Présidentielle : 15 mars
Sassou-Nguesso a prolongé son règne en contournant les restrictions sur l’âge et à la limitation du nombre de mandats.
Sassou-Nguesso a prolongé son règne dans ce pays d’Afrique centrale de 6 millions d’habitants en contournant les restrictions d’âge et de mandat en 2015, ce qui lui permet de briguer un cinquième mandat présidentiel consécutif en 2026. (Il y a eu une interruption de 5 ans dans le règne de Sassou-Nguesso de 1992 à 1997, lorsque l’ère du multipartisme a été introduite au Congo).
Sassou-Nguesso a été déclaré vainqueur avec 88% des voix à l’élection présidentielle de 2021 que les principaux partis d’opposition ont boycottée en raison de conditions jugées inéquitables. Le scrutin a été marqué par un faible taux de participation et par l’absence de noms d’électeurs sur les listes électorales. Le Parti congolais du travail (PCT) de M. Sassou-Nguesso et ses alliés ont obtenu presque tous les 151 sièges de l’Assemblée nationale, à l’exception de 29.
L’élection de 2026 est en passe de reproduire les campagnes précédentes, vu l’emprise de Sassou-Nguesso sur les principaux leviers du pouvoir dans le pays.

Des policiers sécurisent les urnes à Brazzaville le 21 mars 2021. (Photo : AFP/Alexis Huguet)
Les membres de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) du Congo sont sélectionnés par l’Assemblée nationale, ce qui donne au parti au pouvoir un avantage dans l’organisation des élections. À titre d’exemple, les partis de l’opposition se voient parfois refuser des certificats de reconnaissance, ce qui les empêche de procéder à leur inscription. En juin 2025, le ministère de l’Intérieur a suspendu 15 partis d’opposition. Plusieurs d’entre eux envisageaient de former une coalition, le Rassemblement des forces du changement (RFC), pour participer aux prochaines élections. Les autres candidats qui devaient se présenter ne figurent pas sur la liste finale des candidats approuvés.
Malgré ces contraintes institutionnelles, les candidats de l’opposition font toujours l’objet d’intimidations. Lassy Mbouity, le leader des socialistes congolais, a été enlevé le 11 mai 2025 et retrouvé dans un état critique dix jours plus tard. Ce dernier a finalement retiré sa candidature à la présidentielle et a déposé au moins cinq plaintes auprès de la Cour suprême, sans suite.
Le paysage politique étouffé du Congo a contribué à son marasme économique.
Sassou-Nguesso nomme tous les juges nationaux du pays et les tribunaux qui, à leur tour, protègent les intérêts du président, notamment en confirmant les condamnations de personnalités de l’opposition, telles que Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, sur la base d’accusations largement considérées comme étant motivées par des considérations politiques, ce qui a encore affaibli la concurrence.
Les manifestations sont également interdites, les autorités de l’État ayant refusé d’accorder les autorisations requises. Ceux qui ont protesté ont été victimes de violences et d’arrestations par les forces armées du pays.
Les médias congolais sont aussi strictement contrôlés par l’exécutif. La direction des médias d’État et du Conseil supérieur de la liberté de communication (CSLC), l’organe de régulation des médias, est nommée par le président. Les médias qui ne se conforment pas aux directives du CSLC risquent de perdre leur accréditation.
Malgré cet environnement restreint, six candidats de l’opposition se présenteront à l’élection présidentielle de 2026. Il s’agit de :
- Anguios Nganguia Engambé, président du Parti pour l’action de la République (PAR), qui fait campagne sur un programme de justice sociale, de transparence démocratique et de développement national. Il s’est présenté à de nombreuses élections précédentes.
- Destin Gavet, du Mouvement Républicain (MR), 35 ans, est le plus jeune candidat à se présenter. Sa campagne a pour objectif de résoudre le chômage des jeunes. Gavet a identifié l’industrialisation dans l’agriculture et les mines pour encourager l’emploi et le développement économique comme priorité.
- Joseph Kignoumbi Kia Mboungou, le leader du parti La Chaîne, se présente pour la deuxième fois. Anciennement membre du parti d’opposition l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), il a siégé à l’Assemblée nationale jusqu’à’ ce qu’il soit destitué en 2025 pour avoir parlé de la situation économique du pays. Les principales préoccupations de Mboungou sont l’économie et le niveau de dette du pays.
