Revue de presse du 24 octobre 2022

Algérie : Des officiers arrêtés pour un coup d’Etat
Six officiers généraux dont deux à la retraite et plusieurs autres militaires ont été arrêtés pour un soi-disant complot avorté contre le général Chengriha, chef des armées. Selon notre source, les militaires arrêtés sont contre la gestion du pays et de l’armée par le pouvoir absolu de la junte et l’anarchie dans le système placé sous le contrôle des services de sécurité militaires. Pour les militaires aussi bien que l’ensemble des acteurs civils, la présidence en Algérie est toujours sous la tutelle du chef des armées. Durant ces deux années, de hauts gradés, civils et militaires, ont été éloignés, arrêtés ou incarcérés pour différents motifs, non fondés. Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, comme ses prédécesseurs, ne miroite que le pouvoir réel détenu par les généraux, à leur tête l’actuel général Saïd Chengriha. Sahel-Intelligence

Des milliers de Soudanais anti-putsch célèbrent la « révolution » dans la rue
Des milliers de Soudanais ont manifesté vendredi pour dire « non au pouvoir militaire » près d’un an après le putsch du général Abdel Fattah al-Burhane qui a mis fin à la transition démocratique. « Le peuple veut la chute du régime », ont scandé les manifestants à Khartoum. « Les militaires à la caserne », a entonné un autre cortège à Omdourman, une banlieue de la capitale, où les forces de sécurité ont tiré des grenades lacrymogènes, selon un journaliste de l’AFP sur place. Depuis l’aube, les forces de l’ordre ont quadrillé la capitale et les ponts menant vers ses banlieues. L’ambassade des Etats-Unis les a appelées « à la retenue ». Dans les manifestations, des voix se sont élevées pour hurler « non au tribalisme » et « non au racisme », au lendemain de deux journées de combats tribaux dans l’Etat du Nil Bleu (sud), qui ont fait 150 morts. … Les protestataires ont appelé au « retour d’octobre » 1964. Il y a 58 ans jour pour jour, le Soudan connaissait sa première « révolution » ayant renversé un pouvoir militaire. Une gageure dans un pays à l’histoire rythmée par les putsch et quasiment sans discontinuer sous la coupe de généraux. VOA

Guerre en Ethiopie : pourparlers de paix entre rebelles tigréens et gouvernement fédéral en Afrique du Sud
Les rebelles tigréens ont annoncé être arrivés en Afrique du Sud, où doivent débuter, lundi 24 octobre, des pourparlers de paix avec le gouvernement éthiopien pour trouver une solution à la guerre qui ravage depuis deux ans le nord du pays. La délégation du gouvernement fédéral a quant à elle quitté Addis-Abeba dans la matinée, a annoncé le service de communication du gouvernement sur Twitter, affirmant que ces discussions sous l’égide de l’Union africaine (UA) sont « une opportunité de résoudre pacifiquement le conflit et de consolider l’amélioration de la situation sur le terrain permise par les sacrifices de l’armée ». Les rebelles tigréens et l’armée fédérale, appuyée par les forces de régions éthiopiennes voisines et de l’Erythrée, s’affrontent depuis novembre 2020 dans un conflit meurtrier qui a plongé le nord de l’Ethiopie dans une profonde crise humanitaire. Un porte-parole des autorités rebelles du Tigré, Kindeya Gebrehiwot, a annoncé dans la nuit sur Twitter l’arrivée d’une délégation. Il a également répété les demandes rebelles de « cessation immédiate des hostilités, accès humanitaire sans entraves et retrait des forces érythréennes ». De précédents pourparlers, convoqués début octobre en Afrique du Sud par l’UA, avaient fait long feu avant même de commencer, sur fond de problèmes d’organisation. Le Monde

Manifestations au Tchad : récits d’une journée « insupportable »
Jeudi 20 octobre plusieurs manifestations contre la prolongation de la période de transition et le maintien au pouvoir de Mahamat Idriss Déby Itno, au Tchad, ont entraîné un déchaînement de violences inédit dans la capitale et certaines villes du pays. Des habitants de N’Djamena racontent à l’AFP comment ils ont vécu cette journée. Réveillée à 2h du matin par les « coups de sifflets des manifestants », Remadji Allataroum, étudiante à l’université de N’Djamena, ne parvient pas à retrouver le sommeil. Au petit matin, « les manifestants sont sortis de nulle part, ils ont envahi les routes et chantaient justice, égalité », se souvient-elle. Dans son quartier d’Abena (sud de N’Djamena), l’atmosphère s’est tendue vers 6h quand les policiers sont intervenus et des « altercations » ont éclaté avec les manifestants, poursuit la jeune étudiante. Après un bref repli des forces de l’ordre vers 7h, « les manifestants en ont profité pour dresser des barricades, brûler des pneus, ils continuaient à chanter », décrit-elle. À leur retour, « les policiers ont commencé à tirer à balles réelles et deux manifestants touchés à la tête sont tombés devant moi. C’était une journée insupportable, invivable, ce n’est qu’en fin d’après-midi que les choses se sont un peu calmées ». … Union africaine (UA) et Union européenne (UE) ont « condamné fermement » la répression des manifestations, la première appelant « au respect des vies humaines et des biens » et la seconde regrettant de « graves atteintes aux libertés d’expression et de manifestation qui fragilisent le processus de transition en cours ». TV5Monde

