Revue de presse du 20 décembre 2022

Burkina: les professionnels des médias déplorent la « volonté » de « contrôler l’information »
« Au Burkina Faso, la presse traverse des moments difficiles du fait de la volonté des autorités de contrôler l’information », écrivent les responsables d’une dizaine d’organisations professionnelles des médias (OPM). « On assiste à une remise en cause du libre exercice des professionnels des médias, avec au quotidien des menaces de sanctions de la part des autorités et une terreur exercée sur les journalistes par des groupuscules instrumentalisés au sein de la population », poursuivent-ils. « Dire la vérité ou encore relater les faits, valeur sacrée de notre profession, est devenue un crime qui peut valoir à un média une suspension, sans autre forme de procès, ou la mise à prix de la tête d’un journaliste », dénonce encore le texte. Le 3 décembre, les autorités militaires du Burkina Faso ont ordonné la « suspension immédiate et jusqu’à nouvel ordre » de la diffusion de RFI, reprochant à la station d’avoir relayé un « message d’intimidation » attribué à un « chef terroriste ». « La suspension de RFI est regrettable. Elle est contraire aux principes de notre métier, le journalisme, et s’apparente à une décision hautement politique », indique le communiqué. Les OPM espèrent que le gouvernement « ne se laissera pas entraîner dans une spirale dans laquelle il va se voir contraint de fermer des médias sur des bases politiques ». AFP

Biodiversité : la COP15 s’achève sur un accord surprise
La présidence chinoise de la conférence a pris de court les négociateurs réunis à Montréal, aboutissant à un accord relativement ambitieux en pleine nuit. … La République démocratique du Congo a réservé un coup d’éclat à la Chine : son refus de l’accord, en pleine séance plénière. Après plusieurs minutes de pause, le ministre chinois est revenu à la tribune et a fait adopter en une poignée de secondes l’ensemble des textes soumis au vote. … Les textes contiennent trois grandes décisions, qui sont accompagnées de clauses dynamiques prévoyant des points d’étape réguliers, une première dans ce domaine. Ils sont jugés « historiques » par le ministre français de l’Environnement, Christophe Béchu, ainsi que par son homologue canadien, Steven Guilbeault. Tout d’abord, les signataires s’engagent à protéger 30 % de la planète d’ici à 2030, c’est le fameux objectif « 30 x 30 ». … Deuxièmement, les États se sont accordés pour atteindre 30 milliards de dollars par an de flux des pays riches vers les pays du Sud, pour les soutenir dans la protection et la restauration de la biodiversité d’ici à 2030, avec un premier palier à 20 milliards d’ici à 2025, contre un peu moins de 10 milliards en 2022. … Troisièmement, les délégations ont réussi à débrouiller en partie le très complexe sujet des rétributions que devront payer les utilisateurs des ressources liées à la biodiversité. Le Point

Wagner en Centrafrique : pourquoi l’attaque contre Dmitri Sytyi peut mettre le feu aux poudres
L’attaque contre l’un des patrons du groupe à Bangui, le Russe Dmitri Sytyi, est encore loin d’avoir livré ses secrets. Mais elle semble annoncer une nouvelle escalade dans le bras de fer qui oppose la France et la Russie en Afrique. … Selon Evgueni Prigojine, le colis adressé à Dmitri Sytyi aurait été accompagné d’une note dans laquelle il était écrit : « C’est pour toi, de la part de tous les Français, les Russes ficheront le camp d’Afrique ». L’homme d’affaires, proche de Vladimir Poutine a également demandé au ministère russe des Affaires étrangères de lancer une procédure pour déclarer « la France comme État soutien du terrorisme ».« Cette information est fausse, et c’est un bon exemple de la propagande russe », a aussitôt déclaré Catherine Colonna, cheffe de la diplomatie française. … « Propagande russe » ou « acte criminel » visant Moscou ? L’explosion ayant touché Dmitri Sytyi a en tout cas toutes les chances d’envenimer encore un peu plus les rapports entre la Russie et la France en Centrafrique et, au-delà, sur le continent africain. « Pour la première fois, on observe que la diplomatie russe classique, via leur ministère des Affaires étrangères, et la communication de Wagner sont quasiment sur une même ligne », analyse un diplomate à Bangui. « Il y a encore un an, Prigojine restait relativement silencieux. Aujourd’hui, il s’exprime officiellement, au même titre qu’un diplomate de haut rang. … Servira-t-il aussi de prétexte à une escalade dans le conflit entre la Russie et la France ? … Ce 19 décembre, alors qu’une ambulance évacuait le Russe vers l’aéroport de Bangui, une foule s’était rassemblée sur les bords de la route. Mobilisée par les réseaux de Blaise Didacien Kossimatchi, griot pro-Wagner proche de Sytyi, elle appelait à une alliance entre « la Russie et la Centrafrique contre le nazisme ». Jeune Afrique

