour son parti, United Party for National Development – (UPND). Ce résultat est d’autant plus significatif, vu les inquiétudes suscitées par le recul de la démocratie sous la présidence d’Edgar Lungu, qui a dirigé la Zambie de 2015 à 2021. Le mandat de M. Lungu a été marqué par l’arrestation d’opposants politiques, l’affaiblissement de l’indépendance de la justice, le déploiement des forces de sécurité et des milices du parti pour intimider les opposants politiques, et la politisation des organes gouvernementaux indépendants.

Silhouettes de personnes faisant la queue à l’ouverture d’un bureau de vote à Lusaka le 12 août 2021. (Photo : AFP/Marco Longari)

Parmi les priorités immédiates de Hichilema figurent donc l’abrogation de la loi qui criminalise la diffamation du président, le retrait des milices politiques des marchés et des gares routières, le renforcement de l’indépendance de la Commission anti-corruption et d’autres organes de surveillance, ainsi que l’adoption de la loi sur l’accès à l’information.

M. Hichilema a également hérité d’une économie profondément fragilisée, caractérisée par une forte inflation, un kwacha qui a perdu 50 % de sa valeur, un niveau de confiance faible chez les investisseurs et un taux de chômage élevé chez les jeunes. Incapable de maintenir son niveau d’endettement déjà élevé, la Zambie s’est retrouvée en défaut de paiement en 2020.

Une usine d’engrais construite par la Chine dans la province de Lusaka, en Zambie. (Photo : AFP/Peng Lijun)

Homme d’affaires devenu homme politique, M. Hichilema a réalisé des résultats remarquables durant son premier mandat. Il a notamment négocié une restructuration de la dette dans le cadre commun du G20, réduit les déficits budgétaires, fait baisser l’inflation de 24% à 9% et amélioré la transparence des marchés publics. Depuis 2021, le classement de la Zambie dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International s’est amélioré, passant de la 117e à la 92e place (sur 180 pays). Parallèlement, la Zambie a connu une augmentation nette des investissements directs étrangers qui sont passés de 1,7% à 4,7% du produit intérieur brut entre 2021 et 2024

Malgré ces réalisations, Hichilema fait l’objet d’inquiétudes croissantes en raison de la restriction de la dissidence en Zambie. Raphael Nakacinda, secrétaire général du principal parti d’opposition, le Patriotic Front (PF), a été condamné en mai 2024 à une peine de six mois de prison pour avoir diffamé le président en 2021, en vertu de la même loi que Hichilema a abolie en 2022. Cette affaire s’inscrit dans une série d’arrestations de membres de partis d’opposition pour avoir tenu des propos critiques ou mensongers à l’encontre du gouvernement. Ils ont été accusés de divers délits, de l’incitation à la haine et à la sédition. Le gouvernement a également invoqué la loi de 2021 sur la cybersécurité et la cybercriminalité pour réprimer les critiques sur internet, ce qui suscite des préoccupations quant à l’utilisation abusive des outils de sécurité à des fins politiques.

Les médias indépendants ont également été soumis à une pression croissante sous le régime Hichilema, avec 60 % des journalistes et blogueurs interrogés indiquant avoir victimes de davantage de harcèlement, d’intimidation et d’arrestations. Ces représailles sont souvent associées aux médias qui accueillent des membres des partis d’opposition.

Ces restrictions [à la dissidence] ont eu pour effet de refroidir le débat ouvert, le dialogue et la surveillance en Zambie.

Ces restrictions ont eu pour effet de refroidir le débat ouvert, le dialogue et la surveillance en Zambie. Craignant que l’intolérance grandissante ne déstabilise ce pays longtemps paisible, la Conférence des évêques catholiques de Zambie a publié en novembre 2025 une déclaration exhortant les dirigeants politiques à « prendre des mesures décisives pour contenir et guider leurs partisans… et [à] œuvrer à la préservation de l’harmonie qui caractérise notre nation depuis des générations », alors que le pays se rapproche des élections de 2026.

En décembre 2025, Hichilema a promulgué des changements constitutionnels qui ont fait passer l’Assemblée nationale de 167 à 280 sièges. Hichilema soutient que l’élargissement des circonscriptions était nécessaire pour mieux servir la population croissante de la Zambie. Cependant, ses critiques affirment que cette mesure vise à renforcer le contrôle de l’UPND qui détient environ la moitié des sièges de l’actuelle Assemblée nationale.

Ces changements interviennent dans un contexte de fragmentation de l’opposition politique. Trois partis d’opposition – le Republican Progressive Party, le New Nation Party (autrefois appelé Movement for Multi-Party Democracy) et le Party for National Unity and Progress – ont déjà apporté leur soutien à la candidature de Hichilema pour 2026, invoquant son bilan en tant que réformateur économique.

Dépouillement des votes par des agents de la Commission électorale de Zambie (ECZ) dans un bureau de vote à Lusaka le 13 août 2021 (Photo : AFP/Patrick Meinhardt)

Le PF est le principal parti d’opposition du pays, avec 55 sièges à l’Assemblée nationale actuelle. Toutefois, le leader de l’opposition zambienne le plus connu, l’ancien président Edgar Lungu, est décédé en juin 2025. Avant sa mort, il avait négocié une alliance entre son parti PF et Tonse Alliance (une coalition de 11 petits partis), qui a par la suite décidé de se retirer de ce partenariat potentiel.

Le défi pour la Zambie sera de savoir s’il y a suffisamment d’espace pour toutes les voix, afin que le résultat puisse être accepté par tous les Zambiens.

La Commission électorale de Zambie (ECZ) est réputée pour son indépendance et sa capacité administrative. Cette commission a été active au cours des deux années précédant les élections et a lancé en juillet 2025 sa feuille de route pour les élections générales dans le but de promouvoir la transparence. L’inscription des électeurs à la fin de 2025 a été prolongée de deux semaines pour répondre à la demande. En conséquence, 758 000 nouveaux électeurs ont été enregistrés, portant le nombre total d’électeurs éligibles à 3,5 millions.

Le processus électoral de 2026 en Zambie présente une mosaïque de contrastes. Ces élections devraient figurer parmi les plus transparentes et les mieux organisées du continent cette année. De plus, le président sortant peut se prévaloir d’un bilan économique solide, malgré les défis persistants en matière de création d’emplois pour les nombreux jeunes du pays. Le défi consistera à déterminer s’il y a suffisamment d’espace pour toutes les voix, y compris celles des critiques, afin que le résultat puisse être accepté par tous les Zambiens.