Revue de Presse du 11 janvier 2022

Premier grand meeting de l’opposition dans un stade de N’Djamena
L’opposant Succès Masra, président du parti les Transformateurs, a tenu un grand meeting samedi dans l’enceinte du stade Idriss Mahamat Ouya, le plus grand stade de N’Djamena. Cette manifestation autorisée de justesse par l’administration tchadienne a mobilisé une marée humaine. … Pour le pasteur Guy Thomassin, la journée du 8 janvier est une journée historique. “Soldat, dépose ton arme. Arrête de tirer sur nous, parce que tu sais que nous avons gagné, tu sais bien que nous allons vaincre dans cette lutte. Car la cause que nous défendons est juste et légitime. Tu sais que le sang que tu répands est le sang de ta fille, le sang de ton fils, de ta mère, de ton père, c’est le sang de ton frère et de ta sœur. Alors s’il te plait arrête les lacrymogènes, arrête de tirer sur les élèves et les étudiants”, a-t-il insisté. S’exprimant au nom du Groupe de réflexion et d’action pour l’Appel du 1er juin 2021 qu’il préside, Bedoumra Kordjé, ancien haut cadre de la Banque africaine de développement, a souligné que l’objectif de son groupe, qui n’est pas un parti politique mais une force de proposition, est de favoriser une transition apaisée pouvant aboutir à des élections libres, transparents et démocratiques. VOA

En Algérie, le porte-parole d’un parti d’opposition condamné à deux ans de prison
Au juge qui l’interrogeait sur sa volonté de « changer le régime », Fethi Ghares avait rétorqué qu’« en démocratie, le combat politique se déroule dans l’espace public et c’est le peuple qui tranche ». « Je suis le coordonnateur d’un parti politique, insistait-il ensuite. Cette qualité, je la garde même dans ma cellule. » Jugé le 26 décembre 2021, ce membre du Mouvement démocratique et social (MDS), formation algérienne de gauche laïque engagée en 2019 dans les manifestations antirégime du Hirak, a été condamné à deux ans de prison ferme, dimanche 9 janvier. Ce verdict à l’encontre du responsable d’un parti légal et agréé par les autorités, marque une nouvelle escalade dans la répression en Algérie, s’inquiètent opposants et avocats. Le porte-parole du MDS avait été arrêté le 30 juin. Placé en détention, il était poursuivi pour « atteinte à la personne du président de la République », « outrage à corps constitué », « diffusion au public de publications pouvant porter atteinte à l’intérêt national », « diffusion d’informations pouvant porter atteinte à l’unité nationale » et « diffusion d’informations pouvant porter atteinte à l’ordre public ». Des accusations qui reposent sur les publications de M. Ghares sur le réseau social Facebook et des échanges privés extraits de son téléphone. Le ­procureur avait requis trois ans de prison, sans prendre la peine de plaider. Le Monde

Soudan: l’émissaire onusien Volker Perthes détaille les modalités des pourparlers
Il s’agira dans un premier temps de discussions indirectes entre l’ONU et tous les « acteurs clés » : militaires, partis politiques, groupes armés, mais aussi société civile. Une initiative accueillie sans grand enthousiasme à Khartoum lorsqu’elle avait été annoncée. L’émissaire a donc tenté de convaincre lundi 10 janvier lors de sa conférence de presse. C’est un exercice de clarification, voire d’équilibrisme, auquel s’est livré ce lundi Volker Perthes, l’émissaire des Nations unies pour le Soudan, au cours de sa conférence de presse. « Ce que nous proposons ce ne sont pas des négociations mais des consultations. Des négociations directes ou indirectes pourraient venir dans un second temps, mais je ne peux l’imposer. » Ce dimanche, l’Association des professionnels soudanais, l’un de fers de lance de la révolution, a effet rejeté toute idée de négociations tant que le conseil militaire putschiste restera en place. Et que les manifestations continuent d’être réprimées dans le sang. Sur ce point aussi, l’émissaire de l’ONU leur a répondu. RFI

