Revue de presse du 24 janvier 2023

Côte d’Ivoire: la demande de retrait des troupes françaises du Burkina Faso observée avec attention
En Côte d’Ivoire, la demande de retrait des troupes françaises du Burkina Faso voisin, confirmée par les autorités burkinabè le 23 janvier 2023, est observée avec attention. « Il faut qu’on soit vigilant, car il y a des problèmes sécuritaires et une pression sur nos frontières », indique une source officielle ivoirienne à RFI. … La Côte d’Ivoire et le Burkina partagent en effet près de 500 km de frontières. Côté ivoirien, les forces de défense et de sécurité ont été renforcées dans le nord, et de nombreux projets de développement en direction des jeunes, ont depuis été mis en place pour proposer des alternatives à l’extrémisme violent. Si la décision d’Ouagadougou n’a pas un impact direct sur la Côte d’Ivoire, c’est la fluidité de la lutte anti-terroriste dans la sous-région qui pourrait bien en prendre un coup. « Si le capitaine Ibrahim Traoré confirme, dans les semaines à venir, sa proximité avec la Russie, cela risque d’entraîner un problème de confiance et un problème de partage d’information avec la Côte d’Ivoire », redoute Lassina Diarra, chercheur à Timbuktu Institute. La situation au Burkina Faso sera « évidemment » un sujet de discussion entre les présidents Emmanuel Macron et Alassane Ouattara ce mercredi 25 janvier, souligne un membre du gouvernement ivoirien, qui rappelle que les Forces françaises en Côte d’Ivoire sont présentes depuis longtemps dans le pays. RFI

Le ministre russe Sergueï Lavrov visite Pretoria pour renforcer l’amitié avec l’Afrique du Sud
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a visité l’Afrique du Sud lundi 23 janvier, un pays allié depuis 30 ans et qui s’est abstenu de condamner l’invasion russe de l’Ukraine. La visite express signe le retour de Sergueï Lavrov sur le continent africain après une tournée en juillet 2021. Isolée dans le monde, la Russie poursuit son opération séduction en Afrique et elle peut compter sur l’Afrique du Sud qui cherche à renforcer leur relation bilatérale. Cela au grand dam de la diaspora ukrainienne. Près d’un an après le début de la guerre en Ukraine, l’Afrique du Sud n’a pas dévié de sa position initiale : Pretoria continue de se dire neutre et refuse de parler d’« invasion russe ». … Pour la diaspora ukrainienne en Afrique du Sud, cette reconnaissance en dit long sur la vraie position de Pretoria vis-à-vis du conflit. Un petit groupe, mené par Anastasia Korpeso a manifesté contre la venue de Sergueï Lavrov : « Plus on s’enfonce dans la guerre et plus on est indigné par le gouvernement sud-africain que l’on condamne malheureusement. » RFI

Washington fait pression pour alléger la dette zambienne
Les États-Unis ont promis de faire pression sur les créanciers de la Zambie, et notamment la Chine, pour alléger la dette colossale du pays d’Afrique australe en défaut de paiement, qui tente de restructurer ses emprunts. « Nous continuerons à faire pression pour que les principaux créanciers, bilatéraux et du secteur privé, participent de manière significative à l’allègement de la dette de la Zambie, en particulier la Chine », a affirmé la secrétaire d’État américaine au Trésor, Janet Yellen, en visite à Lusaka le 23 janvier dans le cadre d’un voyage d’une dizaine de jours en Afrique. Le « traitement de la dette de la Zambie est une priorité absolue pour le Trésor », a-t-elle ajouté à l’issue d’une rencontre avec le ministre zambien des Finances, Situmbeko Musokotwane. Elle s’est également entretenue avec le président Hakainde Hichilema. Ce dernier a dit espérer que la restructuration de la dette du pays soit achevée au cours des deux prochains mois : « Tant que nous ne résoudrons pas cette question, cela faussera les progrès que nous avons réalisés jusqu’ici ». En 2020, la Zambie a été le premier pays africain à se retrouver en défaut de paiement sur sa dette extérieure – estimée à 17,3 milliards de dollars – depuis le début de la pandémie de Covid-19. Sa dette avait explosé sous Edgar Lungu, qui avait contracté des emprunts massifs pour financer une frénésie de projets d’infrastructures pendant ses six années à la présidence. Le président Hichilema, élu en 2021 sur des promesses d’éradiquer la corruption et ressusciter l’économie, a permis d’améliorer les relations du pays avec ses créanciers et les donateurs internationaux. Jeune Afrique

