Revue de Presse du 28 août 2020

Au Mali, une junte militaire qui « connaît les normes internationales et sait les utiliser »
Depuis le 18 août, des militaires se sont emparés du pouvoir au Mali, en poussant le président Ibrahim Boubacar Keïta à la démission. Des événements qui rappellent le coup d’État déclenché en mars 2012 par une rébellion de militaires en colère. Mais selon la politologue Niagalé Bagayoko, la junte actuelle a un profil différent de celle qui avait pris le pouvoir il y a huit ans. Elle s’est, selon elle, mieux organisée et préparée au coup d’État. Mardi 18 août, des militaires ont pris le pouvoir au Mali. Ils ont arrêté le président malien Ibrahim Boubacar Keïta et son premier ministre, Boubou Cissé mais aussi d’autres responsables civils et militaires. Contesté par la rue depuis plusieurs mois, le président déchu a dans la nuit suivante annoncé sa démission, sous la pression de l’armée, pour éviter, selon lui, que du « sang ne soit versé ». Depuis, la junte a promis une transition politique et des élections générales dans un pays en proie à une crise politique et à des violences jihadistes. France24

Mali : la CEDEAO se penche sur les derniers développements de la situation
Après la mission de médiation de la CEDEAO conduite par l’ancien président du Nigéria Goodluck Jonathan, la visioconférence de restitution des échanges avec le CNSP s’est ouverte ce vendredi en présence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’institution sous-régionale ouest africaine. L’allocution d’introduction du président en exercice de la CEDEAO, Mahamadou Issoufou du Niger campe le décor du contexte avant de d’énumérer des points qui vont être abordés durant cette assemblée ce 28 août 2020. L’un des points marquant est le temps de transition proposé par les militaires au Mali. Dans son allocution d’introduction le président du Niger précise que « la junte se propose de garder le pouvoir pour trois ans afin dit-elle de restaurer les institutions étatiques sur une base garantissant leur stabilité ». Avant de préciser qu’ « elle refuse de regagner les casernes alors que le pays est en guerre, ce qui exige, plus que jamais, que l’armée se concentre sur sa mission traditionnelle, surtout que l’ennemi fourbit ses armes et cherche à exploiter le vide institutionnel actuel pour pousser son avantage ». Journal du Mali

Mali : 4 morts et 12 blessés dans une embuscade à Mopti
Un convoi des Fama est tombé ce jeudi 27 août vers 10h à Mopti, dans une embuscade tendue par des individus armés non identifiés évoluant à moto entre Batouma et Bima, sur le tronçon Konna – Douentza, faisant 4 morts et une douze blessés parmi les militaires. Aucun bilan n’est disponible du côté des côté assaillants. Des avions Cessna et Super Tucano ont été déployés aussitôt pour appuyer les troupes au sol. « Nous avons perdu des hommes et du matériel. C’est une attaque complexe. Mais depuis que les renforts ont été dépêchés, la situation est sous contrôle », indique le Colonel-Major Diaran Koné, chef de la Direction de l’information et des relations publique des Armées (Dirpa). Journal du Mali

Les Émirats arabes unis impliqués dans l’attaque d’un drone en Libye
La BBC a découvert de nouvelles preuves qu’un drone exploité par les Émirats arabes unis (EAU) a tué 26 cadets non armés dans une académie militaire de la capitale libyenne, Tripoli, en janvier 2020. Au moment de l’attaque, le 4 janvier, Tripoli était assiégée par l’Armée nationale libyenne (LNA). Elle a nié toute responsabilité dans l’attaque et a laissé entendre que les cadets avaient été tués par des bombardements locaux. Mais les preuves indiquent que les cadets ont été touchés par un missile chinois Blue Arrow 7. Ce missile a été tiré par un drone appelé Wing Loong II. L’enquête de la BBC Africa Eye et de la BBC Arabic Documentaries a également permis de prouver qu’au moment de l’attaque, les drones Wing Loong II n’opéraient qu’à partir d’une seule base aérienne libyenne – al-Khadim – et que les EAU fournissaient et exploitaient les drones qui y étaient stationnés. BBC

En Libye aussi, la population manifeste sa colère
Après trois jours de manifestations, le gouvernement de Tripoli a imposé un couvre-feu total sur la capitale, de mercredi 26 août à 18 heures jusqu’au lundi 31 août au matin. … Les quatorze mois de guerre ont fait fuir quantité de familles de la capitale et ses environs. Le Haut-Commissariat aux réfugiés recense 425 000 déplacés dans le pays. Les quartiers sud de Tripoli ont été dévastés et minés par les forces de l’est libyen liées au maréchal Haftar au moment de leur retrait. Et 106 personnes ont perdu la vie et 252 ont été blessées rien qu’au cours des trois derniers mois du conflit d’avril à juin, rapporte la mission des Nations Unies en Libye (UNSMIL). La Croix