Mali : Haïdara, Dicko… Les leaders religieux peuvent-ils bousculer la transition de Goïta ?
« Tant sur le plan sécuritaire que sur le plan alimentaire, ça ne va pas ». Le ton est ferme et le propos ne souffre d’aucune ambiguïté. Dans une vidéo tournée jeudi 15 décembre, l’influent prédicateur malikite, Chérif Ousmane Madani Haïdara, président du Haut conseil islamique du Mali (HCIM) depuis 2019, évoque une « crise sans précédent » et exhorte les Maliens à « dire la vérité aux autorités lorsqu’elles sont sur le mauvais chemin ». Tout aussi influent que discret, le religieux est ainsi sorti de sa réserve, « sous la pression de certains membres du HCIM », croit savoir le proche d’un autre religieux malien, qui a requis l’anonymat. « Il y a une forme de frustration au sein de l’institution, dont certains membres souhaiteraient être davantage entendus des autorités, ajoute-t-il. Ils ont le sentiment de perdre en influence et ont demandé à faire passer un message au régime. » Jeune Afrique

L’Éthiopie menace d’une nouvelle offensive au Tigré pour lutter contre le «crime organisé»
En Éthiopie, un communiqué du gouvernement publié samedi 17 décembre suscite un regain de tension entre les autorités fédérales et celles du Tigré. Deux mois et demi après la signature de l’accord de paix de Pretoria, un texte publié par une agence de communication publique affirme que le gouvernement pourrait « prendre des mesures » pour préserver les habitants de la capitale Mekele du « crime organisé ». C’est un communiqué de douze lignes, publié en anglais et en amharique, sur le compte Twitter du « Service de communication du gouvernement » éthiopien. Il ne nomme personne en particulier. Il condamne seulement « des crimes organisés » commis « spécialement à Mekele », des « vols » perpétrés « avec un accompagnement armé » et dénoncés auprès du gouvernement par téléphone par des « habitants » de la ville. … Les autorités tigréennes n’ont pas manqué de réagir, mais plus prudemment. Leur porte-parole Kindeya Gebrehiwot a répliqué en rappelant que des « crimes odieux tels que les viols, les exécutions extrajudiciaires, les enlèvements et les pillages » continuent dans les zones tenues par les forces érythréennes et amharas, qui ne se sont toujours pas retirées du Tigré. RFI

Tunisie : taux record d’abstention de près de 90% aux législatives
L’autorité électorale en Tunisie a officiellement annoncé une participation de 11,22% aux élections législatives de samedi, très légèrement en hausse par rapport au chiffre préliminaire de 8,8% rendu public après la fermeture des urnes. Même revu à la hausse, ce taux participation illustre une abstention record, confirmée par l’annonce officielle du président de l’instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), Farouk Bouasker, lors d’une conférence de presse à Tunis : « L’Instance supérieure indépendante pour les élections_ a enregistré, après le dépouillement de tous les votes, 1 025 418 électeurs sur l’ensemble des bureaux de vote, soit un taux de participation de 11,22%. » Le chef de la principale coalition d’opposants en Tunisie, Ahmed Nejib Chebbi, a appelé le président Kais Saied à « partir immédiatement », après le fiasco qu’a constitué cette abstention massive aux législatives. AfricaNews avec AFP