Le procès du siècle pour le Nigeria s’ouvre à Londres
Les enjeux de ce procès qui devrait durer 32 jours pourraient difficilement être plus élevés : si la Haute Cour décidait d’appliquer la décision du tribunal d’arbitrage, le Nigeria risquerait de perdre près d’un tiers de ses réserves de change – un montant équivalent à trois fois les budgets annuels de la santé et de l’éducation du pays. Le Nigeria promet de dénoncer « la corruption et les pots-de-vin à l’échelle industrielle », y compris la corruption d’avocats anglais établis, pour convaincre le juge Robin Knowles d’annuler la sentence. L’administration du président Muhammadu Buhari accuse une petite entreprise gazière, Process and Industrial Developments Ltd (P&ID), basée aux îles Vierges britanniques, d’avoir soudoyé l’État nigérian pour obtenir une sentence arbitrale de 11 milliards de dollars. L’affaire commence avec l’échec d’un contrat gazier conclu en 2010 entre le Nigeria et Process & Industrial Developments Limited (P&ID), une société alors peu connue, fondée par deux Irlandais, Michael Quinn et Brendan Cahill. Selon les termes du contrat, P&ID devait construire une usine de traitement du gaz que le Nigeria approvisionnerait gratuitement en gaz naturel pendant 20 ans. P&ID affirme que quelque 40 millions de dollars ont été consacrés à la construction de l’usine. Mais le Nigeria n’ayant pas respecté sa part du contrat, la société l’a poursuivi pour rupture de contrat devant un tribunal d’arbitrage de Londres, obtenant 6,6 milliards de dollars de dommages et intérêts pour la perte de revenus futurs. Depuis, cette pénalité a presque doublé en raison des intérêts accumulés. Jeune Afrique

Mali: le chef jihadiste Iyad Ag Ghaly recrute et s’affiche dans la région de Ménaka
Au Mali, Iyad Ag Ghaly est dans la région de Ménaka pour recruter de nouveaux combattants et il s’affiche personnellement. Des photographies ont été diffusées dans la nuit de dimanche à ce lundi 23 janvier par Al-Zallaqa, l’organe de propagande du Jnim (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans) lié à Aqmi et dirigé par Iyad Ag Ghaly. On peut y voir le chef jihadiste entouré de notables touaregs de la région de Ménaka lui prêtant allégeance. La dernière fois qu’il s’était montré, Iyad Ag Ghaly participait à un fastueux banquet célébrant la libération de centaines de combattants jihadistes relâchés par le Mali en échange de plusieurs otages dont la figure politique malienne Soumaila Cissé et la Française Sophie Pétronin. C’était en octobre 2020, il y a plus de deux ans. RFI

Kidane Zekarias Habtemariam, « l’un des passeurs de migrants les plus cruels au monde », a été arrêté au Soudan
En tant qu’abonné, vous pouvez offrir jusqu’à cinq articles par mois à l’un de vos proches grâce à la fonctionnalité « Offrir un article ». Pour les migrants est-africains, le début d’année a accouché d’une rare bonne nouvelle : l’arrestation du célèbre trafiquant érythréen Kidane Zekarias Habtemariam, le 1er janvier à Khartoum, au Soudan, lors d’une opération de police internationale menée par les Emirats arabes unis avec Interpol. L’homme est « l’un des passeurs les plus cruels au monde », selon la police des Pays-Bas, où il figurait sur la liste des criminels les plus recherchés. A l’intérieur de son réseau tentaculaire, qui s’étendait de la Somalie à la Libye et qui voyait chaque année transiter vers l’Europe des milliers de jeunes Ethiopiens, Erythréens et Somaliens, « Kidane » a fait vivre un enfer aux candidats à l’exil : torturant, violant, brutalisant les jeunes migrants pour leur extorquer des fonds. « C’est un démon », dit de lui Meron Estefanos, une défenseuse des droits des migrants érythréens. Le Monde