Le Nord du Nigeria pris entre insécurité croissante et violences intercommunautaires
Selon Amnesty International Nigeria, plus d’un millier de villageois ont été tués dans le nord par des bandits dans un intervalle de six mois. En plus, pas moins de 78.000 agriculteurs dans les États du nord du pays ont abandonné leurs terres agricoles à la suite d’attaques de terroristes présumés et de bandits. Les populations du Sud qui sont venues dans le Nord-Est vivent dans la peur au quotidien. Emmanuel Ali explique comment lui et sa famille ont été pris au piège par des coups de feu le mois dernier dans leur localité au sud de l’Etat de Kaduna. Les meurtres sont devenus assez fréquents dans le nord. Les bandits armés s’en prennent généralement aux communautés, attaquant et tuant des résidents et incendiant leurs maisons. VOA

Somalie: la ratification de la loi sur les médias inquiète les journalistes
Quatre ans après avoir adopté une loi sur la presse très critiquée, la Somalie vient d’adopter un nouveau texte tout aussi controversé. Mercredi 26 août, le président Farmajo a officiellement ratifié la loi nationale sur les médias, adoptée par les chambres basse et haute du Parlement en janvier et juillet. L’entrée en vigueur de cette législation suscite l’émoi au sein de la profession. C’est avec amertume que les journalistes somaliens ont constaté la ratification d’un texte qu’ils dénoncent depuis janvier. Dès le départ, Abdalle Ahmed Mumin, secrétaire général du syndicat SJS avait décrit cette loi comme un « affront à la liberté d’expression, une législation qui va censurer et menacer les médias ». Mercredi 26 août, Omar Faruk Osman, du syndicat NUSOJ a parlé d’un texte « ne respectant pas les standards internationaux ». RFI

Le moratoire de la dette africaine par le G20 doit être prolongé, selon Macky Sall
Le président sénégalais Macky Sall a demandé jeudi la prolongation en 2021 du moratoire de la dette africaine par le G20, arguant de la nécessité de relancer l’économie du continent, très affaiblie par la crise sanitaire. Mi-avril, les pays du G20 avaient pris la décision inédite de suspendre jusqu’à la fin de l’année les remboursements de la dette des pays les plus pauvres, confrontés à une fuite de capitaux et des chutes de recettes fiscales en raison de la pandémie. « Ce moratoire doit être révisé pour nous permettre réellement de bénéficier de ces reports de remboursement », a déclaré le chef de l’État sénégalais devant l’université d’été du Medef, un puissant syndicat patronal français, près de Paris. VOA

Présidentielle en Tanzanie: John Magufuli face à une opposition divisée
Le président John Magufuli a vu sans surprise sa candidature pour la présidentielle du 28 octobre prochain validée par la Commission électorale, la NEC (National Electoral Commission). Face à lui, 14 autres candidats représentant notamment les principaux partis d’opposition. Une opposition désunie. Or, dans le système électoral tanzanien, où le premier l’emporte, cela risque d’ouvrir un boulevard au parti au pouvoir. Le Chama Cha Mapinduzi (CCM) et les deux formations dont il est l’héritier, dominent la vie politique tanzanienne depuis l’indépendance en 1961. Face au mastodonte, les opposants n’ont pas trouvé d’accord. A 14 contre 1, la présidentielle s’annonce compliquée pour eux. RFI

Afrique du Sud: manifestations violentes après la mort d’un adolescent supposément tué par la police
La mort d’un adolescent handicapé sud-africain, tué par balles lors d’une patrouille de la police, a provoqué des manifestations violentes jeudi dans une banlieue de Johannesburg. La police est intervenue à coups de gaz lacrymogènes, grenades assourdissantes, et balles caoutchoutées pour repousser des centaines de manifestants en colère à Eldorado Park, dans le sud de Johannesburg, a constaté un photographe de l’AFP. Les habitants ont brûlé des pneus et dressé des barricades dans les rues. Ils ont également lancé des pierres vers la police et endommagé un commissariat local. Ces manifestations ont éclaté à la suite de la mort mercredi soir d’un adolescent de 16 ans, identifié comme Nathaniel Julius. Le défunt s’est retrouvé incapable de répondre aux questions des policiers en raison de son handicap, a déclaré sa soeur, Petunia Julius, à la chaîne de télévision locale Newzroom Afrika. AFP

Tensions Rwanda-Burundi : les deux pays souhaitent rétablir la sécurité à leur frontière commune
Les chefs des services de renseignement militaires du Rwanda et du Burundi se sont engagés mercredi à oeuvrer au rétablissement de la sécurité à la frontière entre les deux voisins de la région des Grands Lacs, dont les relations sont tendues depuis plusieurs années et émaillées d’incidents frontaliers, a annoncé le facilitateur du dialogue. Cet engagement a été pris lors de la première rencontre publique en cinq ans entre hauts responsables des deux pays, qui a eu lieu mercredi au poste-frontière de Nemba, dans le district rwandais de Bugesera. La rencontre s’est tenue sous l’égide de la Conférence internationale pour la Région des Grands lacs (CIRGL), à laquelle appartiennent le Rwanda et le Burundi, inquiète des frictions continues entre les deux pays. RTBF

