Revue de Presse du 31 mars 2022

Soudan: al-Burhan réintègre des cadres de l’ancien régime dans l’appareil d’État
Le chef de la junte militaire, le général Abdel Fattah al-Burhan, a limogé les directeurs de 30 universités du pays mardi 29 mars, ainsi que leur comité de direction. Un mouvement de grève a commencé mercredi pour protester contre cette décision. Alors que de laborieuses négociations sous l’égide de l’ONU et de l’UA cherchent une issue à la crise, cette décision montre comment le chef de l’armée prend le contrôle de l’État, notamment en réintégrant les cadres de l’ancien régime du président déchu Omar el-Béchir. Le général al-Burhan a nommé mardi des fidèles à la tête de trente universités, foyers essentiels de la mobilisation populaire, malgré la protestation de ceux qu’il a limogés, selon qui une telle décision ne peut être le fait que d’un Premier ministre, ce dont le Soudan est privé. La veille, c’était Ali Osman Karti qui voyait ses comptes bancaires débloqués par la Banque centrale. Cet ancien cadre du parti islamiste d’Omar el-Béchir avait été exclu par le comité chargé d’épurer l’appareil d’État des fidèles de l’ancien régime. RFI

Tunisie : poussé dans ses derniers retranchements, Kaïs Saïed dissout l’Assemblée
Sidérée, la Tunisie entame un nouveau cycle politique avec la dissolution, le 30 mars, de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) par le président Kaïs Saïed. Huit mois après s’être arrogé les pouvoirs exécutif et législatif, le président tunisien Kaïs Saïed a décidé de dissoudre l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), dont l’activité était gelée depuis le 25 juillet 2021. Envers et contre tous les avertissements, la suspension a été bravée par les élus qui ont tenu une plénière à distance le 30 mars et voté à 115 voix sur 217 la levée des mesures exceptionnelles instaurées par le président. Après avoir réuni le Conseil national de sécurité, le locataire de Carthage, visiblement irrité, voire offensé, par l’audace des députés frondeurs, a dénoncé, dans la soirée du 30 mars 2022, un coup d’État et déclare vouloir protéger « le peuple des menées de personnes portées par l’idéologie d’une secte ». … La dissolution de l’ARP est l’épilogue d’une séquence ouverte en juillet 2021 mais qui ne voulait pas dire son nom. Le vote des élus, perçu comme une contre-attaque, a poussé Kaïs Saïed dans ses derniers retranchements. Le président, qui s’est défendu tout au long de ces huit mois d’avoir conduit un coup d’État, est désormais seul aux commandes. Jeune Afrique

Guinée : le RPG d’Alpha Condé se réunit en convention dans un contexte complexe
Le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) organise une convention nationale extraordinaire, ce jeudi 31 mars, à Conakry. Un grand rassemblement pour élire les membres exécutifs provisoire. Avec à sa tête, l’ancien Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana. Cette convention survient dans un contexte complexe pour le parti de l’ex-président Alpha Condé, en séjour médical à Abu Dhabi depuis le 17 janvier. Le Conseil exécutif provisoire vise à réorganiser le parti et préparer la prochaine présidentielle. Il y a quelques semaines, le bureau politique et le comité central du RPG se sont accordés sur la figure d’Ibrahima Kassory Fofana pour diriger cette nouvelle structure. Problème : plusieurs militants s’y sont opposés, affichant chacun leurs ambitions. Parmi eux, Ibrahima Kalil Kaba, ancien chef de la diplomatie guinéenne et qui mobilise surtout auprès des jeunes. Face à lui, des caciques du parti comme le Dr Mohamed Diané, ancien ministre de la Défense, ou encore Amadou Damaro Camara, ancien président de l’Assemblée nationale, un militant de longue date du RPG. RFI