Éthiopie: les troupes érythréennes ont commencé à se retirer de certaines parties du Tigré
En Éthiopie, les troupes érythréennes ont commencé à se retirer de certaines parties du Tigré. Ce retrait ne concerne pour l’instant que deux villes de la région. Les États-Unis ont néanmoins salué ce qu’ils ont qualifié de « clé pour assurer une paix durable ». Des centaines de soldats érythréens juchés sur des camions ont été vus quittant la ville de Shire. Un témoin dit avoir compté « 300 véhicules » roulant en direction de la périphérie vendredi 20 janvier, pendant toute la journée, précisant que les Érythréens avaient également emporté leurs armes lourdes. Sur des images diffusées par des Tigréens sur les réseaux sociaux, on peut voir en effet rouler un convoi militaire avec une pancarte accrochée sur le côté d’un camion, disant « Game Over » (« Jeu terminé »), la formule utilisée par le président érythréen Issayas Afewerki pour justifier son intervention contre le TPLF, le parti qui gouverne la région. RFI

Une mort ravive les inquiétudes au Rwanda
Il y a quelques jours, le célèbre journaliste rwandais John Williams Ntwali a trouvé la mort dans un accident de la route. Âgé de 44 ans, le rédacteur en chef du journal The Chronicles était très critique envers le président Paul Kagame. L’ONG Human Rights Watch évoque pour sa part des « circonstances suspectes ». John Williams Ntwali, 44 ans, rédacteur en chef du journal The Chronicles, a été tué mercredi lorsqu’un véhicule a percuté la moto sur laquelle il se trouvait en tant que passager. « Ntwali est décédé dans un accident le 18 janvier à 02h50 du matin à Kimihurura », une ville située à proximité de la capitale Kigali, a écrit The Chronicles sur Twitter. « Ntwali était le passager de la moto. Il est mort instantanément », a poursuivi le journal. Le conducteur du véhicule a été arrêté et placé en garde à vue, selon la police. Selon Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale au sein de Human Rights Watch, John Williams Ntwaku a souvent été « le seul journaliste qui a osé faire des reportages sur des questions de persécution et de répression politique. Il rejoint une longue liste de personnes qui ont défié le gouvernement et sont mortes dans des circonstances suspectes ». DW

Le journaliste camerounais Martinez Zogo retrouvé mort
Au Cameroun, le journaliste Martinez Zogo est mort. Enlevé le 18 janvier à Yaoundé par des inconnus, son corps a été découvert ce dimanche à Ebogo 3 dans l’arrondissement de Soa, une banlieue de la capitale. Ses effets personnels ont également été retrouvés non loin du corps sans vie du journaliste, qui portait des traces de torture. Au moment de son enlèvement, le journaliste produisait une série d’émissions pour dénoncer les scandales financiers au Cameroun. Un crime qui vient davantage fragiliser la presse camerounaise. La voix de Martinez Zogo, les auditeurs de la radio Amplitude FM ne l’entendront plus. La presse camerounaise porte le deuil d’un de ses fils, assassiné par des inconnus. DW

Le pouvoir tchadien de nouveau menacé depuis le sud du pays
Plusieurs témoignages confirment l’existence d’une rébellion dans le sud du Tchad. Celle-ci aurait reçu du renfort depuis le « jeudi noir ». Les Tchadiens accueillent dans l’inquiétude, les informations faisant état de la naissance d’une nouvelle rébellion dans le sud du pays. Selon certaines sources, les membres de cette rébellion seraient des leaders sudistes qui seraient mécontents de la gestion du pays et de la répression des manifestations du 20 octobre. Pour d’autres observateurs, c’est un ancien mouvement qui tente de se réorganiser pour mieux s’affirmer sur le terrain. L’opposition politique, pour sa part, appelle à privilégier la voix démocratique. Officiellement, le gouvernement tchadien n’a pas réagi au sujet de la présence d’une nouvelle rébellion dans le Sud. Mais l’information a été confirmée par le général Ahmat Dari Bazine, gouverneur de la province du Logone Oriental, au cours d’une interview accordée au journal en ligne tchadien Alwihda Info. Celui-ci a déclaré que l’existence d’une rébellion dans la région méridionale est réelle. Il a même annoncé l’arrestation d’une soixantaine de jeunes hommes qui seraient passés aux aveux. Selon lui, cette rébellion est la suite logique des évènements du 20 octobre 2022, et son chef se trouverait en territoire centrafricain. DW