En Algérie, un référendum constitutionnel à contretemps
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a choisi la date symbolique du 1er novembre, déclenchement de l’insurrection armée contre la présence coloniale en 1954, pour appeler les Algériens à voter une révision constitutionnelle. La crise sanitaire du coronavirus, 43 525 cas et 1 462 décès officiellement au 26 août, a retardé la tenue de ce référendum constitutionnel présenté par le nouveau régime comme la pierre angulaire de la reconstruction des institutions après la chute du pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika en avril 2019. « Il va se dérouler au pire moment, avec une rentrée sociale chaotique à cause de la montée du chômage et la perte de revenus des ménages qui a frappé le pays cette année », explique Messaoud Boudiba, un dirigeant du Cnapest, principal syndicat de l’éducation nationale. La Croix

RDC: FCC et Cach ne veulent pas perdre le contrôle du processus de réforme politique
En République démocratique du Congo (RDC), si la coalition au pouvoir, l’opposition et la société civile s’accordent sur l’importance des réformes électorales, les divergences sont nombreuses concernant les types de réformes à effectuer mais aussi et surtout le cadre dans lequel les échanges sur ces questions doivent avoir lieu. Les deux plateformes au pouvoir ont fait bloc pour rejeter des initiatives portées notamment par l’Université de Liège en Belgique et travaillent sur des négociations directes entre elles. Pour le Front Commun pour le Congo, le FCC de l’ancien président Joseph Kabila, il n’est pas question de participer aux échanges sur les élections hors du cadre institutionnel. Cela tendrait à délégitimer les institutions en place, a expliqué un membre du directoire du FCC. RFI

Tchad : plus de 360.000 personnes déplacées par les inondations et l’insécurité (OIM)
Plus de 360.000 personnes ont été déplacées par les inondations et l’insécurité dans la province tchadienne du Lac, soit plus de la moitié de la population de cette région administrative du pays d’Afrique centrale, a annoncé vendredi l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). L’OIM estime exactement à 363.807 le nombre de personnes actuellement déplacées dans certaines parties de cette province tchadienne limitrophe du Cameroun, du Nigéria et du Niger. C’est plus de la moitié de la population de la province du Lac qui est maintenant considérée comme déplacée, selon les dernières données de l’agence onusienne. Ces nouveaux chiffres reflètent une augmentation de 22 % du nombre de personnes déplacées par rapport au précédent tableau de bord publié en avril 2020. Il s’agit du nombre de déplacés le plus élevé enregistré dans cette province depuis que l’OIM a mis en œuvre la matrice de suivi des déplacements dans la région du Bassin du Lac Tchad qui s’étend sur les territoire du Tchad, du Niger, du Nigéria et du Cameroun. ONU

En Centrafrique, le putsch au Mali ravive de mauvais souvenirs
En Centrafrique à l’histoire tourmentée, la destitution du président malien Ibrahim Boubacar Keïta par une junte militaire a ravivé de mauvais souvenirs dans un pays marqué par les coups d’Etat à répétition depuis 1960 et encore largement sous la coupe de milices armées. Pickups bardés de soldats en armes, blindés et ambulance filant toutes sirènes hurlantes sur des avenues fermées à la circulation. Le moindre déplacement du président centrafricain Faustin Archange Touadéra illustre la fragilité d’un Etat qui se remet à grand-peine du dernier putsch, en 2013. La Séléka, coalition de milices à dominante musulmane, avait alors déferlé sur Bangui et renversé François Bozizé, plongeant le pays dans une spirale de violences communautaires qui sévit toujours, sept ans après. « Nous avons une armée qui est politisée. Des signes de frustration se font sentir dans la population. Le syndrome malien peut se reproduire ici », s’inquiète Edgard Kette-Djama, enseignant à Bangui. AFP

Limitation du nombre de mandats présidentiels en Afrique : la route est encore longue
Le président ivoirien Alassane Ouattara (78 ans) a finalement confirmé le 20 août qu’il briguerait un troisième mandat en octobre. Quelques jours plus tard, le parti au pouvoir en Guinée a demandé au président Alpha Condé (82 ans) de se présenter pour la troisième fois. De tels agissements montrent que l’Afrique est loin d’en avoir fini avec l’ère désastreuse des présidents à vie. Amorcée dans la foulée des indépendances, celle-ci s’est prolongée jusqu’à la fin des années 1990, avec des effets délétères sur la stabilité, la démocratie et le développement socio-économique du continent. Au cours des vingt dernières années, l’Union africaine (UA) a mis au point des moyens relativement efficaces pour lutter contre les coups d’Etat anticonstitutionnels contre les gouvernements. En revanche, l’UA n’a toujours pas réussi à régler le problème des présidences impériales. Du fait de cette inaction, l’organisation se voit traitée de club privé des dirigeants en place. Le Monde



Photo: Adam Jones