Au Niger, au moins onze civils tués par des djihadistes présumés près de la frontière avec le Mali
Au moins onze civils ont été tués dans l’ouest du Niger, samedi 22 septembre, lors de plusieurs attaques de djihadistes présumés survenant après plusieurs mois d’accalmie dans cette région proche du Mali. « Trois camions ont été interceptés samedi vers 11 heures par des hommes armés et les neuf membres à bord ont été tous assassinés. Deux autres personnes sur une moto ont également été tuées », a affirmé dimanche à l’AFP un responsable municipal de Banibangou, la commune où les attaques ont eu lieu. Les trois camions ont été attaqués sur une route sablonneuse et déserte entre la ville de Banibangou et la localité de Tizigorou, près de la frontière avec le Mali, a expliqué cette source. L’un des camions venait de quitter Banibangou, où il avait livré, la veille, du ciment à des entrepreneurs, a-t-elle précisé. … Ces attaques interviennent après plusieurs mois d’accalmie dans la zone de Banibangou, où des jihadistes présumés avaient multiplié depuis 2021 les assauts particulièrement sanglants contre des civils dans leurs villages et dans leurs champs. Le Monde

Attaque islamiste sur un hôtel en Somalie : neuf morts et des dizaines de blessés
Des islamistes shebab ont attaqué, dimanche, un hôtel de la ville portuaire de Kismayo, dans le sud de la Somalie, faisant au moins neuf morts et 47 blessés. Au moins neuf personnes ont été tuées et 47 blessées dans une attaque menée dimanche 23 octobre durant plus de six heures par des islamistes radicaux shebab dans un hôtel de la ville de Kismayo, dans le sud de la Somalie. Cette grande ville portuaire est la dernière frappée par le regain des actions violentes des shebab ces derniers mois, qui a notamment ensanglanté la capitale Mogadiscio et le centre du pays. L’attaque, débutée vers 12 h 45 locale (9 h 45 GMT), s’est achevée vers 19 h, après que trois assaillants présents à l’intérieur de l’hôtel ont été abattus par les forces de sécurité de l’État du Jubaland. Le ministre de la Sécurité du Jubaland, Yusuf Hussein Osman, a annoncé un bilan de neuf personnes tuées et 47 autres blessées, « parmi lesquelles des élèves qui sortaient d’une école voisine au moment de l’attaque ». « Les forces de sécurité ont mis fin au siège en temps opportun », a-t-il estimé. France24

Sous pression, la Guinée opte pour deux ans de transition
La transition guinéenne prend une nouvelle tournure. 24 mois, c’est le nouveau délai de consensus entre la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao)et la junte militaire. Ce calendrier sera exécuté en dix étapes avant le retour à l’ordre constitutionnel. En première ligne, le recensement général de la population, le recensement administratif à vocation administratif d’état civil et l’établissement d’un fichier électoral fiable et incontesté. Youssouf Leno, spécialiste des questions électorales estime qu’il est possible de dérouler toutes ces activités dans un temps record si les moyens sont mis à la disposition des techniciens formés à cet effet. « Quand on prend la deuxième étape de cette transition qui est le dernier administratif à vocation d’état civil elle est nécessaire c’est à partir de là qu’on peut tirer le fichier électoral, estime-t-il. Le recensement à vocation d’état civil se fait devant une machine : la personne est là, seule, on prend toutes ses informations. Ces informations permettront d’établir un fichier d’état civil fiable parce que la Guinée pour le moment ne répond pas au standard des autres pays en terme de fichier. » DW