Le Burundi autorise la BBC à émettre de nouveau
Le régulateur burundais des médias a annoncé mercredi 30 mars la « réouverture » de la radio britannique BBC, qui n’était plus autorisée à diffuser dans le pays depuis mai 2018. Le Conseil national de la communication (CNC) avait suspendu la diffusion le 4 mai 2018 de la BBC et de la radio américaine VOA pour « manquements à la loi régissant la presse et à la déontologie ». L’instance avait ensuite retiré en mars 2019 son autorisation d’exploitation à la BBC. VOA n’a, elle, pas vu sa suspension levée depuis lors. … Le CNC avait retiré l’autorisation d’exploitation de la BBC en 2019 en estimant que la station n’avait « pas respecté sa promesse de respecter (…) les principes d’équilibre de l’information et de vérification rigoureuse des sources » et ensuite « diffusé un documentaire qui s’est avéré être un montage mensonger, calomnieux et accablant pour le Burundi ». L’institution faisait référence au documentaire À l’intérieur d’un site de torture au Burundi, diffusé par la BBC en décembre 2018, évoquant des « sites secrets de torture et de détention pour faire taire les opposants » – ce qui avait été catégoriquement démenti par le pouvoir dirigé à l’époque par Pierre Nkurunziza. RFI

RCA : l’ONU s’insurge des exactions commises par les rebelles et le groupe paramilitaire russe Wagner
Alors que de multiples groupes armés rebelles continuent de commettre « de graves violations des droits de l’homme » en République centrafricaine, la Cheffe des droits de l’homme de l’ONU et un Expert indépendant onusien ont critiqué, mercredi, les forces nationales centrafricaines, ainsi que leurs soutiens étrangers, faisant référence au groupe paramilitaire russe Wagner. Les opérations militaires menées contre les groupes armés d’opposition par les forces de sécurité du gouvernement, soutenues par divers éléments armés et des entrepreneurs privés étrangers, auraient également donné lieu à de graves violations des droits de l’homme, a dénoncé la Haute-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet. Des meurtres, des violences sexuelles liées au conflit, ainsi que de graves violations et abus à l’encontre des enfants ont été allégués contre toutes les parties. Au cours des trois derniers mois de 2021, la Division des droits de l’homme de la Mission des Nations Unies en RCA (MINUSCA) a documenté 363 incidents de violations des droits de l’homme, d’abus et d’infractions au droit humanitaire international – dont beaucoup sont extrêmement graves. 848 victimes ont été enregistrées. ONU

RDC – Ituri : marche des chrétiens catholiques de Bunia pour exiger la restauration de la paix
Le diocèse de Bunia a organisé le mercredi 30 mars dans la ville portant le même nom, une marche pacifique dénommée « Caravane de la paix ». Selon l’évêque du diocèse catholique de Bunia, Mgr Dieudonné Uringi, l’objectif était « d’interpeller le gouvernement à assumer sa responsabilité pour imposer la paix en Ituri ». Pour ce faire, il a appelé le gouvernement et ses partenaires à redoubler d’efforts pour atteindre cet objectif. Mais aussi appeler les groupes armés à cesser les violences contre leurs propres frères. « Il n’y a pas eu une mesure pour frapper fort. Pour dire que, maintenant ça suffit ! On ne peut pas tuer des civils gratuitement comme ça ! Un civil ne peut pas prendre les armes et commencer à tuer et aucune loi ne permet cela. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités en mains. Il faut arrêter les tueries », a lancé Monseigneur Dieudonné Uringi. Il appelle notamment les combattants à cesser les violences contre leurs propres frères. … Des milliers de fidèles catholiques de toutes les paroisses de la ville ont répondu à cet appel de l’évêque du diocèse de Bunia. Radio Okapi

Soutien au M23 : Kigali réfute les accusations de Kinshasa
Le Rwanda a réagi mardi aux accusations des autorités congolaises sur son soutien présumé aux rebelles du  » M23  » . Kigali a dénoncé ‘’ des accusations sans fondement’’. C’est un grain de sable dont Kigali et Kinshasa auraient bien voulu éviter alors que les deux capitales tentent d’assainir leurs relations depuis l’arrivée de Félix Tshisekedi à la tête de la République démocratique du Congo. Mais le retour dans les maquis des rebelles du ‘’ Mouvement du 23 Mars’’, en a décidé autrement. Kinshasa est formel, des soldats Rwandais donnent un coup de pouce à ces rebelles. Lundi, deux hommes ont été présentés par les autorités congolaises à la presse. Ils feraient partie des soldats rwandais qui combattent aux côtés du M23 selon les autorités congolaises. Des hommes capturés lundi au front : l’adjudant Jean-Pierre Habyarimana et le soldat de rang John Uwajeneza Muhindi, alias Zaje, du 65e bataillon de la 402e brigade des RDF. Mais à Kigali, on ne reconnait pas ces hommes. Mardi, le gouvernement rwandais est sorti d’ailleurs de son silence en dénonçant ‘’ des accusations sans fondement’’. AfricaNews