Afrique du Sud : le président Ramaphosa, fragilisé, reste à la tête de l’ANC
Pour la deuxième fois en moins de dix jours, Cyril Ramaphosa a sauvé sa peau. Lundi 19 décembre, le président sud-africain a été réélu à la tête de son parti avec 56 % des voix. Un score qui assure, pour le moment, son maintien à la présidence de l’Afrique du Sud. Pour le moment, car celui qui s’est fait le champion de la lutte contre la corruption entame une fin de mandat incertaine, sur fond de scandale et alors que le pays s’enfonce dans une crise sans précédent. En écho à la situation désastreuse de l’Afrique du Sud, la 55e conférence nationale de l’ANC s’est ouverte vendredi 16 décembre, avec l’annonce d’une nouvelle vague massive de coupures de courant plongeant le pays dans le noir dix heures par jour. Avec sept heures de retard, le président Ramaphosa entamait son discours inaugural, sous les huées d’un petit groupe de supporteurs opposés à sa réélection à la tête du parti. Le chef de l’Etat a livré son adresse à quelques mètres d’un garde cramponné à une couverture balistique, le signe de la tension qui régnait autour de l’événement. Organisé tous les cinq ans, le congrès de la formation qui dirige l’Afrique du Sud depuis l’élection de Nelson Mandela en 1994 est capable de « faire et de défaire des présidences », selon l’analyste politique Richard Calland. Le « top 6 » du parti, qui rassemble ses principaux dirigeants, est considéré comme l’antichambre du pouvoir. En 2017, l’élection de Cyril Ramaphosa à la tête du parti avait signé la fin du règne de Jacob Zuma, après des années de corruption massive. Le Monde

Nigeria: plus de 20 villageois tués par des hommes armés dans l’État de Kaduna
Plus de 20 villageois ont été tués, dans deux attaques distinctes, par des hommes armés dans l’Etat troublé de Kaduna, dans le nord du Nigeria, géant démographique de l’Afrique, ont indiqué lundi des responsables locaux. Le bilan des violences de dimanche contre les villages de Malagum 1 et Sakwong, dans le district de Kaura, s’élève à 28 ou 37 morts selon les sources. Des bandes criminelles attaquent depuis des années des villages du nord-ouest et du centre du pays pour voler du bétail, enlever des habitants pour demander des rançons, piller de la nourriture et incendier les habitations. Atuk Stephen, un des responsables du district de Kaura, a indiqué à une télévision locale que 37 personnes avaient été tuées par des bandits qui avaient incendié plus de 100 habitations et plusieurs véhicules. Le président nigérian Muhammadu Buhari est soumis à d’intenses pressions pour mettre fin aux violences avant de quitter ses fonctions l’année prochaine à l’issue d’un mandat de huit ans. Les « bandits », qualifiés de « terroristes » par le gouvernement fédéral, sont motivés par l’appât du gain. Mais des analystes s’inquiètent de liens grandissants avec les groupes jihadistes du Nord-Est, qui y mènent une insurrection depuis 13 ans. AFP

RDC: la France condamne le soutien du Rwanda à la rébellion du M23
C’est la première fois que la France évoque ce lien entre le M23 et le Rwanda. Une véritable évolution de la ligne diplomatique. Jusqu’ici, la France avait plutôt opéré ces dernières années un rapprochement avec les autorités de Kigali. Le président Macron a assez vite voulu se distinguer de ses prédécesseurs. C’est pour ça que Paris a notamment soutenu la candidature de Louise Mushikiwabo à la tête de la Francophonie en 2018. À cette époque, elle était la ministre rwandaise des Affaires étrangères. C’est aussi dans ce sens-là qu’a été mise en place la commission Duclert, chargée de faire la lumière sur le rôle de la France lors du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. Rapport qui a établi « un ensemble de responsabilités lourdes et accablantes » de Paris. Et puis surtout, il y a eu un voyage officiel du président Macron au Rwanda en 2021. À cela s’ajoute la présence de l’armée rwandaise au Mozambique pour lutter contre les jihadistes au Cabo Delgado, où la France a des intérêts avec un projet d’exploitation gazier pour l’entreprise Total. RFI

