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Obtenir la logistique appropriée : un incontournable aux opérations de paix

Par le Centre d’Études Stratégiques de l’Afrique

15 avril 2016

« Les amateurs parlent de tactique mais les professionnels étudient la logistique ». L’impression est couramment entretenue parmi les spécialistes des opérations de sécurité, qui savent qu’une mission peut rapidement capoter sans une gestion et un déploiement efficaces des processus et des ressources nécessaires à son soutien. Ce thème et les priorités destinées à renforcer la capacité logistique du secteur de la sécurité en Afrique a été le centre de discussion d’un séminaire récemment tenu sur la problématique de la logistique en Afrique organisé par le Centre d’études stratégiques de l’Afrique à  Accra au Ghana et adressé à une centaine de professionnels africains du secteur de la sécurité représentant 40 pays.

Amani Africa II (Photo: GCIS)

L’exercice d’ entraînement en campagne Amani Africa II, tenue en Novembre 2015 en Afrique du Sud, a testé la capacité de déploiement rapide de l’UA et a impliqué environ 6.000 militaires, des civils et des policiers représentant plus de 30 pays africains. (Photo: GCIS)

Nulle part ailleurs les avantages d’une forte logistique et des lacunes concernant une logistique faible n’ont été constatés plus  manifestement que dans les opérations de paix en Afrique. Les pays africains déploient fréquemment des forces dans des « situations les plus difficiles au monde aux niveaux  opérationnel et logistique », constate le colonel à la retraite, Daniel Hampton, professeur de pratique en études de sécurité au Centre d’études stratégiques de l’Afrique. Sans un système fort en logistique, leurs mandats complexes, évoluant et plus étendus ne peuvent pas être livrés efficacement. Les contingents affectés au déploiement doivent être transportés sur la zone de mission de façon rapide et opportune. Une fois arrivés dans la mission, ils doivent être nourris, équipés, transportés et aidés à soutenir leurs opérations.

Les systèmes de logistique doivent, de plus, être capables de s’adapter à des scénarii opérationnels différents. « Il n’existe pas un seul cas de figure d’une mission-type », précise Gérard de Groot, professeur d’histoire à l’université de St. Andrews en Ecosse. « Une mission d’observation pourrait exiger rien de plus de complexe que des téléphones satellites, quelques véhicules et des ordinateurs portables. Une mission de pacification de grande envergure, d’un autre côté, a besoin de nourriture, de vêtements, d’armes, de véhicules blindés, de munitions, de fournitures médicales, des hélicoptères et des aéronefs de transport ».  Un système qui incorpore ces éléments permet aux contingents de réaliser leur objectif, qu’il s’agisse de relocaliser des groupes vulnérables et affectés par les conflits, de protéger les civils, de neutraliser les menaces ou de mettre en œuvre des efforts soutenus afin d’assurer la stabilité.

La complexité des environnements des missions de paix est un important facteur de contrainte à établir cette capacité logistique, fait observer De Groot. « En temps de guerre, l’armée mobilise, affronte l’ennemi, remporte la victoire et s’en va ». Ceci est en contraste, affirme-t-il, aux besoins bien plus divers et non conventionnels des missions, qui comprennent de « maîtriser les belligérants, protéger les civils, contrôler le respect des cessez-le-feu, détruire les armes, aider les réfugiés, apporter des secours humanitaires et aider à reconstruire un ordre politique ». Chacune de ces obligations soulève des problèmes de logistique pour lesquels les armées traditionnelles ne sont pas souvent pas préparées.