- Uphrem Dave Mafoula, président du Les Souverainistes, se présente pour la seconde fois et promet des réformes politiques avec le slogan « Un nouveau départ pour le Congo ». Mafoula cherche à reconstruire l’État en modifiant la constitution afin qu’elle garantisse la séparation des pouvoirs. Il appelle aussi à la diversification économique et à la réduction de la dépendance du Congo sur les importations de matières premières. Il préconise aussi le renforcement des secteurs de l’éducation et de la santé.
- Vivien Romain Manangou, un professeur d’université et leader du parti Debout pour le Congo, se présente en candidat indépendant. S’il est élu, son principal objectif est la consolidation des finances publiques et la réduction de la pauvreté au Congo.
- Mabio Mavoungou-Zinga, un inspecteur des douanes à la retraite de 70 ans, se présente sous le slogan “Un autre Congo est possible”. Mavoungou-Zinga identifie la corruption comme la principale cause des problèmes du pays. Il a promis de commencer par libérer l’opposition politique s’il est élu.
Le paysage politique étouffé du Congo a contribué à son marasme économique, le pays étant soumis au « paradoxe de l’abondance ». Bien que les exportations de pétrole génèrent des revenus annuels d’environ 2 milliards de dollars, le développement humain reste faible et à la traîne par rapport à d’autres pays à revenu intermédiaire. En fait, le revenu réel par habitant a régressé de 28 % depuis 2015. Les dépenses en matière de santé et d’éducation ont chuté au cours de la dernière décennie, tandis que l’électricité reste peu fiable. Les niveaux d’inégalité sont parmi les plus élevés d’Afrique.

Le président Denis Sassou-Nguesso rencontre le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi (Photo : AFP/Zheng Yangzi)
La sous-performance économique du Congo est en partie liée à sa réputation en matière de corruption endémique. Le pays se classe 151e sur 180 pays dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International. Le favoritisme systémique et les détournements de fonds réduisent la flexibilité budgétaire et contribuent aux pénuries d’électricité et d’eau, aux retards dans le versement des salaires et des pensions, ainsi qu’à des niveaux élevés d’endettement.
Sassou-Nguesso entretient depuis longtemps des liens étroits avec la Chine et la Russie, qui se sont fortement impliquées dans les secteurs des hydrocarbures et des minerais du Congo. La Chine a financé de grands projets d’investissement, souvent en échange de pétrole et de bois. En conséquence, le Congo a accumulé une dette estimée à 3,2 milliards de dollars envers la Chine. La Russie, quant à elle, détient une participation de 90 % dans l’oléoduc Pointe Noire-Makoulou Pichot, et le président russe Vladimir Poutine a affirmé que le Congo était « une priorité essentielle de la politique étrangère de la Russie en Afrique ».
Le Congo attire également des géants mondiaux du secteur énergétique, tels que TotalEnergies, Perenco, Chevron, Eni et Lukoil.
Cette immobilité politique et la privation des droits civiques des citoyens congolais qu’elle engendre entraînent des coûts supplémentaires pour le développement national.
S’il n’y a guère de suspense quant au résultat de l’élection présidentielle de 2026, la bataille de succession au sein du parti, qui s’intensifie, suscite de plus en plus d’intérêt. Des camps rivaux se disputent la succession à la tête du parti lorsque Sassou-Nguesso se retirera. Le plus connu d’entre eux est le fils du président, Denis Christel Sassou-Nguesso, âgé de 50 ans et ministre de la Coopération internationale. Jusque-là, il a toutefois eu du mal à s’imposer à la tête du parti. Il doit faire face à la concurrence de Jean-Dominique Okemba, secrétaire général du Conseil national de sécurité. Jean-Jacques Bouya, ministre d’État chargé de l’aménagement du territoire, des infrastructures et de l’entretien routier, et cousin de Sassou-Nguesso, est également en lice. Les liens familiaux étroits (la fille de Sassou-Nguesso est également conseillère présidentielle) suggèrent qu’une planification successorale héréditaire est probablement en préparation.
Les élections de 2026 devraient maintenir le statu quo au Congo et, avec la planification de la succession en bonne voie, la dynastie Sassou-Nguesso pourrait se maintenir dans un avenir prévisible. Cette immobilité politique, et la privation des droits civiques des citoyens congolais qu’elle engendre entraînent des coûts supplémentaires pour le développement national. Dans un pays où près de la moitié de la population est âgée de moins de 18 ans et où le taux de chômage des jeunes est supérieur à 40 %, cette situation peut également avoir des conséquences sur la stabilité.