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L’Afrique souffrira-t-elle de l’épidémie de Zika ?

Par Andrew Ziegler

3 avril 2017

Une évaluation des CDC a révélé que le Tchad, Djibouti et l'Érythrée risquaient Zika. Quelles sont les chances de propagation de la maladie en Afrique?

Une préoccupation majeure concernant l’hébergement des athlètes de 199 pays et territoires au Brésil pour les Jeux Olympiques était le risque potentiel de la propagation du virus Zika. La question sur ce qui pourrait arriver si Zika se propageait vers l’est, à travers l’océan Atlantique à l’Afrique a également été soulevée. Le virus a été lié à un niveau accru du risque d’anomalies congénitales, notamment la microcéphalie, ainsi que d’une légère augmentation du risque que des patients développent le syndrome de Guillain-Barr extrêmement rare, un trouble qui force le système immunitaire du corps à attaquer le système nerveux.

Une évaluation récente de Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) sur les risques d’épidémies potentielles Zika après les Jeux Olympiques ont trouvé que le Tchad, Djibouti et l’Erythrée sont parmi les quatre pays où un risque accru est « uniquement attribuable » à leur voyage aux jeux. Quelles sont alors les chances que Zika se propage en Afrique, et quelles menaces représente-t-il ?

Est-ce que Zika peut migrer vers le continent africain ?

Au mois de mai, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé 7 000 cas de virus Zika au Cap-Vert, probablement importé du Brésil. À la fin du mois de juin, selon les autorités, le virus avait été contenu. Toutefois, l’énorme volume de mouvements transfrontaliers entre les pays pose aujourd’hui un risque permanent de transmission future en Afrique continentale.

L’épidémie Zika pourrait atteindre le continent selon deux scénarios. Le premier est le cas de moustiques des espèces Aedes chargés du virus (répandus en Amérique du Sud, Afrique sub-saharienne et Asie du Sud-Est) se déplacent vers l’Afrique, probablement par bateau ou en avion, pour piquer et infecter un individu. L’autre est si un individu déjà infecté est porteur du virus sur le continent et le transmet à une autre personne par le biais des rapports sexuels ou par transfusion sanguine. Comme le fait remarquer le CDC, les symptômes de Zika durent, au maximum, pendant environ une semaine et le virus lui-même affecte seulement environ 20 pour cent de ceux qui sont piquer. Les professionnels médicaux et scientifiques demandent aux personnes infectées par Zika de s’abstenir de relations sexuelles pendant six mois et à ceux qui voyagent vers des endroits où sévit l’épidémie de Zika de prendre des précautions pendant au moins huit semaines en raison de l’incertitude sur la période de transmission du virus par voie sexuelle. Même avec cette incertitude, l’épidémie au Cap-Vert n’a apparemment pas encore parcouru les 640 km jusqu’au Sénégal.

Est-ce que certaines régions de l’Afrique sont à l’abri ?

Découvert à l’origine en 1947 dans la forêt Zika près d’Entebbe, en Ouganda, le virus s’est répandu en Afrique subsaharienne, ainsi que dans certaines parties de l’Asie. D’autres études au cours des années 80 ont trouvé des traces aussi loin que le Sénégal et identifié les personnes vivant dans cette région qui avait développé une immunité au virus. Après une migration hors du continent quelques années plus tard, le virus est arrivé en Amérique latine et du Sud – 87 pour cent étaient identiques à la souche initialement trouvée il y a 69 ans.

Au sein de la communauté scientifique il n’y a encore pas de consensus à savoir si l’immunité au virus Zika d’origine pourrait être efficace contre cette souche plus récente. Dans le cas contraire, toute épidémie pourrait être aggravée par le fait que les établissements de santé publique en difficulté de l’Afrique risquent de ne pas diagnostiquer correctement et de répondre à cette maladie à propagation rapide, ce qui pourrait se révéler désastreux pour les familles touchées.

Est-il possible de contenir le virus ?

Aedes species mosquito. CDC

Aedes species mosquito. CDC

À l’heure actuelle, les seuls moyens de diagnostic définitif du virus sont la réaction de polymérisation en chaîne couplée à une transcription inverse (RT-PCR) et le test de sérum visant les anticorps IgM. Les deux sont des techniques laborieuses qui nécessitent des experts formés pour les mener à bien. Au-delà des professionnels formés, RT-PCR nécessite un tube à essai plein de sang, de 100 $ environ et entre deux et six heures. En tenant compte de la courte durée de vie du virus, une identification définitive et rapide de Zika, visant à le contenir, est à la fois improbable et difficile. La situation devient plus complexe du fait que les symptômes de Zika reflètent étroitement les autres maladies courantes en Afrique sub-saharienne, par exemple un cas bénin de la fièvre de la dengue ou du paludisme de courte durée, qui sont tous deux portés par les mêmes espèces de moustiques Aèdes. À ces facteurs s’ajoutent une mauvaise épuration et un traitement médiocre des eaux usées, une gestion inadéquate des déchets, et des zones urbaines densément peuplées ce qui signifie que si le virus arrivait sur le continent africain, l’impact pourrait être très sérieux.

Quel est le risque ?

Une épidémie de Zika sur le continent serait un défi dynamique et complexe pour les secteurs de la santé publique en Afrique déjà tendus. Bien que pour l’instant, le risque de transmission semble être faible, l’épidémie de Zika est un rappel de l’importance continue pour les pays africains de renforcer leurs systèmes de santé publique dans le cadre de leur planification sur la stratégie de sécurité nationale. L’Afrique connaît environ 100 urgences de santé publique chaque année, selon l’Organisation mondiale de la Santé. Quatre-vingts pour cent d’entre eux sont causés par des maladies infectieuses. Comme nous l’avons vu avec l’épidémie d’Ebola, les régions ayant des systèmes de santé publique plus faibles sont les plus vulnérables à la propagation et la persistance de cette maladie avec des coûts sociaux et économiques dévastateurs.

Dans une Afrique de plus en plus globalisée et urbanisée, le risque de pandémies ne devrait pas être considéré comme une exception, mais comme une cause permanente requérant plus d’attention et de la prévention. En plus de la création de centres d’opérations d’urgence de la santé publique, l’OMS a appelé les pays africains à renforcer leur capacité de surveillance des maladies ainsi que de réponse. Les États africains et les partenaires internationaux devraient également s’assurer que le Fonds d’intervention d’urgence pour la santé publique en l’Afrique, qui a contribué à des campagnes récentes de santé d’urgence sur le continent, est entièrement provisionné.

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