Un autre problème est le coût véritable à maintenir l’approvisionnement des forces dans la zone de la mission, une charge financière énorme que peu de pays africains sont capables d’endosser à long terme. Mais bien que l’aide financière représente, sans aucun doute, un facteur contraignant, une partie de celle-ci peut être réduite par une meilleure planification et hiérarchisation des priorités, fait remarquer Paul Williams, professeur associé en affaires internationales à l’université George Washington. « De nombreux pays africains ont soutenu des déploiements sur plusieurs années dans des conflits externes, suggérant que l’absence de capacité logistique pourrait, dans certains cas, être le rôle de choix politiques particuliers et d’autres priorités, voire même la corruption ». « Ce schéma se retrouve, par exemple, lorsque des gouvernements investissent dans des systèmes onéreux qui ne sont pas le reflet adéquat des réalités en matière de sécurité. Ces dépenses pourraient, à la place, être utilisées pour acquérir des moyens moins onéreux qui améliorent la logistique et reflètent l’engagement du pays à participer à des missions de paix.

Beaucoup de cet état de fait revient à reconnaître que la capacité logistique est une composante d’un cadre de politique nationale et de hiérarchisation des priorités. « Puisque la plupart des opérations de paix se déroulent sur le continent africain, il est de l’intérêt en matière de sécurité au niveau régional des Etats africains de résoudre les conflits et de mener des initiatives de stabilisation », fait remarquer Hampton. Le Livre blanc 2014 de l’Afrique du Sud portant sur la défense nationale informe que le maintien de la paix arrive en deuxième position de priorité seulement pour la défense du territoire. George Kruys, général de brigade de l’Afrique du Sud en retraite, annonce que la capacité de son pays à soutenir les déploiements de ses forces en Afrique, bien que terrain d’accueil de contraintes logistiques, opérationnelles et en ressources, est due dans une large mesure à ses systèmes et à une culture bien ancrée de logistique et de planification élaborées avec le temps au sein du ministère de la Défense.

La coordination aux niveaux régional et international est également essentielle. Hampton met cependant en garde que les « capacités fournies par des partenaires externes ne sont éternelles ». Il fait remarquer que « si le matériel est livré sans faire partie d’une stratégie d’acquisition de marches en fourniture de matériel ou qui n’est pas compatible voire sujet à l’interopérable avec d’autres matériels présents dans l’inventaire de la défense, il ne serait d’aucune utilisation ». « Ceci est également valable pour la formation qui, si elle n’est pas adaptée au sein d’un système de logistique des forces de défense et soutenue par une doctrine d’ordre général, elle ne sera pas retenue ». La contribution externe doit aussi être correctement optimisée. « Elle ne doit pas contraindre la capacité des institutions du partenaire local », continue Hampton. « Si c’est le cas, alors il faut donner la priorité aux renforcement des institutions soit à titre de condition préalable soit en même temps ».

En janvier 2016, les dirigeants de l’Union africaine (AU) ont annoncé que la Force africaine en attente fort attendus, une force africaine multidisciplinaire de maintien de la paix à déployer sur des situations d’urgence sur le continent, était presque à sa capacité opérationnelle totale. Il y a eu raison d’être optimiste car l’Union africaine en novembre  2015, a mis en place Amani Africa II, son exercice historique d’entraînement sur le terrain au Centre d’entraînement au combat de l’armée de terre de l’Afrique du Sud à Lohatla dans la province de Northern Cape. Le site est l’un des dix rares établissements conçu pour entraîner au combat à terre et aux opérations de soutien à la paix. L’exercice de trois semaines a permis de valider la capacité de déploiement rapide de l’Union africaine et a fait participer quelques 6 000 militaires et personnels civils et de police, représentant plus de 30 pays africains, recrutés sur les cinq forces en attente régionales.

Cédric De Coning, qui a aidé à coordonner en 1997 les composantes civiles du premier exercice d’entraînement multinational, « Blue Crane », rapporte que la Force africaine en attente « fait partie d’une initiative permanente à créer une vision et un plan d’action communs pour le développement de la capacité de maintien de la paix sur le continent ». Le concept était toujours à son stage embryonnaire lorsque l’exercice Blue Crane a été conduit, a-t-il fait remarqué et l’exercice final Amani Africa II a montré combien de progrès a été réalisé en deux décennies. Amener ce progrès au niveau supérieur dépend grandement de la capacité à maintenir des normes de performance élevées et une vision précise du soutien logistique requis afin de répondre efficacement aux conflits.

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