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Les terroristes frappent Burkina Faso : quelles en sont les implications ?

Par le Centre d’Études Stratégiques de l’Afrique

25 janvier 2016

Dr. Ben NickelsL’attaque terroriste contre un hôtel de luxe à Ouagadougou est la deuxième fois au cours des derniers mois, suite à l’agression mortelle à l’hôtel Radisson Blu à Bamako au mois de novembre 2015 que des groupes affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), en grande partie basés au Nord du Mali, ont mené des attaques de ce type en dehors de leur zone de base. L’attaque a fait au moins 30 morts et des dizaines de blessés avant que les forces de sécurité puissent prendre d’assaut l’hôtel et libérer 176 otages, dont la moitié ont ensuite dû être hospitalisés. Benjamin Nickels, professeur agrégé et directeur académique pour les menaces transnationales et luttes contre le terrorisme au Centre africain d’études stratégiques, évalue l’importance de ces attaques ainsi que les mesures qui pourraient être prises par les autorités burkinabées et leurs partenaires pour faire face aux menaces futures.

1.  C’est la deuxième fois que les affiliés d’AQMI mènent des attaques de ce type dans le Sahel. Quels sont leurs objectifs ?

Pour AQMI, les récents attentats à Bamako et à Ouagadougou font partie d’un jeu de revitalisation. Tandis que le gouvernement élu du Mali remet lentement en place l’état et le pays et que la dynamique de sécurité intérieure du Mali est une fois de plus dominée par des accords de paix aux mise en œuvre troublées, le terrorisme dans le Nord a pris une forme moins évidente et semble être une autre partie d’insécurité provinciale persistante, malgré le coût très réel et regrettable sur les troupes de l’ONU dans cette région. En revanche, les attaques terroristes spectaculaires dans les capitales des pays sahéliens sur les hôtels importants qui sont fréquentés par des voyageurs internationaux font de nouveau l’objet d’une attention internationale et ont fourni à AQMI une occasion facile de tuer directement des civils internationaux occidentaux et autres.

Les attaques de Bamako et d’Ouagadougou annoncent également l’intention d’AQMI à rester l’acteur principal des groupes terroristes dans le Sahel. Au cours de l’année 2015, l’Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie a fait des incursions dans la région et AQMI a été secoué : Boko Haram a prêté allégeance à l’EI, les recrues ont rejoint de nouvelles régions, telles que le Ghana, AQMI a souffert de tensions internes causer par l’adhésion à Al-Qaïda ou EI, et de nouvelles factions terroristes, telles que Jund al-Khilafah et le Front de libération de Macina, ont été formées sur les terrains où AQMI opérait librement. Les puissantes attaques contre des hôtels, lancées dans le cas du Burkina conjointement avec un ancien groupe dissident d’AQMI, Al-Mourabitoun, signalaient l’intention d’AQMI à rester au sommet dans une région où ses membres ont mené des opérations depuis des décennies.

2. This attack coincided with the kidnapping of an Australian couple in the northern Burkina Faso town of Djibo and an attack on Tin Akoff close to the Malian border, suggesting some degree of coordination by the militants. What implications does this have for the regional effort to contain terrorism and how can regional and international cooperation be enhanced?

Les attaques coordonnées sur le sol du Burkina Faso sont d’abord et avant tout un problème pour le Burkinabés. Les attaques illustrent le défi que les forces burkinabées devoint relever pour assurer la défense et la sécurité de leur pays lorsqu’elles sont ciblées par des groupes terroristes expérimentés, tels que AQMI. Les premiers rapports indiquent que le couple australien, Elliots, est passé par la frontière malienne, ce qui met en évidence le caractère transfrontalier du terrorisme dans le Sahel et l’intérêt d’améliorer la coopération transfrontalière entre les États du Nord-Ouest de l’Afrique, avec , potentiellement, un soutien international.

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Plus important encore est la récente propagation des attaques terroristes plus au Sud, loin de la frontière entre le Sahara et le Sahel, dont le développement est important et très inquiétant. Il existe un certain nombre de pays ouest-africains du côtiers de l’océan qui n’ont pas souffert d’attaques, mais qui ont des vulnérabilités importantes et sont des cibles évidentes pour des attaques du type Bamako et Ouagadougou, en commençant par les bureaux des Nations Unies à Dakar jusqu’aux hôtels de luxe à Accra. Ces pays et ces sites doivent réfléchir maintenant à des mesures défensives, un renforcement de la cible, etc. Cela représente une série de problèmes de sécurité relativement nouvelle pour les pays dont les profils de risque potentiels diffèrent. Je parle de pays, tels que le Sénégal, le Ghana, le Bénin et la Côte d’Ivoire ; également la Gambie, la Guinée et la Guinée-Bissau; voire même la Sierra Leone et le Libéria.

3.    Burkina Faso, un pays à majorité musulmane relativement stable, qui n’avait pas encore été touché par des problèmes intérieurs de terrorisme. Dans quelle mesure cette attaque façonne les perspectives d’une menace terroriste émergente à l’échelle nationale ?

L’attaque n’indique ni ne suggère l’augmentation probable d’une menace terroriste interne importante issue de l’intérieur du Burkina Faso. Cela étant, la violence à Ouagadougou discréditera probablement davantage AQMI et des groupes similaires parmi les Burkinabés ordinaires. Les vulnérabilités à la radicalisation et le recrutement, ainsi que les facteurs d’incitation socio-économiques pour le terrorisme existent bel et bien au Burkina Faso. Cela dit, le Burkina est différent des autres pays sahéliens. Le Niger, le Mali, la Mauritanie, et dans une moindre mesure, le Tchad, sont des États du Sahara, vastes et peu peuplés où les terroristes trouvent refuge et exploitent souvent des tensions ethniques et provinciales internes.

Le Burkina Faso est un État véritablement sahélien, beaucoup plus petit et plus densément peuplé que ses voisins du Nord. Burkina Faso bénéficie également d’une relative stabilité contrairement à la fausse stabilité fragile qui vient d’un régime autoritaire. Ce n’est pas parce que Blaise Compaoré était un promoteur de la démocratie. En fait, le Burkina Faso a une puissante société civile, une classe politique moderne et assez vigoureuse, ainsi qu’un secteur traditionnel solide. Les différences religieuses ne représentent pas les grandes lignes de faille sociale au sein de la société qui seraient manipulées à des fins politiques. Les récentes attaques et les enlèvements étaient basés à l’extérieur et semblable à une incursion. Cela dit, la vigilance sur les indications possibles de la radicalisation et le recrutement au sein du Burkina est également justifiée. Le défi pour le Burkina Faso et ses partenaires consiste à identifier les sources réelles de terrorisme domestique potentiel sans sécuriser inutilement les Burkinabés en fonction de la religion ou sans générer une prophétie qui se réalise d’elle-même sur les divisions religieuses.

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