Mali: le président d’une association peule dénonce les exactions contre sa communauté
Un meeting de Tabital Pulaaku a eu lieu dimanche 23 octobre à Bamako. Devant environ 2 000 membres de cette association culturelle des Peuls du Mali, son président Abou Sow a prôné le vivre-ensemble, mais il a dénoncé les exactions commises contre la communauté au Mali. Selon l’association Tabital Pulaaku, une descente « musclée » des forces de défense et de sécurité a eu lieu dimanche dans la localité malienne de Ségué, dans le centre du Mali. La même scène se serait produite dans une autre localité de la région. Des arrestations de civils de la communauté peule auraient également eu lieu. En tout cas, des familles sont toujours sans nouvelles de leurs parents. Faisant allusion à cette situation lors du meeting de Bamako, Abou Sow, le président de l’association malienne Tabital Pulaaku, qui regroupe les communautés peules du pays, s’est indigné. « Loin de bénéficier de la compréhension et de la compassion des autres communautés et même de l’État, les membres de la communauté peule ont subi des exactions et des abus de toutes sortes, y compris de la part de ceux qui avaient chargé d’assurer leur protection et leur sécurité. » RFI

Cameroun anglophone: neuf otages libérés dont cinq prêtres et une nonne
Neuf otages, dont cinq prêtres catholiques et une nonne, ont été libérés samedi plus d’un mois après avoir été enlevés dans l’ouest anglophone du Cameroun en proie depuis près de six ans à un sanglant conflit séparatiste, a annoncé lundi l’église catholique. Leur enlèvement n’a jamais été publiquement revendiqué mais les meurtres, saccages et rapts sont fréquents dans cette région, où des groupes armés indépendantistes visent régulièrement en particulier les établissements scolaires et les enseignants, mais aussi les églises catholiques et protestantes ainsi que leurs prélats. Les kidnappings sont souvent perpétrés dans le but d’obtenir des rançons. Le 17 septembre, des inconnus armés avaient attaqué puis incendié l’église St Mary à Nchang, dans la région du Sud-Ouest, et enlevé cinq prêtres, une religieuse et trois fidèles. L’Eglise avait d’abord parlé de deux fidèles avant de rectifier. VOA/AFP

RDC : 4 morts dans les affrontements entre l’armée et rebelles du M23
Au moins 4 civils ont été tués et quarante autres blessés, dimanche, lors de combats entre soldats congolais et rebelles du M23, soldés par la prise de contrôle de Nyamugenga, une localité stratégique proche de la grande route menant vers la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. « Jusqu’en fin d’après-midi, les bombes tombaient sur Ntamugenga. A cause des bombardements. Il y avait déjà 14 blessés au niveau du centre de santé dont 6 nécessitent une évacuation. Le bilan s’est certainement alourdi en cours de journée », a déclaré Bénédicte Lecoq, coordinatrice d’urgences pour Médecins Sans Frontières (MSF) à Rutshuru. En fin de journée, une bombe est tombée dans le jardin des religieux. Il y a eu deux morts et dix blessés. Sahel-Intelligence

L’influence russe en Afrique fait débat au Parlement allemand
Les parlementaires de la CDU-CSU mettent en garde : l’influence de la Russie en Afrique a augmenté de manière significative au cours des dernières années. Un engagement qui se fait souvent de manière dissimulée par le biais de représentants comme le groupe de mercenaires Wagner. Une influence qui menacerait également le partenariat de l’Allemagne avec certains pays du continent. La CDU et la CSU exigent donc du gouvernement fédéral qu’il réagisse à cette influence croissante. « La Russie mène une campagne de désinformation très ciblée en Afrique afin de discréditer les partenaires occidentaux. Et c’est ce qui s’est passé récemment au Mali, où des trolls russes ont largement fait campagne sur Facebook contre l’intervention de l’Onu et contre l’armée allemande. Et ces campagnes ont également joué un rôle déterminant dans le fait que les Français ont été priés de quitter le Mali. Et que faisons-nous contre cela ? Nous ne faisons pratiquement rien contre cela », estime Katja Leikert de la CDU-CSU. Karamba Diaby, du groupe SPD, plaide pour sa part, pour un renforcement du partenariat avec les organisations africaines. … Les auteurs de la motion introduite au Bundestag argumentent en outre que le soutien croissant de la Russie à des régimes souvent autocratiques en Afrique a, dans de nombreux cas, « des conséquences dramatiques pour la population civile locale ». Selon la CDU-CSU, l’influence de la Russie réduit les chances de réformes démocratiques et d’alternance pacifique du pouvoir. Le groupe conservateur critique le fait que le gouvernement fédéral n’ait pas encore présenté de stratégie claire pour réagir à cette question. DW