La justice britannique juge légal le projet d’expulser des migrants au Rwanda
En juin, quelques heures seulement avant le décollage, la Cour européenne des droits de l’homme avait bloqué le premier vol au départ de Londres censé expulser des migrants vers le Rwanda. Cette juridiction avait déclaré qu’aucun avion ne partirait vers Kigali tant que la justice britannique ne s’était pas prononcée sur la légalité d’un tel accord. Six mois plus tard, la Haute Cour de Londres a donc tranché ce lundi matin à la suite de recours d’associations d’aide aux migrants, comme Care4Calais, Detention Action et Asylum Aid ainsi que du syndicat du service public PCS : l’accord est jugé « légal », il ne contredit pas la Convention de Genève pour les réfugiés. « La cour a conclu qu’il est légal pour le gouvernement britannique de mettre en place des dispositions pour envoyer des demandeurs d’asile au Rwanda et que leur demande d’asile soit examinée au Rwanda plutôt qu’au Royaume-Uni », selon un résumé du jugement publié par la Haute Cour. RFI

Envoi présumé de djihadistes en Syrie et en Irak : arrestation d’un haut dirigeant du parti Ennahdha en Tunisie
Un ancien premier ministre tunisien et haut dirigeant du parti d’inspiration islamiste Ennahdha, Ali Larayedh, a été arrêté dans le cadre d’une enquête sur l’envoi présumé de djihadistes en Syrie et en Irak, a indiqué mardi 20 décembre sa formation. M. Larayedh, ex-ministre de l’intérieur puis chef du gouvernement, entre 2011 et début 2014, a été entendu pendant plusieurs heures au pôle judiciaire antiterroriste avant d’être écroué, selon un communiqué du parti. Après la révolution de 2011 qui a fait chuter la dictature de Ben Ali, la Tunisie a vu un grand nombre de djihadistes – entre 5 et 6 000 selon des organisations internationales – partir sur des terrains de conflit au Moyen-Orient et en Libye, pays voisin de la Tunisie. L’enquête sur les responsabilités d’anciens dirigeants tunisiens dans le transfert de ces jeunes djihadistes a été ouverte après le coup de force du président Kaïs Saïed, qui s’est emparé le 25 juillet 2021 de tous les pouvoirs. Il avait alors suspendu puis dissous le Parlement dominé par Ennahdha, sa bête noire. Des partis de gauche ont accusé Ennahdha et ses plus hauts dirigeants comme M. Larayedh, vice-président du parti, d’avoir facilité le départ des djihadistes, ce que le mouvement, dont Rached Ghannouchi, son chef, qui fait aussi l’objet de poursuites, dément catégoriquement. Le Monde avec AFP

Sénégal: deux ans de prison ferme requis contre les deux députés qui avaient frappé leur collègue
Au Sénégal, deux ans de prison ferme ont été requis contre les députés de l’opposition Massata Samb et Mamadou Niang. Les deux hommes étaient jugés, ce lundi 19 décembre, à Dakar pour « coups et blessures volontaires » contre Amy Ndiaye. En pleine session, le 1er décembre, à l’Assemblée nationale, l’élue de la coalition au pouvoir avait reçu une gifle et un coup de pied dans le ventre, mais les prévenus nient les faits qui leur sont reprochés. RFI

Big Brother pose son œil sur l’Afrique
Des réseaux de vidéosurveillance ultra-sophistiqués se déploient un peu partout sur le continent africain, mais le recours à l’intelligence artificielle de certains régimes autoritaires, notamment en Ouganda, inquiète. Elles ont envahi les principales routes d’Ouganda et recouvert les rues de la capitale, Kampala. En quelques années, le gouvernement ougandais a installé plus de 5 000 caméras. Réseau de vidéosurveillance, reconnaissance faciale, collecte massive de données… Alors qu’un nombre croissant d’initiatives similaires essaiment dans le continent, “de plus en plus de craintes émergent de voir ces projets qui combinent la surveillance d’Internet et la collecte de métadonnées mobiles offrir aux gouvernements les moyens de traquer les criminels mais aussi d’espionner des opposants politiques, des militants et des journalistes”, raconte le quotidien kényan Nation. Courrier international

Michael Makembe, l’homme qui capture les sons africains
Faire vivre la vraie musique africaine est la mission de Michael Makembe, originaire du Rwanda. Il a voyagé à travers l’Afrique pour capturer les sons du peuple africain et les partager pour la postérité. DW



Photo: Adam Jones