Mali : risque de contagion djihadiste en Afrique de l’Ouest, selon un expert de l’ONU
Alors que la situation sécuritaire au Mali et dans le Sahel central continue de se dégrader, un Expert indépendant onusien s’est inquiété, mardi, du débordement de la menace djihadiste sur la partie septentrionale des pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. La situation sécuritaire est en train de s’aggraver dans cette partie occidentale de l’Afrique, une menace qui touche également des pays qui ne partagent des frontières avec le Mali, a mis en garde Alioune Tine, Expert indépendant sur la situation des droits de l’homme au Mali. Bénin, Togo, Côte d’Ivoire… la violence djihadiste qui ravage depuis des années la région du Sahel Central déborde toujours plus vers les pays côtiers du Golfe de Guinée. S’exprimant devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, l’Expert indépendant a indiqué que « la situation sécuritaire est en train de s’aggraver dans la région », relevant que « ce n’est pas par hasard non plus ». « Le Bénin commence à être attaqué, le Togo, mais aussi le nord du Ghana. Au Sénégal aussi, on en parle aussi du côté de Kayes », a détaillé M. Tine. ONU

Nigeria : les experts de l’ICG font le point sur Boko Haram, un an après la mort de Shekau
Depuis la mort d’Abubakar Shekau, le chef historique de Boko Haram, au mois de mai 2021, les rapports de force ont changé dans le nord-est du Nigeria. Désormais, le groupe État islamique en Afrique de l’Ouest, l’Iswap, domine la région. La prise de la forêt de la Sambisa – l’ancien bastion de Shekau – par les hommes de l’État islamique, a poussé de nombreux anciens combattants à se rendre aux autorités. Mais ces redditions massives sont difficiles à gérer pour les autorités et le manque de prise en charge adéquate risque de pousser certains de ces hommes à retourner rapidement au jihadisme, selon le dernier rapport de l’International Crisis Group. Plus de 35 000 « terroristes repentis » se sont rendus au cours de ces neuf derniers mois, selon le gouverneur de l’État de Borno, Babagana Zulum, qui s’exprimait dans le cadre d’un colloque international. Sauf que ces chiffres impressionnants masquent une réalité plus complexe. RFI

Début du rapatriement des 100.000 Ethiopiens d’Arabie Saoudite
Plusieurs centaines d’Ethiopiens sont arrivés mercredi à Addis Abeba en provenance d’Arabie Saoudite, le premier contingent des quelque 100.000 ressortissants d’Ethiopie qui vont être rapatriés du royaume au cours des prochains mois, ont constaté des journalistes de l’AFP. Au total, environ 900 personnes, dont de nombreuses mères accompagnées d’enfants en bas âge ont atterri dans la matinée et l’après-midi à l’aéroport international d’Addis Abeba, a indiqué l’Organisation internationale pour les Migrations (OIM). Elles « ont été prises en charge et enregistrées par les équipes de l’OIM et se sont vues offrir, entre autres, de la nourriture, un hébergement provisoire, une aide médicale et des conseils », explique l’organisation onusienne dans un communiqué. Le ministère éthiopien des Affaires étrangères a annoncé qu’il allait rapatrier environ 100.000 de ses citoyens d’Arabie Saoudite au cours des sept à onze mois à venir, dans le cadre d’un accord signé récemment entre les deux pays. VOA/AFP