L’ONU appelle les dirigeants somaliens à tenir leur promesse sur les élections
L’ONU a appelé lundi les dirigeants de la Somalie à tenir leur promesse après la conclusion d’un accord pour achever en février les élections, dont les retards répétés ont généré une profonde crise politique dans ce pays instable de la Corne de l’Afrique. Dimanche soir, le Premier ministre Mohamed Hussein Roble et les chefs des différents États somaliens ont promis d’achever d’ici au 25 février ces élections parlementaires. Les tensions sont récurrentes entre M. Roble et le président somalien Mohamed Abdullahi Mohamed, plus connu sous le surnom de Farmajo, notamment en raison de l’organisation du scrutin. L’escalade récente entre les deux hommes a suscité la crainte que leur conflit ne dégénère en violences généralisées. Sur Twitter, la mission de l’ONU en Somalie s’est dite lundi “satisfaite” du consensus obtenu, mais a ajouté : “la priorité désormais est de mettre en application ces décisions afin d’obtenir un résultat crédible et largement accepté d’ici cette nouvelle échéance”. AFP

Somalie, vivre sous la menace des shebabs
Attentats, recrutements forcés, taxations illégales, et application de la charia : quinze ans après son émergence, le groupe islamiste al-shahab, continue d’imposer sa loi en Somalie. Tirant parti des profonds clivages politiques et claniques qui agitent la classe politique du pays, il a même renforcé son emprise l’an dernier. RFI

Niger – Détournements au ministère de la Défense : « L’État fera toute la lumière sur ce qui s’est passé »
Niamey vient de renoncer à se constituer partie civile dans l’une des procédures concernant les fausses factures du ministère de la Défense qui ont fait scandale il y a deux ans. Une décision que le porte-parole du gouvernement a expliquée à « JA ». L’affaire avait fait l’effet d’une bombe à Niamey. Réalisé à la demande du président Mahamadou Issoufou, un audit révélait en février 2020 l’existence d’un réseau de fausses factures, de surfacturations et de commandes payées mais non livrées d’une ampleur inédite au sein du ministère nigérien de la Défense. Même si le chiffre initial – proprement vertigineux – de 76 milliards de francs CFA (environ 116 millions d’euros) détournés du Trésor public a depuis été ramené après enquête à des proportions moins déraisonnables (12,1 milliards, soit 18,5 millions d’euros), le scandale, deux ans plus tard, demeure pendant devant la justice nigérienne. Dans ce contexte, dont a hérité le président Mohamed Bazoum, l’ordonnance prise fin décembre par le doyen des juges d’instruction entérinant le renoncement de l’État à se constituer partie civile contre les auteurs présumés de ces malversations – ordonnance confirmée le 3 janvier par un communiqué de l’Agence judiciaire de l’État [AJE], établissement public relevant du ministère des Finances – ne pouvait que susciter des interrogations. Pour le porte-parole du gouvernement et ministre de l’Élevage, Tidjani Idrissa Abdoulkadri, ce désistement n’est en rien synonyme d’impunité. Il s’en explique. Jeune Afrique

De nombreux disparus suite aux attaques dans l’Etat de Zamfara
De nombreuses personnes sont toujours portées disparues au Nigeria après le massacre de plus de 100 personnes dans l’État de Zamfara, dans le nord-ouest du pays. Des témoins indiquent que jusqu’à 200 villageois auraient été assassinés. Un bilan officiel fait état d’au moins 58 morts. Plus de 300 hommes armés à moto ont pris d’assaut des villages des communautés d’Anka et Bukkuyum dans l’Etat de Zamfara entre mercredi et jeudi. Ils ont tué plusieurs habitants, de même qu’ils ont pillé et incendié de nombreuses maisons. Attahiru Ahmad et Mahammad Usman sont les chefs traditionnels des deux communautés affectées. “Des incidents similaires se produisent souvent chez nous. Nous ne pouvons que nous en remettre au Dieu tout puissant. C’est triste. Il y a eu 22 morts dans notre communauté. C’est le bilan qui est confirmé”, confie Attahiru Ahmad. Mahammad Usman explique que “des hommes armés sont venus dans notre village ce jour. Ils ont tué 32 personnes. Ils ont incendié les maisons, des habitants. C’est ce qui s’est passé ici”. VOA