Tigré: Washington suspend l’expulsion des migrants éthiopiens
Les Ethiopiens n’avaient jusqu’ici jamais bénéficié de ce statut, contrairement aux Soudanais. Les Etats-Unis ont annoncé vendredi octroyer à tous les Ethiopiens présents sur leur sol un statut qui protège de l’expulsion et autorise à travailler, en raison « du conflit armé » et de « la crise humanitaire » dans leur pays. Le ministre de la Sécurité intérieure Alejandro Mayorkas a estimé qu’ils ne pouvaient pas être renvoyés en Ethiopie à cause des « violences » mais aussi « des graves pénuries alimentaires, des inondations, de la sécheresse et des déplacements de populations » qui y règnent. Ce statut dit de « protection temporaire », accordé pour une période de 18 mois, s’applique à tous les Ethiopiens actuellement présents sur le sol américain et en situation irrégulière, mais pas à ceux qui entreront à l’avenir. Environ 26.700 personnes sont éligibles, selon le ministère de la Sécurité intérieure. VOA/AFP

Antonio Guterres : « Aujourd’hui, notre organisation est mise à l’épreuve comme jamais auparavant »
Le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres a déclaré ce lundi 24 octobre, « aujourd’hui, notre organisation est mise à l’épreuve comme jamais auparavant. Mais c’est précisément pour des telles circonstances qu’elle a été créée ». En effet, ce jour, le monde célèbre la journée des Nations unies. Cette journée offre à la communauté mondiale l’occasion de réaffirmer les idéaux énoncés dans la Charte des Nations unies. Selon le Secrétaire général de l’ONU qui a adressé un message pour la circonstance, « l’Organisation des Nations unies est née d’un espoir ». L’espoir, mais aussi la volonté, après la seconde Guerre mondiale, de passer d’un conflit mondial à la coopération mondiale, poursuit le message d’Antonio Guterres. Et de poursuivre : « Plus que jamais, nous devons faire vivre les valeurs et les principes de la Charte des Nations unies dans le monde. Et en donnant une chance à la paix et en mettant fin aux conflits qui mettent en péril des vies, hasardant l’avenir et compromettent le progrès mondial ». Mettre fin à l’extrême pauvreté, réduire les inégalités et sauver les objectifs de développement durable figurent également dans le plaidoyer du Secrétaire général de l’ONU. Radio Okapi

Au Rwanda, le traumatisme du génocide se transmet de génération en génération
Josiane N. ne veut plus jamais entrer dans le mémorial du génocide de Ntarama. Dans cette petite église de briques située au sud de la capitale du Rwanda, Kigali, plusieurs milliers de Tutsi ont été massacrés en une seule journée par des miliciens hutu, le 15 avril 1994. Aujourd’hui, les restes des défunts sont entreposés sur des bancs et des étagères, à la vue de tous. « J’y suis allée une fois. J’ai été comme hypnotisée. Je me suis effondrée. On m’a emmenée à l’hôpital et j’y suis restée deux jours sans pouvoir parler », se souvient la jeune femme, prise en charge dans un centre de soutien psychologique pour les jeunes, à la sortie du centre-ville de Ntarama. Ce type de crise est fréquent chez les rescapés du génocide des Tutsi, surtout pendant les commémorations nationales des massacres qui ont lieu chaque année entre les mois d’avril et de juillet. Mais Josiane, née en 1999, n’a pas connu les tueries. « Je suis traumatisée car je pense à tous les morts de ma famille dont mes parents m’ont parlé. Mon père a perdu sa première femme ainsi que sept de ses enfants en 1994 », explique-t-elle. Le Monde

La FIDH célèbre ses 100 ans et met l’accent sur les droits de l’homme en Afrique
La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) a fêté dimanche 23 octobre son centième anniversaire à l’Hôtel de Ville de Paris en présence de 300 invités, dont 180 militants venus du monde entier. Sur le continent africain, si l’ONG a favorisé le développement du réseau des militants et leur mission reste difficile sur le terrain. Dans la grande salle de l’Hôtel de Ville de Paris, des portraits de militants incarcérés sont affichés. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) compte 39 ligues en Afrique : chacune d’entre elle fait remonter les informations sur les violences des pouvoirs en place ou les pressions exercées. Maître Drissa Traoré, secrétaire général de l’ONG, explique que des progrès ont été faits pour permettre aux militants de défendre leur cause : « Les responsables politiques aujourd’hui regardent par deux fois avant de menacer, et quand cela arrive, ils reculent rapidement parce qu’il y a une réaction qui instantanée et rapide. » … Chaque année, près de 300 défenseurs des droits de l’homme sont assassinés selon l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme. RFI



Photo: Adam Jones