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Sécurité et sûreté maritimes : crucial pour l’avenir stratégique de l’Afrique

Par le Centre d’Études Stratégiques de l’Afrique

4 mars 2016

Photo by Worldfish/Anne Delaporte

Les 25 750 km du littoral de l’Afrique permettent aux deux tiers de ses pays un accès direct à une mer de richesses. Le domaine maritime offre un énorme potentiel de revenus généré par la pêche et le tourisme. Il sert de point de référence culturel majeur et de sources de subsistance vitales pour les communautés à la fois côtières et intérieures. L’accès maritime, par ailleurs, confère à l’Afrique un avantage stratégique pour le commerce international, la diplomatie et le développement national.

Le domaine maritime est également une source d’insécurité qui a une incidence sur la stabilité du continent. La piraterie, le trafic de stupéfiants, la contrebande d’armes, et d’autres menaces transnationales prospèrent dans l’espace maritime de l’Afrique, fragilisant l’autorité gouvernementale et la confiance des investisseurs. « Il n’y a pas de sécurité nationale sans sécurité maritime », explique le Dr Assis Malaquias, expert sur la sûreté et la sécurité maritime pour le Centre d’études stratégiques de l’Afrique. Toutefois, la sécurité nationale et les politiques économiques soulignent rarement la sécurité maritime en raison d’un manque de sensibilisation, de volonté politique et de ressources. En vue de renforcer les efforts de sécurité maritime sur le continent, le Centre d’études stratégiques de l’Afrique a réuni des participants de 12 pays africains à Accra, au Ghana, du 02 au 04 mars 2016, pour examiner le processus d’élaboration de stratégies nationales concernant la sécurité maritime.

Importance stratégique du domaine maritime pour la sécurité et le développement de l’Afrique

« Lorsque vous regardez la carte africaine, il est facile d’ignorer les eaux autour du continent, et c’est pourtant une caractéristique qui rend l’Afrique importante », selon le Dr Malaquias. « Le domaine maritime n’a pas bénéficié du degré de priorité qu’il mérite. … Trente-huit pays africains sont des états soit côtiers soit intérieurs. Quinze seulement sont enclavés. … En outre, aucun des 38 états côtiers peuvent revendiquer pleinement leur souveraineté sur les eaux territoriales ».

Les routes maritimes principales du monde encerclent l’Afrique. Pourtant, la part de l’Afrique dans le commerce mondial (environ deux pour cent) reste très faible, en dépit d’être le foyer de plus de 15 pour cent de la population mondiale. Quatre-vingt-dix pour cent du commerce intra-africain, dont les deux tiers de son approvisionnement en énergie, arrivent par la mer, ce qui en fait un moteur économique d’importance vitale, surtout suite aux récentes découvertes de pétrole et de gaz naturel au large des côtes dans des pays, tels que l’Angola, le Mozambique et le Nigeria.

Le domaine maritime est également une importante source potentielle de revenus non pétroliers. Au Kenya, par exemple, le tourisme représente 12 pour cent du PIB, dont 60 pour cent consistent en visites à la côte. En 2050, la population de l’Afrique aura doublé pour atteindre 2,5 milliards, et la poursuite de la croissance des niveaux requis pour soutenir cette énorme explosion de la population sera impossible si le domaine maritime n’est pas exploitée ni protégée.

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Sources et effets de l’insécurité maritime

Selon l’Union africaine, le golfe de Guinée subit des attaques hebdomadaires de la part des pirates, ce qui entraîne une diminution annuelle des expéditions de 4,1 pour cent. La piraterie dans le golfe d’Aden coûte à l’Afrique 25 milliards USD par an et depuis les années 1960, 100 milliards de dollars US en revenus pétroliers ont été perdus en raison de l’insécurité dans les mers africaines. Compte tenu de ces chiffres, Dr Malaquias souligne que la piraterie ne doit pas seulement être considérée comme un problème criminel, mais également comme un obstacle stratégique majeur pour le développement de l’Afrique dans la mesure où la croissance économique durable dépend du commerce, qui lui-même dépend de la sécurité maritime.

L’insécurité maritime a également encouragé le  trafic illicite des armes, des stupéfiants et des personnes à prospérer, à mesure que les passeurs exploitent la faiblesse de l’application de la loi et des procédures douanières maritimes de l’Afrique, le manque de contrôle gouvernemental des domaines maritimes, et la corruption. Les conséquences de l’insécurité maritime se sont donc multipliées. Bien que le vieux paradigme ait suggéré que la consommation de drogues était un problème essentiellement occidental, de nombreux pays africains ont évolué de leur position en tant que point des transit au point d’être des marchés importants dans le commerce mondial de la drogue, pesant sur les faibles systèmes de santé publique, la sécurité alimentaire, le maintien du droit, de l’ordre et de la sécurité publique.

Pêche illicite, non déclarée et non réglementée

Un demi-milliard d’Africains dépendent du poisson pour leur apport en protéines, ce qui nécessite 1,6 millions de tonnes de poisson par an pour maintenir la consommation actuelle. Bien que cette forte demande soit censée augmenter jusqu’à 5,2 millions de tonnes d’ici 2030, les stocks de poissons de l’Afrique sont en baisse à un rythme alarmant, avec des répercussions importantes sur la stabilité sociale et politique. Selon l’Union africaine, la pêche illégale entraîne une perte annuelle de 10 à 15 milliards USD, dont la majorité se produit en Afrique. La mauvaise gestion des pêches a coûté au continent 50 milliards USD depuis l’indépendance. La pêche illégale est à la fois une cause et un effet de la diminution des stocks de poissons. À mesure que les ressources halieutiques sont en baisse ailleurs et la demande et la valeur pour les poissons est en hausse, les ressources marines africaines gagnent une valeur stratégique et financière, qui est toutefois au détriment des stocks de poissons et des moyens de subsistance économiques.

Yu Feng a Taiwanese-flagged fishing vessel suspected of illegal fishing activity. Photo: US Coast Guard / Shawn Eggert

Le Yu Feng, un bateau de pêche au drapeau taïwanais soupçonné d’activités de pêche illégales.

Ces ressources sont un aimant pour les chalutiers illégaux en provenance de la Chine, de l’Europe, des Philippines, de la Russie, de la Corée du Sud et de Taïwan qui sont en plein essor en raison des médiocres capacités d’application de la loi. Le coût à long terme est une source de préoccupation. Dr Malaquias fait remarquer que l’industrie de la pêche est indispensable à la réduction de l’extrême pauvreté dans des environnements caractérisés par la croissance exponentielle de la population et la hausse des niveaux de chômage des jeunes. Aujourd’hui, le commerce du poisson génère des moyens de subsistance pour plus de 100 millions d’Africains, mais dans la mesure où l’environnement côtier se détériore, les revenus familiaux décroissent parallèlement.

Les pays africains sont de plus en plus conscients, et beaucoup sont maintenant engagés dans un processus qui mènera à l’élaboration de cadres stratégiques complets pour la sécurité maritime nationale. Tout a commencé au niveau régional, avec d’abord l’adoption de la Stratégie africaine intégrée pour les mers et les océans 2050, suivie par la mise en place de stratégies régionales de sécurité maritime par les Communautés économiques régionales de l’Afrique Occidentale, Centrale et Australe. D’après le Dr Malaquias, ces cadres doivent maintenant se traduire dans les stratégies nationales. Les stratégies nationales de sécurité maritime sont les éléments constitutifs d’une stratégie régionale efficace et la coopération est indispensable, compte tenu de la nature transnationale des menaces maritimes, telles que la pêche illégale, la piraterie et le trafic d’armes.

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