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Selon les experts, la démocratie est vitale à la sécurité et la stabilité et doit s’appuyer sur la connaissance de l’Afrique

Par le Centre d’Études Stratégiques de l’Afrique

12 juin 2014

SLS

La majorité du débat sur la démocratie en Afrique est axé sur les origines, principalement occidentales,  du concept et comment il influence les politiques de l’Occident, notamment celles des Etats-Unis envers le  continent, selon  les spécialistes africains et américains. Peu d’attention a été accordée aux origines africaines du concept aussi bien sur les expériences, les pratiques de gouvernance et les traditions des Etats africains de l’ère précoloniale et comment celles-ci influencent la pensée de l’Afrique  actuelle.

Les représentants influents militaires et civils des pays africains, participant au 16ème séminaire des hauts responsables  (SLS) organisé par le Centre d’études stratégiques de l’Afrique (ACSS) à Washington, D.C., ont analysé l’application du concept de la démocratie en Afrique relatif au programme de paix et de sécurité sur le continent.

« Le continent accueille une grande diversité  de civilisations »,  a annoncé Maturin Houngnikpo dans sa présentation du 12 juin 2014. “Nous avons eu des monarchies puissantes dotées de solides institutions sociales et politiques avec des dirigeants en majorité responsables et justiciables, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui ».M. Houngnikpo est le conseiller à la réforme du secteur de la sécurité pour le Secrétaire du Conseil de la sécurité nationale de la Côte d’Ivoire. Jusqu’en 2013, il était professeur titulaire de la chaire des relations civilo-militaires du Centre de l’Afrique.

Il a encouragé les participants à envisager l’intégration de l’expérience précoloniale de l’Afrique  dans la démocratie et les éléments positifs de l’expérience postcoloniale dans un contexte global et constitutif qui augmente un plus grand contrôle par les dirigeants africains de leurs expériences à promouvoir la démocratie.

« Les africains ne doivent pas accepter la notion que les occidentaux ont amené la démocratie en Afrique afin de ‘civiliser les  autochtones’ », a-t-il annoncé.  « C’est un fait historique que l’Afrique a contribué immensément aux civilisations occidentales et à d’autres. … Par exemple, les grands philosophes grecs, Platon et Socrate, ont étudié en Egypte : Platon pendant 13 ans à l’université d’Alexandrie qui était alors le premier centre  d’enseignement au monde. … Et beaucoup d’autres encore, notamment Thales et Homer ».

M. Houngnikpo a présenté aux participants quelques-unes des grandes inventions africaines, notamment les  pyramides d’Egypte et du Nord-Soudan, qui datent d’avant les invasions arabes de l’Afrique du Nord au VIe siècle A.C.

« Celles-ci ont été des réalisations africaines authentiques, suggérant que le peuple africain avait tout ce qu’il avait besoin pour réussir et de faire de leur continent un monde nettement meilleur », continua-t-il, “et il est grand temps qu’ils arrêtent de se lamenter et qu’ils se montrent à la hauteur ».

M. Houngnikpo a parlé du progrès que l’Afrique est en train de réaliser en inculquant plus de démocratie. Il a affirmé que l’ère du parti unique est pratiquement terminée, la tolérance  croissante de l’opposition politique commence à prendre racine, les sociétés civiles sont devenues de plus en plus actives, les élections se déroulent plus régulièrement, la participation politique est en augmentation et les forces de sécurité et de défense deviennent plus professionnelles.

Il a aussi souligné les difficultés actuelles.

Dr. Mathurin Houngnikpo« Les élections pour la plupart sont considérées comme une fin, plutôt qu’un moyen de parvenir à une fin »,  a-t-il avancé. « La violence qui caractérise de nombreux processus électoraux sur le continent est bien trop élevée et nous devons continuer à chercher à réviser les statuts à servir à des fins personnelles aux dépens du pays ».

M. Houngnikpo a dénoncé les conditions sociopolitiques dans un sens plus large et le leadership individualisé de la violence  liée aux élections.

« Vous avez une situation où la prise du pouvoir étatique est synonyme de la création d’une richesse personnelle, un problème qui est  aggravé par le niveau élevé de pauvreté et l’absence de la délivrance de services publics élémentaires. … Ceci donne lieu à une très forte propension à la violence accompagnée de toutes ses répercussions négatives », a-t-il mis en garde.

Les dirigeants africains ont été vivement invités à réfléchir davantage sur quatre points principaux : 1) redoubler d’efforts pour assimiler et tirer un enseignement des principes de l’ère précoloniale de l’Afrique, 2) établir un nouveau contrat social entre les dirigeants et les citoyens, 3) instituer une culture qui exige plus de responsabilité et, 4) instaurer un changement fondamental dans la manière dont les affaires de l’Etat sont gérées.

Dorina Bekoe, professeure associée au Centre de l’Afrique, spécialiste des difficultés en matière de sécurité, de la prévention des conflits et des questions relatives à la coopération civilo-militaire en Afrique, a abordé les violences liées aux élections en Afrique.

Elle a décrié la persistance de la violence liée aux élections, la persistance des coups d’Etat militaire et des utilisations négatives de la technologie visant à influencer les élections au moyen de désinformation et dans certains cas de l’intimidation.

En donnant des chiffres provenant de plusieurs bureaux de vote, Madame Bekoe a noté que  42 % seulement des 286 élections générales et parlementaires qui ont été tenues en Afrique entre  1990 et 2013 ont été dépourvues de violence.

Les 58 % restants ont été caractérisés par divers degrés de violence, un pourcentage que Dorina Bekoe a considéré comme étant indicatif de la nature encline aux conflits de l’Etat africain en général.

Dr. Dorina BekoeMalgré ces difficultés, quelques modèles positifs ressortent. Dorina Bekoe a cité, en particulier, le Programme d’observation de la violence électorale au Ghana,  le Réseau d’observateurs axé sur les citoyens au Sénégal, les comités de district contrôlant les codes déontologiques au Sierra Léone et les comités de liaison entre partis au Malawi.

Elle a également donné des exemples de la manière dont les technologies devaient être utilisées pour : 1) améliorer le processus d’inscription des électeurs, 2) instituer une transparence accrue au niveau de la transmission et de la validation des résultats et,  3) appuyer la mise en place d’un système d’alerte précoce afin d’empêcher voire de réagir à la violence électorale.

Elle a également vivement encouragé les instances politiques africaines à s’investir dans une approche plus holistique à la résolution des conflits et à concentrer les efforts de prévention des conflits  sur la phase préélectorale lorsque les indicateurs de violence sont plus manifestes dans cette phase du processus électoral.

Avec un séminaire de deux semaines allant jusqu’au 20 juin, les hauts responsables, représentant plus de 30 pays africains, ont prévu de continuer à discuter des principes fondamentaux concernant la sécurité et la stratégie de sécurité en Afrique, domaines principaux des études portant sur la sécurité et des difficultés majeures actuelles.