La crise dans le bassin du lac Tchad en discussion
La situation dans le bassin du Lac Tchad est très critique et exige des réponses rapides et urgentes, souligne le ministre nigérien des Affaires étrangères à l’ouverture de la rencontre internationale. Hassoumi Massaoudou rappelle que « la situation humanitaire dans la région du bassin du lac Tchad est alarmante et nécessite le concours de tous et de tout un chacun. Nous devons admettre que nos interventions sont très en deçà de la réalité des besoins et des attentes légitimes placées en nous par les millions de populations qui vivent dans des zones de cette région exposée quotidiennement aux effets cumulés de l’insécurité et des changements climatiques. Agissons vite et agissons efficacement ». Pour le gouverneur de la région de Diffa, située dans le sud du Niger aux abords de la région du lac Tchad, il faut travailler d’urgence en vue du renforcement de la résilience des populations. Leurs besoins, ajoute Ismaël Younouss, se résument aux questions de développement. Ismaël Younouss estime que « l’urgence, c’est de permettre à toutes les populations qui veulent revenir, de retourner, de regagner leurs points d’attache est de mettre à leur disposition tout le soutien nécessaire afin de les stabiliser et essayer de réfléchir en terme stratégique, par rapport à des solutions durables, par rapport à des projets de développement durable ». DW

L’ex-président mauritanien va devoir expliquer sa fortune aux juges
C’est l’histoire d’une disgrâce et d’une amitié ruinée entre un ancien président et son successeur: l’ex-leader mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz est jugé à partir de mercredi sous l’accusation d’avoir abusé du pouvoir pour amasser une fortune immense. M. Aziz devient l’un des rares ex-chefs d’Etat à répondre d’enrichissement illicite pendant les années, de 2008 à 2019, où il a dirigé ce pays charnière entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, secoué naguère par les coups d’Etat et les agissements jihadistes mais revenu à la stabilité quand le trouble gagnait dans la région. Ses pairs jugés par les justices nationale ou internationale le sont surtout pour des crimes de sang, tel, ailleurs en Afrique de l’Ouest, l’ancien dictateur guinéen Moussa Dadis Camara, à la barre depuis septembre. Loin de la fascination guinéenne pour le procès d’un massacre perpétré 20 ans auparavant, des Mauritaniens interrogés par l’AFP manifestent un intérêt modéré, davantage préoccupés par l’inflation, résignés à la corruption des élites ou adhérant à la théorie du complot contre celui qui les gouvernait naguère. AFP

Le changement climatique est un facteur aggravant du trafic d’êtres humains, révèle un rapport de l’ONU
La multiplication des désastres météorologiques, qui pousse sur les routes des millions de personnes, est aujourd’hui l’une des « causes principales » du trafic d’êtres humains, selon un rapport onusien publié mardi, évoquant également les risques posés par la guerre en Ukraine. « Le changement climatique accroît la vulnérabilité au trafic », souligne cette étude de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), basée sur la collecte des données de 141 pays sur la période 2017-2020 et l’analyse de 800 affaires judiciaires. Au fil du temps, « des régions entières vont devenir inhabitables », ce qui « affecte de manière disproportionnée » les communautés pauvres vivant essentiellement de l’agriculture ou de la pêche. Elles se retrouvent « privées de leurs moyens de subsistance et contraintes de fuir leur communauté », devenant une proie facile pour les trafiquants, a expliqué Fabrizio Sarrica, auteur principal du texte. Rien qu’en 2021, les catastrophes climatiques ont provoqué le déplacement interne de plus de 23,7 millions de personnes, tandis que de nombreux autres ont dû partir à l’étranger. Le rapport cite des typhons dévastateurs aux Philippines, ou encore le Bangladesh, particulièrement exposé aux cyclones et tempêtes. Dans les deux pays, une hausse des cas de trafic a été constatée, avec par exemple l’organisation de « larges campagnes de recrutement » pour piéger dans le travail forcé les plus démunis. Belga



Photo: Adam Jones