Libye: plus de 600 migrants arrêtés à Tripoli
Deux ONG s’inquiètent après l’arrestation, ce lundi 10 janvier 2022, de quelques 600 migrants à Tripoli. Ils campaient depuis octobre 2021 devant les bureaux du Haut Commissariat aux réfugiés et faisaient partie d’un groupe de 2 000 personnes raflées lors d’un raid et placées dans un centre de rétention. Ces migrants étaient restés devant les locaux du HCR à Tripoli, malgré la fermeture de ce centre le mois dernier. La police leur avait demandé de quitté les lieux ce qui avait poussé un premier groupe de 200 personnes à quitter les lieux. Les 600 qui restaient ont, pour leur part, été embarqués dans des bus en direction du centre de rétention officielle de Aïn Zara. « Nous sommes alarmés par la détention de centaines de migrants, réfugiés et demandeurs d’asile, dont des femmes et des enfants », a déclaré Dax Roque, du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) dans un communiqué. L’organisation humanitaire, citant des témoins sur place, a affirmé que l’opération d’évacuation menée tôt lundi était « musclée » et que les tentes et abris de fortune des migrants avaient été incendiés devant ce centre que le HCR a fermé en décembre. « Nos équipes médicales ont secouru des personnes blessées lors des arrestations de ce matin, dont une personne blessée par balle », a pour sa part indiqué Thomas Garofalo, directeur pour la Libye de l’International Rescue Committee (IRC), cité dans le même communiqué. RFI

En Afrique du Sud, l’incendiaire présumé du Parlement accusé de « terrorisme »
L’homme soupçonné d’être à l’origine de l’incendie qui a ravagé le Parlement sud-africain le 2 janvier au Cap a été accusé, mardi 11 janvier, de « terrorisme ». L’inculpé « est coupable de délit de contravention aux provisions de (…) protection de la démocratie contre le terrorisme et activités associées », selon l’acte d’accusation consulté par l’Agence France-Presse. Zandile Christmas Mafe, 49 ans, avait été arrêté dès dimanche 2 janvier alors qu’il se trouvait dans l’enceinte du Parlement et avait été inculpé trois jours plus tard lors d’une brève comparution devant un tribunal du Cap. L’homme était déjà accusé d’être entré par effraction dans l’immense bâtisse située dans le centre du Cap, d’avoir « mis le feu aux bâtiments du Parlement » et d’avoir volé « des ordinateurs portables, de la vaisselle et des documents ». Le Monde avec AFP

Art contemporain : à l’espace Kadist, les migrations intra-africaines sont à l’honneur
De grandes esquisses de visages sur tissu, une déambulation vidéo dans la brousse burkinabée, un panneau de bois sculpté composé de huit morceaux… Mêlant formats, matériaux et supports, l’exposition « Diaspora at Home », présentée jusqu’au 30 janvier à l’espace Kadist, située dans le XVIIIe arrondissement de Paris, réunit dix artistes autour des mobilités intra-africaines. « Le thème des migrations à l’intérieur du continent est né de plusieurs discussions avec Iheanyi Onwuegbucha, directeur artistique du Centre for Contemporary Art de Lagos et co-commissaire du projet “Diaspora at Home”, précise Sophie Potelon, co-commissaire de l’exposition, et notamment du constat des difficultés de mobilité sur le continent. » Le jeune commissaire basé au Nigeria expérimente lui-même régulièrement cette gageure que sont les voyages à l’intérieur de l’Afrique : de la difficile obtention des visas au manque de vols directs entre les grandes villes continentales, en passant par les coûts élevés de telles démarches. S’y ajoute la volonté de décentrer le débat médiatique, qui se focalise généralement sur l’exode de populations du Sud vers le Nord, alors que les chiffres disent tout autre chose. En 2019, rappelle le philosophe camerounais Achille Mbembe, « sur près de 1,3 milliard d’Africains, quelque 29 millions seulement vivent à l’étranger. Parmi ces 29 millions, 70 % n’ont pris ni le chemin de l’Europe, ni d’aucune autre région du monde. Ils se sont installés dans d’autres pays d’Afrique ». Le Monde



Photo: Adam Jones