Guerre Ukraine – Russie : quelle solution pour les étudiants africains qui ont fui l’Ukraine ?
Desmond Chinaza Muokwudo, un étudiant nigérian de 30 ans qui a récemment fui l’Ukraine, a passé 11 ans à économiser pour faire des études en Europe. Autrefois soudeur de pipelines dans l’État d’Anambra, il rêvait d’étudier les relations internationales – mais il a connu le chômage dans un contexte de récession en 2016. Ce n’est que lorsque ses parents ont décidé de vendre leur petit terrain qu’il a réussi à réunir suffisamment de fonds pour poursuivre son rêve. Il s’est finalement inscrit l’an dernier à l’université, et n’avait passé que trois mois en Ukraine lorsque la Russie a lancé son invasion. « Mes parents n’ont plus rien, ils ne peuvent pas me soutenir », explique-t-il au téléphone, l’air défait, depuis son logement temporaire à Berlin, en Allemagne. « Mon gouvernement me dit simplement de rentrer chez moi, mais il n’y a rien qui m’attend au Nigeria ». M. Muokwudo est l’un des quelque 16 000 étudiants africains qui vivaient en Ukraine et qui font maintenant des pieds et des mains pour poursuivre leurs études. Beaucoup d’entre eux ont vécu des moments traumatisants en fuyant, sur fond de rapports d’abus raciaux à la frontière. BBC

Washington veut aider l’Afrique face aux répercussions de la guerre en Ukraine
L’administration Biden entend consulter les dirigeants africains sur la réponse diplomatique à l’offensive russe en Ukraine et s’employer à atténuer les effets économiques du conflit sur le continent, ont indiqué deux diplomates américains mercredi à Dakar. « Nous cherchons une réponse africaine forte à l’agression russe et nous saluons l’occasion de nous associer avec le Sénégal et d’autres (pays) Africains sur la réponse à l’agression russe, mais aussi sur les moyens de faire face aux implications globales » du conflit, a dit à des journalistes l’ambassadrice des Etats-Unis auprès de l’Union africaine, Jessica Lapenn. Mme Lapenn ainsi qu’Akunna Cook, une responsable du département d’Etat pour les affaires africaines, étaient pour des consultations au Sénégal, dont le chef de l’Etat, Macky Sall, assure la présidence tournante de l’Union africaine. VOA/AFP

Le Soudan du Sud se prépare à la prochaine saison des pluies
Au Soudan du Sud, l’agence des Nations unis pour les réfugiés alerte sur les besoins urgents de protéger les populations vulnérables des inondations et déplacements, a l’approche de la saison des pluies prévue en mai. « Ce sont les inondations qui nous ont amenées ici », raconte Angelina Peter, victime des inondations. « Nos villages ont été submergés par les eaux. Nous sommes arrivés ici sans rien. Tous nos biens ont été emportés. « C’est la 2e fois qu’il y a des inondations en 2 ans. En 2020, ce n’était pas trop grave, car nous avons construit des digues. » Le pays a connu les pires inondations de son histoire en 2021, qui ont impacté plus de 835 000 personnes selon l’ONU. Des milliers d’hectares ont été inondés, empêchant toute forme d’agriculture et décimant le bétail. AfricaNews/AFP

Avec l’adhésion de la RDC, l’EAC devient un marché de 280 millions de consommateurs
La RDC devient le 7e membre de la Communauté d’Afrique de l’Est. Un élargissement très prometteur sur le plan commercial, mais qui représente aussi un défi politique majeur. « Un jour historique » pour Uhuru Kenyatta, le chef de l’État kényan qui préside l’EAC (Communauté d’Afrique de l’est). « Un grand événement d’importance », pour le président ougandais, Yoweri Museveni : l’entrée de la République démocratique du Congo dans l’organisation régionale a été entérinée ce 29 mars, lors d’un sommet en ligne des dirigeants des États membres. Le processus d’adhésion de Kinshasa a été accéléré, l’EAC ayant conscience que les ressources congolaises, en métaux précieux notamment, constituent un potentiel commercial unique. Selon les données disponibles, les membres de l’organisation régionale ont exporté vers la RDC 941 millions de dollars de marchandises en 2019, alors que leurs importations ne représentaient que 5 % de la valeur de ces exportations. … La RDC reste un des pays les plus pauvres au monde : la Banque mondiale estime que 73 % de la population congolaise, soit 60 millions de personnes, vit avec moins de 1,90 dollar par jour. C’est donc une population au pouvoir d’achat très faible qui rejoint l’EAC. Par ailleurs, la faiblesse des infrastructure et l’insécurité constante à la frontière avec l’Ouganda constituent des défis de taille. Jeune Afrique



Photo: Adam Jones